
Réalisé
par Jacques Tourneur
Produit par Val Lewton
Avec James Ellison, Frances Dee, Tom
Conway, Edith Barrett, James Bell
Scénario : Inez Wallace, Curt Siodmak et Ardel
Musique : Roy Webb
Photographie : J. Roy Hunt
Un film R.K.O.
USA – 69’ - 1943 |

Editions
Montparnasse
Collection fantastique
69 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langues : Anglais
Sous titres : Français
Mono d’origine
Chapitrage animé |


|

|

Betsy, une jeune infirmière, est engagée
pour soigner la femme de Paul Holland un riche cultivateur.
Débarquée sur l’île de Saint-sébastien,
elle découvre que sa patiente est atteinte d’un
mystérieux mal qui la plonge dans une sorte de sommeil
hypnotique. Betsy, poussée par son amour pour Paul
Halland, entreprend de guérir sa patiente coûte
que coûte, quitte à démêler de ténébreux
secrets de familles teintés de rancunes muettes et
de rites vaudous… |
|
 |
"Ce
n’est pas beau.
Tout vous semble beau parce que vous ne comprenez pas. Rien
n’est beau ici. Tout n’est que mort et putréfaction.
"
Bienvenu donc dans
le monde du maître de l’ombre et du murmure.
Embarquons sur le bateau pour Saint-Sébastien.
Ecoutons cette réplique lancée à l’héroïne,
Betsy, une infirmière catapultée sous
les tropiques afin de soigner une femme atteinte d’un
mal mystérieux.. Cette réplique nous
met en garde, elle nous initie à l’univers
de Tourneur. Elle nous arrache à la contemplation
des étoiles
pour nous donner une clef essentielle: ce monde n’est
pas ce qu’il semble être.
Qu’avons-nous ici ? Un film Fantastique. Fantastique
? Peut-être pas, tout dépend du point de vu.
Rien n’est dit, rien n’est montré. Tout
est suggéré : la peur et la mort. Le film
commence comme un conte de Dickens: un flash-back sous la
neige. Et puis, imperceptiblement, le rythme s’altère.
Le génie de Tourneur est de travailler le film fantastique
comme le seront bientôt les films noirs : ses personnages
tentent d’échapper à leur passé,
aux forces du destin. Un combat désespéré.
Les êtres sont des marionnettes, comme cette femme-zombie,
manipulée, comme des poupées vaudous.
Nous arrivons à Saint-Sébastien. Et nous voici,
avec Betsy, de plein pied dans le domaine de Tourneur. Celui
de son 2e film fantastique produit par Val Lewton à
la RKO, juste un an après le succès de la
Féline. Si Jacques Tourneur a révolutionné
le cinéma fantastique en 3 films, c’est avec
I Walked with a Zombie qu’il atteint son
paroxysme. Le plus parfait des 3, le mieux équilibré.
Parce que c’est ça, l’art de Tourneur.
Un savant équilibre entre une image résolument
tournée vers l’ombre, une trame sonore envoûtante,
tissée de voix chuchotées où l’effroyable
est à peine audible et de bruitages inquiétants,
et des décors de studios artificiels. Un équilibre
donc. Si fragile ! Fragile comme les certitudes de ses héros.
Il est là, l’art de Tourneur : entre menaces
latentes et sous-entendus, tout est construit pour que l’on
suive la lente progression des personnages confrontés
à l’inexplicable. On les suit pas à
pas. Le confinement de la mise en scène ainsi créé
et la confidentialité des propos nous poussent à
nous fondre en Betsy tandis qu’elle se dissout dans
cette atmosphère irrespirable, un rythme envoûtant
fait de ralentissements et de brèves accélérations.
Un rythme que la langueur des tambours rend hypnotique.
Nous voici dans un état cataleptique, comme cette
femme au mal mystérieux que l’on tire par le
bras, cette nuit-là, au milieu d’un champ de
canne. Nous avançons, aveugles, entraînés
par la progression inexorable du film. Nous accompagnons
Betsy dans les tréfonds de son inconscient. Si l’infirmière
affirme ne pas avoir peur des fantômes au début
du film, une fois plongée dans le monde de Tourneur,
elle sera en proie aux incertitudes qui ne laisserons personne
indemne. L’inéluctable force de la nature,
du destin. Le monde de Tourneur à son achèvement
? Une fin en trompe l’œil : les destins s'accomplissent,
l’angoisse reste. La force de Tourneur ? dissimuler.
Le monde n’est plus ce qu’il semble être.
Le film fantastique ne sera plus ce qu’il était.
Tourneur, un vrai contrebandier.
|
|
 |

L’image : Si la
copie est légèrement abîmée
et si les contrastes souffrent parfois d’une insuffisance
de précision, sa restauration numérique
reste tout à fait convenable. On aurait bien sûr
préféré une restauration digne de
ce chef d’œuvre, plus proche de la perfection
des titres distribués par Criterion.
Le son : La piste son est une bonne surprise.
En effet, les chuchotements, la musique lancinante des
tam-tam sont presque palpables, indispensable pour entrer
de plein pied dans l’univers de Tourneur. L’absence
d’un improbable doublage en français au mixage
incertain et aux voix désuètes n’est
donc pas un handicap, loin de là…
|
 |
Les bonus : Rien ou presque : les bandes annonces
des autres films de la collection. C’est presque rien,
mais en deux extraits judicieusement choisis de l’Homme
léopard et de la Féline, on découvre
le meilleur de Tourneur. En quelques minutes, nous avons
tout : l’ambiance, l’envoûtement, la perfection
de sa mise en scène… et l’irrépressible
besoin de se procurer ces titres !
|
|
|
|