
" Le grand
art, c’est la simplicité. "
John Wilson à Pete Verrill dans Chasseur blanc,
cœur noir.
Cette réplique, prononcée par le personnage
de Clint Eastwood dans le film pré-cité, peut,
à elle seule, résumer la carrière exemplaire
d’un homme au service du septième art. C’est
toute l’ambition du livre de Patrick Brion.
Si certains n’y voient
qu’un livre d’images, il n’ont pas tout
à fait tort car le livre de Brion est aussi
un somptueux livre d’images. Des images souvent sublimes
qui nous invitent au voyage à travers une carrière
formidable, une œuvre d’exception.
Sur les quelques 600 pages
du livre, Patrick Brion va explorer avec un regard de passionné
la vie artistique de l’une des dernières très
grandes stars en activité : Clint Eastwood. De ses
(timides) débuts d’acteur payé à
la semaine jusqu’à aujourd’hui, acteur
et réalisateur respecté du public et de la
profession, légende vivante du cinéma américain.
De Play Misty For Me à Blood Work*,
Brion va proposer, en outre, une analyse légère
mais accessible et passionnée de la plupart des films
d’Eastwood.
La Biographie
Après une courte préface nous présentant
l’artiste et le monde dans lequel il évolue,
Brion retrace en une centaine de pages, année par
année, l’existence d’Eastwood, en s’attachant
aux événements marquants et au travail de
l’artiste. On apprend des anecdotes amusantes ou d’autres
plus tristes et certaines tout à fait inédites.
Une synthèse pratique et agréable d’une
vie de cinéma. On peut ainsi se rendre compte qu’Eastwood
semble privilégier les tournages printaniers et tourne
ses films très vite parfois en moins de deux mois.
Un parcours classique à l’image de la force
tranquille qui anime le cinéaste. Le fan peut en
outre s’y référer rapidement et simplement
pour trouver l’information qu’il recherche.
Un travail soigné donc, clair et précis, d’une
simplicité parfaite.
Brion ne semble rien oublier, de la naissance de Clinton
Eastwood Jr le 31 mai 1930 à San Francisco jusqu’aux
projets les plus récents de l’acteur/réalisateur.
Des débuts difficiles où il est sous contrat
avec un grand studio qui le paye à ne rien faire,
lui refusant les rôles qu’il brigue avec enthousiasme.
D’abord les tout petits rôles, les simples apparitions,
comme dans le film d’horreur Tarantula! où
il interprète le pilote d’avion chargé
de bombarder l’araignée géante, puis
viennent les années Rawhide, sept années
à faire (déjà) le cowboy, le souriant
Rowdy Yates, rôle qui le fera connaître du grand
public. La rencontre, mythique aujourd’hui, avec le
grand et regretté Sergio Leone, pour Une poignée
de dollars et les débuts du Western Spaghetti.
Car la célébrité, Eastwood dut aller
la chercher en Europe, en effet, aux Etats-Unis on préférait
à l’époque le cantonner aux seconds
rôles ou aux simples « faire-valoir »
du héros. La première réalisation bien
sûr Play Misty For Me, qu’il tournera
sans être payé, pour le simple plaisir de faire
son premier film. Simplicité, encore une fois.
Une autre rencontre forgera
le cinéaste que l’on connaît aujourd’hui
: Don Siegel. Lui aussi le fera débuter en cowboy
et lui donnera certains de ses plus grands rôles (
comme Dirty Harry) et ce n’est pas par hasard si Clint
Eastwood va dédier, des années plus tard,
son chef-d’œuvre, Unforgiven, à
« Sergio et Don ».
La Filmographie illustrée

La grande valeur ajoutée de l’ouvrage, sur
plus de 300 pages, Patrick Brion nous fait visiter, à
travers des photographies de tournage ou directement extraites
des films, l’œuvre d’un artiste accompli.
Du poncho de l’Homme sans nom à la recherche
d’ Une poignée de dollars jusqu’à
la combinaison spatiale de Frank Corvin et ses Space
Cowboys en passant par le fameux magnum 44 de Dirty
Harry, c’est avec intérêt et parfois
émerveillement que ces photos nous donnent l’impression
de partager le travail d’Eastwood, de l’accompagner
même sur une quarantaine d’années du
cinéma américain.
Des images d’une qualité exceptionnelle, quelle
que soit l’époque du film et du tournage, des
photographies, souvent en double page, rares ou connues,
forment une iconographie indispensable à tout amateur
de cinéma.
Une filmographie exhaustive, sans texte (les légendes
des photos exceptées), une aventure silencieuse à
travers le regard d’un cinéaste majeur.
L’analyse critique
Les pages restantes du livre s’attachent donc à
analyser (en surface) certains des films du grand Clint.
Brion n’a pas la prétention de décrypter
en profondeur les œuvres du cinéaste mais porte
plutôt un regard de passionné sur le travail
d’Eastwood. Il nous régale d’anecdotes
et nous fait même quelques révélations
(oui, Eastwood serait bien le réalisateur officieux
de La Corde raide !).
Débutant par le premier film avec l’Homme sans
nom et se concluant avec Blood Work (la préparation
de Mystic River est ainsi simplement évoquée)
ce chapitre d’analyse se veut pratique et ludique.
Cette dernière partie forme un bon complément
à tout amateur d’Eastwood, Brion portant un
regard sincère sur un cinéaste qu’il
affectionne manifestement.
Un livre indispensable pour tout amateur du grand Clint
Eastwood, monument du cinéma américain et
pour notre plus grand plaisir toujours en activité.
Mystic River, son nouveau film est en compétition
au festival de Cannes cette année. Son prochain projet
en tant que réalisateur concerne Neil Armstong, autre
icône américaine.
A 73 ans, Clint Eastwood n’a pas
fini de nous étonner.
* Pour l’édition
actualisée d’octobre 2002
Une
chronique de Silence