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![]() Le Colonel Mortimer et l’Homme sans Nom officient comme chasseurs de prime dans l’Ouest profond. Les deux hommes s’associent pour mettre le colt sur El Indio, une brute épaisse dont la mise à prix permettrait aux deux hommes de couler des jours heureux. Sergio Leone mélange poussière, cynisme, sang et poudre pour nous offrir un cocktail détonant. |
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Un
soleil torride baigne une vallée rocailleuse d’Almeria.
Un cavalier solitaire se dessine en plein milieu de l’écran.
Notre homme, pas plus impressionnant qu’une mouche, semble avalé
par l’immensité du paysage. Un bruit sec fait ensuite écho
; une déflagration mortelle qui envoie notre "Lonesome Cowboy"
mordre la poussière. Le vide et le calme reprennent possession
des lieux, accompagnés par un générique qui sonne
comme une épitaphe : « Where Life had no Values, Death
Sometimes had its Price » (1) Le décor est planté,
piquant comme un cactus. Et
pour quelques dollars de plus prolonge le plaisir du premier
western de Sergio Leone : Pour une poignée de dollars,
une adaptation du Yojimbo d'Akira Kurosawa, lui-même
tiré de La Moisson rouge de Dashiell Hammett. En 1964,
le cinéma italien agonisait, aucune banque ne voulait investir
dans le secteur. En général, l’industrie produisait
quelque 60 films pendant le premier trimestre, mais en ce mois de mars
1964, aucune production n’avait été mise en chantier.
Sergio Leone envisagea alors de monter un western, un genre qui jouissait
d’un certain succès de ce côté de l’Atlantique,
notamment grâce aux Allemands qui en ont inventé la version
européenne. Leone, qui entretenait de bons rapports avec plusieurs
producteurs espagnols et allemands, se dit qu’il pourrait monter
son projet sans trop de soucis. Le réalisateur découvre
à cette époque le film de Kurosawa et décide de l’adapter
à la sauce spaghetti. Une poignée de lires suffisent à
monter le film : 120 millions, financé par l’Espagne, l’Allemagne
et l’Italie par l’entremise de la Jolly, boîte de production
qui avait soutenu Duel au Texas. Malheureusement, si
le film caracolait en tête du box-office dans de nombreux pays,
Leone n’en retira pourtant pas les bénéfices escomptés.
La Jolly informa Leone que suite au procès intenté par Kurosawa
pour plagiat, elle ne pourrait pas lui verser son salaire et sa part des
bénéfices. (2) Leone se retourna contre la compagnie. «
Aussitôt, ils se sont arrangés avec un magistrat très
complaisant pour vendre tout à une autre société...
Ensuite, ils ont vidé leur caisse. Quand j’ai gagné
mon procès, il n’y avait plus rien à prendre chez
eux. Aujourd’hui, Pour une poignée de dollars
est le seul de mes westerns qui ne me rapporte rien. Et en plus, ça
m’a coûté beaucoup d’argent. » (3)
déclara Sergio Leone. Cette malheureuse expérience poussa
le réalisateur romain à monter sa boîte de production.Vengeance L’idée d’un deuxième western est née d’une vengeance. Le coup bas de la Jolly reste sur l’estomac de Leone comme un spaghetto trop cuit. Alors qu’il ne prévoyait aucunement de se relancer dans un western, Leone reprit donc sa caméra par pure rancune. Même si le réalisateur italien n’avait pas encore la moindre idée de ce qu’il allait raconter, il savait néanmoins qu’il repartirait à l’aventure en compagnie de Clint Eastwood et de Gian Maria Volonte.
Luciano Vincenzoni fut engagé pour donner vie au projet. «
Je voulais qu’il m’aide à bâtir un autre
univers que celui du film précédent. Quelque chose qui diffère
sur le plan visuel. Encore plus réaliste. » (4) Fidèle
au néo-réalisme, Leone se documente sur les chasseurs de
prime, des vautours en marge de la légalité, des employés
de la voierie en Stetson et Winchester qui pallient les déficiences
de la justice de l’Ouest.Le Colonel Mortimer est le premier chasseur à entrer en scène. Nous le découvrons à bord d’un train, en pleine lecture de la Bible. L’homme semble sûr de lui. En tirant la sonnette d’alarme, il force le train à s’arrêter dans un trou perdu : Tucamcari. A la gare locale, il examine un "wanted poster", se dirige vers l’hôtel-saloon de la ville, identifie le criminel, le traque et très calmement, l’abat en duel.
