
| Réalisé par Charles Chaplin
Avec C. Chaplin, Martha Raye, Mady
Correll, Allison Roddan, Isobel Elsom
Scénario : Charles Chaplin d’après une idée
de Orson Welles
Musique : Charles Chaplin
Photographie : Roland Totheroh et Curt Courant (non crédité)
Un film United Artists Production
Distribué par MK2 - Warner
Etats-Unis - 119 mn - 1947 |

119
mn Zone 2 Format cinéma : 1.33 Format vidéo : 4/3 N&B Langues : Anglais DD5.1 et mono, Français
et Italien en mono Sous-titres : Français, Allemand, Italien, Espagnol, Arabe,
Bulgare, Croate, Slovène, Roumain, Néerlandais
Chapitres et menus fixes Boîtier digipack |


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L’entre-deux-guerres en
France. Après trente années de bons
et loyaux services en tant que caissier dans une banque,
Henri Verdoux (Chrales Chaplin) perd son emploi suite à la
crise économique.
Afin de subvenir aux besoins de sa femme invalide et
de son fils, il se recycle dans un autre business, le
meurtre de vieilles femmes riches afin de faire main
basse sur leur fortune. Il devient une espèce
de Landru. Tout comme le tristement célèbre
meurtrier français, Verdoux entretient une petite
famille bourgeoise et vit de la vente de meubles. Monsieur
Verdoux est une comédie satirique sur le crime
et représente, selon Charles Chaplin, le film
le plus intelligent de sa carrière. |
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"Quelles
sont vos opinions politiques ? Pourquoi n’avez-vous
pas adopté la nationalité américaine
? Tournerez-vous encore des films avec le Tramp ? Tournerez-vous
d’autres films à message ?" Voilà quelques-unes
des nombreuses questions posées à Charles
Chaplin par des journalistes acerbes et hostiles, lors
de la conférence de presse de Monsieur Verdoux.
Chaplin s’y attendait, il avait d’ailleurs
ouvert les hostilités en lançant un vibrant
: "Que le massacre commence !"
Le calvaire
de Chaplin commence quelques années
plus tôt. Les Etats-Unis entrent dans la 2e Guerre
Mondiale, Chaplin participe à la campagne d’ouverture
d’un second front en Russie. Avec l’apparition
de la guerre froide, on ne retient plus le côté anarchiste
de Charlot, on lui prête des sympathies communistes
alors même que Chaplin a toujours clamé n’appartenir à aucun
parti. Comme si cette chasse aux sorcières ne suffisait
pas, sur le plan privé éclate un scandale
de non-reconnaissance en paternité. Chaplin qui
a soixante ans vient d’épouser Oona O’Neil,
une jeune femme de dix-huit ans. L’opinion américaine
est convaincue de son immoralité. La presse le fait
passer pour un vieux pervers à la solde du communisme.
En
1941, Orson Welles souhaite tourner un documentaire dramatique
sur le meurtrier Henri-Désiré Landru.
Il propose le rôle à Charles Chaplin qui décline
l’offre car il voue une fascination à Landru
depuis bien avant la guerre et il désire réaliser
lui-même le film. Chaplin paya 5.000 $ à Welles
pour son idée, avec garantie que le générique
mentionne "sur une idée de Orson Welles".
Un accord est signé, il faudra quatre ans à Chaplin
pour boucler son scénario. Le climat est tendu,
Chaplin est ralenti dans son travail suite aux procès
dont il fait l’objet. Le Breen Office, fidèle à son
rôle de censeur, rejeta la première mouture
du scénario écrite en 1946. Chaplin s’en
sortit en effectuant quelques coupes. Le tournage fut bouclé en
moins de trois mois. Un record pour Chaplin qui adore travailler à l’expérimentation,
refaisant scène sur scène afin d’arriver
au résultat escompté. Période de l’après-guerre
oblige, Chaplin n’a pu s’offrir ce luxe, car
la pellicule est rare. Pour la première fois, Chaplin
planifie minutieusement un film. Un plan de tournage précis
est réalisé. Le film sort aux Etats-Unis
en avril 1947 ; lors de la première les spectateurs
et la critique sont mitigés. La conférence
de presse est un désastre, Chaplin s’accapare
le ton désabusé de son personnage Verdoux.
Des manifestations de sympathisants de droite appellent
au boycott pur et simple du film. United Artists retire
provisoirement le film de l’affiche. Outre les reproches
personnels faits à Chaplin, on ne lui pardonne pas
la rhétorique véhiculée dans le film.
