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Londres,
fin des années 40. Harry Fabian (Richard Widmark) est rabatteur
pour Phil Nosseross (Francis L. Sullivan), patron du cabaret londonien
le Silver Fox. Mary Bristol (Gene Tierney), sa compagne, travaille aussi
dans le Club en tant que chanteuse, attendant de pouvoir mener la vie
plus décente que lui promet Harry tous les jours. Ce dernier rêve
de monter une affaire qui lui apporterait gloire et fortune. Des projets
grandioses, il en imagine à la pelle mais aucun n’aboutit.
A l’occasion d’une de ses ‘tournées’ de
la ville, il rencontre Gregorius (Stanislaus Zsbysko), ancien champion
de lutte gréco-romaine. Le vieil homme est en train de fustiger
son fils, Kristo (Herbert Lom), lui reprochant de proposer des combats
‘commerciaux’ indignes de cet art. Harry pense avoir enfin
trouvé une affaire florissante en organisant ses propres combats
avec Gregorius
; avec le père dans sa manche, il espère pouvoir contourner
le monopole qu’exerce Kristo en ce domaine dans la capitale britannique.
Mais ce dernier n’entend pas aussi facilement qu’on le concurrence...
Pour financer son idée, Harry se sert de l'argent que lui a confié
Helen Nosseross (Googie Withers) et qui devait servir à acquérir
l'obtention d’une licence pour l’ouverture de son propre cabaret,
projet qui lui aurait enfin permis de quitter un mari qu’elle ne
supporte plus. La jalousie de Phil Nosseross et d’autres grains
de sable vont bien vite enrayer ce bel engrenage qui paraissait vouloir
définitivement apporter à Harry la reconnaissance qu’il
recherchait en vain. En l’espace d’une nuit, il devient un
fugitif dont la tête est mise à prix, piégé
par ses ex-amis et traqué par la pègre londonienne… |
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Le
Générique se déroule avec en arrière
fond des images nocturnes de Londres. La voix d’un narrateur anonyme
s’élève : “The Night in the City... The
Night is Tonight…The City is London…”
Londres ! Toile de fond mais aussi personnage à part entière
comme le fait pressentir le titre original. Jules Dassin s’était
déjà fait la main en tournant The Naked City
et Thieve’s Highway presque entièrement
en décors naturels, utilisant avec une grande maestria ce que
pouvaient lui apporter les ‘personnalités’ typiques
des villes de New York et de San Francisco qui étaient déjà
des entités à part entière dans ces deux oeuvres.
Par sa description minutieuse des lieux réels dans lesquels se
déroulaient ses péripéties, Dassin apportait une
touche de réalisme jusqu’alors à peu près
absente du film noir si l’on excepte les films de Henry Hathaway).
Avec Night and the City, Jules Dassin ne fait que poursuivre
l’expérimentation entamée aux USA (déjà
sous l’égide de la Fox) et la capitale britannique se dévoile
pour la première fois sous un jour totalement différent
de celui cossu et anachronique souvent montré par le cinéma
américain et anglais de l’époque. Une Londres labyrinthique,
véritable toile d’araignée d’allées
sombres, d’escaliers, d’appartements minuscules et poussiéreux,
d’arrières cours inquiétantes, etc., dans laquelle
évolue toute une faune bigarrée et menaçante de
musiciens des rues, faux mendiants, vendeurs à la criée,
petits malfrats, trafiquants et voleurs, entremetteurs, rabatteurs et
consorts. Plutôt que les maisons bourgeoises londoniennes et le
quartier des affaires, Dassin situe son intrigue au bord des quais respectivement,
de la Tamise, dans les quartiers populaires du West End et, s’il
lui arrive d’utiliser des endroits plus célèbres
comme Trafalgar Square ou le Chelsea Bridge, c’est pour de brefs
instants et en plein jour. Le Un protagoniste principal qui court dans ces rues nocturnes et désertes,
dévale les escaliers, se retourne... Il fuit. Gros plan sur son
visage qui reflète l’inquiétude. Il a l’air
d’être poursuivi et pourtant, il prend le temps d’interrompre
sa course pour ramasser une fleur tombée sur l’asphalte
et la fixer à sa boutonnière. Il pénètre
enfin dans un immeuble. Cet homme, il s’agit de Harry Fabian.
Dès le premier plan, sa trajectoire est descendante (les escaliers)
et sa chute paraît inexorable : son destin semble déjà
tout tracé et l’on sent l’homme en sursis, «
The Dead Man ». Cet anti-héros, loser invétéré,
n’est pas un criminel, pas même un gangster d’occasion
; les vrais truands se cachent toujours sous un masque de respectabilité.
Harry est plutôt un escroc assez minable, roublard en diable,
rusé, menteur et voleur mais éminemment sympathique car
dénué de méchanceté et poursuivant uniquement
comme but la reconnaissance, (son plus grand moment de bonheur est celui
où on lui amène une plaque sur laquelle sont inscrits
son nom et son titre de directeur) : “I Just Wanna Be Somebody”.
