Dans la catégorie des grands classiques
du western hollywoodien, Warlock possède un
statut particulier. Tantôt on le considère comme un classique
troublant, intelligent et d’une originalité profonde.
Tantôt on en conteste le manque de rythme et la mise en scène
déficiente. Nul doute que ces réticences sont en grande
partie dues aux sentiments peu respectueux qu’inspire le réalisateur
de cette œuvre : Edward Dmytryk. Si certaines des réalisations
de Dmytryk demeurent méconnues comme L’Homme
à l’affut (1952), des films réputés
tels qu'Ouragan sur le Caine (1955) déçoivent
à la re-vision sans parler de projets improbables : un remake
de L’Ange Bleu (1959) ou Shalako
(1968) avec Sean Connery et Brigitte Bardot. Dmytryk a d’autant
moins reçu l’estime de la critique que son comportement
fut peu glorieux, c’est un euphémisme, durant la période
maccarthyste. Ex-embre de la commission d’enquête des
activités anti-américaines, il refusa de répondre
aux questions de cette dernière, mais après une peine
de prison, il renia le communisme et accepta finalement de donner
des noms d’ "ex"-camarades. Il put grâce à
ce revirement, poursuivre sa carrière, mais s’attira
les foudres - bien compréhensibles - des sympathisants de gauche.
Ces réserves posées, il est souhaitable de se rappeler
ceci : durant l’âge d’or du cinéma hollywoodien
(1940-1965), même un cinéaste peu enthousiasmant (ou
supposé tel) était susceptible de tourner un grand film
et de toutes évidences, L’Homme aux colts d’or
en est un. Pourtant, lorsque le film commence, on est en droit de
craindre le pire. Les grosses vedettes n’ont jamais fait un
bon film. La musique de Leigh Harline n’atteint pas les sommets
mais elle deviendra de plus en plus belle, et même bouleversante
dans la scène finale. La situation de départ est archi-conventionnelle
: une communauté apeurée qui réclame un secours
extérieur afin de rétablir la paix. Dans ces conditions,
comment peut-on en arriver à considérer L’Homme
aux colts d’or comme l’un des films de divertissement
les plus étonnants, les plus complexes et les plus puissants
qui soient ?
Des
personnages admirablement campés
La première force de L’Homme aux colts d’or,
c’est un scénario incroyablement riche de Robert Alan
Aurthur ,et c’est tout à l’honneur de Dmytryk de
s’être attaqué à un contenu si dense. Surtout,
les personnages ont une importance considérable, et c’est
pour cette raison qu’il convient de s’attarder sur ce
point précis.
Clay Blaisdell, ‘l’homme aux colts d’or’,
a le visage et la démarche d’un Henry Fonda magistral
qui rend à merveille toute l’ambivalence du personnage.
Accueilli comme le messie, on s’aperçoit bien vite qu’il
n’a rien du sauveur habituel. D’ailleurs, il prévient
dès le jour de son arrivée les citoyens de Warlock "d’abord,
vous êtes content parce qu’il n’y a plus de bagarres.
Et ensuite une chose étrange se produit : vous commencez à
me trouver trop puissant et à me craindre. Pas moi, mais ce
que je représente. Quand cela arrivera , cela voudra dire que
nous aurons trouvé satisfaction mutuelle, et il sera alors
temps pour moi de partir". Habillé de noir quand
s’annoncent des duels sanglants - cela a une lourde signification
quand on se souvient de l’homme tout de blanc vêtu que
Fonda incarnait dans Douze hommes en colère
- Blaisdell est le tueur à gages froid et déterminé
qui n’obéit qu’à ses propres règles
de conduite et pas à la loi. Il apparaît souvent prêt
de ses intérêts et ne rechigne pas à vivre dans
le luxe que lui permet sa rémunération de Marshall.
Tout ceci pourra conduire la ville à ne pas se ‘reconnaître’
en lui. Il a pourtant de (très) bons côtés : il
arrête un lynchage. Il est capable d’attachements profonds,
notamment pour la blonde Jessie Marlowe, qui tombe amoureuse de lui
après s’être pourtant opposée à sa
venue. Enfin, il contribue au rétablissement de l’ordre.
