
« La masse d’informations
et l’éducation du regard sur le cinéma
offerts ici sont un cadeau somptueux à la cinéphilie
». Le magazine Première
Si certains livres méritent de faire
partie d’une bibliothèque idéale pour
cinéphile, l’ouvrage 50 ans de cinéma
américain a incontestablement une place qui
lui est réservée.

L’histoire de ce livre ne date pas d’hier, puisqu’il
s’agit, comme les deux auteurs le décrivent,
d’un ‘work in progress’. En effet, il
y a eu une première édition de l’ouvrage,
intitulée 20 ans de cinéma américain.
Puis ce furent 30 ans... jusqu’à la
dernière mouture, 50 ans de cinéma américain,
d’abord parue en 1991, puis actualisée en 1995.
C’est d’ailleurs sur cette toute dernière
parution que nous nous pencherons.
Présenté en format compact, souple et facile
à manipuler, cet ouvrage se découpe en plusieurs
grandes parties : les auteurs commencent par dresser un
bilan du cinéma en 1939, puis nous entraînent
au sein des grands studios, nous décrivant brièvement
leur fonctionnement, leur type de productions, etc... cette
introduction permet au lecteur de se faire une bonne idée
de ce qu’est le cinéma américain, et
comment il est géré, à l’aube
des années 40.
Le deuxième segment du livre, plus conséquent,
se veut la suite chronologique du premier : ainsi, les auteurs
couvrent les années 1940-1993, donnant pour chaque
année une liste des principaux faits ayant marqué
le cinéma : les plus grosses recettes, les prestations
de comédiens à retenir, les grandes sorties
de films, les débuts de tel cinéaste, la disparition
de telle vedette... bref, cette partie du livre est à
elle seule une mine inépuisable d’informations
sur le cinéma américain.
Deux textes importants bouclent ce que l’on pourrait
appeler le ‘livre premier’ de l’ouvrage
: l’un porte sur la censure, l’autre, plus long,
fait le point sur le cinéma américain d’aujourd’hui
(évolution de la production des films, distribution
et exploitation...). Après ces (à peine) 200
pages d’un livre qui en compte plus de 1200, le lecteur
peut entrer dans le ‘livre second’ du volume,
et là, ce sont comme les portes d’un vieux
temple qui s’ouvriraient enfin, laissant apparaître
un trésor inestimable dont on n’aurait même
pas imaginé l’existence...
Deux grandes sections constituent cette deuxième
partie, le corps principal du livre de Coursodon et Tavernier.
Ce sont deux dictionnaires, dont le premier, quasiment unique
en son genre (tout au moins au sein des publications françaises),
répertorie les scénaristes américains,
environ 80 noms, et donne une filmographie en principe complète
pour chacun. Un petit texte nous renseigne également
sur le style de chaque scénariste et son parcours
à Hollywood, permettant de cerner les personnalités
et les sujets de prédilection de ces auteurs à
part entière.
Le
second dictionnaire, beaucoup plus important, est celui
des cinéastes. Environ 300 réalisateurs sont
répertoriés, dans une section du livre qui
avoisine les 800 pages. Là, la mine d’informations
est impressionnante, inimaginable pour celui qui n’a
jamais ouvert ce volume. En plus des filmographies complètes
des réalisateurs mentionnés, on trouve pour
chaque nom plusieurs pages d’éléments
biographiques, d’anecdotes de tournage, de méthodes
de travail, de rapports avec les producteurs et les studios...
il est possible, grâce au travail des deux auteurs,
de se forger une opinion sur tous ces metteurs en scène,
qui représentent ce que le cinéma américain
a produit de mieux, mais parfois aussi de pire. Tavernier
et Coursodon s’en expliquent : ils ont voulu couvrir
la plus grande variété possible de genres
et de styles du cinéma américain allant des
années 1940 à 1980 (Tout réalisateur
n'ayant eu aucun film sorti sur la période 1940-1980
a été systématiquement écarté).
