Après avoir assassiné un mandarin, un homme se laisse capturer. Présenté devant un juge, il déclare vouloir passer aux aveux pour rétablir la vérité historique. Bien des années auparavant, il formait une bande de bandits de grands chemins avec un ami et l’épouse de celui-ci. Ils firent un jour la connaissance d’un guerrier qui leur proposa de se joindre à lui pour former une armée. Une association fructueuse, jusqu’à ce que l’amour s’en mêle…
Frères de Sang
(Chi Ma)
Réalisé par Chang Cheh
Avec David Chiang, Ti Lung, Chen Kuan Tai, Ching Li
Scénario : Chang Cheh
Musique : Yung-Yu Chen
Photographie : Mu-To Kung
Chorégraphie : Liu Chia-liang, Tang Chia
Hong-Kong - 118 mn - 1973

Historiquement, Frères de Sang se situe au cœur de la période la plus prolifique de Chang Cheh ; pas moins de six de ses films sortiront cette année-là. En pleine possession de ses moyens cinématographiques - il a déjà signé, entre autres la Trilogie du Sabreur Manchot dont le dernier volet, La Rage du Tigre, est un classique absolu du wu xia pian -, le réalisateur s’inspire ici d’un fait historique. Comme le souligne William Lee dans son dossier, Chang Cheh rompt ici avec une tradition : c’est en effet la première fois qu’un film montre des héros rejoindre l’armée d’occupation mandchoue sous le règne de la dynastie Qing. Il donnera ainsi naissance à ce qu’on a appelé le ‘film à nattes’. Rupture également avec une tradition esthétique : mis à part quelques séquences, l’essentiel du film est tourné en extérieur et en décors réels.

Chang Cheh s’intéresse peu à la spiritualité des arts martiaux, se passionnant bien plus pour la psychologie de ses personnages et leurs conflits - il a d’ailleurs souvent coutume de laisser le soin de regler les séquences d’action à ses chorégraphes. En ce sens, il est l’un des réalisateurs de kung fu pian les plus accessibles au public occidental. Si par le passé Chang Cheh nous avait offert des combats de proportions épiques - on citera, entre autres, le final de La Rage du Tigre -, l’action est cette fois-ci beaucoup plus intimiste. Le réalisateur ne s’intéresse pas tant aux bouleversements politiques agitant le pays qu’à leurs répercussions sur les hommes : comment peut-on concilier l’accession au pouvoir et la fidélité à ses engagements ? Une thématique que John Woo, alors jeune assistant réalisateur, réutilisera dans son magnifique Une Balle dans la Tête.

Frères de Sang témoigne également de la rupture d’une tradition en vigueur à la Shaw Brothers : alors que le wu xia pan est en principe d’inspiration féministe, Chang Cheh se consacre essentiellement à ses héros masculins, et fait même du personnage interpreté par Ching Li le facteur qui va déclencher le drame, même si elle n’a bien entendu rien d’une Lady Macbeth. Chang Cheh ne s’intéresse guère aux histoire d’amour, seuls l’honneur, la trahison et l’amitié trouvent un intérêt à ses yeux. Et cette thématique est merveilleusement véhiculée par l’interpretation de Ti Lung qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles : à la fois compagnon fidèle et traître en puissance, il sait rendre avec subtilité toute l’ambiguïté de son personnage.

Revoir Frères de Sang dans des conditions quasi-optimales, c’est aussi se souvenir d’un temps où les scènes de combat n’étaient pas forcément sur-découpées. Certes, le fait que les interprètes soient aussi des pratiquants confirmés autorise le metteur en scène à montrer les affrontements en longs plans, permettant ainsi au spectateur de contempler les mouvements dans leur ensemble sans devoir se contenter de l’amorce des gestes : le combat retrouve du sens, et la chorégraphie martiale s’intègre naturellement au récit au lieu d’être une pause dans la narration. On constate de même que la mise en scène de Chang Cheh n’a rien perdu de sa nervosité encore aujourd’hui. Et si certains se plaindront du trop grand nombre de zooms, on y verra une passerelle supplémentaire entre le cinéma d’arts martiaux hongkongais et le western spaghetti italien, une même approche ‘impure’ de la mise en images, une même sensualité dans le filmage des corps : voir à ce titre les gros plans sur le visage de David Chiang lors du supplice final.





Image
: Tous ceux qui ont découvert les films de la Shaw Brothers dans des copies de copies de VHS locatives René Château vont avoir un choc. On cherche en vain le moindre défaut sur un master parfait aux couleurs éclatantes, même si certains regretteront un léger lissage dû à la restauration. Ajoutons à cela un ‘Shawscope’ respecté et magnifié par le transfert 16/9 - un très gros plus par rapport à l’édition Celestial en Zone 3. La compression est parfois mise au défi par certains zooms et panoramiques, mais dans l’ensemble s’en sort sans trop de problèmes.

Son : Là encore, oubliez les vieux doublages français réalisés par des adeptes de Michel Leeb, on peut enfin apprécier la piste en mandarin dans son mono d’origine. Un piste claire, sans saturation, en un mot satisfaisante.

Wild Side Vidéo
126 mn
Zone 2
Chapîtrage animé
Format cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Italien Dolby Surround / Anglais Dolby Surround
Sous titres : Français
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- Présentation de John Woo - 3 mn : le cinéaste hongkongais parle brièvement de Chang Cheh, dont il fut l’assistant durant un an et demi. Outre qu’il confie que Frères de Sang fait partie de ses films préférés - il saura s’en souvenir lorsqu’il réalisera Une Balle dans la Tête -, il explique en quoi ses films l’ont influencé, notamment dans la façon de traiter les séquences d’action comme des scènes de danse.

- Entretiens :

- Il Etait une fois Chang Cheh - entretien avec Sam Ho - 13 mn : interviewé par Frédéric Ambroisine, le critique tient des propos assez pertinents sur la spécificité de Chang Cheh dans le cinéma des arts martiaux, en particulier son rapport aux personnages féminins et sa manière de montrer les combats. Synthétique et intéressant.

- Portrait de Ti Lung - 9 mn : interviewé dans ce qui ressemble à la version hong kongaise de ‘Fan De’ montée à la hache, l’acteur revient brièvement sur sa carrière. L’ensemble n’offre que peu d’intérêt.

- Bande-annonce : il ne s’agit pas de la version d’origine, mais d’un film annonce récent sans doute monté par Celestial. La qualité d’image est équivalente à celle du film.

- Galeries photos et affiche :

- Affiche imprimable.

- Galerie : 10 photos tirées du film, également imprimables.

Sur la page des bonus, une icône invisible située en bas vous mène vers les crédits de la fabrication de ce DVD.

Bonus cachés : sur la page d’accueil, cliquez sur le logo Wild Side, et vous accéderez aux bandes annonces de trois autres films de Chang Cheh, 2 Héros, Le Trio Magnifique et Le Retour de l’Hirondelle d’Or.

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