Et les scènes finales montreront une sensibilité extrême
que l’on n’avait pas soupçonnée chez lui...
Blaisdell amène avec lui son plus proche compagnon : Tom Morgan.
Ce dernier est incarné par un Anthony Quinn éblouissant.
De La Strada (1953) de Fellini à L’Héritage
de Mauro Bolognini en passant par Barabbas de Richard
Fleischer, les meilleurs rôles de cet acteur ont obéi
au schéma suivant : un homme peu attachant qui peu à
peu va se révéler plus émouvant que l’image
qu’il donne initialement. Jusqu’à connaître
un destin tragique... Quinn donne une composition – sa prestation
est secondaire, certes mais ce fut le cas de nombreuses performances
au cours de sa carrière - éblouissante, drôle
(grâce à quelques uns des meilleurs dialogues du film),
et courageuse. Morgan est un riche propriétaire de saloon qui
éprouve des sentiments plus qu’ambigus pour Clay.
Les
deux hommes liés par un pacte ‘faustien’, à
la vie à la mort, semblent pourtant extrêmement différents
l’un de l’autre. D’un côté, l’homme
beau et noble et de l’autre, l’estropié cynique
qui tue sans remords. Mais ce qui les rapproche est plus fort que
tout le reste : la même élégance vestimentaire,
le même goût pour le jeu et l’art de la gâchette.
Et surtout le même rejet d’une civilisation moderne qui
commence à s’enraciner.
Et l’on en vient à ce qui fait en grande partie la réputation
de L’Homme aux colts d’or : la relation
homosexuelle supposée entre Morgan et Blaisdell. A certains
égards, on peut se contenter de voir cette relation comme une
amitié virile exacerbée, souvent vue dans le genre western.
Toutefois, difficile de ne pas voir une homosexualité latente
si ce n’est exacerbée, entre Blaisdell et Morgan. Morgan
prend bien soin d’écarter toutes les menaces contre Clay
: les tueurs, et surtout les ... femmes ! Lorsque Blaisdell montre
son amour pour Jessie Malowe, la caméra s’attarde sur
la jalousie, voire la souffrance de Morgan. Morgan arrange tout pour
que Clay apparaisse comme une légende vivante. Lorsque le ‘couple’
s’installe dans la chambre qui lui est réservée,
Morgan choisit les rideaux ou la décoration de la pièce
comme le ferait ...une jeune épouse !! SPOILER
: Morgan ira jusqu’au crime passionnel pendant que Blaisdell
partira de Warlock en veuf inconsolable, sans un regard pour sa douce
Jessie.
Cette liaison est si passionnante qu’elle nous ferait oublier
le beau traitement des autres personnages : Lily (Dorothy Malone),
ex-fille de saloon, arrive à Warlock mais... pour tuer Blaisdell,
coupable d’avoir tué son fiancé, Ben Nicholson.
Visiblement, elle eut une liaison avec Morgan, qui a un portrait d’elle
accroché au-dessus de sa couche. Mais l’amour supposé
s’est changé en haine vengeresse, un sentiment qui culmine
lorsqu’elle lui lance un terrible "comment pourrais-je
t’aimer, pauvre infirme ?". Mais ce personnage lui
aussi gagnera en nuances, en sensibilité et en intensité.
Comprenant que la violence doit s’arrêter, elle renonce
à sa vengeance et demande grâce à Blaisdell pour
l’homme qu’elle aime : Johnny Gannon. (NB :visiblement,
ce personnage était beaucoup plus étoffé dans
le script initial, et des scènes où figure Lily/Dorothy
Malone ont vraisemblablement subi des coupes. La bande annonce américaine
présente sur le dvd zone 1 en témoigne : on y voit Lily
sangloter, ce qui la situe dans un registre différent de toutes
les scènes du montage connu. Cela apportait sans doute au film
et à la profondeur de ce protagoniste :dommage ! Cette image
est reproduite page 294 dans le livre Le Western (Patrick
Brion, La Martinère, 1992).
