Harriet, une jeune anglaise expatriée, vit avec son petit frère, Bogey, et ses trois sœurs cadettes dans une grande maison de la région de Calcutta en Inde. Son père dirige une manufacture de toile de jute tandis que sa mère s’occupe de la famille et attend un sixième enfant. Un jour d’automne, le ‘Capitaine John’, rentre de la guerre et vient habiter une maison voisine. Invité à une fête, il y rencontre Harriet, ainsi que Mélanie une belle métisse indienne et Valérie. Les trois jeunes filles vont toutes trois tomber sous le charme du bel étranger…

The River
Le Fleuve

Réalisation
: Jean Renoir (1950)
Scénario : Rumer Godden et Jean Renoir d’après le roman ‘The River’ de Rumer Godden
Photo : Claude Renoir
Montage : George Gale
Musique : M.A. Partha Sarathy
Interprétation : Patricia Walters, Radha, Adrienne Cori, Thomas E. Breen, Suprova Mukerjee, Arthur Shields, Esmond Knight, Nora Swinburne ...

Le Fleuve, un des plus beaux films qui soit !
Mon père m’a emmené le voir quand j’avais 8-9 ans.
C’est un film qui s’est imprégné en moi et ne m’a jamais quitté depuis.
Martin Scorsese

1947 : La Femme sur la Plage sort en salle aux Etats-Unis. Le film, qui sera la dernière expérience américaine de Jean Renoir, est un échec commercial. Déçu par cet accueil frileux, le cinéaste décide de cesser toute collaboration avec les grands studios pour se consacrer à des projets plus expérimentaux. Il envisage notamment de mettre en scène des pièces du répertoire classique avec une jeune troupe de théâtre américaine. Ne parvenant pas à financer ce projet, le maître français vit alors une période de disette artistique jusqu’au jour où il tombe sur un article du ‘New Yorker’ à propos d’un livre anglais intitulé The River. Ecrit par Rumer Godden, le roman raconte l’histoire d’une famille anglaise installée en Inde. Le critique littéraire du journal couvre de louanges l’ouvrage semi autobiographique de Godden tout en lui promettant un naufrage commercial ! Intrigué par ce commentaire pour le moins étrange, Renoir court dans la librairie la plus proche de son domicile new-yorkais afin de mettre la main sur cet intrigant ‘Fleuve’. Après une lecture passionnée, le cinéaste est conquis. Persuadé de tenir le sujet de son prochain film, il contacte Rumer Godden…

La rencontre entre les deux comparses est à l’origine d’une longue amitié. Renoir admire le travail de Godden tandis que la romancière est totalement séduite par la bonhomie et l’intelligence du metteur en scène ‘frenchy’. Le duo d’artistes décide donc d’adapter Le Fleuve pour le cinéma et préparent une écriture commune du script. Reste à Jean Renoir à trouver le moyen de financer cette production qu’il envisage d’ores et déjà de tourner en Inde. Il fait donc appel à son réseau de relations au sein des grands studios (la RKO notamment) mais obtient systématiquement la même réponse : "Un film aux Indes doit comporter certains éléments indispensables. Il faut des tigres, des lanciers du Bengale et des éléphants". Evidemment, il n’est pas question de cela dans le livre de Godden et Jean Renoir peine à trouver un producteur…

L’histoire du film prend une tournure romanesque lorsque Kenneth McEldowney, fleuriste anglais rêvant de produire un film en Inde, obtient un financement par l’intermédiaire de riches hommes d’affaires locaux. Avec de l’argent mais sans sujet, il est malheureusement incapable de monter son métrage jusqu’à sa rencontre avec une nièce du Pandit Nehru dans un avion ! Celle-ci lui conseille de lire et d’adapter un des romans de Rumer Godden… Le Fleuve. McEldowney se jette sur le livre, contacte Jean Renoir (qui détient les droits) et lui propose de le financer. Renoir accepte à la seule condition de visiter l’Inde afin de déterminer si une ‘tournaison’ est envisageable sur place.

