Réalisé par Delmer Daves
Avec Glenn Ford, Van Heflin, Felicia Farr, Leora Dana
Scénario : Halsted Welles
Musique : George Duning
Photographie : Charles Lawton Jr
Un film Columbia
Usa – 88 mns - 1957



Columbia / Tristar
88 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.85
Format vidéo : 16/9
Noir et blanc
Langues : Anglais / Français / Italien / Allemand / Espagnol
Sous titres : Français / Anglais / Allemand / Polonais / Tchèque / Hongrois / Hindi / Turc / Danois / Arabe / Bulgare / Suédois / Finnois / Islandais / Néerlandais / norvégien / Portugais / hébreu / Espagnol / Italien

Mono d’origine
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Cowboy (Z2)

 

 



Suite à l’attaque sanglante d’une diligence, le chef de gang est arrêté par le shérif d’une petite ville d’Arizona. Pour toucher une prime, un fermier, marié et père de deux garçons, au bord de la ruine suite à la sécheresse qui sévit sur la région, se porte volontaire pour conduire le criminel jusqu’à la gare de Contention City. Arrivés là, ils devront attendre dans une chambre d’hôtel jusqu’à l’arrivée du train de 3h10 pour la prison de Yuma. Les complices du hors la loi vont essayer par tous les moyens de le délivrer.

Le sujet narré de cette façon est extrêmement réducteur quand on connaît l’immense richesse et toutes les beautés que recèle ce chef d’œuvre. « Je tiens 3h10 pour Yuma pour mon meilleur western : j’ai essayé de créer un nouveau style dans la manière de raconter une histoire et j’y suis parvenu, du moins je le pense » disait Delmer Daves lors d’un entretien de 1960 avec Bertrand Tavernier. Il serait difficile de ne pas lui donner raison et il ne serait pas non plus faux d’affirmer qu’il s’agit certainement de son meilleur film.

Cinquième incursion de Daves dans le genre, ce film est typique de ce qu’on a appelé dans les années 50, le ‘sur-western’, westerns dont l’intrigue et la description des personnages s’éloignaient des schémas traditionnels pour tendre vers le drame psychologique, voire même psychanalytique (Le gaucher d’Arthur Penn). Le dépouillement et le classicisme rigoureux de l’adaptation par Halsted Welles du roman d’Elmore Leonard (Jackie Brown) mettent ici en valeur les tensions et les conflits psychologiques des personnages. Le scénario est exemplaire, injectant dans une intrigue linéaire et somme tout assez banale des éléments du film noir, créant un habile suspense autour de quelques lieux et par une habile concentration du temps, et enfin, décrivant avec la même richesse et la même humanité une dizaine de personnages tous aussi fouillés les uns que les autres.

Mais ce western est aussi une fable. De très nombreuses scènes ont pour témoins des enfants et sont filmées à leur hauteur par l’intermédiaire de légères contre plongées : les personnages sont ainsi vus malgré leur complexité, avec une certaine naïveté, faisant de ceux-ci des modèles soit d’honnêteté (le fermier), de perversité (le bandit), de féminité (La barmaid) ou d’humanité (la mère). Le débat sur la responsabilité du citoyen, sa place et son devoir face à la violence ou devant une situation critique pourrait être le sujet de réflexion le plus important du film. Le fermier, après avoir déjoué les ruses physiques et psychologiques du hors la loi, doit en dernier ressort trouver une obligation morale à sa mission (« Les gens ont le droit de vivre en paix ») pour conserver un semblant de fierté et résister à la tentation du méphistophélique bandit. Ce dernier, homme intelligent, ne cesse de chercher la faille qui lui rendrait sa liberté mais peu à peu son gardien le séduit par son incorruptibilité. Une réflexion aussi sur la droiture, l’héroïsme, l’honnêteté qui n’est pas sans rappeler Le train sifflera trois fois mais avec une émotion ici bien plus forte.

SPOILER : Le final symbolique et bouleversant, qui a un peu étonné à l’époque, est à la fois profondément optimiste et assez amoral mais reflète assez bien les idées sincères d’un des réalisateurs hollywoodiens les plus profondément humains. Après avoir été ennemi durant toute la durée de leur périple commun, le bandit sauve la vie du fermier en acceptant de se laisser emprisonner. « De toute façon, il me sera facile de m’évader de la prison de Yuma ». Sur quoi le fermier lui rétorque que ça ne lui ferait rien et qu’alors, ce ne sera plus son problème. Les deux hommes ont appris à s’apprécier et ne pas se juger ; une fois accompli son travail qui lui permet, grâce à la prime, de rendre le bonheur à sa famille, le fermier peu rancunier et sans aucun esprit de vengeance aime à croire que son ennemi ne sera pas condamné. Pour sceller cette réconciliation et l’apaisement des esprits, les vannes célestes s’entrouvrent pour laisser tomber sur la terre aride une pluie bienfaisante, symbole de renaissance. Conclusion assez étonnante pour un western qui finit de le faire entrer parmi les plus originaux du genre. FIN DU SPOILER