Johnny
Gannon, ancien membre du gang Mc Quown, mais distant d’eux dès
les dernières images du générique, devient le
shérif du hameau pour tempérer la toute-puissance dangereuse
de Blaisdell. Mais Richard Widmark, a fait de Gannon un personnage
à la fragilité extrême, beaucoup plus encore que
James Stewart chez Anthony Mann. Il porte constamment la culpabilité
de ses années de truand, d’autant que son frère
est resté un hors-la-loi. Payé trois fois rien, il n’est
pas sûr qu’il soit beaucoup plus compétent que
ses très malheureux prédécesseurs, mais il compense
par un courage presque suicidaire. Il met un point d’honneur
à respecter la loi. Ses relations avec Blaisdell sont très
ambiguës, mélange d’admiration, de sympathie et
de méfiance avérée. Par conséquent, si
l’on peut penser que le choix du quatuor Widmark- Fonda- Quinn-
Malone fut choisi pour attirer le spectateur et faire monter les recettes,
force est de constater que les comédiens servent des personnages
à la fois mystérieux et précisément dessinés
grâce à une excellente (voire inattendue) direction des
acteurs, et à une profondeur inouïe dans l’écriture
de chaque rôle. Mais même les rôles beaucoup plus
secondaires sont inattendus : le petit juge qui a toujours raison
mais se montre très antipathique, le chef des méchants
que l’on voit à peine, etc..
Un film qui peut se lire sur de multiples
niveaux :
Le script riche en rebondissements de L’Homme aux colts d’or
retourne tous les clichés du western. Il ne met jamais en avant
les mythes habituels de l’Ouest (pas d’Indiens ici), et
on pourrait aisément voir l’action transposée
dans un autre cadre. Le principal archétype mis à mal
ici, c’est celui du héros de western. Il n’y a
pas de véritable héros dans le film ; du fait aussi
que les personnages vont à l’inverse de ce que l’on
attend d’eux. On croit voir LE héros en Blaisdell mais
ce dernier révèle des aspects plus troubles que prévus.
On croit ensuite tenir en Gannon le héros, mais cet homme naïf
et idéaliste se montre relativement peu attachant. Cette évolution
confirme, s’il en était nécessaire que L’Homme
aux colts d’or n’a rien de l’étude
de caractères figée. La grande modernité du film
opère à un autre niveau en posant une question brûlante
d’actualité : faut-il utiliser les même méthodes
que les tueurs pour faire régner l’ordre et la justice
? Le cliché n°1 qui vise le genre western est renversé
: Warlock n’oppose pas le bon au méchant.
Il oppose le pouvoir charismatique de Blaisdell, remède expéditif
qui se révèle peut-être pire que le mal, au pouvoir
légal de Gannon, qui s’en tient à respecter la
loi écrite. A ce niveau, le film fait penser au futur chef-d’œuvre
de John Ford : L’Homme qui tua Liberty Valance
(1962).
Enfin, L’Homme aux colts d’or dispense
une étonnante réflexion sur la peur. Si aucun vrai héros
ne se révèle dans le film, c’est que chaque individu
est tenaillé par la peur. C’est la peur des habitants
de Warlock, face aux hommes de Mc Quown, peur régulée
par l’arrivée de Blaisdell. C’est la peur de Gannon
et donc de Lily avant les duels mortels. C’est la peur de Morgan
quand un événement menace Clay, etc... Connaissant le
passé de Dmytryk, on est tenté de vouloir donner une
interprétation politique du film, mais le scénario de
L’Homme aux colts d’or ne se laisse pas
réduire aux interprétations toutes faites. On peut le
lire comme une catharsis : à l’image de Dmytryk, Gannon
a rejoint le ‘bon’ camp mais il reste marqué par
la culpabilité. A cet égard, on pourrait croire que
Dmytryk se justifie ici de son passé, et les critiques communistes
ne manquèrent pas d’y voir un hymne au mouchardage et
à la trahison. Or, nous venons de le voir, Gannon - Dmytryk
n’a rien d’un vainqueur. On ne peut pas vraiment dire
que la lâcheté ou la trahison soient montrés sous
un jour très favorable. L’atmosphère du film ressemble
beaucoup à celle du western antimaccarthyste par excellence
: Le Train sifflera trois fois (1952). Et si la ville
consent finalement ici à aider le shérif, elle n’est
pas franchement valorisée, bien au contraire.... En somme,
si Dmytryk, auteur tourmenté de cette œuvre très
sombre, a puisé dans sa peu reluisante expérience, c’est
pour se livrer à une sorte de psychanalyse, qui porte le western
vers des sommets de profondeur et d’ambition.
