Comme
tout film à sketchs, le résultat
est inégal, mais l'ensemble réserve des moments
réjouissants.
Nous démarrons doucement au Moyen-Âge
avec l'histoire du fou du roi qui souhaite que ce soit son
tour de coucher (de pion-cer ?) avec la reine, ce qui est
bien cavalier. Ceci se solde évidemment par un échec…
Le gag de la main coincée est savoureux, mais ne
suffit pas à relever le rythme de ce sketch un peu
mou.
Allen enchaîne sur la saynète
la plus osée. Un berger arménien présente
sa brebis à un docteur généraliste.
Il se plaint que celle-ci ne l'aime plus alors qu'il l'a
toujours bien honorée !… On est étonné
de retrouver cet aveu de zoophilie dans une œuvre datant
de 1972, alors que ce sujet est un des derniers tabous d'aujourd'hui.
D'autant plus que le médecin tombe amoureux de la
brebis ! Il la traite comme une maîtresse "classique",
ce qui entraîne des moments étonnants et assez
surréalistes, particulièrement quand il se
fait surprendre dans sa chambre d'hôtel.
Le troisième sketch voit Woody Allen
camper un Italien qui n'arrive pas à faire jouir
sa femme, froide comme un glaçon au moment de passer
à l'acte. Mais le couple découvre au bout
de quelques mois de mariage qu'elle ne peut jouir que quand
ils font l'amour en public. Le postulat pouvait donner lieu
à d'innombrables situations comiques, mais Allen
ne l'exploite pas à fond, peut-être par souci
de ne pas se répéter. C'est un peu dommage
car on reste sur notre faim… On voit tout de même
ici que le réalisateur commence à s'intéresser
à la mise en scène : quand son personnage
discute en marchant avec un de ses amis, il utilise la profondeur
de champ, son ami au premier plan, lui tout au fond.
Le quatrième sujet abordé
concerne les travestis. Lors d'un réunion de deux
belles-familles, l'un des deux pères prétexte
une envie pressante pour se réfugier dans une chambre
et enfiler les vêtements de son hôtesse. Les
quiproquos qui s'en suivent sont sans surprises mais l'idée
de départ est assez loufoque pour maintenir en haleine
jusqu'à la fin du sketch. Et finalement, l'auteur
passe discrètement un message d'ouverture d'esprit,
quand dans la scène finale la femme du travesti rigole
de toute cette histoire, même si avant elle avait
traité le cas de son mari de malade pervers !…
Cette valse-hésitation illustre à merveille
le paradoxe cette époque de libération sexuelle,
qui se veut si tolérante mais où de nombreux
tabous ne sont pas encore tombés.
Woody Allen passe ensuite à une
fausse émission de télé : "Quel
est votre vice ?", dans laquelle des personnalités
(dans leurs propres rôles) tentent de découvrir
le vice caché d'une personne présente sur
le plateau. Celle-ci répond aux questions et gagne
5 $ à chaque fois que sa réponse est non !
Le résultat convainc car on y croit vraiment : l'image
est comme sur une vieille télévision en noir
et blanc, les acteurs campent parfaitement ces personnages
télévisuels si superficiels, et de plus c'est
bien sûr très drôle. Particulièrement
la scène finale, où un téléspectateur
tiré au sort peut réaliser son vice en direct
sur le plateau… Et là, Allen le scénariste
s'en est donné à cœur joie !
Dans le sketch suivant, Woody interprète
un écrivain sexologue qui accompagne une journaliste
du Globe chez le docteur Bernardo, scientifique réputé
qui expérimente toutes sortes de choses se rapportant
à l'activité sexuelle humaine. Là encore,
le scénariste laisse libre cours à son imagination,
inventant des expériences complètement tordues
qui donnent des résultats rarement probants ! Cela
ne pouvait que mal tourner dans ce laboratoire de savant
fou, et la destruction de la grande maison du docteur engendre
un être maléfique : un sein géant "taille
4000, bonnet X", dont les montées de lait sont
foudroyantes ! Ce passage est l'un des plus drôles,
par son côté surréaliste et démesuré,
mais aussi cet aspect psychanalytique omniprésent
dans l'œuvre d'Allen (la mère juive, le mystère
féminin…).
Pour terminer, Woody se transforme en spermatozoïde
sur le point d'être lancé dans le grand bain,
et qui se pose des questions existentielles. C'est Il
était une fois la vie avant l'heure, l'éjaculation
expliquée à tous, dans des décors de
bric et de broc, et une atmosphère bon enfant réjouissante.
Allen insère ici ou là quelques touches bien
à lui, comme l'homme d'église retrouvé
en train de trifouiller dans la conscience ou le spermatozoïde
qui sort en disant "Au moins, il est juif"…
Au final, l'œuvre garde toujours
une petite part de provocation, même si elle s'est
émoussée. Peu de films abordent ainsi des
sujets comme les travestis, la sodomie ou la zoophilie,
voire l'orgasme féminin. D'ailleurs, Woody Allen
y fait allusion dans Manhattan, quand un scénariste
raconte son idée de film dans une soirée :
il veut consacrer un film à l'orgasme féminin,
et Diane Keaton trouve cela complètement déplacé
et de mauvais goût… L’art de l’autodérision
!