Installé sur les bords du Gange, Jean Renoir écrit le scénario en compagnie de Rumer Godden et compose son casting : il choisit de nombreux comédiens amateurs parmi lesquels la petite Patricia Walters qui interprètera avec subtilité le rôle complexe d’Harriet. Il rencontre également une intellectuelle et danseuse indienne, nommée Radha, qui l’initie à de nombreux rites locaux. Sous le charme de cette beauté exotique, Renoir lui inventera un rôle (celui de Mélanie la métisse indienne). Enfin, le cinéaste équilibre sa distribution avec quelques comédiens d’expérience parmi lesquels Arthur Shields (le père de Mélanie), fidèle des films de John Ford ou l’énergique Esmond Knight (le père d’Harriet) que l’on avait pu croiser auparavant dans une autre adaptation de Rumer Godden : The Black Narcissus (Powell/Pressburger, 1947) !

A la tête de ce casting pour le moins éclectique, Jean Renoir démarre son tournage en janvier 1950 dans un village proche de Calcutta et le termine quatre mois plus tard. Le film sort sur les écrans du monde entier avant les fêtes de noël et remporte le prix de la critique au festival de Venise.

Si aujourd’hui Le Fleuve est vénéré comme un classique incontournable, il faut rappeler qu’à l’époque de sa sortie il était considéré par certains comme un film d’avant-garde ! Jean Renoir et son équipe ont en effet réalisé un long métrage ambitieux mêlant expérimentations techniques, originalité de la mise en scène et exploration d’une culture méconnue. Cependant cette volonté d’avancer dans sa recherche artistique n’empêcha pas Renoir de signer une oeuvre profondément fidèle à ses valeurs et aux thématiques qu’il a développées tout au long de sa carrière...

Le Fleuve, une oeuvre sous le signe du maître

Dans la filmographie de Jean Renoir, Le Fleuve marque d’une pierre blanche l’entrée du cinéaste sur le territoire de la couleur. Artiste mûr ayant digéré depuis longtemps l’héritage paternel, Renoir peut désormais marcher sur les traces d’un père qui fut l’un des plus grands ‘coloristes’ de l’histoire de l’art. Le film est donc tourné en ‘Technicolor’, procédé alors en vogue à Hollywood. Pour ce faire, le cinéaste demande à son neveu, Claude, de le seconder afin de découvrir et maîtriser cette nouvelle technique. Le cinéaste lui adjoint un cadreur indien et envoie les deux hommes aux Etats-Unis en stage chez Technicolor.

La difficulté du tournage réside dans le fait qu’aucun développement couleur n’étant possible sur le lieu du tournage, les rushs sont en noir et blanc. La couleur ne prend forme que tardivement après les prises de vues dans la succursale technicolor de Londres. Toutefois, Jean Renoir fait entièrement confiance à son neveu avec lequel il avait déjà collaborer sur Une Partie de Campagne (1936) et ne le regrette pas lorsqu’il reçoit ce télex du laboratoire londonien après les premiers tirages couleur : "Responsables Technicolor considèrent photographie The River comme la meilleure jamais vue sur écran". Et en effet, force est de constater que quelques soient les copies observées (celle de la film Foundation supervisée par Scorsese ou bien celle réalisée il y a peu par Opening sous la direction de Noël Simsolo) le résultat est tout simplement merveilleux. Les couleurs de l’Inde sont ici mises en forme avec une harmonie qui touche à la perfection et l’on se prend alors à croire au génie de Jean et Claude tous deux auteurs d’une telle réussite dès leur première tentative et sans le moindre rush couleur !

Outre les scènes dialoguées parfaitement cadrées et colorées, c’est surtout lors des digressions documentaires que Renoir s’approche le plus de l’art de son père. Ainsi, les images filmées lors de la fête de Diwali, celles de la manufacture de jute ou encore ces fameux plans langoureux sur les escaliers qui bordent le fleuve dégagent une force picturale inouïe. Dans les suppléments du DVD édité par Opening, Jean Collet remarque qu’avec Le Fleuve, Renoir réalise une oeuvre volontairement inscrite sous le signe de la peinture : la première scène du métrage invite le spectateur à observer une main peindre le sol tandis que la voix off entame le récit. Autrement dit, Jean Renoir annonce qu’il va raconter une histoire dont la forme sera composée d’une succession de tableaux. Pour l’anecdote, rappelons aussi que, sur le plateau, Jean Renoir accentue la dépendance de son film à l’art pictural en s’équipant de seaux de gouache verte avec lesquels il repeint les arbres qu’il juge trop ‘ternes’ !!!

