Manhattan, dans l’Upper West Side, à la fin des années 50. Deux bandes de jeunes rivales se disputent le contrôle du quartier. D’un côté, les Jets, issus de familles irlandaises, italiennes et polonaises. De l’autres, les Sharks, venus de Porto Rico. Les affrontements sont fréquents. Riff, le chef des Jets, décide de défier publiquement Bernardo, le leader Shark, au cours d’un bal. Il appelle en renfort son ami Tony, co-fondateur de la bande, mais qui a depuis pris ses distances. Réticent, il se joint néanmoins à ses amis. Au cours de la soirée, il rencontre Maria, la sœur de Bernardo. Le coup de foudre réciproque est immédiat. Mais l’amour de deux membres de familles rivales est voué à la tragédie.
West Side Story
Réalisé par
Robert Wise et Jerome Robbins.
Avec Natalie Wood, Richard Beymer, Russ Tamblyn, George Chakiris et Rita Moreno.
Scénario : Ernest Lehman, d’après la comédie musicale de Leonard Bernstein et Arthur Laurents, inspirée de "Roméo et Juliette" de William Shakespeare.
Musique : Leonard Bernstein.
Photographie : Daniel L. Fapp.
Etats-Unis - 152 mn - 1961

L’origine de West Side Story remonte à 1947. L’un des amis de Jerome Robbins prépare le rôle de Roméo pour un cours d’art dramatique. Au cours d’une conversation, il s’interroge sur les façons possibles de moderniser la pièce de Shakespeare. Le chorégraphe se souviendra de ces propos lorsqu’il commencera, deux ans plus tard, à travailler sur un nouveau projet avec Leonard Bernstein, son partenaire sur la version scénique de Un Jour à New York. Leur première idée est de transposer la rivalité des Montaigu et des Capulet dans Greenwich Village, les deux amants maudits étant respectivement juifs et catholiques italiens. Le titre provisoire est East Side Story. Un premier jet est écrit, puis mis de côté.

Le projet est repris en 1955 ; à cette époque, Manhattan voit accroître sa population portoricaine de façon considérable. C’est donc naturellement que les deux hommes, rejoints par le parolier Stephen Sondheim, replacent leur pièce dans ce contexte et le rebaptisent West Side Story. Les premières répétitions commencent en Juillet 1956, et le pièce est crée à Broadway moins de deux mois plus tard. Le succès est immense : 772 représentations, suivie d’un tournée américaine, puis d’un retour à New York pour 253 nouvelles séances. Hollywood ne pouvait que s’y intéresser…

West Side Story est probablement la première comédie musicale transposée de la scène à l’écran dans son intégralité, seules quelques très légères modifications ayant été effectuées. Ainsi, ‘Cool’ et ‘I Feel Pretty’ ont été déplacées afin de mieux s’intégrer à l’action, et ‘America’ n’est plus seulement chantée par les filles des Sharks. Les décors, très stylisés sur scène, sont modifiés de façon à les rendre plus réalistes. Il s’agit d’ailleurs de l’un des points forts du film ; seule la première séquence a été tournée en extérieurs, tout le reste du film l’ayant été en studio - 50 décors furent crées à ce effet, en général en hauteur afin de faciliter le déplacement de la caméra 70 mm. Et leur aspect hyperréaliste n’empêche nullement la théâtralité, la ville devenant un élément essentiel de l’action, depuis les balançoires servant aux chorégraphies jusqu’au morceau ‘Cool’, uniquement éclairé par les phares des voitures dans le parking. Et l’on peu parier que cette fusion est à la base du succès de West Side Story. C’est en effet probablement la première comédie musicale à aborder de front des sujets tels que la violence urbaine et le racisme, quittant les univers rose bonbon pour entrer de plein pied dans la réalité sociale. Et la critique n’est pas tendre, depuis le policier ouvertement raciste proposant aux Jets de les couvrir, jusqu’à la tentative de viol sur Anita illustrée par la reprise du thème ‘America’.