Autre ville, autre saloon. La populace locale y lève joyeusement
le coude. Plusieurs tables de poker égaient les lieux. L’Homme
Sans Nom fait son apparition ; si son accoutrement ressemble fil pour
fil à celui porté par Clint Eastwood dans Pour une
poignée de dollars, Sans Nom n’incarne pourtant
plus l’Archange Gabriel. La figure biblique, le mercenaire de Dieu
a laissé la place à un chasseur motivé par le seul
profit, la plus grande des violences. Un cigare toscan vissé au
coin des lèvres, Sans Nom traverse la salle et prend place à
l’une des tables de jeu. Il fait face à un joueur et sans
prononcer le moindre mot, l’affronte aux cartes. Un jeu de bataille
qui va tourner à l’avantage de Sans Nom. Il descend le truand
et empoche la prime pour sa liquidation.Dans tout western qui se respecte, le réalisateur introduirait alors son héros, un homme droit comme un poteau de télégraphe et dont les idéaux de morale et de justice seraient pris en exemple. Mais les héros léoniens n’évoluent pas dans ce genre de monde, le western à la John Wayne n’est pas leur univers. Alors, en lieu et place du justicier solitaire, Leone nous offre la trogne d'Indio, une crapule abjecte qui n’hésite pas à massacrer une famille responsable, selon lui, d’un trop long séjour en prison. Sa noirceur d’âme ferait presque passer le Colonel et Sans Nom pour des saints. Cette présentation des personnages, cette trinité, Leone en fera à nouveau usage dans Le Bon, la Brute et le Truand.
Bien que les motivations de nos deux chasseurs de prime soient différentes,
ils poursuivent tous deux le même objectif : capturer Indio et sa
bande, un boulot qui les mettrait à l’abri du besoin pendant
longtemps. Le pessimisme, cher à Leone, rassemble également
les deux hommes. A l’image du réalisateur, ils ne se font
pas énormément d’illusions sur la société
dans laquelle ils sèment la mort. Comme le dirait Leone, reste
l’amitié, la seule chose qui vaille la peine d’être
vécue en ce bas monde. Entre ce Colonel âgé et raffiné
et ce jeune professionnel violent va naître un lien particulier.
Face à la meute d'Indio, le Colonel convaincra rapidement Sans
Nom qu’il est de leur intérêt de s’associer.
Le Colonel, plus intelligent que son compagnon de fortune, tire les ficelles
de cette entreprise temporaire. Et dans la traque opérée
par nos deux gâchettes, les tâches les plus périlleuses
incombent à Sans Nom. Ce rapport de force déséquilibré,
Leone le réutilisera comme un gimmick, cette fois-ci à l’avantage
de Sans Nom, dans Le Bon, la Brute et le Truand. Si Sans
Nom est un professionnel aguerri, le Colonel est lui un technicien. «
Jusque-là, le Colonel n’avait survécu que grâce
à son intelligence. Il jouait sur la distance et la portée
limitée de l’arme de ses adversaires. Ce qui lui laissait
tout le temps d’ajuster pour faire mouche... Dans le duel final,
Clint l’oblige à prouver son professionnalisme au moment
de vérité. Il lui donne sa chance, mais il faut qu’il
fasse vite car Indio est rapide. » (5) Le duel final qui oppose
les deux hommes n’est donc pas
"bidon", contrairement aux combats précédents,
le face-à-face est équilibré. Chacun à sa
chance de quitter le désert sur ses deux pieds. C’est d’ailleurs
dans cette scène que Leone nous livre sa seule morale. Le duel
est théâtralisé et symbolise le cycle de la vie et
de la mort, la dernière chance de vivre, le tout rythmé
par la musique de la montre d'Indio. On retrouve l’arène
dans le dénouement du Bon, la Brute et le Truand
et au début d'Il était une fois la révolution.
