Réalisé par Georges Franju
Scénario : Boileau-Narcejac, Claude Sautet et Jean Redon d’après son propore roman.
Avec Pierre Brasseur, Edith Scob, Alida Valli, Claude Brasseur…
Photographie : Eugen Schufftan
Musique : Maurice Jarre
Un film Champs Elysées Productions
France - 85' - 1959



Zone 2
Editions René Château vidéo : collection Les années cinquante
DVD9 Simple face.
Audio : mono d’origine.
Format image : 4/3
Format 1:33
N&B


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Victime d’un terrible accident de la route Christiane (Edith Scob), la fille du célèbre professeur Génessier (Pierre Brasseur), vit recluse dans le domaine familial. Un masque cache son visage atrocement défiguré. Afin de redonner un visage à sa fille le professeur, et sa fidèle assistante (Alida Valli), n’hésitent pas à enlever des jeunes femmes et à se livrer à des greffes improbables.

Si les premiers films de Franju s’inscrivent dans le genre documentaire, tandis que ses longs métrages tendent plus volontiers vers le fantastique et le merveilleux, le cinéaste de La tête contre les murs et de Monsieur et Madame Curie n’a jamais mené deux carrières contradictoires. Que ce soit dans Le sang des bêtes, ou dans le somptueux film qui nous préoccupe, la démarche est peu ou prou la même. Chez Franju tout est affaire de point de vue.

Il est question d’hétérogreffe dans cette histoire passionnelle. Hétérogreffe, voilà qui qualifie plutôt bien le style du maître. L’insolite et le trivial, le réel et l’irréel coexistent bel et bien. Il nous appartient d’exercer notre regard, d’éduquer notre œil pour déjouer les pièges du visible. Si Franju porte une attention toute particulière au quotidien, c’est en partie pour en révéler la monstruosité. Avec la précision d’un géologue, ou d’un chirurgien plasticien, il traque les failles, les tumeurs, qui menacent la surface des choses. Dans Les yeux sans visage, un train qui déchire le brouillard dans la profondeur de champ, un avion qui survole paisiblement un cimetière, effrayent autant qu’une meute de chiens féroces, ou qu’une escapade nocturne dans un cimetière. La mise en scène rigoriste de Franju devient autant un gage d’honnêteté – contrairement à une idée assez répandue Franju n’a rien d’un manipulateur - qu’une raison de s’agripper nerveusement à son fauteuil, car tout peut surgir à tout moment.

Loin d’imposer une lecture symboliste de ses œuvres, le cinéaste préfère suggérer des pistes. Le spectateur est libre de les retenir ou de les écarter pour échafauder les siennes propres. Nous l’avons déjà précisé : tout est affaire de point de vue. Le spectateur pourra par exemple déceler une métaphore animale dans le comportement des personnages. Christiane la fille recluse s’apparentera alors à un oiseau en cage, tels ceux qui peuplent la demeure familiale, tandis que l’assistante dévouée, pourvoyeuse de chair fraîche du professeur, prendra tour à tour les traits d’un fidèle berger allemand, puis ceux d’un oiseau de proie qui fond sur de pauvres brebis égarées (les jeunes étudiantes) etc.
A moins que le spectateur ne préfère considérer ce chef d’œuvre du cinéma fantastique français, comme une relecture clinique des classiques du genre. Comme si Franju avait précipité le savant fou et sa créature dans notre banal quotidien – fait de visites de routine à l’hôpital, de repas de famille, ou de prospection immobilière.

Au fond peu importe la piste privilégiée. La richesse du film provient essentiellement de la démarche suggestive de l’auteur. Franju nous invite à regarder dans l’oeuvre, non pas ce qu’il voudrait précisément nous montrer, mais ce que nous pourrions précisément y voir - au détour d’un plan fugace, ou d’un mouvement discret.


Image
:
L’image est de toute beauté, le contraste s’avère tout particulièrement soigné, on en pleurerait presque, mais – et cette fois impossible de retenir ses larmes - l'image est honteusement recadrée !!!! Le format d’origine n’est donc pas respecté.

Son : Poussez le volume à fond et vos voisins pourront cauchemarder sur les craillements ricaneurs des corneilles ou sur les aboiements féroces d’une meute déchaînée. La définition sonore est quasi-parfaite.

A noter que le menu ne détaille pas l’existence de chapitres, alors que la sélection des scènes peut bien s’effectuer via la télécommande.


C’est peu dire qu’on aurait souhaité crouler sous les bonus. Déguster l’excellent documentaire qu’André S. Labarthe consacra à Georges Franju, se pâmer d’admiration devant un court métrage du maître, ou se délecter d’un entretien avec le duo Boileau-Narcejac (si un tel document existe) – qui retrouveront Franju pour Pleins feux sur l’assassin.
Bien sûr le nirvana aurait été atteint, si la présente édition nous avait offert la fameuse scène finale coupée au montage, celle qui détaillait l’errance nocturne de Christiane dans la rue - celle-ci, filmée de dos, arrachait finalement son masque avant de croiser une voiture. Le plan final s’attardait sur le visage du chauffeur pétrifié d’effroi.

Malgré l'absence de bonus, il serait stupide de passer à côté de ce DVD particulièrement soigné d’un point de vue technique.

Un film chroniqué par Cosmo Vitelli