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Réalisateur : Ernst Lubitsch
Avec : Carole Lombard, Jack Benny, Robert Stack, Felix Bressart
Scénario : Edwin Justus Mayer d’après une histoire
de Melchior Lengyel
Musique : Werner R. Heymann
Directeur de la photographie : Rudolph Maté
USA - 95 min - 1942
Un film United Artists
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Studio
Canal (Collection “Classiques”)
Zone 2
Noir et blanc
Format cinéma 1:33
Format vidéo 4/3
Langues : Anglais, français
Mono d’origine
Sous-titres : français |


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Chroniqués
par DvdClassik :
Pas d'autre chronique à ce jour
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A
Varsovie, en 1939. Au théâtre,
une troupe répète la pièce Gestapo avec les deux vedettes Joseph et Maria Tura. Bien que
très
amoureuse de son mari, Maria se laisse courtiser par
le charmant lieutenant d’aviation Sobinski qui
la rejoint tous les soirs lors de la représentation
d’Hamlet, pendant que Joseph attaque
le grand monologue "To be or not to be". La
guerre éclate ; Sobinski est envoyé à Londres
d’où il essaye de faire parvenir un message à Maria
par l’entremise du professeur Siletzky, qui s’avère être
un espion nazi sur le point de transmettre des documents
capitaux à la Gestapo. Cet incident va précipiter
la troupe d’acteurs, les Tura en tête, dans
une suite de périlleuses aventures. |
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Quand Ernst
Lubitsch débarque à Hollywood en 1923, à la
demande de Mary Pickford, il a déjà une riche
carrière derrière lui. Il a réalisé son
premier film en 1915 en Allemagne, son pays d’origine.
Au cours de sa période muette, Lubitsch créé un
style de mise en scène qui lui est propre et que
l’on a appelé la "Lubitsch-touch",
notion assez vaste qu’il me serait bien difficile à caractériser
et qui se base principalement sur le non-dit, le non-vu,
l’ellipse, le sous-entendu. Ce style sera porté à la
perfection avec l’arrivée du parlant, Lubitsch
faisant du son et des dialogues une composante essentielle
de sa mise en scène
La carrière "parlante" de Lubitsch
va être axée sur un genre unique : la comédie.
Au cours des années 30 et 40, les productions américaines
sont majoritairement des comédies et les maîtres
du genre se nomment Capra (N.Y - Miami), Hawks
(l’Impossible
monsieur bébé), McCarey (Cette sacrée
vérité) et bien entendu Lubitsch. Ce
dernier va s’imposer comme le maître de la
comédie
dite "sophistiquée" reposant la plupart
du temps sur un triangle amoureux. Sur les quelques films
qu’il réalisa durant ces années (en
gros, entre 1932 et 1946), nombre de chefs d’œuvres
parmi lesquelles The Shop around the corner, Le
Ciel peut attendre ou bien le film qui nous concerne
ici.
To be or not to be est une production indépendante
de Lubitsch et Alexander Korda qui sera distribuée
par United Artists. Habitué aux adaptations, Lubitsch
va, une fois n’est pas coutume, écrire un
scénario original en compagnie du scénariste
Edwin J.Mayer d’après une histoire de Melchior
Lengyel.
Le film fait partie de ces films de propagande "anti-nazi"
que produisit Hollywood dans les années 40 suite à l’entrée
en guerre des U.S.A dans le conflit mondial. Les plus grands
studios de l’époque se mobilisèrent
afin de dénoncer le nazisme, fléau qui menaçait
la paix dans le monde. Parmi les premiers films à s’intéresser à la
menace nazie, bien avant que les U.S.A sortent de leur
isolationnisme, on pourrait citer le superbe mélodrame
Mortal storm de Borzage ou le Hitler’s
madman de
Sirk, réalisés en 1940 sans oublier Le
Dictateur de Chaplin, peut-être l’œuvre la plus
ambitieuse sur le sujet. Si le film peut paraître
plus modeste que le film de Chaplin dans la forme, il n’en
reste pas moins aussi fort dans le fond.
Deux ans après Chaplin, Lubitsch va lui aussi s’attaquer
au nazisme et, comme son prédécesseur, utilisera
la parodie, la satire. Une approche assez "casse-gueule"
car la gravité du sujet ne prête pas à rire
au premier abord. Les premières minutes du film
donnent le ton du film avec la voix-off du narrateur qui
conte d’une manière drôle, ironique
et légère l’arrivée d’Hitler,
seul, dans une petite rue polonaise en train de regarder
une boutique. Une des scènes suivantes nous donnera
l’explication de cette intrusion : c’est en
fait un comédien de théâtre qui a voulu
montrer à son metteur en scène dubitatif
qu’il ressemblait parfaitement au Führer. Tout
le film est à l’image de cette introduction,
une oeuvre dans laquelle les faux-semblants, les déguisements
et la duperie seront le fil conducteur du récit
; un film d’une inventivité rare, servi par
un scénario des plus parfaits et des dialogues drôles,
caustiques et pertinents.