On le sait, durant le tournage les divergences furent nombreuses entre Robert Wise et Jerome Robbins, conduisant la production à écarter ce dernier, en partie à cause d’un perfectionnisme trop coûteux. Mais Wise n’hésita pas à le rappeler au moment du montage, et à partager avec lui le succès du film. Car on peut parler d’alchimie pour expliquer l’extraordinaire résultat final : alchimie entre les chorégraphies aériennes millimétrées de Robbins et la science du cadrage de Wise. On a encore trop tendance à minimiser le travail de ce cinéaste, qui pourtant s’est brillamment illustré dans tous les genres, de la science-fiction au fantastique en passant par le film de boxe et la comédie. Et son talent est flagrant tout au long du film. Il suffit pour s’en convaincre de revoir le prologue : après l’ouverture orchestrale reprenant les airs que le public connaît par cœur, Wise démarre son film de façon purement cinématographique, démontrant ainsi l’autonomie de son œuvre, qui n’est pas qu’une simple captation de la pièce : une lente progression, qui depuis une vue globale de Manhattan survole la ville, et va finir par isoler un groupe de Jets sur le terrain de jeu. Wise fait clairement œuvre de cinéaste, en montrant ce que la scène ne pouvait qu’évoquer. Ses talents de monteur font également merveille durant la séquence ‘Tonight’, montage parallèle de cinq actions où les mélodies et les images s’entremêlent sans jamais créer la cacophonie.

Mais que serait West Side Story sans sa bande originale, l’un des sommets de l’œuvre de Leonard Bernstein ? Quelle autre comédie musicale peut se vanter de réunir autant de chansons inoubliables ? La parfaite maîtrise de l’orchestration classique de Bernstein et son goût pour la musique populaire - si vous le pouvez, ne manquez pas ses cours destinés à la jeunesse régulièrement diffusés sur Arte - associés à l’influence du jazz et de la musique latino-américaine, donnent un ensemble absolument unique. Il est impossible d’oublier la beauté simple de ‘Maria’, la folie douce de ‘Gee, Officer Krupke’, la tension physique de ‘Cool’, autant de pièces fabuleuses qui culminent dans un ‘Somewhere’ a cappella qui ne peut que nous arracher des larmes.

Le succès de West Side Story ne s’est jamais démenti depuis sa sortie. Constamment redécouvert par de nouvelles générations de cinéphiles, il séduit même ceux d’ordinaire réfractaires à la comédie musicale, par la force de son histoire éternelle et la beauté de sa musique et de ses chorégraphies, qui jamais ne s’étiolent au fil des visionnages. Cette édition, parfait écrin pour ce joyau du 7ème Art, ne pourra que rejoindre vos étagères si elle ne s’y trouve déjà.

Image : L’image est de toute beauté, et le transfert rend justice au somptueux 70 mm Technicolor d’origine - dans la limite des possibilités du support. Les couleurs sont éclatantes et la définition précise. Si l’on cherche à pinailler, on dira que les couleurs unies des cartons de la séquence d’ouverture sont un bien grand défi à la compression et que des pixels se laissent entrevoir, spécialement sur le rouge, mais on est vraiment dans le domaine de l’infime. Et ce ne sont pas quelques griffures et points blancs ainsi qu’une ou deux variations de luminosité qui vont gâcher le spectacle. Si vous ne l’avez pas vu en salle en copie neuve, il s’agît là du meilleur moyen de visionner West Side Story.
Il est à noter que le master est le même que celui utilisé pour la précédente édition simple. Le nombre de lignes du standard PAL offrait peut-être une définition très légèrement plus précise, mais les différences restent infimes.
Notez que cette édition propose de voir le film au choix dans sa continuité ou avec un entracte.

Son : Loin de dénaturer la bande-son, le Dolby Digital 5.1 lui donne une ampleur impressionnante, tout spécialement sur les séquences musicales, ce qui reste l’essentiel. Les dialogues sont parfaitement clairs. Les voies arrière ne sont utilisées que pour la musique, hormis quelques effets utilisés avec parcimonie. Le Dolby Digital de l’édition spéciale est peut-être très légèrement plus dynamique que celui du Zone 2 simple, mais là encore il n’y a pas de différence notable.
Il est à noter qu’au contraire de l’édition précédente, le carton ‘United Artists’ n’est bruité que par des sifflements, la musique ne commencant qu’à la séquence d’introduction.