Si ‘Le Patron’, comme on aimait l’appeler à l’époque, réussit sans conteste son entrée dans le monde du film couleur, il n’en néglige pas pour autant les autres aspects techniques. Ainsi, derrière la flamboyance de sa mise en images on oublie trop souvent la merveilleuse bande son utilisée dans Le Fleuve. Sur ce point, Renoir a eu une approche d’une grande modernité puisqu’il a refusé que l’on compose une bande originale, préférant des morceaux traditionnels qu’il a enregistrés dans la région de Calcutta et des extraits classiques européens (Schumann, Mozart). De plus, comme tout artiste majeur, Renoir s’essaie aux dernières techniques mises au point en utilisant une bande son sur piste magnétique.

Le montage du film est tout autant remarquable, Jean Renoir usant des fondus enchaînés pour lier en douceur la mosaïque de plans qui composent son film. De ce point de vue, Le Fleuve s’inscrit avec logique dans le style Renoir : en adoptant une narration faisant appel à un grand nombre de personnages, il enchaîne les saynètes tout en préservant l’unité de lieu du récit. Ce choix n’est certainement pas hasardeux et évoque en tous points la mise en scène aux multiples facettes de La Règle du Jeu.

La galerie de caractères décrite dans Le Fleuve est également typique du cinéma de Jean Renoir. A l’instar du cinéaste invitant le public en Inde, le personnage d’Harriet est une artiste dont la ‘voix off’ nous guide à travers ce merveilleux voyage. Par ailleurs, dans le supplément réalisé par Noël Simsolo pour le DVD d’Opening, Jean Collet souligne le rôle du Capitaine John, dont la blessure à la jambe évoque celle qui estropia Jean Renoir lors de la première guerre mondiale (et qui lui valu sa célèbre démarche). On peut aussi remarquer l’importance des enfants dont les rires et les jeux reflètent la nostalgie du réalisateur pour sa jeunesse chérie. Et pour conclure sur cette brochette de personnages, rappelons la figure paternelle incarnée avec jovialité par Arthur Shields : à la fois hommage à Pierre Auguste et idéalisation du père protecteur, ce caractère évoque Nino, le ‘papa’ de Nénette génialement interprété par Fernand Sardou dans Le Déjeuner sur l’Herbe (1959).

Enfin, que serait Le Fleuve sans l’eau, et que serait Jean Renoir sans cet élément dans lequel son oeuvre baigne depuis sa plus tendre jeunesse ? De La fille de l’Eau (1924) à Déjeuner sur l’Herbe (1959) en passant par Partie de Campagne (1936) ou Boudu sauvé des Eaux (1932), Renoir a toujours fait de l’eau un des éléments essentiels de son art. Le Fleuve, de par son titre et sa mise en scène, n’échappe évidemment pas à la règle. L’eau qui coule dans le lit du fleuve y joue un rôle primordial, celui de l’allégorie de la vie et du temps auquel on ne peut échapper. Le Gange est également le véhicule qui amènera le ‘Captain John’ dans la maison d’Harriet et qui nourrira la tragédie à venir. Enfin, l’élément liquide sert de moyen de transport à Jean Renoir dans ce périple indien : lorsque sa caméra technicolor quitte la maison, c’est pour s’embarquer sur un bateau et y filmer ces sublimes escaliers qui bordent le fleuve.

A l’époque de la sortie du film, certaines critiques bien pensantes reprochèrent à Renoir de n’avoir pas su s’aventurer au-delà du fleuve et de la maison. On évoqua alors un renoncement politique et une volonté d’éviter les difficultés rencontrées par la nation indienne après son indépendance (15 Août 1947). En faisant ce choix, Renoir réussit pourtant une oeuvre magistrale, totalement détachée du temps et profondément marquée par la culture, la religion et le mode de vie indien...

L’emprise de la déesse Kali

L’un des aspects les plus étonnants du Fleuve est la capacité de Renoir à créer une atmosphère ‘indienne’ sans quasiment sortir des murs de la maison d’Harriet. Au sein de ce jardin d’Eden ‘so british’, la culture du pays semble jaillir de partout. Si les critiques littéraires avaient déjà souligné ce point au sujet du livre de Rumer Godden, il est important de se demander comment Renoir a pu s’y prendre pour retranscrire cette impression sur grand écran. Il est évident que la curiosité et l’ouverture d’esprit du cinéaste y sont pour beaucoup : avant les premiers tours de manivelle, Jean Renoir a tenu à se rendre en Inde afin de s’imprégner au mieux de l’ambiance de la région. Les rencontres qu’il fit sur place (Radha la danseuse mais également Satyajit Ray ou d’autres intellectuels indiens) et la compagnie de Rumer Godden l’aidèrent à comprendre au mieux les fondements de la culture hindouiste pour laquelle il garda une passion intacte.

