Lors de la Seconde Guerre mondiale, un groupe de cinq pilotes de la RAF atterrit en catastrophe sur le sol français après une escarmouche avec l’aviation allemande. Pas loin de Paris, ils décident de s’y rendre chacun de leurs côtés afin de ne pas éveiller les soupçons ennemis. Ils se donnent rendez-vous dans une Eglise dont le prêtre est un ancien ami du chef d’escadron Paul Lavallier et qui, faisant partie de la Résistance, devrait pouvoir les cacher le temps de leur trouver un moyen de regagner leur contrée. Mais la Gestapo est partout et dès leur arrivée, nos soldats anglais sont repérés et suivis de très près. Il faudra le sacrifice d’une serveuse parisienne, tombée amoureuse de Paul, pour qu’il puisse rallier l’Angleterre. Tel est l’argument de ce mélodrame en temps de guerre. En 1942, les Etats-Unis venaient d’entrer dans le second conflit mondial ; Hollywood ne perd pas de temps et met en chantier de multiples films qui auront pour but de glorifier la résistance au Nazisme, la France occupée devenant ainsi le décor de prédilection pour ce genre de productions. Joan of Paris peut ainsi se targuer d’en être le premier exemple… mais ne peut malheureusement se vanter que de cette primauté historique, la médiocrité de l’ensemble ne l’ayant très logiquement pas fait rester en vue dans les annales du cinéma. La vision de ce film aura au moins eu le mérite de faire reconsidérer aux plus sceptiques le génie de Michael Curtiz. En effet, sur une trame à peu près similaire et avec d’aussi grosses ficelles, il a réussi avec Casablanca un miracle d’équilibre, d’élégance et d’émotion là où Robert Stevenson s’est perdu corps et âme dans un film de propagande romanesque très mal écrit et d’un ennui mortel.

En effet, la platitude des dialogues et de la mise en scène n’a d’égal que le ridicule de nombreuses situations. Alors que les larmes nous venaient aux yeux lorsque la Marseillaise était entonnée dans le chef-d’œuvre de Curtiz, il faut avouer qu’il n’en est pas de même lorsque les enfants d’une école en font de même au cours d’une séquence risible de Joan of Paris. La mort d’Alan Ladd est tout aussi grotesque ainsi que les grandes tirades larmoyantes qui sortent de la bouche d’une Michèle Morgan qui n’a décidément pas eu de chance en s’exilant aux USA. Les scénaristes lui ont concocté un personnage d’une naïveté s’apparentant plus à de la niaiserie, d’autant plus qu’elle voue un culte à Jeanne d’Arc, avec la statuette de qui elle discute le soir avant d’aller se coucher, et qu’elle n’a pas grande opinion de la condition féminine avec l’approbation de ceux qui l’entourent. Ses poses et ses yeux embués constamment levés vers au ciel la rendent vite assez insupportable, et l'on a du mal à trouver crédible l’histoire d’amour la liant à un intelligent chef d’escadron qui continue à la vénérer. Ce dernier est interprété par Paul Henreid, pas spécialement mauvais mais bien plus convaincant dans le Casablanca sus-cité ou dans Une Femme cherche son destin (Now Voyager) d’Irving Rapper. A leurs côtés, un Thomas Mitchell assez terne lui aussi et un Alan Ladd encore tout jeune et n’ayant pas grand chose à faire dans ce film. Heureusement, il reste Laird Cregar (pendant RKO de l’acteur Sidney Greenstreet "bénéficiant" du même embonpoint) pour nous sortir de notre torpeur de temps à autre ; dans la peau de Herr Funk, le chef de la Gestapo, il se révèle assez angoissant. Nous n’attendions certes pas grand chose du futur réalisateur des plus grands succès des studios Disney en matière de films non animés dans les années 60 / 70 (Mary Poppins, Le Fantôme de Barbe-Noire, Un amour de coccinelle, …) mais nous espérions au moins un drame romanesque de l’honnête qualité de son Jane Eyre qu’il réalisera deux ans après. Peut-être trouvera-t-on quelques pépites au sein de sa filmographie encore assez méconnue dans sa première partie mais une chose est certaine, ça ne saurait être ce très mauvais mélo aux dialogues pompeux, plus caricatural qu’émouvant alors qu’il n’a pas lésiné sur les moyens pour tenter de l’être, et que certains séquences de suspense au tout début dans l’Eglise laissait à espérer.

JEANNE DE PARIS (Joan of Paris)

Réalisation : Robert Stevenson
Avec Michèle Morgan, Paul Henreid, Thomas Mitchell, Laird Cregar, Mary Robson, Alan Ladd
Scénario : Charles Bennett & Ellis St Joseph d’après une histoire de Jacques Théry & Georges Kessel
Photographie : Russel Metty
Musique : Roy Webb

Une production : David Hempstead pour RKO
USA - 91 mn - 1942
Les amateurs du film devraient ne pas laisser passer l’occasion de le revoir car le DVD des Editions Montparnasse est tout à fait correct si l'on excepte une compression qui a du mal avec les séquences nocturnes du début se déroulant dans la brume. Sinon, une copie remarquablement propre, bien contrastée et parfaitement définie. Passons rapidement sur une abominable VF refaite récemment qui fait penser que nous regardons un épisode des Feux de l’amour, et apprécions en revanche une piste mono anglaise sans défauts particuliers. En bonus, la traditionnelle introduction de Serge Bromberg qui nous parle du film et des ses à-côtés.
Editions Montparnasse
Zone 2
Format cinéma : 1.37 d’origine
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langue : Anglais Mono 1.0 / Français Mono 1.0
Sous titres : Français
91 minutes
 

