Réalisation : Garson Kanin (1940)
Scénario : Leo McCarey, John McClain, Bella Spewack
Photo : Rudolph Maté
Montage : Robert Wise
Musique : Roy Webb
Interprétation : Cary Grant, Irene Dunne, Randolph Scott, Gail Patrick, Ann Shoemaker, Scottie Beckett, Mary Lou Harrington, Donald MacBride



Montparnasse
Zone 2
1.33
Son : anglais mono
Sous-titres : français


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Ellen Arden (Irene Dunne) revient chez elle sept ans après avoir disparu au cours de l'une de ses explorations. Mais après l'avoir longtemps attendue, son mari Nick (Cary Grant) s'est finalement remarié. Qu'importe, Ellen est bien décidée à le récupérer ...

En 1937 Leo McCarrey obtient l’Oscar de la mise en scène avec The Awful Truth comédie truculente portée par Cary Grant et Irene Dunne. Devant le succès de ce divertissement, la RKO souhaite réunir l’équipe à l’origine du projet pour une nouvelle "screwball comedy". McCarrey se charge de la production et de l’écriture du script qu’il intitule My favorite wife. Mais quelques semaines avant de démarrer le tournage, il est victime d’un accident de voiture… Dépité mais toujours motivé par sa production, il cherche un remplaçant et se tourne vers le jeune Garson Kanin.

Kanin fait partie des personnalités les plus en vogue de l’âge d’or hollywoodien et pourtant son parcours est totalement atypique. Il arrive à la RKO à l’âge de 24 ans, devient réalisateur 2 années plus tard, signe 12 films puis abandonne cette activité (!!) et se tourne vers l’écriture de scénarios. Enfin, il termine sa carrière en rédigeant quelques livres savoureux sur l’histoire des studios. Parmi ceux-ci, tout cinéphile se doit d’avoir lu le drôlissime Hollywood story dans lequel le vieux Garson raconte quelques anecdotes bien croustillantes.

Malheureusement nous ne retiendrons pas grand chose de sa carrière de réalisateur. Cependant, il signe avec My favorite wife une comédie, certes peu originale, mais pleine de charme et de vitalité. Dans l’introduction proposée sur le DVD, Serge Bromberg rappelle le contexte de la production du film : "1940, la RKO ne peut plus compter financièrement sur ses partenaires européens. La guerre ravage l’Europe et la politique de la maison est de ne surtout pas évoquer ce qui se passe outre-atlantique. Il faut avant tout produire des comédies, des romances et des comédies musicales si populaires aux USA..." Mon épouse favorite fait donc partie de ces films destinés à "l’entertainment". Kanin n’y révolutionne donc pas l’art cinématographique mais son travail reste tout à fait honorable et, grâce à une production soignée, le film est l’une des plus grosses recettes de l’année : 505 000 dollars !

Pour comprendre ce succès, il faut d’abord s’intéresser à son couple de vedettes, Grant/Dunne. Le beau Cary y endosse le costume de Nick Arden, notable élégant devenu soudainement bigame. Aujourd’hui, Cary Grant est souvent associé à ses rôles hitchcockiens. Et même s’il apporte aux films de Sir Alfred une touche de comédie, il y brille surtout par sa discrétion et sa classe. En interprétant des personnages comme celui de Roger Thornhill, il incarne un "monsieur tout le monde" confronté à des évènements extraordinaires et invente un héros auquel le public peut facilement s’identifier. Hawks fut celui qui décela ce potentiel chez Grant en lui offrant son premier rôle dramatique dans Only angels have wings (1939). Mais avant sa rencontre avec Alfred Hitchcock et Howard Hawks, ses rôles étaient purement comiques. Dans My favorite wife, il se retrouve nez à nez avec son épouse qu’il croyait décédée. La mine qu’il fait lorsqu’il la revoit est absolument tordante. Mais la force de Grant ne repose pas uniquement sur une série de grimaces faciales. Il utilise également son corps athlétique pour forcer le rire. Comme souvent, son personnage est un homme ayant réussi professionnellement. Habillé de costumes sur mesure, il dégage une classe naturelle. Et c’est ce décalage entre ses expressions faciales et son allure de gentleman qui donne naissance au rire et qui en fait un des "chouchoux" du public.

A ses côtés, Irene Dunne, l’actrice, dont le naturel confondant et la réplique mitraillette rappellent Rosalind Russell, interprète une jeune femme espiègle et obstinée. Sa collaboration avec Grant fonctionne à merveille, et le public les reverra lors d’un troisième et dernier tournage : Penny Serenade (1941, George Stevens).

Pour entourer ce couple diaboliquement efficace, McCarrey choisit quelques seconds rôles savoureux. Parmi eux nous retrouvons avec surprise Randolph Scott. Le comédien que le public connaît pour ses rôles de cow-boys incarne ici un bellâtre athlétique épris d’Ellen Arden. La confrontation entre Grant le maladroit et Scott le playboy est assez savoureuse notamment lors de la scène de la piscine où Grant doit faire face à la démonstration de plongeon de Scott … D’autre part, Donald MacBride, que l’on retrouvera quelques années plus tard dans The seven year itch (Billy Wilder, 1955), incarne ici un maître d’hôtel sourcilleux qui donne parfaitement la réplique à Cary Grant : grâce à son physique impressionnant et ses mimiques paternelles, il apporte cette touche de "gendarme" prêt à donner du bâton et participe ainsi au succès de nombreux gags.