Verdoux se défend de ses crimes en prétextant
: "Guerres, conflits, toujours les affaires. Un
meurtre fait un bandit, des millions, un héros.
Le nombre sanctifie !" Autre critique véhiculée
: Monsieur Verdoux est un film athée ; confronté au
père Féraud lors de la scène finale,
Verdoux ne reconnaît pas ses pêchés.
Comme l’analyse Claude Chabrol, la transcendance
ne passe par Dieu. Une vision qui s’avère
intolérable pour l’Amérique bien pensante.
Enfin, Verdoux est un meurtrier raffiné, charismatique
et bien éduqué. Chaplin a travaillé dans
ce sens ; faire de Verdoux un personnage plus sympathique
que ses victimes. Verdoux émeut, attendrit, fait
rire aux larmes sans pourtant jamais cacher sa brutalité.
Le
film marque le premier échec commercial et critique
de Chaplin. Trop subversif diront certains, trop en avance
sur son temps prétexteront d’autres ou encore
trop éloigné de l’œuvre de Chaplin,
quoiqu’il en soit, c’est vrai que nous sommes à mille
lieues du personnage du Tramp qu’affectionne tant
le public. Cette césure, Chaplin l’amorce
en 1940 avec Le Dictateur. Le Tramp est toujours
présent,
mais il laisse progressivement la place à Chaplin,
Verdoux et Calvero. Le Tramp était muet, il acquiert
en partie le don de la parole avec Le Dictateur.
Avec Monsieur
Verdoux, Chaplin réalise son premier vrai film
parlant. Malheureusement, ses paroles sont amères.
Chaplin règle des comptes aussi bien avec l’Amérique
capitaliste qu’avec les femmes membres des ligues
de vertu. Monsieur Verdoux n’en est pas
pour autant un vulgaire film à thèmes, comme
le souligne le critique André Bazin, il s’inscrit
logiquement dans la continuité de l’œuvre
de Chaplin. L’évolution du personnage de Charlot
va de paire avec les aléas de la vie de Chaplin.
L’un
ne va pas sans l’autre. Car ce n’est pas seulement
Henri Verdoux que l’on guillotine, c’est également
Charlot-Chaplin. La scène du verre de rhum est éloquente à ce
propos. A 117' 50", Verdoux boit le coup du condamné,
se retourne, rend son verre. Autre plan, Verdoux nous apparaît
autrement maquillé, la noirceur de sa moustache
et de ses sourcils a été accentuée,
son visage est talqué. Il devient Charlot, sa démarche
vers la guillotine finit d’ailleurs de nous convaincre.
Si
le film fut enterré aux Etats-Unis, il remporta
un vif succès en Europe, succès probablement
lié à la présence de Chaplin qui quitte
définitivement les Etats-Unis en 1952. A propos
du film, François Truffaut disait : "C’est
une réussite prodigieuse. La construction du scénario,
le dialogue, le rythme, le jeu de tous ses partenaires,
tout est génial dans ce film et d’un génie
nouveau." La scène du voyage chez Lydia,
qui voit Verdoux monter l’escalier de la maison pour
se rendre dans la chambre à coucher est prodigieuse
: un plan fixe nous montre le couloir menant à la
chambre, Lydia va se coucher, disparaît du champ
et appelle Verdoux pour qu’il la rejoigne. Il s’engouffre à son
tour hors caméra pour ne réapparaître
dans le cadre que quelques secondes plus tard. Le matin
fait son apparition, Verdoux sort guilleret, il tient la
cassette de Lydia entre ses mains. Chaplin ne nous montre
rien et pourtant nous savons tout. Verdoux assassine Lydia
d’une manière que nous ne pouvons qu’imaginer.
Tout est laissé à l’interprétation
du spectateur.
Chaplin nous démontre qu’il peut-être
autant à l’aise dans l’humour classique
avec le Tramp, que dans la satire (Le Dictateur)
ou dans l’humour caustique et cynique. Le film comporte
son lot de comique visuel cher à Chaplin mais foisonne également
de dialogues du meilleur cru. La scène où Verdoux
emmène Annabella en bateau afin de l’expédier ‘ad
patres’ est un sommet du genre, humour visuel et
verbal se marient en une symbiose parfaite. Le comique
tient aussi au rythme du film. Henri Verdoux répète
inlassablement le même rituel : il charme, se marie
puis élimine ses victimes, tout ceci en gardant
un œil à sa montre afin de téléphoner
aux banques pendant les heures de bureau et ainsi éviter
une hypothèque sur sa maison. Son ignoble tâche
s’insère dans le quotidien. Le crime prend
des airs de boulot, il requiert planification, méthode
et efficacité. Une danse macabre dont chaque pas
est ordonné, calculé. Cette répétition
dans la méthode rappelle bien évidemment
Les Temps modernes.