N’oublions pas le travail des acteurs car l’interprétation est constamment admirable. Van Heflin reprend le personnage de fermier non-violent et fier qu’il interprétait dans L’homme des vallées perdues mais en lui donnant encore plus de consistance. Glenn Ford trouve ici l’un de ses rôles les plus complexes, tour à tour enjôleur, sympathique, pervers, haïssable ; il excelle dans tous ces différents registres. Richard Jaeckel possède lui aussi une présence incroyable. Mais il faudrait surtout s’arrêter sur les deux personnages féminins grâce auxquelles le film atteint un étonnant degré d’émotion. Les actrices composent ici des personnages inoubliables, d’une richesse rarement égalée en si peu de temps de présence. Elles seront toutes deux dans les plus belles scènes du film : Leora Dana, la mère et épouse aimante, dans ce happy end miraculeux et profondément émouvant que n’aurait pas renié Frank Capra ; Felicia Farr (actrice fétiche de Daves), l’ancienne chanteuse de cabaret, dans le morceau de bravoure apaisé et lyrique du film, cette fameuse scène de séduction et d’amour dans le bar avec Glenn Ford juste avant son arrestation : une scène à la fois sensuelle (les gros plans sur les deux visages) et pudique (le couple sortant de l’arrière salle après avoir fait l’amour, la femme relevant sa coiffure et l’homme rehaussant son ceinturon). Rien que pour ces deux moments, le film mériterait d’être gravé à jamais dans les mémoires même si tout le reste est également admirable (La scène du repas de famille avec le bandit, celle de la joute psychologique dans la chambre d’hôtel, celle sèche et violente de la mort de Henry Jones…).

Mélange de classicisme et de modernité, cette fable morale est passionnante de bout en bout grâce aussi à une mise en scène très travaillée. Abandonnant le cinémascope et le technicolor qu’il maîtrisait à merveille, Daves n’en perd pas pour autant son lyrisme et son talent de paysagiste. Sa sincérité et sa profonde sensibilité permettent au film de rester constamment émouvant malgré le formalisme pointilleux et voulu de sa mise en scène. La photo en noir et blanc de Charles Lawton Jr est absolument magnifique et ses cadrages frisent la perfection. Une figure de style récurrente revient tout au long du film : des travellings verticaux, ascendants surtout, qui partent d’un gros plan pour monter et nous offrir des plans d’ensemble de toute beauté. Quand on sait que ses amples mouvements de caméra sont soutenus par les deux sublimes thèmes d’une des plus belles partitions de George Duning, des frissons de bonheur nous reviennent rien que d’en parler.

Pour remettre à l’honneur ce réalisateur très discret, un peu oublié aujourd’hui, n’ayons pas peur d’aller jusqu’à affirmer que ce film est l’un des dix plus beaux westerns de l’histoire du cinéma, l’un des plus purs et des plus émouvants.

Image : Quelle superbe copie que celle utilisée ici : nous n’avons jamais pu voir auparavant ce chef d’œuvre, sur quelque support que ce soit, dans un master aussi parfait. Les contrastes de la splendide photographie en noir et blanc de Charles Lawton Jr sont ici magnifiquement mis en valeur. La définition est époustouflante ; il vous faut regarder cette fameuse scène du bar (chapitre 5) et admirer la qualité de la photo sur les gros plans des visages pour en être convaincu. Quelques défauts demeurent cependant : un fourmillement constant surtout visible dans les scènes d’extérieurs mais qui n’affectent en rien notre vision du film. On peut relever aussi une vingtaine de secondes de brillances qui rendent l’image mouvante. Pour le reste, rien à redire.

Son : La bande son mono se révèle elle aussi parfaite : pas de souffle, des dialogues intelligibles de bout en bout, une parfaite intégration de la musique et des bruits d’ambiance. Ce qui prouve encore une fois qu’il est préférable de disposer d’une bonne piste mono que d’une remasterisation anti-naturelle au possible comme par exemple pour le DVD zone 2 de Liberty Valance.



Bonus
: Les amateurs de bonus seront lésés, pas la moindre trace d’une quelconque bande annonce sur ce DVD.


En conclusion
, les fans du film bénéficient de ce qui leur semblera le plus important à travers ce support : une superbe copie permettant de découvrir ou redécouvrir ce chef d’œuvre dans les meilleurs conditions possibles.

Bonus critique : extrait de la critique de Louis Seguin dans le N°27 de Positif (février 1958) : « Pour qu’une somme aussi grande de cadrages recherchés et pour qu’un découpage qui fait plus que frôler la préciosité semblent au premier regard aussi naturels, il fallait que l’auteur des Passagers de la nuit y ait mis beaucoup de passion. Derechef, l’une des plus heureuses surprises de ces deux dernières années. »


Un film chroniqué par Jeremy Fox