Il ne supporte plus les ordres et souhaite qu’on le respecte un
peu. Il pense toujours avoir trouvé un plan de génie mais
ne les mène jamais à bout (“You Could Have Been
Anything. You Had Brains, Ambition. You Worked Harder than any Ten Men.
But at the Wrong Things, Always the Wrong Things”). Ceci
ne le démoralise pas pour autant ; au Nous avons quitté Harry, quelques lignes plus haut, s’engouffrant
dans l’entrée d’un immeuble. Il pénètre
donc dans l’appartement, se rend compte qu’il n’y
a personne, se dirige vers un sac à main, le prend, hésite
et va pour finalement y subtiliser quelques billets mais il n’en
a pas le temps puisque Mary est derrière L’on se dirige désormais vers le lieu glauque dans lequel
nos deux amants travaillent : le Silver Fox. Ici, Helen Nooseroos donne
les dernières consignes à ses ‘girls’ avant
l’ouverture du cabaret, soutirer aux clients le plus de liquidité
possible, les laisser rentrer chez eux une fois seulement les poches
vides. Elle a l’air très à son aise, bien d’aplomb
lorsqu’il s’agit de donner des ordres. Mais gérer
le Silver Fox avec son époux ne lui suffit plus. Femme frustrée
et cupide, elle n’a qu’une idée en tête, se
faire la malle et aller ouvrir son propre établissement. Pour
cela, elle est prête à tout et, à force de Le couple est interprété par une Googie Withers étonnante en femme entièrement mauvaise, incarnant la garce typique du genre, et par un Jack L. Sullivan, moins connu que Sidney Greenstreet dans le même style de rôle mais tout aussi inoubliable. Grâce à son talent, on arrive à le prendre en pitié lorsque sa femme le quitte, qu’il se dit qu’elle lui reviendra inévitablement et qu’il acceptera alors de la reprendre. Mais Dassin se sert tout autant de ses qualités d’acteur que de son physique écrasant : il est filmé de telle sorte que son embonpoint mange tout l’écran et qu’il comprime les autres personnages par ses postures : contres plongées mais aussi placements dans le cadre comme ce plan extraordinaire et totalement fixe qui voit le gros homme assis en premier plan et qui parle de loin avec Gene Tierney placée, elle, en retrait dans le fond de l’écran mais très nette grâce à la profondeur de champs. Discussion banale qui est d’ailleurs à l’origine du sentiment d’empathie que nous commençons à éprouver pour le gros homme malgré qu’on se doute qu’il sera sans pitié pour ses ennemis.
Mais sans ‘la chasse aux sorcières’, aurions nous pu être témoin de cette œuvre fulgurante ? Peut-être sous la direction de Jacques Tourneur (comme il avait été prévu dans un premier temps) mais il aurait très certainement eu un style totalement différent. Pour protéger son ‘poulain’ et ami, Daryl Zanuck, content de ses précédents films, décide d’envoyer Jules Dassin en Angleterre afin qu’il ne soit pas ennuyé ni persécuté par la Commission des Activités Anti-américaine car il était en très ‘bonne’ position sur la ‘Liste Noire’. «Fous-moi le camp à Londres et vite ; il y a un film à tourner là-bas » lui dira t’il. Night and the City sera donc son premier film après son départ forcé des USA, un complément à ses films noirs américains : Brute Force, The Naked City et Thieve’s Highway. Il n’y reviendra plus et malheureusement n’atteindra jamais plus le même niveau d’excellence même si Du Rififi chez les hommes et Jamais le dimanche se laissaient voir sans déplaisir.
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Image
: Et de nouveau un beau travail de la part de l’un
de nos éditeurs français les plus sérieux ! Pas du
niveau d’un Pickup on South Street par exemple mais malgré
tout, il faudrait être sacrement difficile pour ne pas trouver son
compte en visionnant ce DVD. Toujours un poil trop sombre (le défaut
récurrent de Carlotta), quelques plans en extérieur jour
plus abîmés que la moyenne, quelques scratches et une ligne
verticale discrète mais qui strie l’écran durant une
quinzaine de secondes : voici les quelques menues imperfections que l’on
pourrait imputer à cette galette. Pour le reste, pas grand-chose
à redire : un fourmillement et une compression bien gérés
dans l’ensemble, peu d’imperfections sur le master, une définition
excellente et des contrastes bien soignés. Le magnifique travail
du directeur de la photographie Max Greene est remarquablement bien respecté.
Une belle réussite.
Son : Belle restitution également côté sonore. L’extraordinaire partition de Franz Waxman ressort parfaitement et les dialogues sont d’une grande clarté. Possibilité de voir aussi le film en version française d’époque, celle-ci un peu trop saturée, plus abîmée par le temps mais malgré tout assez bien conservée. Cependant, le doubleur français de Richard Widmark et son zézaiement sont toujours aussi pénibles à écouter et correspondent assez mal à l’acteur ; je conseille instamment d’en rester à la version originale sous titrée. |
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