Malheureusement, le casting choisi par McCarrey n’est pas parfait. Gail Patrick qui endosse le rôle de la "nouvelle madame Arden" n’est guère convaincante : railleuse et froide, elle n’apporte aucune épaisseur à son personnage et déséquilibre le trio amoureux défini par le scénario. En effet, s’il paraît logique que Grant et Dunne finissent ensemble, la relation entre Patrick et Grant demeure incompréhensible. Non seulement la jeune Patrick n’a aucun charisme mais en plus elle n’apporte pas la fourberie et le charme vénéneux que l’on aurait pu attendre de son personnage. Evidemment on peut critiquer la performance de cette jeune comédienne mais Kanin, au titre de metteur en scène, en est le responsable. Il montre ici ses limites quant à la direction d’acteurs : lorsqu’il s’agit de professionnels comme Grant, Dunne ou Scott, il peut se permettre un certain "laisser-faire", mais dans le cas d’une jeune actrice comme Patrick, il manque totalement de rigueur.

Comme nous l’avons vu, cette comédie, portée par son duo de vedettes, a connu un grand succès. Cependant il ne faut pas oublier de mentionner les noms de quelques hommes de talent sans qui ce film n’aurait jamais eu cet aspect professionnel propre à nombre de productions RKO.

Dans un premier temps, rappelons que le montage était assuré par le meilleur technicien RKO à ce poste, celui qui travailla avec Welles sur Citizen Kane ou La splendeur des Amberson, et qui devint quelques années plus tard l’un des réalisateurs les plus talentueux d’Hollywood : Robert Wise ! L’éclairage était quant à lui, dirigé d’une main de maître par Rudolph Maté qui fut le directeur photo de Dreyer (Vampyr, La passion Jeanne d’Arc) et qui signera quelques années après l’image de To be or not to be (Lubitsch, 1942) ou encore Gilda (Charles Vidor, 1946). Enfin, la bande originale fut confiée à Roy Webb, le compositeur attitré de Tourneur, notamment sur Vaudou dont il signe le score envoûtant. Cette équipe de professionnels, encadrée par Leo McCarey, a permis à Kanin de se sortir de cette réalisation sans trop de dommages ! Car si l’histoire de My favorite wife, son équipe technique, et son casting sont quasiment parfaits, il n’en est pas de même du scénario qui frôle le ratage total dans sa dernière partie…

La trame de ce scénario aux accents vaudevillesques est excellente : un homme a perdu sa femme, il en épouse une autre et se retrouve confronté à sa première épouse réapparue par enchantement ! On a ici beaucoup d’ingrédients pour une comédie haletante. Un trio amoureux, un héros désorienté qui tente de se sortir de cette situation complexe, un quatrième personnage (Randolph Scott) qui vient se greffer à l’histoire. Bref, un mari, deux femmes, un amant potentiel … C'est dire si ce script peut prêter à rire. Le scénario remplit parfaitement son rôle dans les deux premières parties (même si l’on aurait souhaité que le rôle de la nouvelle épouse de Nick soit plus étoffé et maîtrisé par Gail Patrick). Les quiproquos s’enchaînent sur un rythme soutenu et, sous l’impulsion de Grant, le film régale le spectateur.

Mais malheureusement le dénouement n’est pas à la hauteur des espoirs suscités par le "pitch". Sans révéler quoique ce soit de l’intrigue, il faut avouer que les dernières scènes traînent en longueur et sont difficiles à justifier d’un point de vue dramatique. Alors que l‘intrigue principale – comment Nick et Ellen vont-ils retourner ensemble ? - semble se terminer, un nouvel obstacle apparaît pour notre héros. Cette fois, Ellen demande à Nick de lui prouver son amour. Malheureusement cet ajout dramatique tombe comme un cheveu sur la soupe et il difficile de le lier au reste de l’histoire. D’ailleurs, Tavernier et Coursodon le remarquent aussi en évoquant cette "interminable scène finale" dans leur ouvrage 50 ans de cinéma américain !

Il est dommage que cette comédie au postulat si riche se termine ainsi mais il serait injuste de rester sur cette impression de vide. Rappelons donc les points positifs de My favorite wife : McCarey à la baguette, une photo, une musique et un montage parfaits et surtout un couple vedette oh combien savoureux : Grant/Dunne. Alors ne boudez pas votre plaisir, cette épouse favorite, à défaut de marquer l’histoire du cinéma, vous fera passer à coup sur, une excellente soirée.

Le DVD est présenté dans la nouvelle collection RKO des éditions Montparnasse. Le boîtier slim fast permettra un gain de place appréciable sur vos étagères (!!) et le design de la jaquette, qui donne une identité à cette collection destinée aux cinéphiles, est une belle réussite.

A noter qu’aucun chapitrage n’est proposé dans le menu. Mais il existe pourtant et divise le film en onze segments.

Image : Sans atteindre les sommets des éditions Criterion, l’image de ce DVD est très bonne. Très peu de poussières, griffures ou tâches blanches, le master est propre et bénéficie d’une définition de qualité. Côté compression, aucun défaut n’est à signaler, mais le film ayant été tourné en grande partie en intérieur il n’y avait pas beaucoup de difficulté à encoder ces images. Enfin, côté contraste, le travail effectué par Montparnasse est également de bonne qualité : les noirs et blancs sont appuyés sans être saturés, et la palette de gris est complète. Bref, rien à redire, l’image de ce DVD est de bonne facture.

Son : tout comme l’image le travail effectué sur la bande son est réussi. Une VO mono claire et sur laquelle on ne notera qu’une légère saturation à volume élevé.


En guise de bonus, ce DVD, comme tous ceux de la collection, bénéficie d’une introduction au film signée Serge Bromberg. Ce dernier replace la comédie dans son contexte historique et en analyse les meilleurs éléments pour susciter l’envie : un excellent prélude au visionnage du film !


Un film chroniqué par George Kaplan