Surtout connu en premier lieu pour avoir tenu le rôle de meneurs de revues aux côtés de Ruby Keeler dans de nombreux Musicals hollywoodiens célèbres de la Warner, la plupart réalisés ou chorégraphiés par Busby Berkeley, tels 42nd Street, Gold Diggers of 1933, Footlight Parade, Dick Powell joua ensuite dans un grand nombre de comédies avant de se trouver tout à fait à son aise dans l’imperméable du détective privé créé par Raymond Chandler, Philip Marlowe, quand il tourne en 1944 Adieu ma Jolie (Murder, My Sweet) d’Eward Dmytryk. Sa carrière prend alors une toute autre tournure puisqu’il restera dès lors fidèle à ce nouveau genre de prédilection, le film noir. Même quand il endossera la tenue de Cow-boy dans Station West, ce sera pour une intrigue quasi policière. Sa dernière interprétation marquante, il la trouvera dans le superbe Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful) de Vincente Minnelli en 1952. L’année suivante, il passe pour la première fois derrière la caméra pour mettre en boîte ce Split Second, un suspense scénarisé d’après une histoire de Chester Erskine. Deux dangereux criminels, juste évadés d’un pénitencier en plein désert du Nevada, prennent en otage cinq personnes rencontrés lors de leur cavale (un journaliste, une danseuse de cabaret, un vieux trappeur, une femme et son amant) afin de se protéger contre d’éventuelles poursuites.Rien de bien original à priori, sauf que nos "Bad Guys", pour déjouer les recherches de la police, décident de se rendre avec leurs prisonniers dans une petite ville fantôme isolée où doit avoir lieu le lendemain une explosion atomique expérimentale qui devrait ravager tout ce qui se trouve aux alentours ! Ce terrorisant "paramètre", connu des protagonistes, accentue encore le suspense et les tensions qui règnent durant cette nuit tragique qui se déroule dans un environnement restreint, un quasi huis-clos même, une fois le groupe ayant pris place à l’intérieur d’une des masures de la ville fantôme.

Grâce à ces éléments topographiques inusités superbement mis en valeur par la photographie fortement contrastée de Nicholas Musuraca, à des plans surréalistes comme par exemple cet hélicoptère au milieu d’un décor "westernien", à des dialogues vifs et tranchants et à ce supplément de terreur paranoïaque amené par la menace atomique, pour son coup d’essai, Dick Powell réussit un thriller assez efficace à défaut d’être inoubliable, faute à des personnages assez monolithiques, peu fouillés psychologiquement, et à un casting ne brillant pas par son charisme à l’exception d’Arthur Hunnicutt (vous savez, le pendant de Walter Brennan pour les rôles de vieux grincheux édentés dans les westerns et films d’aventures de l’époque, tenant l’année précédente un rôle à peu près similaire, celui de Zeb dans La Captive aux yeux clairs / The Big Sky de Howard Hawks) et surtout de Stephen McNally. Habitué des rôles de "méchants" dans lesquels il a toujours excellé, détestable dans Johnny Belinda, puis de Winchester 73 d’Anthony Mann à Violent Saturday de Richard Fleischer, il se retrouve logiquement ici dans la peau du nerveux chef des hors-la loi aux fulgurants éclairs de violence. Pourtant, il pourrait s’agir du personnage le plus humain du groupe, celui pour qui nous ressentons presque le plus d’empathie, son attachement à son compagnon d’évasion blessé se révélant assez touchant en même temps qu’intéressant puisque pouvant sembler assez ambigu pour certains, même si je n’irai pas pour ma part jusqu’à parler d’homosexualité latente mais plutôt d’amitié accrue par la traversée commune d’épreuves dangereuses et un certain sens de l’honneur. Un honnête film de série B se terminant par une excitante et vigoureuse séquence d’action au milieu du désert. « Well, let's go see what the world of tomorrow looks like » dira l’un des survivants à l’explosion atomique alors qu’il découvre le "champignon" au-dessus du vaste territoire dévasté. A l’époque où la peur du nucléaire était dans tous les esprits, on imagine aisément l’impact de cette scène. Ironie du sort, le film suivant de Dick Powell, Le Conquérant (dans lequel John Wayne tenait le rôle de Genghis Khan) verra, au cours des années suivantes, l’équipe y ayant participé décimée suite à des cancers déclenchés pour la plupart par des radiations émises suite à des expériences atomiques et encore présentes sur les lieux de tournage.

MEME LES ASSASSINS TREMBLENT
(Split Second)

Réalisation : Dick Powell
Avec Stephen McNally, Alexis Smith, Keith Andes, Jan Sterling, Arthur Hunnicutt, Paul Kelly, Robert Paige, Richard Egan
Scénario : William Bowers & Irving Wallace d’après une histoire de Chester Erskine & Irving Wallace
Photographie : Nicholas Musuraca
Musique : Roy Webb

Une production : Edmund Grainger pour la RKO
USA - 85 mn - 1953
Si la copie proposée manque certes un peu de définition, force est de constater l’honnête qualité de l’ensemble et la plutôt bonne compression. Niveau sonore, une seule piste anglaise de bonne qualité avec sous titres français amovibles. En guise de suppléments, une assez longue introduction de Serge Bromberg qui nous parle avec intérêt de la carrière de Dick Powell, de ses débuts en tant que comédien à son passage à la mise en scène. D’autres DVD de la même fournée seront d’encore bien meilleure qualité mais néanmoins, un bon DVD de la collection Pocket Montparnasse.
Editions Montparnasse
Zone 2
Format cinéma : 1.37 d’origine
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langue : Anglais Mono 1.0
Sous titres : Français
85 minutes

© Dvdclassik.com - Septembre 2008 - laredaction@dvdclassik.com