Par l’intermédiaire du burlesque, il dresse
un portrait assez réaliste de l’état-major
allemand : les membres de la Gestapo, avec entre autres
le personnage de Ehrhardt, sont montrés comme des êtres
grotesques, ridicules, lâches, fuyant toute responsabilité du
fait de leur dévotion aveugle et de leur crainte
du Führer.
La satire ne se limite pas aux nazis mais également
aux acteurs de théâtre que Lubitsch connaît
bien, ayant commencé sa carrière artistique
en 1913 dans la troupe de Max Reinhardt avant d’être
metteur en scène.
Dans le film, on a plutôt affaire à des cabotins
comme le "grand" Joseph Tura dont les nazis
diront "Oui, j’ai vu Joseph Tura sur scène.
Ce que nous faisons aujourd’hui à la Pologne,
il le faisait alors à Shakespeare" ; ou
bien à des
figurants qui rêvent de passer de l’ombre à la
lumière, ces derniers représentés
par les personnages de Bronski (le faux Hitler) et Geenberg.
Le cinéaste dresse un portrait tendre et humain
de ces seconds couteaux. Le personnage de Geenberg justement,
sera "le porte-parole" du message symbolique
que Lubitsch veut faire passer, à l’instar
du barbier dans son discours final du Dictateur,
et qui prouve qu’au-delà de la satire, le
film est bel et bien une œuvre engagée et politique.
Ces deux personnages sont également là pour
nous rappeler la vocation du théâtre : nous
faire rire (le personnage de Bronski) et nous émouvoir
(celui de Geenberg). La participation à la Résistance
leur permettra de jouer le rôle de leur vie
Cette connivence
entre le théâtre et le drame
qui se joue donne une impression de "film dans le
film", une sorte de mise en abyme. Pourquoi "mise
en abyme" ? Le titre du film
s’inspire de la fameuse tirade du Hamlet de
Shakespeare et l’emploi d’une pièce
fictive pour éclairer l’action ou le sujet
de la pièce "réelle est un procédé typiquement
shakespearien. Dans le film, la troupe de théâtre
joue une pièce appelée Gestapo et
les comédiens ne peuvent s’empêcher
de la faire virer à la farce, ce qui fait dire au
metteur en scène : "c’est une pièce
sérieuse, un drame réaliste, un document".
C’est exactement l’idée véhiculée
par Lubitsch lui-même dans son film : parler de choses
graves et sérieuses sur le mode comique et satirique
En
plus d’être une pure comédie,
le film est également un excellent film d’espionnage
aux rebondissements multiples, au suspense haletant et
au rythme trépidant, digne des meilleures œuvres
de l’époque traitant de la résistance
anti-nazie comme par exemple Les Bourreaux meurent
aussi de Fritz Lang, sorti un
an plus tard et présentant
dans le récit certaines similitudes avec le film
de Lubitsch : dans un registre plus dramatique, les héros
du Lang devront jouer la comédie aux nazis (en ayant
recours au mensonge) pour semer la zizanie et leur échapper
afin de protéger un résistant. Ici, L’acteur
Joseph Tura joue un rôle au théâtre
mais devra également jouer, en dehors, le rôle
d’un espion et celui d’un colonel nazi. L’aspect
documentaire et réaliste de certaines scènes
renforcent également l’aspect dramatique lié à ce
type de films : l’attaque allemande sur Varsovie
commentée par la même voix-off du début
du film, sur un ton cette fois presque solennel ; les mesures
prises par les autorités nazies à l’encontre
de la population polonaise ; les premiers signes de résistance.
Toutes ces scènes qui se suivent font que cette œuvre
est un véritable film de propagande engagé et
qu’il serait réducteur de n’y voir qu’une
comédie sur fond de Résistance.
Si To be or not
to be est une satire sur le nazisme, le film a également
des allures de "vaudeville" par
la présence d’un triangle amoureux, thème
cher à Lubitsch dans ses comédies (Haute
pègre, Sérénade à trois)
: on retrouve ici le mari, la femme et "l’amant",
ici un jeune homme lieutenant d’aviation, fou amoureux
de la comédienne. Cette situation, mêlée à l’extrême
jalousie du mari, donne lieu à des moments vraiment
comiques (le gag à répétition de la
tirade d’Hamlet par Joseph Tura, interrompu à chaque
fois au moment où il prononce "to be or not
to be"). Les dialogues, notamment entre Maria et
Sobinski lors de leur première rencontre, regorgent
de sous-entendus sexuels très drôles.
