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Suède, 1907. Dans le théâtre dirigé par Oscar Ekdahl, se joue la pièce annuelle des fêtes de Noël. Dans la demeure d’Helena, la mère d’Oscar, célèbre actrice désormais à la retraite, les préparatifs du banquet familial vont bon train sous les directives de Gustav-Adolf, son deuxième fils. Alexandre, le fils d’Oscar, guette dans les salons encore déserts l’heure où les objets s’animent... |
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Fanny et Alexandre est, avec Cria
Cuevos et L’Esprit de la ruche,
le grand chef-d’œuvre sur l’enfance. Il partage
avec ces deux films la volonté d’offrir au spectateur
un regard sur le monde qui est celui d’un enfant, et non un
regard sur l’enfance. Ce regard, Bergman est toujours parvenu
à le conserver et il a, tout au long de son œuvre, innervé
son cinéma. Si Bergman n’a cessé de montrer
des scènes de film en film (scènes de théâtre,
de cinéma, de marionnettes), de montrer l’artifice
et non de le cacher, c’est pour mettre en avant le regard
de l’enfant face au un spectacle. L’enfant peut croire
aux histoires malgré les fils des pantins, et Bergman ne
propose pas autre chose aux spectateurs. Il veut leur redonner ce
regard pur, ce regard des premiers temps. Fanny et Alexandre
s’ouvre sur la scène d’un théâtre
miniature. Les rideaux se lèvent, découvrant le visage
d’Alexandre, à la fois personnage, metteur en scène
et spectateur. C’est cette triple place que Bergman explore.
Alexandre est spectateur lorsqu’il subit le monde des adultes,
les drames. Il est metteur en scène lorsqu’il s’imagine
influer sur ce monde, lorsqu’il ment, fait des incantations,
ou en appelle à la mort d’un être honni. Et il
est bien sûr le personnage de la fiction que nous propose
Bergman.
Fanny et Alexandre est donc aussi un film sur
le temps. Le film s’ouvre sur les aiguilles d’une horloge,
les saisons défilent, les années passent en un sursaut.
La famille Ekdahl est composée de plusieurs générations,
mais un même fil relie tous les personnages. Une fête
de Noël pour débuter le film, une fête pour le
refermer et entre temps des décès, des remariages,
des naissances. Le temps est une boucle pour Alexandre enfant, un
cocon qu’il ne veut pas quitter. Bergman l’accompagne
dans sa volonté de figer le temps. Il fait durer ces moments
fugaces où la magie surgit, il donne à une seconde
une valeur d’éternité. Le temps qui passe, c’est
aussi la mort qui guette et revêt tout au long du film plusieurs
avatars. C’est un squelette avec sa capeline et sa faux, entraperçu
derrière la plante d’un salon. Ce sont les fantômes
d’enfants noyés. C’est une scène de théâtre
où l’on joue Hamlet qui voit soudain la mort reprendre
ses droits sur la fiction. C’est une ronde, une fête,
ternie par un convive fatigué qui ne peut plus suivre la
cadence folle de la vie. La mort est toujours là, dans l’ombre,
attendant son heure. Mais l’important, c’est qu’elle
soit dans l’ombre, qu’elle n’habite que la périphérie
de la vie.
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Image : L’image proposée par Criterion semble très légèrement coupée en haut et en bas par rapport à l’édition Artificial Eye qui elle, par contre, perd de l’image sur la droite et la gauche. Pour le reste, Criterion nous offre une édition parfaite de bout en bout. Rares sont les films des années 80 bénéficiant d’une telle qualité dans le transfert DVD, de la définition à la gestion de la colorimétrie. Le travail de Sven Nykvist est constamment mis en valeur, des tons chauds des appartements d’Helena à la froideur de la demeure de Vergerus, des éclats de lumière à une chambre plongée dans la nuit. La palette de son talent éclate à chaque minute dans ce qui est un modèle d’édition DVD. Son : La bande-son mono est tout aussi parfaite. Dynamique et claire, elle met en valeur la délicatesse du travail sur les sons ambiants. La version anglaise, proposée pour la version courte, est un tout petit peu moins convaincante. |
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| DVD
Version longue Fanny & Alexander, A Bergman Tapestry (39 mn)
Entretiens avec les acteurs Erland Josephson (Isak Jacobi), Ewa Fröling
(Emilie Ekdahl), Pernilla August (Maj), Bertil Guve (Alexandre) ; la production
: Jörn Donner (producteur exécutif) et Katinka Farago (chargée
de production) et deux proches assistants de Bergman : Anna Asp (directrice
artistique) et Peter Schildt (assistant réalisateur). Les différents
intervenants évoquent la longue préparation (un an de préproduction)
pour l’œuvre la plus ambitieuse de Bergman en terme de figuration,
costumes, lieux de tournage… Pendant six mois, Anna Asp, les costumiers,
les décorateurs préparent le tournage : les couleurs et
la texture de chaque élément sont longuement étudiées,
les lieux de tournage sont construits en modèle réduits,
les mouvements de caméra, les emplacements des personnages préparés.