Une
mise en scène qui aboutit à la tragédie :
On a reproché tout et son contraire à la mise en scène
du film. Christian Viviani pouvait ainsi se plaindre : "Il
est triste de voir comment dans Warlock, sa mise en scène pataude
sabotait un scénario d’une incroyable richesse et comment
Dmytryk se révélait incapable d’équilibrer
les personnages très ambigus de R.Widmark, A.Quinn et H.Fonda"
(Le western, Christian Viviani, éditions Henri Veyrier,
1982). Pourtant, le moins qu’on puisse dire, c’est que
la richesse du scénario transparaît à l’écran
et que les trois personnages ont le droit à un traitement équilibré
comme rarement !! A l’inverse, Alain Carbonnier pouvait écrire
: "parfois ça travelingue et ça contreplonge
un peu partout et pas toujours avec bonheur" (Cinéma
82, n°288, p.95). Il faudrait peut-être finir par se mettre
d’accord !! Surtout que si la mise en scène du film a
un grand mérite, c’est une retenue et un réalisme
appréciables qui contrastent avec un scénario complexe
et parfois excentrique. Certes, Dmytryk n’était pas un
dieu du filmage tel un Walsh ou un Anthony Mann, mais on peut constater
que lui et ses collaborateurs ont fait un travail brillant :
Aussi psychologique soit-il, le film est mené sans temps mort,
et certaines scènes qui semblent conventionnelles (le dîner
entre Gannon et Lily) vont s’avérer passionnantes. Le
scope est utilisé avec bonheur. Cela est évident lors
des scènes de duel, qui sont toute extrêmement brillantes.
La chorégraphie est extrêmement travaillée et
méticuleuse. Dmytryk immortalise une manière alors nouvelle
de filmer les duels dont les origines remontent au Vera Cruz
(1954) de Robert Aldrich. Finis les duels rapides ou les assaillants
ne prennent même pas le temps de se faire face, désormais
les cinéastes vont insister sur l’angoisse pesante qui
précède le coup de feu fatal, ces moments où
tout peut basculer...A cet égard, la scène finale est
exemplaire dans le choix des plans, la montée de la tension...
et l’unique gros plans sur les colts à crosses d’or
du Marshall. Voilà un paradoxe notable : Warlock est réputé
pour sa densité psychologique, pourtant les scènes d’action
sont inoubliables. La photo de Joseph Mac Donald fait des miracles
: aussi bien dans les scènes de jour, qui montrent cette ville
ensoleillée envahie par la poussière, que lors des scènes
de nuit qui montrent la capacité du réalisateur à
instaurer un climat pesant. On touche presque au fantastique gothique,
et est-ce d’ailleurs un hasard si ‘Warlock’ veut
dire en anglais ‘sorcier’ ? L’incendie final, le
déchaînement des éléments comme la poussière
ou la pluie, le côté parfois énigmatique des personnages
renforcent cette impression. Enfin, l’unité de temps,
l’unité de lieu , le climat sombre, la nette prédominance
des intérieurs, l’intensité dramatique qui ne
cesse de s’accroître, apparentent Warlock à la
tragédie. Cette expression peut sembler galvaudée, mais
pas tant que cela, si on tient compte des paroles que Morgan murmure,
ivre sous le tableau de Lily, juste avant de vouloir s’en prendre
à Gannon :
"Tomorrow, and tomorrow, and tomorrow
Creeps in this pretty pace from day to day"
Hélas, ces paroles ne sont pas traduites dans
la VF ni dans les vostf du film, ce qui est bien dommage car il s’agit
de vers extraits de..... Macbeth de Shakespeare (Acte
V, scène 5, vers 18-19). A certains égards, Warlock
est un aboutissement de la fusion entre univers tragique et western,
fusion réussie entre autres par John Sturges (Le Dernier
train de Gun Hill) et Arthur Penn dans Le Gaucher.
