
Réalisé
par Alfred Hitchcock
Avec James Stewart, Kim Novak, Barbara
Bel Geddes, Tom Helmore, Henry Jones...
Scénario de Alec Coppel et Samuel
Taylor, d’après le roman de Pierre Boileau et Thomas
Narcejac, D’entre les morts
Musique de Bernard Herrmann
Directeur de la photo : Robert Burks
Un film Paramount
USA - 127' - 1958 |

DVD édité
par Universal pour La collection Hitchcock
127 mn
Zone 2
Format du film : 1.85
Format video : 16/9
Langues : Anglais en Dolby Digital 5.1 / Français en
mono / Italien en mono / Espagnol en mono / Allemand en 2.0
Sous-titres : Français / Anglais
/ Néerlandais / Portugais / Danois / Finlandais / Tchèque
/ Slovène / Norvégien / Polonais / Anglais pour malentendants
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John
Ferguson, surnommé ‘Scottie’,
est pris de vertige tandis qu’il poursuit un malfaiteur
avec un collègue policier. L’incident vaut la
mort de ce dernier et la démission de Ferguson des
services de police. Peu après, une ancienne connaissance
de Scottie le contacte afin de lui demander de suivre sa femme,
Madeleine, qui semble hantée par l’esprit d’une
morte, en l’occurrence sa grand-mère, qui se
suicida après avoir sombré dans la folie. Ferguson
mène donc son enquête en filant la femme de son
ami. Un jour, il assiste horrifié, au plongeon de Madeleine
dans la baie de San Francisco. Après l’avoir
sauvée, Scottie continue à suivre la jeune femme,
mais ils finissent par se rejoindre et poursuivent ensemble
leur promenade. Scottie tombe fou amoureux de Madeleine mais
hélas, son handicap va coûter une deuxième
fois la vie de quelqu’un : toujours hantée par
le souvenir de sa grand-mère, Madeleine se jette du
haut d’un clocher sous les yeux de Scottie, incapable
de la rejoindre... Psychologiquement anéanti, l’ancien
policier est interné. A sa sortie, il va rencontrer
Judy, une jeune femme qui ressemble à Madeleine... |
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Alfred
Hitchcock, connu pour être le Maître
du suspense, n’en
a pas moins été un grand conteur d’histoires
d’amour fortes : Les Enchaînés,
Rebecca, Pas de printemps pour Marnie,
entre autres. Mais il n’a probablement jamais atteint
un tel degré d'intensité dans la passion d’un
être pour un autre ailleurs que dans Sueurs froides.
Car c’est bel et bien une histoire d’amour avant
tout qui est le sujet de ce film par ailleurs passionnant
en tant qu’histoire à suspense. Le personnage
de James Stewart pense avoir découvert l’image
parfaite de la femme avec Madeleine, et après sa
disparition, son unique but sera de modeler Judy, cette
jeune femme rencontrée au hasard dans la rue, selon
le physique, les vêtements, la couleur de cheveux,
la démarche de la défunte. Et il y parviendra,
du moins jusqu’à un certain point, et c’est
bel et bien ‘d’entre les morts’ (titre
original du roman du tandem Boileau-Narcejac, qui a inspiré
le film) que semble resurgir Madeleine, lorsque Judy revient
devant Scottie, métamorphosée. On peut d’ailleurs
s’amuser à voir dans ce processus de ‘modelage’
de la femme parfaite un écho universel au cinéma
en général, recherchant depuis toujours à
mettre sous le nez des spectateurs époustouflés
les plus belles femmes du monde, sublimes, dans des rôles
taillés sur mesure.