MGM
152 mn
Zone 1
Chapîtrage fixe
Menu musical et animé
Format cinéma : 2.20 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais (Dolby Digital 5.1), français (Dolby Digital 2.0 Mono), espagnol (Dolby Digital 2.0 Mono)
Sous titres : français - on appréciera le titre "Histoire d’Amour au West Side" -, anglais, espagnol + anglais pour malentendants accessible par décodeur.

L’édition spéciale est présentée dans un fourreau de carton rouge orné de l’affiche originale assez élégant. Outre les deux DVD emballés dans un double digipack, il offre un petit livre comprenant une lettre d’introduction d’Ernest Lehmann, des anecdotes sur le tournage, le scénario intégral, le programme original ainsi que des mémos de production, le tout illustré par de nombreuses photos.

Pour mémoire, l’édition simple n’offrait qu’un livret de 4 pages sur l’historique du film.

L’ensemble des bonus est présenté sur le deuxième disque. Aucun d’entre eux n’est sous-titré.

West Side Memories : un documentaire de 56 mn, présenté en 16/9. Couvrant l’historique du film depuis la version scénique de Broadway jusqu’à la première new-yorkaise, ce reportage recueille les témoignages de nombreux participants, de Robert Wise au parolier Stephen Sondheim, en passant par les comédiens tels que Russ Tamblyn ou Rita Moreno. La voix de Jerome Robbins se fait entendre grâce à une interview radiophonique de 1960. Le reportage couvre l’ensemble de la production - il est toutefois trop rapide sur la version scénique. L’avantage de ces documents rétrospectifs est d’éviter la langue de bois de l’autopromotion. Ainsi, l’éviction de Jerome Robbins est évoquée en détails. De même, Rita Moreno se montre critique par rapport à l’interprétation vocale de sa doublure sur ‘A Boy like That’. Le reportage est émaillé de documents passionnants, tels que ces prises de chansons utilisant les vraies voix des acteurs, ou bien la séquence de la bagarre sous l’autoroute en son direct, qui permet d’entendre le décompte rythmant la chorégraphie. Un très bon documentaire, instructif et bien construit.

Storyboard to film comparison : contrairement à l’habitude, ici pas de double fenêtre montrant en parallèle le story board et le film achevé, mais une alternance entre les peintures de Maurice Zuberano et leurs équivalents dans le film, le tout sonorisé par la version orchestrale du film. Quelques planches d’un ballet inutilisé pour « Somewhere » sont également incluses. 5mn, en 16/9.

La section ‘Film Archives’ comprend plusieurs parties :

- Trailers : elles sont au nombre de quatre. Parmi les bandes-annonces de sortie originales et celle de la réédition, on remarquera un étonnant teaser en silhouettes animées. Elles peuvent être diffusées d’affilée.

- La reprise du carton d’entracte.

- Galerie de photos : là encore, trois sections :

* Production design : une dizaine de croquis peints du décorateur Boris Leven.

* Storyboard : de très nombreuses planches de Maurice Zuberano, dont quelques unes sont entrevues dans les autres suppléments. L’intérêt majeur de cette section est de présenter l’intégralité du ballet rêvé de ‘Somewhere’, dansé sur scène mais supprimé dans la version filmée.

* Behind the Scenes : une collection de photographies noir et blanc couvrant les répétitions, l’enregistrement et le tournage.

Tous ces documents sont malheureusement présentés dans une fenêtre un peu trop petite pour leur rendre justice, en dépit du 16/9. On regrettera également l’absence de commentaire audio de Robert Wise, qui s’en est pourtant fait une spécialité ces dernières années.

MGM en profite également pour faire sa propre promotion et présente la sortie des DVD en édition spéciale de Certains l’Aiment Chaud, Le Violon sur le Toit et The Last Waltz.

Pour ceux qui se demanderaient quelle édition choisir : ceux qui se contentent d’aimer le film et ne s’intéressent pas aux bonus peuvent conserver leur zone 2, qui est d’excellente facture. Ceux qui ne l’ont pas encore acheté peuvent sans problème opter pour la nouvelle édition collector. Et ceux qui comme moi vénèrent ce film l’ont sans doute déjà inclus dans leur collection.

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