Ceux pour qui le Musical rimerait seulement avec élégance, délicatesse et intelligence (Vincente Minnelli pour faire plus court) peuvent détourner les talons et fuir au plus vite. Car Bathing Beauty est au contraire un monument ‘kitchissime’ de mauvais goût assumé à tous les niveaux. Dire qu’il aura fallu sept scénaristes pour arriver à pondre ce script est peut-être d’ailleurs le gag le plus drôle du film. Se rendront vite compte pourquoi, ceux qui ne sont pas effrayés par l’humour pachydermique de Red Skelton, les sourires ‘colgates’ et figés d’Esther Williams, les nombreuses chansons sud américaines vociférées par Carlos Ramirez et jouées par Xavier Cugat, les multiples airs virtuoses jouées par la trompette endiablée d’Harry James, les leçons d’orgue électronique octroyées par Ethel Smith, etc...

Ceux qui ont réussi à passer l’épreuve de cette énumération et qui demeurent toujours en notre compagnie ne devraient pas regretter de s’être rendus à ce bal grotesque puisque le chef d’orchestre de ce divertissement, destiné avant tout à soutenir le moral des troupes américaines pendant la Seconde Guerre mondiale, n’est autre que George Sidney, réalisateur qu’il faut absolument continuer à réévaluer, la preuve flagrante de son talent éclatant une nouvelle à la vision de ce Bal des sirènes au pitch pourtant aussi ténu que la grâce et la finesse d’un Red Skelton en tutu dansant Casse-noisette, un papier de bonbon collé aux pointes ! A ce propos, son numéro, aussi lourd soit-il, est, avouons-le sans honte, franchement hilarant (c’est tout de même Buster Keaton qui serait à l’origine de nombreux gags). L’histoire est tellement lâche que d’innombrables interludes musicaux viennent la court-circuiter à la moindre occasion. Qu’à cela ne tienne, l’homme qui réalisera plus tard des chefs-d’œuvre aussi mémorables que Kiss me Kate, Les Trois mousquetaires ou Scaramouche s’en donne déjà ici à cœur joie. Sa mise en scène débridée et constamment inventive s’avère brillante et atteint une sorte d’apothéose lors du fameux ballet nautique final. Il se permet ici (comme déjà dans d’autres numéros auparavant, notamment ceux du trompettiste Harry James) des mouvements de caméra et de grue, des raccords, des travellings absolument étonnants. Il fallait oser ; Sidney a très bien fait de foncer tête baissée sans peur du ridicule et de nous offrir une comédie musicale aussi dynamique. A ce niveau de kitsch, ça en devient carrément jouissif d'autant plus que la palette de couleur d’Harry Stradling éclabousse l’écran nous en mettant plein les mirettes, et qu’Esther Williams est décidément toujours aussi belle. That’s Entertainment !

LE BAL DES SIRENES (Bathing Beauty)

Réalisation : George Sidney
Avec Esther Williams, Red Skelton, Basil Rathbone, Will Goodwin
Scénario : Dorothy Kingsley, Allen Boretz, Frank Waldman Joseph Schrank
Photographie : Harry Stradling
Musique : Johnny Green
Une production : Metro Goldwin Mayer
USA - 97 mn - 1944
Un transfert la plupart du temps étincelant, le Technicolor venant briller de mille feux sur nos téléviseurs, superbement contrasté, parfaitement défini et d’une remarquable propreté. Reste pourtant quelques minutes de ratés dans cette restauration, les trois bandes du Technicolor ayant parfois du mal à se superposer et nous donnant un effet de flou assez désagréable mais qui ne dure heureusement pas très longtemps. Nous trouvons aussi quelques plans abîmés et présentant des variations de colorimétrie, mais vraiment rien de bien grave. L’unique piste sonore est anglaise et, si elle a parfois tendance à saturer, le travail de restauration est dans l’ensemble épatant : la musique pétarade et les dialogues sont bien claires. Comme dans la plupart des DVD de la collection Légendes du cinéma, aucun supplémen tà se mettre sous la dent et une jaquette d'une laideur comme ce ne devrait pas être permis !
DVD Warner
Zone 2
Format cinéma : 1.33 d’origine
Format vidéo : 4/3
Couleur
Langue : Anglais
Sous titres : Français
97 minutes
 

