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Une
modeste troupe de théâtre ambulant arrive, pour s’y
produire, dans un petit port isolé du sud du Japon. Autrefois,
Komajuro (Ganjiro Yakamura), le directeur et acteur principal de la compagnie,
avait eu une aventure avec Oyoshi (Haruko Sugimira), une habitante du
village dont il eut un fils, Kiyoshi (Hiroshi Kawaguchi). Aujourd’hui,
après douze ans d’absence, le vieil acteur souhaite ardemment
les revoir tous les deux. Kiyoshi le croit être son oncle, ses parents
lui ayant toujours caché la vérité. Sumiko (Machiko
Kyo), la vedette féminine de la troupe et actuelle maîtresse
de Komajuro, découvre le secret de son amant et, jalouse, décide
de se venger. Pour ce faire, elle demande à la jeune et jolie comédienne
Kayo (Ayako Wakao) de séduire le fils afin de le détourner
de son père. Ce dernier ne veut pour rien au monde que son rejeton
suive sa voie et devienne à son tour un acteur médiocre
et endetté. Les deux jeunes gens vont malgré tout tomber
amoureux alors que la troupe subit des échecs cuisants… |
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Dans Herbes flottantes (le nom que les japonais
donnent à ces petites pièces de Kabuki sans importance),
beaucoup de séquences sont reprises à l’identique
du film muet mais l’intrigue est transposée à
l’époque contemporaine du tournage (alors que le réalisateur
avait pensé tout d’abord la faire se dérouler
à l’ère Meiji) et se révèle moins
elliptique et moins dramatisé, même si plus amer. Outre
le fait qu’il ait été tourné pour un
autre studio que la Shochiku, ce deuxième film en couleur
Mais que les fidèles se rassurent, ce drame sentimental et familial reste néanmoins dans la droite ligne des ses œuvres précédentes, plus mordant peut-être mais toujours mélancolique et léger, passant de l’humour au drame sans à-coups, avec simplicité et fluidité, et dégageant la même simplicité apparente. Le rythme interne par plans fixes et longues séquences est toujours de la partie, on retrouve les fameux champs/contrechamps lors des scènes dialoguées ainsi que les fameux plans de coupe de nature morte ou vivante ayant pour effet de nous faire ressentir un semblant de sérénité poétique ; l’humour (trivial la plupart du temps) est plus que jamais présent, même si le film n’est pas franchement une comédie comme l’était Bonjour (on citera "l’arrêt pipi" au tout début du film, les séquences chez le barbier, celle du cabotin se faisant passer pour Toshiro Mifune, celles montrant trois acteurs de la troupe aller se saouler auprès des compagnes de rencontres dont l’une édentée et peu avare de ses charmes…) ; la musique est plus guillerette que jamais (on ne cessera de dire que Tati et Ozu ont dû s’inspirer l’un l’autre dans les années 50) ; le travail sur la couleur est remarquable, le cinéaste parsemant avec grâce ses plans de petites touches de couleurs pétillantes (rouges ou vertes) au milieu d’un ensemble plutôt pastel ; le minimalisme de la mise en scène n’est toujours pas synonyme de fainéantise ou d’incompétence, comme on l’a trop souvent entendu dire (voire à ce propos des séquences plastiquement superbes comme celle de la dispute sous la pluie). Ozu éprouve toujours une tendresse immense pour son "petit monde" attachant pourvu d’autant de qualités que de défauts. Enfin, les préoccupations et thèmes chers à son cinéma sont toujours au centre des intrigues : les relations intergénérationnelles, l’attention porté par les parents sur l’avenir de leurs enfants, les petits bonheurs trouvés dans la boisson pour oublier les ennuis quotidiens...
Par rapport au film original, les personnages évoluent.
La jeune actrice qui doit séduire le fils de son directeur
est bien plus audacieuse et émancipée ; le jeune homme,
plus intelligent et réfléchi se montre envers son
"oncle" bien moins sentimental et bien plus dur dans ses
paroles, n’hésitant pas à lui avouer qu’il
a trouvé son jeu théâtral lourd et qu’il
le trouve "non progressiste".
