
Lorsque
le cinéphile curieux voit pour la première
fois la biographie de Hawks son regard reste dubitatif devant
un tel pavé !! Certes, le réalisateur de Rio
Bravo, Hatari, Le port de l’angoisse
ou encore La dame du vendredi fût prolifique
en chef d’oeuvres, mais cet ouvrage n’est-il
pas démesuré ? La réponse à
cette question est négative : MacCarthy a réussit
à rédiger un livre riche, original et passionnant
de la première à la dernière page,
un must pour tout amoureux du cinéma.
Après avoir détaillé
l’enfance du renard argenté, l’auteur
découpe son ouvrage de façon à ce que
les chapitres correspondent à une œuvre du cinéaste.
Ce montage rigoureux, auquel se greffe un lexique détaillé,
permet au lecteur de se replonger avec délice dans
une des aventures du grand Howard. Ainsi, le tournage d’Hatari
ou celui de Rio Bravo peut faire l’objet
d’une lecture au coin du feu avant de les redécouvrir
en DVD !
Dans un style très
classique l’auteur nous raconte la vie de Hawks, mais
il se démarque de la majorité des biographes
contemporains en restant très fidèle à
la réalité. Chez MacCarthy point de commérages
ni de scandales comme on a pu en lire récemment chez
Biskind (Le nouvel Hollywood). Sa démarche
d’une grande intégrité va jusqu’à
démolir les légendes que Hawks avait construit
autour de son personnage ! Pour ne citer qu’un exemple,
il démontre, preuve à l’appui, que Hawks
n’a jamais pu réaliser certaines scènes
d’ Autant en emporte le vent comme il l’a
si souvent prétendu.
Cependant
cette intégrité n’est pas synonyme d’ennui.
Hawks était un artiste hors normes et ses actes suffisent
à rendre l’ouvrage passionnant de bout en bout.
Au-delà de la légende, le travail de MacCarthy
permet de découvrir un homme attachant et un talent
total. Hawks était incontestablement un génie
derrière la caméra mais on découvre
ici qu’il était également un formidable
découvreur de talents. Il adorait partir à
la chasse aux starlettes avant de les propulser au firmament
des cieux hollywoodiens : Lauren Baccall, Jane Russel ou
Angie Dickinson ont eu leur première chance grâce
à Hawks. D’autres comédiens lui doivent
aussi certains de leurs plus grand rôles : on pense
évidemment à John Wayne, mais Kirk Douglas,
Humphrey Bogart ou Dean Martin ne seraient pas devenus de
telles icônes sans avoir rencontré le grand
Howard.
En dehors de cette passion
pour les jeunes comédiennes et les acteurs en général
celui qu’on surnommé "Le renard argenté"
aimait avant tout vivre chaque instant avec passion : jusqu’à
sa mort il reste un grand sportif, amateur de course automobile,
d’aviation, de tennis, de chasse ou de cricket il
s’investit avec ferveur dans ces activités.
Au cinéma, il filme des personnages qui lui ressemblent
: entouré d’amis, le héros Hawksien
doit faire face à l’adversité avec force
et volonté. Rustre d’apparence, ses protagonistes
sont souvent des durs au cœur tendre que les femmes
séduisent avec intelligence. Que ce soit Sean Mercer,
John T. Chance ou Thomas Dunson, chacun de ces grands enfants
est la personnalisation de Hawks à l’écran….
Il
faut souligner que l’inévitable Jean-Pierre
Coursodon est le traducteur de l’ouvrage. La sobriété
de son travail et sa passion cinéphilique sont parfaites
et permettent rester fidèle au travail de MacCarthy.
On peut regretter que l’iconographie ne soit pas plus
riche mais l’important tient dans le récit,
nous limiterons donc nos reproches.
Au final Hawks avouera
avoir eu une vie formidable, MacCarthy le prouve à
travers cet ouvrage fleuve dont chaque page est source de
bonheur pour chacun des cinéphiles que nous sommes.
Une
chronique de George
Kaplan