
En
cette année 2003, Nick Tosches publie en France son
premier roman : La main de Dante. Cet ouvrage qui
marquera son entrée au Panthéon des grands
auteurs américains a créé l’évènement
littéraire aux Etats-Unis l’année dernière.
Mais avant d’avoir signé ce chef d’œuvre,
l’écrivain natif du New Jersey a secoué
la littérature avec ses articles consacrés
au Rock and roll et ses biographies sans concessions de
quelques icônes de la culture US : Jerry Lee Lewis
(Hells of fire), Sonny Liston (Night Train)
et Dean Martin (Dino) figurent à son palmarès.
Cette dernière biographie offre un portrait sans
concession de l’idole de Vegas, le roi du cool, ami
des stars et de la mafia, Dino Crocetti
alias Dean Martin.
Touche à tout de
talent, Martin est un crooner né : pendant son enfance
il ne cesse de chanter afin de séduire les femmes.
Sa voix fait chavirer les cœurs et attire autour de
lui un nombre de nouveaux "amis" toujours croissant.
Il commence à gagner beaucoup d’argent en participant
à quelques concours de chant, puis il rencontre Jerry
Lewis avec qui il monte des spectacles comiques. Il fait
alors son entrée dans le monde de la télévision
et du cinéma où il devient rapidement une
célébrité. Amis de Sammy Davis et Sinatra,
il participe à la création du fameux "Rat
pack" tandis que ses chansons et ses apparitions sur
le grand écran l’érigent au rang de
star. Mais au fond qui est Dean Martin ?
Contrairement
à d’autres biographes Tosches n’est pas
là pour faire reluire le portrait de Martin. Dino
est un "menefreghista", ce qui signifie en italien,
"un type qui n’en a rien à foutre"
! Au terme de son ouvrage on réalisera que Martin
a tout négligé : sa famille, ses amis, son
public n’avaient qu’une importance modeste.
Egoïste absolu, il vit pour son propre plaisir et érige
l’attitude cool en phénomène de mode.
A côté de
cette attitude détestable, Martin est décrit
comme un talent par Nick Tosches. Ses performances vocales
ou les quelques grands rôles (Rio Bravo) qu’il
a eu l’imposent comme un artiste hors norme, et l’auteur
ne le cache pas.
Néanmoins,
Nick Tosches va plus loin que la biographie "trash"
qui aurait vite fait d’agacer. A l’instar d’Ellroy
dans American Tabloid, il profite de son portrait
pour égratigner le show business américain.
A travers Dean Martin, il peint le portrait d’une
Amérique en adoration devant ses dieux du grand et
petit écran. Une Amérique qui se cache derrière
une façade de bons sentiments et de morale et qui
refuse de voir Martin, Presley et autre Wayne comme des
hommes.
Aujourd’hui cette
biographie s’impose comme un ouvrage incontournable
de la littérature américaine. Elle offre un
voyage du côté obscur du rêve américain
et permet au lecteur français de découvrir
cet auteur qui écrit comme Sonny Liston boxait, avec
rage et violence. Tosches met Hollywood KO au terme de 500
pages dévastatrices !
* Cf. Night Train
Une
chronique de George
Kaplan