La Fosse aux serpents eut un formidable retentissement en son temps puisque ce fut le premier film d’envergure à aborder de front, et en tant que sujet principal, le thème délicat de la folie. Il fit donc sensation tant auprès de la critique que du public et fut même, modestement, un objet de scandale tant le scénario était audacieux pour l’époque. Alfred Hitchcock avec Spellbound et Fritz Lang avec Le Secret derrière la porte avaient préalablement défriché le terrain mais ils avaient tous deux abordé la psychanalyse par l’intermédiaire du thriller psychologique. Lorsqu’Anatole Litvak propose au ponte de la Fox, Darryl F. Zanuck, de porter à l’écran le roman autobiographique de Mary Jane Ward, écrivain ayant passé sept ans dans un asile psychiatrique, le producteur accepte le jour même car la psychanalyse était alors à la mode, et que jamais film ne s’était penché directement sur la question. Trois psychiatres furent de la partie pour conseiller le cinéaste et ses scénaristes, ces derniers allant même passer trois mois dans un asile pour observer les malades. Les acteurs eurent à se documenter sur ce ‘microcosme’ et Olivia De Havilland rencontra même une schizophrène, dont les problèmes et les relations avec son médecin étaient à peu près les mêmes que celui de son personnage dans le film.

Bref, le sérieux était de rigueur dans la préparation de cette œuvre qui raconte l’histoire d’une jeune mariée qui, victime d’une dépression nerveuse, perd la notion du temps et ne reconnaît même plus son époux. Internée dans un hôpital psychiatrique, elle est suivie par le docteur Kik qui, après les traditionnels électrochocs, décide de la soigner autrement, en essayant de la faire parler pour lui faire retrouver la mémoire et découvrir d’où vient son traumatisme... Si techniquement, Litvak est un cinéaste consciencieux et très professionnel, sa mise en scène demeure bien trop sage, et son film un brin poussiéreux a du mal à nous passionner encore aujourd’hui. Même s’il se suit sans spécialement nous ennuyer, il ne nous convainc non plus jamais vraiment. Voulant courir trop de lièvres à la fois sans en approfondir aucun, survolant superficiellement l’évolution d’une cure psychiatrique, les relations de la patiente et de son docteur, la description d’un asile, etc., Litvak finit par plus ou moins échouer sur tous les tableaux. Rien de déshonorant cependant ; l’ensemble est intéressant et les interprètes (Olivia de Havilland en tête même s’il est permis de la préférer dans ses rôles plus légers aux côtés d’Errol Flynn) font bien leur travail. Mais, faute aussi à une construction pataude abusant de flash-back et de voix off, le courant ne passe pas vraiment. Là où l’atmosphère aurait mérité de se faire dense et étouffante, l’académisme ambiant nous la rend juste un peu terne et au final, nous avons du mal à ressentir de l’empathie pour les différents personnages. Reste une image marquante, le fameux travelling montant en plongée sur la salle d’hôpital se transformant en la fosse aux serpents du titre.

LA FOSSE AUX SERPENTS (The Snake Pit)

Réalisation : Anatole Litvak
Avec Olivia De Havilland, Mark Stevens, Leo Genn, Celeste Holm
Scénario : Millen Brand et Frank Partos d’après le roman de Mary Jane Ward
Photographie : Leo Tover
Musique : Alfred Newman
Une production : 20th Century Fox
USA - 108 mn - 1948

Que les amoureux du film se rassurent, le DVD Opening est quasiment irréprochable. La copie est d’une grande propreté, bien contrastée, bien définie et la compression invisible lui rend parfaitement hommage. Niveau sonore, présence d’une VF d’époque qui efface un peu les bruits d’ambiance, et une VO qui ne souffre d’aucun véritable défaut même si un léger souffle peut parfois se faire entendre. Niveau interactivité, une bonne présentation du film par Noël Simsolo, une filmographie d’Olivia de Havilland et surtout un entretien de Martin Winkler (médecin et écrivain, auteur de La Maladie de Sachs) de plus d’une demi-heure au cours duquel il parvient à nous rendre communicative sa passion pour le film. Franchement passionnant. Bref, les admirateurs du film n’ont pas à hésiter une seconde !
DVD Les Films de ma vie
Zone 2
Format cinéma : 1.33 d’origine
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langue : Anglais et français mono
Sous titres : Français
103 minutes
 