A
la croisée des chemins :
Mais L’Homme aux colts d’or, s’il
constitue une tragédie, un essai politique, un récit
psychanalytique, un mélodrame, et plus si affinités,
est aussi un film qui sait vivre avec son temps. Voici une sorte de
florilège du western des années 1950. Le tueur accueilli
comme le messie fait référence à L’Homme
des vallées perdues (Shane , 1953)
de George Stevens. La ville périodiquement déserte marquée
par la lâcheté, ainsi que le geste final de Blaisdell
font penser au Train sifflera trois fois (High
Noon, 1952), de Fred Zinnemann. L’inadaptation de Blaisdell
à la vie moderne évoque celle de Ethan Edwards- John
Wayne dans La Prisonnière du désert de
John Ford. Le climat névrotique, la violence parfois sèche,
la culpabilité et l’obsession pour un passé trouble
renvoient eux à l’univers d’Anthony Mann. Mais
à l’inverse, Warlock se pose en précurseur
en annonçant le futur - italien - du western.
Dans le livre très récent de Christopher Frayling, Il
était une fois en Italie (la Martinière, 2005),
le scénariste attitré de Sergio Leone, Luciano Vincenzoni,
avoue à propos des influences du cinéaste de Il était
une fois en Amérique : "Outre les classiques de John
Ford, notamment La Chevauchée fantastique
et La Prisonnière du désert, il y avait
L’Homme aux colts d’or avec Henry Fonda,
Widmark et Anthony Quinn. Celui-là était son film préféré.
Il le connaissait par cœur". Cette confession, donnée
également par Leone lui-même dans d’autres interviews,
est pourtant peu exploitée par les exégètes léoniens,
qui citent rarement Warlock pour expliquer les sources du western
spaghetti !! En revoyant Warlock, on peut percevoir
tout ce qui a pu impressionner Leone : la violence inhabituelle pour
l’époque, la vision noire de l’humanité,
le caractère énigmatique des individus, la manière
de filmer des duels, parfois tronqués, le mélange entre
détails baroques et détails réalistes, tels la
poussière (rouge) qui recouvre tous les personnages, etc...
Surtout, Henry Fonda, idole de Sergio Leone, annonçait nettement
chez Dmytryk ses prestations italiennes, éloignées de
l’emploi de défenseur absolu du bien. Christian Viviani
a défini cette capacité du grand acteur à se
remettre en question : "Ce mercenaire mélancolique,
c’est aussi le rôle qu’il jouait dans Warlock, l’homme
aux colts d’or qui louait ses services aux villes en détresse
et qui était le point focal d’un réseau de haines
et de jalousies (..) Ce désenchantement est le trait personnel
d’Henry Fonda, un acteur avant toute
chose,
et non un mythe à la John Wayne, n’a jamais manqué
de conférer à ses créations. C’est la première
grande star masculine à s’être moquée de
préserver son image".
Leone retiendra cet enseignement quand il emploiera Fonda. Il donnera
le côté sombre de Blaisdell à l’épouvantable
Frank de Il était une fois dans l’Ouest : une tenue sombre,
une paire de colts en... or et l’envie de faire chuter cruellement
un infirme. Le Jack Beauregard de Mon Nom est Personne aura
lui droit au côté noble de Blaisdell : un pistolero vieillissant,
anachronique même, qui doit s’adapter à un monde
nouveau. Mais son fan n°1 ne s’appellera plus alors Morgan
mais ... Personne. Par voie de conséquence, on retrouvera le
parfum de Warlock dans l’œuvre du fils spirituel de Leone,
Clint Eastwood et surtout dans le testament de ce dernier : Impitoyable
(1992), le plus crépusculaire des westerns crépusculaires.
En somme, L’Homme aux colts d’or
est un peu par son intensité dramatique, la richesse
de son scénario, sa capacité à mettre en scène
tous les clichés imaginables pour tous les retourner ou les
transcender, l’équivalent de ce que Comme un
torrent de Vincente Minnelli fut au mélodrame, avec
un Anthony Quinn au destin ‘shirleymaclainien’.
J’espère avoir su profiter de l’occasion qui m’était
donnée de mettre un coup de projecteur sur ce film à
la fois culte et/car méconnu, et j’espère avoir
donné au plus grand nombre l’envie de (re) voir ce film
fétiche, en souhaitant qu’il ait droit à d’autres
analyses et d’autres dithyrambes.