S’ils avouent une certaine partialité dans
leurs choix, on peut en revanche leur faire confiance pour
la pertinence de leurs décisions. D’ailleurs,
à propos de pertinence, il convient de souligner
un point qui constitue l’un des tours de force de
l’ouvrage : tout cinéphile a son opinion sur
chaque réalisateur dont il connaît un tant
soit peu l’oeuvre. Ce qui est incroyable, c’est
que, même si vous ne partagez pas l’avis de
Coursodon et Tavernier au sujet d’un réalisateur
ou d’un film en particulier, vous vous sentez pris
dans leur démonstration, et la conclusion s’impose
après lecture, d’elle-même : "Sur
tel sujet, je ne suis pas d’accord avec eux, mais
l’intelligence du regard que les auteurs portent sur
le cinéma force le respect et la prise en compte
de la moindre critique – positive ou négative
– formulée dans le livre". Rarement excessifs
(dans un sens comme dans l’autre), les auteurs préfèrent
toucher juste et ‘éduquer’ un peu plus
encore le regard du lecteur cinéphile face aux oeuvres
qu’il découvre sur le grand ou le petit écran
au fil du temps.
Il semble que les opinions données dans l’ouvrage
n’obéissent à aucun critère prédéfini,
à aucun préjugé, et là encore,
cette ‘objectivité’ posée comme
principe de départ face à tous les styles
de films ne peut qu’emporter l’adhésion
du lecteur. Tavernier et Coursodon peuvent très bien
encenser un réalisateur de petite renommée,
et à la page suivante, se montrer assez critique
envers un ‘grand’ (on peut citer l’exemple
de Chaplin). Là encore donc, nous ne tombons pas
dans un académisme mal venu.
De plus, les auteurs le précisent d’ailleurs,
l’édition de 1995 se veut comme un ‘dialogue’
avec les précédentes moutures de l’ouvrage.
C’est-à-dire qu’ils actualisent leurs
propos, ils affinent leur jugement sur certains films ou
réalisateurs (il arrive même que dans certains
cas, certes plus rares, leur avis change assez radicalement
par rapport à l’édition de 1970). Rien
n’est figé, et c’est une nouvelle fois
l’intelligence et la remise en question qui priment.
Remanié, et surtout complété, de A
à Z, le dictionnaire des réalisateurs se conclut
par une douzaine de filmographies additionnelles, des cinéastes
ayant débuté après 1980, ou bien dont
l’oeuvre était encore méconnue lors
de la précédente édition.
Ce que l’on pourrait appeler le ‘livre
troisième’ de 50 ans de cinéma américain
est constitué d’annexes indispensables : tout
d’abord, une très importante bibliographie
(qui n’est pourtant que sélective !) permet
d’avoir une vue d’ensemble des sources des auteurs
(hélas, de nombreux ouvrages n’existent qu’en
anglais).
Vient ensuite un court lexique donnant la définition
de certains termes couramment utilisés dans le milieu
du cinéma, et que l’on retrouve régulièrement
dans l’ouvrage.
Le livre s’achève sur un énorme index
des correspondances des titres de films (tous ceux cités
dans l’ouvrage), tout d’abord de l’anglais
au français, puis du français à l’anglais
(donnant les titres français des films américains
sortis chez nous). Car il faut noter que dans les dictionnaires
des scénaristes et réalisateurs, tous les
titres de films, aussi bien dans les textes que dans les
filmographies, sont donnés en anglais.
50 ans de cinéma
américain est donc, par son côté
extrêmement détaillé, pertinent, et
complet, l’un des ouvrages indispensables pour parfaire
sa culture cinématographique. On peut d’ailleurs
croiser les doigts et espérer une nouvelle édition,
60 ans de cinéma américain, incluant
de nouveaux cinéastes dans le dictionnaire, car de
nombreux talents se sont révélés ces
vingt dernières années, qui auraient leur
place dans un tel volume...
Bertrand Tavernier n’est pas seulement un cinéaste
français incontournable, il est aussi l’un
de nos plus grands critiques du 7e Art (c’est un peu
notre Martin Scorsese !), et espérons qu’il
ne s’arrête pas en si bon chemin avec son collègue
Jean-Pierre Coursodon.
Chapeau, messieurs !
Une
chronique de John
Anderton