Sueurs froides est fréquemment
considéré comme le chef-d’oeuvre d’Alfred
Hitchcock : choix difficile lorsqu’on pense à
des Psychose, Fenêtre sur cour ou
Les oiseaux. Mais on pourrait malgré tout
aller plus loin, en disant que c’est peut-être
l’un des plus grands films de l’histoire du
cinéma. C’est Jacques Lourcelles qui, dans
son Dictionnaire du cinéma – Les Films, écrit
: "Vertigo contient, à l’état
de condensé poétique, psychanalytique et métaphysique,
tout ce que le cinéma peut offrir : une histoire
d’amour, un récit d’aventures, un voyage
que les personnages entreprennent au fond d’eux-mêmes,
une énigme policière dont l’auteur se
plaît à révéler la solution 30
minutes avant la fin". En effet, sous un aspect fort
classique, Hitchcock dynamite les règles qu’il
avait lui même instaurées au sein de son cinéma
: la grande figure de style, qui consiste dans un certain
nombre de ses œuvres antérieures à devoir
innocenter aux yeux du public un homme accusé à
tort d’un meurtre, est ici réduite à
sa plus simple expression : dans une séquence qui
fait moins de dix minutes, Scottie est lavé de tout
soupçon concernant la mort de Madeleine. L’intérêt
est ailleurs : comment va-t-il pouvoir se remettre d’une
telle disparition, d’autant que dans ce cas précis,
le processus est inversé ? Le public (tant dans le
film que dans la salle) le sait innocent : seul Scottie
lui-même se considère comme coupable de ne
pas avoir pu sauver la femme qu’il aimait. Autre point
complètement désamorcé par Hitchcock
: la tradition veut que dans les romans policiers comme
dans les films du même genre, le nom de l’assassin
ou la solution de l’énigme soient donnés
dans la toute dernière partie du récit. Or
dans Sueurs froides, le cinéaste nous donne
la clé de toute l’intrigue effectivement une
bonne demi-heure avant la fin... c’est que, à
l’instar de la série policière Columbo,
Hitchcock préfère donner de l’avance
au spectateur par rapport à son personnage principal
: la question n’est plus alors de savoir ce qui s’est
passé, mais comment le héros va parvenir à
découvrir la vérité. Cela rejoint l’anecdote
que le cinéaste se plaisait à raconter, à
savoir que, si dans une scène de discussion entre
deux personnages, il y a une bombe caché dans la
pièce, près d’eux, prête à
exploser dans les minutes qui suivent, il préfère
montrer la bombe dès qu’il le peut aux spectateurs,
qui vont ainsi vivre de longues minutes de suspense, à
se demander si les personnages découvriront à
temps la menace… Hitchcock disait que ne pas montrer
la bombe serait une erreur, car le seul sentiment que le
dénouement procurerait aux spectateurs, en cas d’explosion
de la bombe, serait la surprise, qui s’estomperait
ensuite assez vite au fil de l’histoire… chez
Hitchcock, l’information donnée aux spectateurs
est l’un des premiers vecteurs de suspense de son
cinéma.
James Stewart n’était déjà
plus un jeune premier lorsqu’il interpréta
l’un de ses rôles les plus marquants dans Sueurs
froides : fréquemment employé dans des
comédies, donnant une image de l’Américain
sympathique et un tantinet naïf, le comédien
a joué quatre fois sous la direction d’Alfred
Hitchcock : ce fut d’abord La corde, huis-clos
psychologique où il livra une belle composition,
avant de faire merveille dans L’homme qui en savait
trop, aux côtés de Doris Day, et enfin
dans l’un des plus grands films d’Hitchcock,
Fenêtre sur cour, donnant la réplique
à Grace Kelly. Mais avec Sueurs froides,
qui marquera la dernière collaboration du comédien
avec le metteur en scène, le talent de James Stewart
est immense : il semble, à l’instar de son
personnage, complètement obsédé par
l’image de Kim Novak, et on ne peut nier que son interprétation
ajoute à la perfection de l’oeuvre.
Kim Novak avait à peine vingt-cinq ans lorsqu’elle
accepta le double rôle féminin dans Sueurs
froides. Comédienne au talent controversé
(beaucoup de critiques lui ont reproché son physique
‘glacial’), elle avait déjà fait
ses preuves aux côtés de Frank Sinatra dans
le très dur L’homme aux bras d’or
d’Otto Preminger. Hitchcock, à son tour, sut
tirer de la jeune femme le meilleur d’elle-même,
lui faisant vraiment jouer différemment deux personnages
fort éloignés l’un de l’autre.