Le duel établit les compétences et révèle
les motivations.Outre l’amitié, la famille joue un rôle important dans l’œuvre de Leone. Elle représente son deuxième axe de foi. Comme on pourrait le croire à tort, le Colonel ne court pas après l’argent. Celui-ci est secondaire et ne représente qu’un moyen de survie, pas une fin en soi. Le Colonel mène une quête ultime : venger la mort de sa sœur en cela, son personnage se rapproche de la structure classique du western. Leone utilise le flash-back pour mettre en évidence les motivations du Colonel. Dans cette scène où Clint Eastwood demande à Lee Van Cleef si il a jamais été jeune, celui-ci sort une montre-carillon similaire à celle qu’utilise Indio et lui répond par l’affirmative. Leone nous plonge au cœur du viol et du meurtre de la sœur. Cette scène est significative à plus d’un titre, car si elle nous en dit long sur le Colonel, nous devinons également que nous ne connaîtrons jamais les mobiles de l’Homme Sans Nom, qui restera une énigme tout au long de l’histoire, un anti-héros. Tout comme dans Pour une poignée de dollars et dans Le Bon, la brute et le truand, l’Homme Sans Nom symbolise le romantique désenchanté dans un monde en mutation. Bien que la structure filmique impose le partage des scènes entre trois acteurs principaux, le personnage d'Eastwood crève néanmoins l’écran. Sans Nom est devenu un mythe quasi christique. La Leone’s touch Sergio Leone s’implique pleinement dans des œuvres dont il contrôle le moindre élément. Le réalisateur confie d’ailleurs : « Quand j’écris, je prévois tous les détails et toutes les possibilités de la même manière qu’un voleur prépare on hold-up. » (6) L’important pour le réalisateur est de ne jamais trahir la ligne idéologique et réaliste du film. Par souci de réalisme, Leone s’est documenté aussi bien sur les chasseurs de primes que sur les armes à feu en usage à l’époque. Plusieurs modèles ont d’ailleurs été reproduits pour le film. Leone nourrit le film d’une réalité qui repose sur la technique. Le documentaire côtoie le rêve et l’attaque de la banque en est un bon exemple. Leone jongle avec la caméra. Montage, son, plans, tout concorde à recréer l’action. Le spectateur compte les pas des gardiens en même temps que les protagonistes. Mais le réalisateur se joue des spectateurs comme de ses héros quand il modifie les codes de l’attaque ; Indio s’y prend finalement tout à fait différemment pour arriver à ses fins. Comme les plans de caméra, le danger vient d’où on ne l’attend pas.
A travers ses choix esthétiques et thématiques, Leone a
contribué à faire avancer les mentalités et les attentes.
Si la censure n’a pas attaqué Leone pour l’utilisation
de la drogue que consomme Indio (7), elle n’a par contre pas été
tendre avec lui pour le réalisme de son entreprise. Une violence
crue qui a permis à d’autres de lui emboîter le pas.
On pense à Stanley Kubrick avec Orange mécanique
et Sam Peckinpah avec La Horde sauvage. Leone avait établi
une césure avec les conventions du genre. « On ne pouvait
pas montrer la violence parce que les héros devaient être
positifs. » (8) Leone impose sa vision et ses films battent
des records de recette. « Avec cela, la notoriété
vient vite. Et les changements aussi. La censure recule. La mentalité
du spectateur n’est plus la même. Et les producteurs acceptent
de financer des sujets aussi violents que ceux de Kubrick et de Peckinpah.
» (9)Enfin, peut-on parler de Leone, sans évoquer la musique de Ennio Morricone ? Les deux semblent indissociables. Comme dans un Pierre et le loup, chacun des héros léoniens dispose de son thème personnel : L’Homme Sans Nom apparaît accompagné par le célèbre siffleur, une harpe signale la présence du Colonel... La musique de Leone combine des cris indiens, des coups de fouet et le glas des cloches. Leone invente avec Morricone un style visuel aussi bien que sonore. Et
pour quelques dollars de plus apporte la renommée à
Leone. Les Américains inventent un nouveau qualificatif pour son
travail : le "western spaghetti". Un terme qui n’a pas
la même connotation en Europe où il est assez péjoratif
et aux Etats-Unis où il est affectueux et respectueux. Le réalisme
prôné par Leone trouve écho auprès des pontes
de Hollywood qui veulent comprendre la maestria du réalisateur.