Par ailleurs, Renoir a eu la brillante idée d’introduire dans son script un personnage indien absent du livre de Rumer Godden : Mélanie, la jeune métisse qui habite dans la maison voisine, permet à l’Inde de faire entendre sa voix dans le récit. Outre sa beauté, son intelligence et ses splendides tenues traditionnelles, son personnage est à l’origine d’une magnifique digression : lorsque Harriet raconte le mariage qu’elle a imaginé pour Mélanie, le spectateur est alors invité à quelques minutes de danses traditionnelles absolument merveilleuses et enchanteresses…

Les digressions de ce type sont nombreuses dans Le Fleuve : il y a bien sûr la fameuse scène des escaliers évoquée précédemment mais aussi celle de la manufacture de jute où Renoir pose un regard chargé de bienveillance sur la classe ouvrière locale. La séquence de la fête de Diwali fait également partie de ces parenthèses imposées au récit : ici, Renoir filme les feux d’artifices, les couleurs de cette cérémonie dédiée à la lumière et nous transporte au cœur des traditions locales. D’autres réalisateurs auraient peut-être choisi cet évènement comme décor à leur histoire. Chez Renoir, il n’en est rien. Lorsqu’il enregistre ces images avec sa caméra ‘Technicolor’, il laisse de côté ses personnages et expose sa fascination pour l’Inde.

Lors de la fête, la caméra de Renoir filme une statue de la déesse Kali tandis que la voix off déclame: ‘Among these symbols is Kali, goddess of eternal destruction and creation. Creation is impossible without destruction...’ (‘Parmi ces symboles est Kali, déesse de la création et de la destruction éternelle. La création est impossible sans destruction …’). Le montage est suivi d’un fondu enchaîné sur Bogey, le petit frère de Harriet, dont la mort va constituer le nœud de la dramaturgie. En décrivant cette déesse symbole de la ‘création impossible sans destruction’ puis en filmant le petit Bogey, Renoir annonce la mort de l’enfant et, d’une certaine manière, s’y résigne. Les principes de la destruction et de la création sur lesquels Renoir bâtit Le Fleuve prouvent sa compréhension du mode de vie hindouiste. La doctrine prônée par cette religion est basée sur l’acceptation des évènements qui viennent ponctuer le cours de la vie. Les morts et les vies se succèdent sans que l’homme ne puisse intervenir. Cette ‘roue infernale des naissances et des morts’ ne peut être rompue que par l’intermédiaire du ‘Dharma’, principe dont l’objectif est de libérer l’homme. Cependant, cette quête nécessite une éthique extrêmement sévère, et rares sont les hindous prêts à un tel sacrifice. Par conséquent, le déterminisme règne sur le mode de vie hindou. Renoir l’a parfaitement compris et retranscrit avec subtilité cette idée en sacrifiant le petit Bogey tandis que sa mère est enceinte d’un nouvel enfant. Lorsque Bogey meurt, piqué par un cobra, un plan le montre allongé. L’enfant semble endormi avant qu’un fondu au noir nous laisse cette impression de basculement vers une autre vie. Au fond, chaque personnage semble croire à cette réincarnation. Et si la douleur est palpable, chacun essaie de rester digne en regardant l’avenir et en préparant la future naissance. Création, destruction, résignation… Chaque personnage du Fleuve paraît profondément ancré dans le mode de vie hindouiste.

Renoir met également en image une histoire riche en conflits mais empreinte de sagesse. La lutte que se livrent Harriet, Mélanie et Valérie pour conquérir le cœur du Capitaine John est source de tensions. Toutefois, ces conflits laissent toujours place à des scènes de pardon et aux rires. Autant La Règle du Jeu était le reflet du cynisme et de la cruauté que Renoir pouvait ressentir en France, autant Le Fleuve est à l’image de sa perception de l’Inde, pays empreint de déterminisme et de sagesse…