Pour ce rôle malaisé et difficile à faire aimer, Ganjiro Yakamura est remarquable et nous ferait presque venir les larmes aux yeux lorsqu’il se retrouve seul et désemparé après la dislocation de sa troupe. Sumiko le prend elle aussi en pitié et, ne lui tenant pas rigueur des violences qu’il lui a fait subir et du fils caché qu’il a eu avec une autre, vole une fois de plus à son secours en lui proposant de rester avec lui et d’essayer de recommencer une vie commune. Ozu, avec sa compassion habituelle et son intelligence de ne pas juger ses personnages malgré leurs vices, offre ainsi au couple que Ganjiro Yakamura forme avec Machiko Kyo une de ses séquences finales dont il a le secret, ô combien émouvantes ! Donald Richie, grand spécialiste du cinéaste, la décrit ainsi : « a kind of resigned sadness, a calm and knowing serenity which maintains despite the uncertainty of life and things of this world. » En même temps qu’on voit ce vieux couple se reformer, l’on assiste à la naissance d’un amour sincère entre les deux jeunes gens. Le vieux cinéaste croit donc en la possibilité de l’amour dans le couple même si, dans certains de ses opus précédents, il semblait circonspect à ce sujet, le nombre des mariages arrangés ne facilitant alors pas les choses. C’est donc un Ozu plutôt optimiste qui clôt Herbes flottantes qui, si, émotionnellement parlant, n’atteint pas les sommets que représentent Printemps tardif ou Eté précoce, et même si parfois le scénario aurait tendance à être un peu lâche avec quelques problèmes de rythme, n’en demeure pas moins un film superbe qui ne dépareille aucunement dans cette filmographie presque sans failles.
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Image : Au vu des captures que l’on peut trouver sur DVDBeaver, la copie proposée par MK2 se rapproche, niveau colorimétrie, malheureusement plus de celle de Artificial Eye que de celle du Critérion ; les couleurs manquent en effet singulièrement de mordant. Kazuo Miyagawa, le chef opérateur, n’a certes pas cherché à faire du Technicolor flamboyant mais, au vu de la qualité du Critérion, la copie se révèle néanmoins un peu fade et la compression se fait visible quoiqu’assez discrète (les arrières fonds et les cieux sont juste parfois mouvants.). La définition est un peu douce. En revanche, la propreté du Master est au rendez-vous et, malgré les défauts relevés plus haut, l’ensemble est quand même tout à fait honorable. Pour une comparaison avec d’autres DVD français, celui d’Herbes flottantes se situe dans la lignée des Ozu en couleurs édités par Arte. Son : Si le générique nous laisse présager le pire, et que les premières séquences semblent les plus abîmées niveau sonore, ça s’arrange par la suite et la piste s’avère satisfaisante aussi bien concernant la clarté des dialogues que le dynamisme de la musique et des bruits de fond. Rien d’extraordinaire mais un rendu amplement suffisant. |
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![]() Avec des images du film défilants en arrière-plan, une Préface de Charles Tesson nous parlant pendant dix minutes de la genèse d’Herbes flottantes, des différences entre les deux versions, des acteurs, etc., avec moult anecdotes à la clé. Vraiment très intéressant même s’il exagère le côté sombre et cruel du personnage principal qu’il nous ferait presque passer pour un "monstre". Les scènes commentées d’une durée de 30 minutes nous apprennent ou nous rappellent quelques motifs et thèmes récurrents du cinéma d’Ozu. Mais, comme souvent avec ce genre d’exercice, elles sombrent parfois dans la surinterprétation et les "procès" d’intention. Bref, nous sommes tour à tour captivés et agacés mais la passion du journaliste fait, la plupart du temps, passer la pilule. Nous ne nous plaindrons donc pas plus longtemps de la présence de ce type de bonus, les analyses de séquence demeurant de bien belles leçons de mise en scène. |
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