Tout est disséqué, tout est imité.Grâce au film, Leone tient sa revanche. Tel L’Homme Sans Nom, il peut afficher un sourire vainqueur. Le genre de sourire qu’arborait Steve McQueen, Paul Newman et Robert Redford. Un sourire satisfait, contrôlé et redoutable, le sourire des héros qui réconfortent le spectateur. Le sourire parfait que Clint Eastwood a fait sien et qui semble nous dire « Go Ahead, Make my Day, Punk ! » (1) Là où la vie ne compte pas, la mort peut valoir beaucoup. (2) 30 % des recettes étaient garanties par contrat (3) SIMSOLO (Noël), Conversation avec Sergio Leone, Cahiers du cinéma, Paris, 1999, p.98. (4) Ibid, p.100. (5) Ibid, p.103. (6) Ibid, pp. 106-107. (7) Gian Maria Volonte fume de l’herbe afin de camoufler ses tics (8) SIMSOLO (Noël), op. cit., p.109. (9) Ibid, p.110. |
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Image
: Le master utilisé pour le film est d’excellente qualité.
Les plus pointilleux remarqueront bien quelques tâches perdues sur
la pellicule mais elles sont extrêmement rares. En dehors d’un
ou deux plans légèrement flous, la définition est
remarquable de précision et permet d’apprécier chaque
détail des plans concoctés par Leone. En revanche la compression
n’est pas à la hauteur du master : si les cieux sont rarement
bruités et les contrastes parfaitement gérés, on
note des effets de "surbrillance" redondants. Toutefois, ces
légers défauts ne gênent en rien le spectacle offert
(du moins sur un téléviseur classique) et permettent d’apprécier
le film comme jamais auparavant !Son : L'éditeur a choisi de ne pas reprendre les versions mono originales, et c'est bien dommage quand on estime vouloir fournir le DVD collector idéal. Le spectateur devra donc se contenter des versions française et anglaise dans leur mixage multicanal. Comme chacun le sait aujourd'hui, le travail du son dans les westerns de Sergio Leone est essentiellement voué à la postsynchronisation. Dans Et pour quelques dollars de plus, seuls Clint Eastwood et Lee Van Cleef parlent anglais, le reste du casting est doublé et cela s'entend. De même, les deux comédiens américains furent obligés de se doubler eux-mêmes et leur inexpérience en la matière est parfois criante, on ne s'improvise pas doubleur. La version française est celle que l'on connaît, que l'on adore, et il n'y a heureusement aucune mauvaise surprise la concernant. Pour plus de cohérence sonore et de proximité émotionnelle, il faudra donc opter pour cette dernière. La piste sonore anglaise est celle qui a le plus bénéficié du remixage 5.1. Elle offre la meilleur spatialisation, la musique et surtout les ambiances sont particulièrement mises en valeur. Les voies arrières sont mises à contribution pour les bruitages Mais attention ! Ce rendu sonore atteint vite ses limites, car il apparaît souvent artificiel dans ses effets. Au point que nous avons parfois l'impression d'avoir activé le DSP "cathédrale" dans le set-up du menu de l'ampli audio/vidéo. Certaines scènes sont dynamisées par ce travail, d'autres présentent une réverbération malheureuse. Pour plus de naturel et de régularité dans le rendu du son, on se tournera vers la piste française. Son mixage 5.1 est plus discret (les voies arrières sont inexistantes) et la spatialisation légère. On est plutôt en présence d'un mono élargi. Cela tombe bien puisqu'il s'agit de la meilleure version. Quant à a différence entre DD 5.1 et DTS, c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Le marketing a encore frappé, l'apport du mixage DTS n'apportant réellement aucun intérêt. |
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Le double DVD propose le film et le commentaire audio
sur le premier disque et l’ensemble des suppléments sur le
second. Les menus sont animés et reprennent la musique du film.
Un chapitrage est disponible et découpe le film
en 32 segments répartis sur 8 pages. |
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