Avec Le Fleuve, Renoir signe une déclaration d’amour à l’Inde et réalise un film profondément personnel. S’il ne fut pas le premier artiste à s’aventurer sur les bords du Gange, il est certainement l’un de ceux qui a légué l’un des plus merveilleux témoignage de la découverte de ce pays. Après Fritz Lang et son Tombeau Hindou, Renoir annonce un certain engouement de l’Occident pour la culture indienne. Un intérêt qui se cristallisera au cinéma par l’intermédiaire de Louis Malle, David Lean ou encore Alain Corneau. La musique aussi connaîtra sa vague ‘indienne’ pendant les années 70 (les Beatles, les Rolling Stones ou John McLaughlin vivront leur période ‘indienne‘), tandis qu’aujourd’hui, la passion pour l’Inde prend la forme d’un phénomène de mode autour du ‘Bollywood’…

Parmi les différentes expériences cinématographiques tentées en Inde, Le Fleuve occupe incontestablement une place à part. Celle d’une œuvre à la richesse infinie, profondément marquée par la griffe Renoir et dont la beauté brille encore aujourd’hui de mille feux !

Sortie en 2005 l’édition Criterion du Fleuve est certainement l’un des plus beaux DVD actuellement disponibles dans les bacs. Bénéficiant d’un packaging au design soigné, le disque propose des menus animés et musicaux splendides, un accès au chapitrage (17 segments) et des bonus.

Image : Splendide, parfaite, formidable, cette image croule sous les superlatifs. Pour la petite histoire, le master utilisé par Criterion est le même que celui projeté lors du festival de Cannes 2005 qui rendait hommage à la ‘Film Foundation’. Cet institut créé par Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Woody Allen et d’autres artistes de renom a pour ambition de restaurer les œuvres délaissées du patrimoine cinématographique. La restauration du Fleuve a été effectuée dans ce cadre et a bénéficié d’un travail de titans, orchestré par Martin Scorsese et le Bifi (British Film Institute). Avec une définition remarquablement précise, un master nettoyé de fond en comble et une palette de couleurs extrêmement variée, l’image offerte est un réel plaisir pour les yeux. Fidèle à ses habitudes, Criterion a évité le moindre défaut de compression avec des contrastes idéalement équilibrés et des arrières plans parfaitement définis. Cependant, si l’image bénéficie d’un étalonnage ayant toutes les caractéristiques d’un ‘Technicolor hollywoodien’ (avec des rouges et des bleus très marqués), certains spécialistes du film (parmi lesquels la rédaction de ‘Positif’) reprochent à cette copie un étalonnage infidèle au travail d’origine de Claude Renoir !

Son : Rien de particulier à signaler sur ce point. La piste mono est très claire, dynamique et laisse la musique s’échapper avec pureté. Aucun souffle n’est à signaler même à niveau sonore élevé ! Les sous-titres anglais sont discrets et parfaitement lisibles.

Zone 1
Criterion
Format : 1.33 (4/3)
DVD 9
Langues : Anglais mono
Sous-Titres : anglais
Durée : 1’39’14
Sortie en mars 2006 le DVD d’Opening supervisé par Noël Simsolo est proposé dans un packaging classique avec des menus assez laids (effet filtre du plus mauvais goût !). A l’instar de l’édition Criterion, le DVD donne accès à un chapitrage découpé en 16 segments, à une filmographie de Jean Renoir et à un documentaire animé par Jean Collet.

Image : Si l’on est loin de la beauté insolente de l’édition Criterion, l’image offerte par Opening s’appuie sur un étalonnage totalement différent. D’après les témoignages recueillis (Noël Simsolo notamment) ou les écrits de Claude Renoir, il semble que cet étalonnage soit beaucoup plus fidèle à l’original. Sur ce point, Noël Simsolo nous a témoigné son point de vue en ces termes : "Il ne faudrait pas confondre la restauration de copies et de films avec le nettoyage et la mise en norme, la mise en conformité avec une certaine idée du noir et blanc ou de la couleur. Et là on est pas sorti de l’auberge. Il y a un exemple, Scorsese a fait restaurer Le fleuve de Renoir, copie magnifique parue chez Criterion avec des rouges, des bleus… Mais ce n’est pas le travail de Claude Renoir. Non seulement d’après ma mémoire, mais aussi d’après les copies d’époque que j’ai pu revoir. Et ce sont les Indes. Aux Indes vous n’avez pas de couleurs vives, la lumière des Indes enlève les couleurs vives. Que Fritz Lang les invente c’est une chose mais voyez tous les films indiens réalistes, et c’est un film réaliste, il n’y a pas de couleurs vives. Il y a un coté gris, un peu sable, Claude Renoir a écrit là dessus. Là on a une copie très belle, très vive, flamboyante, impressionniste même fauviste, mais ce n’est pas le travail original." Ce témoignage qui corrobore celui dont la rédaction de ‘Positif’ faisait part dans son numéro spécial Renoir semble donc confirmer la plus grande fidélité du master Opening à l’original.