On oublie trop souvent la plastique quasi-parfaite de Kim
Novak, au profit de Grace Kelly, qui joua à trois
reprises sous la direction de Hitchcock, et resta pour beaucoup
le symbole de la ‘blonde hitchcockienne’.
Barbara Bel Geddes, quant à elle, n’est certainement
pas sans rappeler fortement quelque chose à des millions
de téléspectateurs dans le monde : c’est
en effet elle qui interpréta la mère du clan
Ewing dans le célèbre feuilleton Dallas.
Le casting du film ne serait pas complet si l’apparition
de Hitchcock, rituel instauré presque dès
ses débuts cinématographiques, n’était
pas mentionnée : il croise James Stewart dans la
rue, au début du film, se promenant avec une sorte
de grand entonnoir recourbé.
Au fil des films qu’il a réalisés,
Hitchcock est parvenu à créer une sorte de
marque de fabrique, bien caractéristique de son univers
: en effet, il collabora régulièrement avec
des techniciens de renom, à commencer par Saul Bass,
qui signa des génériques mémorables
; il réalisa ainsi, après celui de Sueurs
froides, celui de La mort aux trousses ainsi
que Psychose. Les bouleversements psychologiques
du personnage de James Stewart dans Sueurs froides
sont ainsi illustrés par les tourbillons et les spirales
du générique.
Pour la musique originale du film, il en va de même
: le compositeur Bernard Herrmann fut longtemps un collaborateur
fidèle de Hitchcock. Il signa ses plus célèbres
partitions pour lui, La mort aux trousses, Psychose,
Pas de printemps pour Marnie... il fut également
l’auteur de la bande originale ‘sans musique’
des Oiseaux. Herrmann débuta avec Orson
Welles (pour Citizen Kane) et acheva sa carrière
en travaillant avec Martin Scorsese (Taxi driver)
: on a vu pire comme CV !
Quoi qu’il en soit, le compositeur signe avec Sueurs
froides certains morceaux d’une grande beauté
: la musique sait être tour à tour romantique
lorsque la passion de James Stewart et Kim Novak crève
l’écran, terrifiante lors de la séquence
magistrale du cauchemar de Stewart, envoûtante dès
le générique de début... toujours d’une
grande justesse, la partition de Herrmann participe elle
aussi à l’aspect proche de la perfection de
l’œuvre de Hitchcock.
Alfred Hitchcock, tout au long de sa carrière,
qui s’étala sur 50 ans durant lesquels il signa
un peu plus de 50 longs-métrages (sans compter une
série de courts réalisés pour la télévision),
a fréquemment cherché à innover, que
ce soit en matière de narration comme de technique
de réalisation. Sueurs froides n’échappe
pas à la règle : nous avons déjà
vu que le cinéaste avait décidé de
dévoiler la solution de l’énigme une
bonne demi-heure avant la fin : cela était le processus
opposé à celui employé trois ans plus
tôt, en 1955, par Henri-Georges Clouzot, qui mit en
scène Les Diaboliques, tiré d’un
autre roman du tandem Boileau-Narcejac. Si les intrigues
des deux films sont assez éloignées, elles
reposent en revanche sur des mécanismes de narration
assez proches, et une même atmosphère de ‘fantastique
dans le réel’.
SPOILER : D’ailleurs, si Clouzot faisait dire à
l’un des élèves à l’extrême
fin des Diaboliques qu’il venait de voir
la directrice de l’école, alors que celle-ci
est bel et bien morte, Hitchcock a lui aussi cédé
à la tentation d’introduire une scène
inexpliquée dans Sueurs froides : dans la
première partie du film, James Stewart suit Kim Novak
jusque dans un petit hôtel, et une fois qu’il
s’y est introduit, il s’avère que la
gérante n’a jamais vu passer de la journée
la femme qu’il a pourtant vue entrer. Lorsqu’il
regardera par la fenêtre de la chambre d’hôtel,
il constatera même que sa voiture a disparu. A aucun
moment dans le film Hitchcock n’expliquera cette séquence.