En 1889, le Président Benjamin Harrison ouvre les portes d’un état jusqu’alors inhabité par les blancs : s’ensuit la fameuse ruée vers l’Oklahoma, étonnante course au lopin de terre organisée par les Etats-Unis afin que les colons choisissent un endroit où s'installer dans ce territoire encore désert dont on vient de déloger les Indiens. Cimarron est un film, s’inscrivant dans la tradition du roman fleuve américain (ceux justement d’Edna Ferber comme par exemple Géant), chroniquant un pan de l'histoire politique et culturelle des USA. Ici, celui de l’Oklahoma étalé sur quarante ans, de 1889 à 1929, à travers l’explosion puis la croissance d’Osage, une ‘Boom Town’ ayant atteint les 10 000 habitants en seulement six semaines, et au regard de la vie et des démêlés sentimentaux d’une famille de pionniers qui arrive dans cette ville champignon dès son éclosion, les Cravat. Yancey Cravat est un riche aventurier préférant quitter sa paisible vie à Wichita pour fonder un journal dans cette ville nouvelle. Durant son existence, envers et contre beaucoup (y compris son épouse élevée dans un milieu bourgeois, et ayant gardé de son éducation des principes rigides), il défendra tour à tour les Indiens spoliés à qui il veut donner la citoyenneté et les prostituées mises au ban de la société, prendra sous sa coupe un Juif, acceptera une bru indienne et finira par mourir dans le dénuement après avoir sauvé un ouvrier. Un très beau personnage de fondateur énergique et plein de vitalité, à l’aide duquel le réalisateur se sert pour nous délivrer un message de tolérance au milieu d’une ère qu'il décrit comme plutôt violente, raciste et despotique. De nombreuses scènes d'anthologie comme la célèbre séquence de la ruée, l'improvisation du journaliste en pasteur d'un soir, le procès de la prostituée, l’attaque de la banque... ; à côté de ces séquences spectaculaires et de quelques éléments sentimentaux et mélodramatiques assez bien menés (le fils décidant d'épouser une indienne malgré le désaccord de sa mère ; la solitude de l’épouse alors que le mari n’a pas pu résister à l’appel d’une nouvelle ruée vers l’inconnu…), un aspect documentaire loin d'être évacué et au contraire passionnant. Ruggles s'attarde avec talent sur des images de cette 'naissance' et de cette 'croissance' non dénuées de poésies et de grandeur. Chaque nouvelle période est annoncée par un plan d’ensemble de la ville en plongée montrant son mouvement et son évolution ; on la voit ainsi sous nos yeux se bâtir, grandir, évoluer.

Cimarron
débute par la fameuse séquence de la course reprise par Anthony Mann en 1960 dans son remake homonyme. Comme attendu, cette scène est assez ébouriffante, mais pourtant moins spectaculaire qu’une autre quasi identique dans Trois sublimes canailles (Three Bad Men) de John Ford cinq ans plus tôt. C’est d’ailleurs là que se situent les limites de l’épopée de Wesley Ruggles ; il a beau ne pas être dénué de talent, il ne possède cependant pas le sens du cadre et de l’image qu’avaient John Ford ou Raoul Walsh, ni la chaleur du premier ou la vitalité du second. Ils réalisèrent d’ailleurs deux autres films épiques avant lui, respectivement Le Cheval de fer (The Iron Horse) et La Piste des géants (The Big Trail) ; stylistiquement et esthétiquement parlant, le mélo westernien de Ruggles fait pâle figure à leurs côtés. Il est loin d’être déshonorant pour autant et demeure même l’un des westerns les plus intéressants de la décennie, puisque le genre n’acquerra ses lettres de noblesse qu’en 1939 avec l’arrivée d’une dizaine d’excellents films en même temps dont Arizona du même Wesley Ruggles. Mention spéciale à Richard Dix, acteur aujourd’hui méconnu, et à Irene Dunne dont c’était seulement le deuxième rôle. A signaler pour terminer qu’avant Danse avec les loups en 1990, Cimarron aura été le seul western à recevoir l’Oscar du Meilleur Film.

LA RUEE VERS L’OUEST (Cimarron)

Réalisé par Wesley Ruggles
Avec Richard Dix, Irene Dunne, Estelle Taylor, Nance O’Neil
Scénario : Howard Estabrook d’après le roman d’Edna Ferber
Photographie : Eddie Cronjager
Musique : Max Steiner
Une production RKO

USA -124 mn - 1931

Un master qui a subi les outrages du temps, que ce soit au niveau visuel ou sonore. La copie est très sale, constamment minée de rayures, griffures, bandes verticales et autres ; cependant bien contrastée, correctement définie et impeccablement compressée, en vu de l’âge du film, les conditions de visionnage restent tout à fait acceptables. La piste sonore anglaise est très abîmée et son souffle est parfois aussi fort que les dialogues ; ce qui ne nous empêche pas d’avoir néanmoins ces derniers relativement clairs. En suppléments, The Devil’s Cabaret de Nick Grindé, un court métrage musical et humoristique en couleur de 1930 narrant l’histoire d’un Satan cherchant à attirer plus de monde dans son enfer, le trouvant alors trop peu fréquenté, et Red-Headed Baby, un cartoon en noir et blanc datant lui aussi de 1930.
DVD Warner
Zones 1,2,3,4 NTSC
Format cinéma : 1.33 d’origine
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langue : Anglais
Sous titres : Français / Anglais / Espagnol
124 minutes

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