C’est ensuite le choix des comédiens. Bergman, outre les
habitués de son cinéma, choisi Ewa Fröling, actrice
suèdoise de premier ordre (qui remplace le premier choix de Bergman,
Liv Ulmann), les jeunes Bertil Guve et Pernilla August, repérés
par le cinéaste dans des films de Lasse Hallström, et quelques
autres grands noms du cinéma suèdois (Gunn Wallgren, Jarl
Kulle…). Bergman se sent en confiance dans cette famille de cinéma
prestigieuse. Les intervenants évoquent la manière dont
Bergman dirige ses acteurs, les relations qu’il entretient avec
eux, relations libres, naturelles et simples qui les amènent paradoxalement
à la plus intense concentration. Ils parlent de la parfaite adéquation,
de l’amour même, entre Bergman et Sven Nykvist. Ce documentaire
parfois intéressant (notamment par les images du tournage qu’il
propose) est trop scolaire dans sa forme et routinier pour véritablement
passionner. Seules les interventions d’Erland Josephson sont sous-titrées
en anglais, les autres intervewiés s’exprimant en anglais.DVD Version courte Commentaire audio de Peter Cowie, professeur de cinéma et auteur de Bergman : A Critical Biography. Bande-annonce (2mn 40) DVD Bonus 1 : The Making of Fanny & Alexander Galerie
photos : 115 photos de plateau d’Arne CarlssonGalerie de costumes : Marik Vos obtint un Oscar pour les costumes de Fanny et Alexandre. Cette galerie propose de découvrir une partie des 260 costumes créés à l’occasion. Les dessins préparatoires sont accompagnés d’une photo du film montrant le résultat final. Les modèles (7mn) : Anna Asp obtint également un Oscar pour sa direction artistique, Oscar qu’elle partagea avec Susanne Lingheim, la chef décoratrice. On apprend ici que Bergman lui demanda de construire l’appartement d’Helena d’après celui de sa propre grand-mère à Uppsala. Bergman et ses parents vivaient dans un aile de la maison, tandis que la grand-mère en occupait une autre. Si la partie habitée par Helena est tout en tons rouges, celle où logent les parents d’Alexandre est influencée par l’art nouveau, influence rapportée par Emilie et Oscar de leurs voyages en Europe continentale. Ces quelques explications sont accompagnées d’images des modèles réduits qui se superposent à des extraits du film, et l’on explore ainsi les différents décors du film, des appartements de Gustav-Adolf et Lydia à la labyrinthique boutique d’antiquités d’Isak Jacobi, en passant par la demeure prison de Vergerus. Ingmar
Bergman Bids Farewell to Film (59 mn). Entretien de 1984 avec
le critique Nils Petter Sundgren pour la télévision suèdoise.
Bergman revient sur son enfance, parle de son travail avec les acteurs
(« se taire et écouter »), de ses relations
au dogmatisme, à l’autorité, aux rêves, aux
fantômes, à la mort. Bergman revient sur les raisons qui
l’ont poussé à arrêter le cinéma : ces
trois minutes de film à donner par jour, trois minutes les plus
parfaites possibles, pendant des semaines, des mois… et le poids
psychologique et physique que cela entraîne. La peur aussi de ne
plus être aussi bon, de décliner.Making of Fanny & Alexander (1982-1985, sous titres anglais, 1h50). La pièce maîtresse des bonus proposés dans cette édition Criterion est bien ce making of réalisé par Bergman. On ressent le plaisir du tournage, mais aussi laconcentration intense de chaque acteur et technicien, notamment l’affairé Peter Schildt, véritable assistant réalisateur dans la conception américaine du terme. On lit sur le visage de Bergman le plaisir de filmer, la joie que chaque prise procure. Les questionnements et les doutes aussi, mais qui ne sont rien face à l’émerveillement enfantin qui le saisit lorsque la caméra tourne. On voit la mise en place minutieuse de chaque scène, le soin apporté à la disposition du moindre objet : l’ajout d’un touche de couleur dans le décor en allant chercher un châle, une porte qui coulisse mal que l’on fait huiler. On ne voit pas Bergman expliquer les personnages aux acteurs, tout passe par le soin apporté aux postures, aux gestes. Il y a également les échanges entre Sven Nykvsit et Bergman sur la façon dont la chorégraphie d’une scène doit être conçue pour que les mouvements de caméra soient les moins perceptibles possibles. De ces échanges, chacun sort vainqueur à tour de rôle. Etant entendu que le vainqueur est celui qui a tort, celui qui a appris quelques chose ! DVD Bonus 2 : Bergman Introductions (45 mn) Le
deuxième DVD de bonus est composé d’une série
d’introductions de Bergman sur onze de ses films,
entretiens réalisés pour la télévision suèdoise
en 2003 par Marie Nyreröd. Alors âgé de 85 ans, Bergman
parle de ces films, de leur place dans son parcours de cinéaste,
de leur génèse, de la perception qu’il en a maintenant.
Si l’on sait Bergman très critique avec certains de ses films,
les œuvres qu’il présente ici font partie de celles
dont il est fier. On ne peut taxer Bergman de fausse modestie ou de condescendance
; on sent que l’homme a pleinement conscience de l’importance
de son œuvre, mais qu’il en perçoit les défauts
et les imperfections. On le sent redevable de que les acteurs, les techniciens,
ont pu lui apprendre et apporter à sa mise en scène. Ces
interventions sont passionnantes, émaillées d’histoires
de tournage qui ne sont jamais anecdotiques mais apportent quelque chose
à la compréhension de son cinéma. Par exemple, le
bouleversement que fut pour sa carrière Sonate d’automne,
sa sélection à Cannes et son succès international.
Dès lors, plus personne n’interférera jamais sur les
productions de Bergman, et le cinéaste de regretter quelque peu
que, jusqu’à la fin de sa carrière, nul professionnel
ne viendra plus discuter avec lui de ses scénarios. Les films :
Monika, La
Nuit des forains, Une leçon d’amour,
Le Septième sceau, Les
Fraises sauvages, A
travers le miroir (film présenté par Marie
Nyreröd et complété par une intervention de Bergman
pour la télévision suèdoise datée de 1961),
Les Communiants,
Le Silence, Cris
et chuchotements, Sonate d’automne. |
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