FIN DU SPOILER
Où le cinéaste a aussi fait preuve d’audace,
c’est dans l’aspect visuel de son film : certaines
séquences, entre autres dans l’hôtel
où James Stewart rencontre et fréquente une
Kim Novak brune, baignent dans une sorte d’aura surnaturelle.
Plus précisément, lorsque Judy, qui est enfin
devenue totalement Madeleine aux yeux de Scottie, s’approche
de ce dernier, elle avance dans une brume verdâtre
qui rend le plan non seulement splendide, mais porteur d’un
romantisme sublime. Dans la même séquence,
lorsque Judy et Scottie, tendrement enlacés, échangent
un long baiser, la caméra tourne à 360°
autour des comédiens, et peu à peu, le décor
s’assombrit, et Scottie s’imagine de nouveau
au monastère où le drame a eu lieu. Hitchcock
ne s’arrête pas là : pour rendre visuellement
l’effet de vertige dont souffre James Stewart, il
va utiliser un procédé que l’on appelle
parfois ‘travelling compensé’. Utilisé
dans un sens, cela donne l’impression d’écraser
la perspective, utilisé dans l’autre, on a
au contraire l’impression d’un décor
qui s’étire dans l’espace. C’est
ce dernier effet que le réalisateur a rendu au début
du film, puis dans le clocher, lorsque Scottie est atteint
d’acrophobie. Techniquement, il s’agit d’un
zoom avant de la caméra, combiné à
un travelling arrière. Le moins que l’on puisse
dire est que le résultat est efficace. Enfin, on
peut mentionner la séquence du rêve, très
complexe quant à sa mise en scène, mêlant
images réelles et animées, le tout éclairé
par des lumières changeant de couleurs au rythme
de la musique stressante de Bernard Herrmann. Du grand art.
Le film, à sa sortie en 1958,
déconcerta apparemment le public. Ce ne fut qu’au
fil des ans que cette pièce maîtresse de l’oeuvre
hitchcockienne qu’est Sueurs froides fut
reconnue à sa juste valeur. Film éminemment
visuel, tant dans son aspect que dans sa réflexion,
Sueurs froides est et restera pour toujours un
chef-d’oeuvre du cinéma. Tout y est proche
de la perfection, et si un seul regret se dégage
de notre esprit après avoir vu le film, c’est
bien qu’Alfred Hitchcock ne soit plus là aujourd’hui...
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Image
: Le film a bénéficié d’une restauration
minutieuse en 1996, et c’est bien entendu cette version
retravaillée qui figure sur le DVD. Dire que Sueurs
froides gagne au change est un euphémisme :
la copie est réellement splendide, le format d’origine
est respecté, et peu de films de cette époque
sont aussi bien servis par le support DVD. Les couleurs
ont retrouvé leur éclat d’origine, et
Sueurs froides prend un sérieux coup de
jeune.
Son : Côté
son, il n’y a rien à dire non plus, et il
va de soi que le choix est possible entre la VF d’époque
(seulement en son mono), qui garde son charme, et la VO
(en Dolby digital 5.1), pour les puristes. De nombreux
doublages et sous-titres en langues étrangères
sont proposés.
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Au
sujet de la restauration, un documentaire
d’une demi-heure, Obsessed with Vertigo,
retrace l’histoire du film, de sa genèse jusqu’au
travail de Robert A. Harris et James C. Katz en 96, le tout
ponctué d’interventions des différents
artistes ayant participé au tournage, parmi lesquels
une Kim Novak toujours resplendissante. Des comparaisons
nous sont montrées entre l’image du film avant
et après restauration, ce qui nous fait prendre conscience
de l’ampleur et de la qualité du travail fourni
par Harris et Katz.
Deux bandes-annonces, des notes
de production et des filmographies
complètent les suppléments du disque, ainsi
qu’une galerie de photos et des dessins
préparatoires. A noter aussi, la présence
d’une scène coupée,
une fin plus longue que Hitchcock a préféré
retirer de la version finale du film. Cette séquence
est disponible en allant naviguer dans le chapitrage du
documentaire, juste à la suite du générique
de fin de celui-ci. Enfin, un commentaire audio
est disponible, à écouter en même temps
que le visionnage du film.
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