Une partie du public n’a malheureusement pas compris
son génie. Comme son anti-héros, Chaplin échoue,
comme Verdoux, il se retrouve à la barre des accusés.
Il ne lui reste plus qu’à endosser une dernière
fois les habits du clown et de se jeter sous les Feux
de la rampe. Un mythe touche bientôt à sa fin.
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Image : Une
image d’une qualité exceptionnelle, peu
de défauts à déplorer si ce n’est
quelques poussières ça et là. Le film,
qui provient des archives cinématographiques de
la famille Chaplin, a bénéficié d’un
transfert digital de l’image. Hormis au cinéma,
jamais il n’a été donné d’apprécier
le film dans de telles conditions. Une pure merveille.
Excellents contrastes. Noirs profonds. Bonne stabilité de
l’image. Un travail de qualité qui rend hommage à la
photographie de Roland Totheroh qui a collaboré avec
Chaplin sur ses plus grands films.
Son :
L’éditeur nous offre la possibilité d’écouter
les dialogues et la musique dans un mono anglais et français
d’origine d’une très bonne qualité ou
dans un tout nouveau transfert digital en 5.1, bien évidemment
plus ample que la version 1.0. La bande sonore est également
issue des archives de la famille Chaplin. Que les fanatiques
des effets arrières modèrent néanmoins
leurs espérances, ce 5.1 ne fera pas éclater
leur home cinéma, mais il nous réserve
quelques surprises, notamment lors de dialogues et d’envolées
musicales |
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Introduction
par David Robinson (5') : Un reportage de qualité,
qui nous permet de contextualiser l’œuvre dans
la période de la guerre
froide aux Etats-Unis. Un climat défavorable qui
mit fin à la carrière de Chaplin au pays
de l’Oncle Sam. Cette introduction survole la génèse
du projet, l’écriture de son scénario,
les déboires de Chaplin avec les censeurs et les
membres de la Commission des activités anti-américaines,
la fameuse conférence de presse et conclut par une
citation d’un des plus fervents défenseurs
de la cinématographie de Chaplin, James Agee,
critique à The
Nation : "Une démocratie qui ne peut contenir
ses ennemis, aussi virulents soient-ils, est finie en tant
que démocratie". Le genre de supplément
que l’on souhaiterait voir accompagner toute œuvre
digne de ce nom.
Chaplin aujourd’hui : Monsieur
Verdoux (26'). Il s’agit d’un des
dix documentaires consacrés à Chaplin,
diffusé en mai 2003 sur France 5 et produit par
la chaîne en collaboration avec MK2 TV. Ce document
est signé par l’acteur-scénariste
Bernard Eisenschitz. Claude Chabrol, invité, partage
avec nous ses souvenirs de l’œuvre et analyse
certaines séquences importantes de Monsieur
Verdoux.
Il nous explique en quoi le premier échec financier
de Chaplin est néanmoins un triomphe du réalisateur.
Plans
de la scène et ébauches préparatoires.
Différents
plans de la maison de Verdoux mis en parallèle
avec des images du film. La richesse de ces esquisses
nous prouvent à quel point Charles
Chaplin a préparé son film avec minutie,
période d’après guerre oblige, Chaplin
a du se résoudre à planifier son film et à travailler
avec rigueur afin de pallier le manque de pellicule,
de décors et de budget.
Galerie de photos :
Plus de 70 photos de tournage de l’équipe
et de l’acteur-réalisateur.
Affiches du film : Une dizaine d’affiches du film
issues de différents
pays (France, Japon, Etats-Unis, Allemagne, Belgique…)
Chaque affiche est accompagnée d’un spot
radio de l’époque.
Bandes annonces (5') : Deux bandes annonces, dont
une en anglais non sous-titrée
et une seconde en allemand, également sans sous-titres.
La
collection Chaplin (12 min) :
bandes annonces des films de la collection, à savoir
: The Kid, l’Opinion publique, La Ruée vers
l’or, Le Cirque, Les Lumières de la ville,
Les Temps modernes, Le Dictateur, Monsieur Verdoux, Les
Feux de la rampe, Un Roi à New-York et La
Grande revue de Charlot.
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