Par conséquent, l’image offerte par Opening présente un étalonnage très orienté vers le ‘jaune’. Le master n’a manifestement pas bénéficié d’un nettoyage approfondi et il est fréquent d’apercevoir quelques défauts de pellicule de type ‘scratchs’ et points blancs (rien de rédhibitoire néanmoins !). La définition est nettement moins précise que sur le Criterion mais demeure d’un niveau correct dans le cadre d’une projection sur téléviseur. Enfin, la compression est de bonne qualité : en dehors de contrastes légèrement trop marqués (des blancs brûlés notamment) aucun défaut n’est à signaler.

Son : Ici comme sur l’édition Criterion l’enregistrement et la restitution sonores sont de très bonne qualité. Aucun défaut n’est à signaler. En revanche, les sous-titres français sont incrustés sans liseré noir rendant leur lecture parfois difficile. D’autre part, ces sous-titres ne sont pas amovibles !

Zone 2
Opening
Format : 1.33 (4/3)
DVD 9
Langues : Anglais mono
Sous-Titres : français
Durée : 1’34’00
Aucun supplément n’est sous-titré.

Renoir Introduction (7’51) : issu des entretiens que Renoir avait réalisé pour la télévision en 1966 afin d’offrir une introduction avant la diffusion de ses films sur petit écran, ce court témoignage lui permet de revenir sur certaines anecdotes propres à la genèse du Fleuve et de faire part au public français de sa passion pour l’Inde. L’image n’est pas d’excellente qualité mais peu importe car le plaisir d’écouter ‘Le Patron’ est intact !

Trailer (2’29) : une bande annonce avec une voix off nous vante l’exotisme du film.

Scorsese Interview (12’46) : enregistrée à l’automne 2004 cet entretien nous permet de voir et écouter Martin Scorsese tandis que des photographies de plateau du Fleuve viennent agrémenter ses propos. Admirateur devant l’éternel de Jean Renoir et en particulier du Fleuve, Marty fait ici étalage de sa passion pour ce film découvert à l’âge de 9 ans qu’il avoue avoir vu plus de 50 fois ! L’enthousiasme de Martin Scorsese est débordant et rend cette interview particulièrement plaisante à écouter.

McEldowney interview : interview audio du producteur ‘fleuriste’, Kenneth McEldowney, enregistrée en 2000. Découpé en 5 chapitres, l’enregistrement n’est pas de bonne qualité et demeure assez difficile à comprendre sans un très bon niveau d’anglais. Néanmoins, on peut y apprendre quelques anecdotes concernant la rencontre de McEldowney avec la nièce du Pandit Nehru. Par ailleurs, le producteur rappelle avec émotion la merveilleuse ambiance qui régnait sur le plateau du Fleuve.

Stills Gallery : magnifique galerie de photographies consacrées au film. Les dizaines de clichés issus de différentes collections nous permettent de découvrir de nombreuses scènes de plateau. On peut évidemment y voir Renoir mais également les comédiens, Rumer Godden ou Kenneth McEldowney. On retiendra notamment un superbe cliché de groupe montrant l’équipe du film au grand complet !

Rumer Godden : An Indian Affair (58’34) : ce document enregistré par la BBC en 1995 met en scène Rumer Godden de retour dans sa maison en Inde. C’est l’occasion pour la romancière de revenir avec nostalgie sur son enfance et d’évoquer ses différents romans. La mise en scène du documentaire, signée Shanon McGuire, est assez ridicule et ferait passer David Hamilton pour un photographe réaliste !! Musique mièvre, filtres appuyés, on frise parfois le n’importe quoi…


Jean Renoir Filmographie
: un écran déroulant liste l’intégralité des films réalisés par Jean Renoir. Malheureusement, le design n’est pas une réussite.

Blessures par Jean Collet : cette production Opening réalisée par Noël Simsolo permet à Jean Collet de livrer son analyse du Fleuve. Filmé dans un jardin, Collet apporte de nombreuses pistes de lecture au film et revient sur sa genèse. Ses propos sont passionnants et il serait dommage de passer à côté d’un tel témoignage !
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Jean Renoir - Entretiens et Propos -
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