Le film
offre l’occasion au comique
Jack Benny de donner la pleine mesure de son talent, absolument
génial
en acteur cabotin, mari jaloux et soupçonneux, au
travers de mimiques plus hilarantes les unes que les autres.
A ses cotés, nous trouvons Carole Lombard dont ce
fut le dernier rôle. En effet, la comédienne,
alors âgée de 34 ans meurt dans un accident
d’avion avant la sortie du film, mettant fin à une
carrière prometteuse. Cette dernière avait
auparavant joué dans Joies matrimoniales d’Alfred
Hitchcock. Dans le film, elle rayonne de beauté et
de grâce. On retrouve également dans la distribution
le débutant Robert Stack (qui s’est éteint
récemment, en mai 2003) qui avait joué auparavant
dans Mortal Storm de Borzage et que l’on verra notamment
chez Douglas Sirk mais surtout connu pour la série
américaine Les Incorruptibles dans laquelle il interprétait
Elliott Ness. Enfin, pour ce qui est de la distribution,
signalons enfin dans le rôle de Geenberg, Felix Bressart,
un des acteurs fétiches de Lubitsch (on le retrouve
dans Ninotschka et The shop around the corner) et son double à l’écran,
juif allemand comme lui et porte-parole du cinéaste
dans ce film : c’est par lui que le message symbolique
du film sera délivré
To be or not to be, comme Le Dictateur sont considérés
aujourd’hui, à juste titre, comme des œuvres
essentielles de l’histoire du 7ème art. Ces
deux œuvres sont indissociables l’une de l’autre
car Chaplin et Lubitsch ont traité leur sujet sur
le mode de la satire, ce qui dérangea les spectateurs
de l’époque, peu enclin à accepter
ce qu’ils considéraient comme une atteinte
aux victimes des nazis. Le climat patriotique qui sévissait
dans le pays avait du mal à admettre que le burlesque
soit utilisé pour parler d’un sujet grave.
Pourtant, même si le film utilise des ressorts comiques,
il est très réaliste, beaucoup plus que le
Dictateur. Contrairement au film de Chaplin qui emploie
des noms fictifs comme Hynkel (pour Hitler) ou Osterlich
(pour Autriche) pour mettre en place sa satire, Lubitsch
s’attaque au problème de façon directe
et n’hésite pas à parler d’Hitler,
de la Pologne, de camps de concentration. La critique ne
fut pas en reste et se déchaîna sur le film
ce qui affecta moralement et physiquement le réalisateur
(il sera victime d’une première crise cardiaque
en 1943, suivi d’une seconde en 1947 qui lui sera
fatale).
To be or not to be ,
sous ses allures de comédie,
est une œuvre profondément personnelle et engagée
et fut incomprise à son époque. Cinglant échec
pour un homme qui avait accumulé les triomphes depuis
son arrivée à Hollywood vingt ans plus tôt.
Heureusement le temps rendra (assez vite) justice à ce
qui demeure l'une des meilleures comédies jamais
tournées.
Le film est aussi un bel et vibrant hommage au théâtre
et à ses acteurs et une sorte de retour aux sources
pour Lubitsch qui débuta comme comédien de
théâtre. A noter que Mel Brooks produira et
interprètera une nouvelle version du film en 1983,
réalisé par Alan Johnson.
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Le
film de Lubitsch
fait partie de la collection Studio Canal Classique qui
regroupe des films
français du patrimoine telle La grande illusion ou
Pépé le moko, mais également
quelques films classiques étrangers comme Le
troisième
homme ou Le Pigeon.
Image :
Très belle
copie cependant non exempte de défauts.
Elle aurait méritée une meilleure restauration
même si la jaquette nous indique que le film a été restauré en
haute définition. En effet, quelques petits points
blancs, griffures et autres taches font de furtives apparitions
sans que cela ne gêne la vision du film, loin de
là. En outre, si la copie manque un peu de contraste
au tout début, cela s’arrange par la suite
et l’on a affaire à un très beau
noir et blanc. Du coté de la compression, mis à part
quelques légers fourmillements, il n’y a
rien à redire.
Son :
Le son mono d’origine
est très clair, autant
pour les dialogues que pour la musique. La V.F, légèrement
"grésillante" par
moments, est parfaitement audible mais le doublage est à mon
avis assez pénible. Le film est de toute façon à voir
en V.O.
Il
n’y a évidemment pas photo
entre ces deux éditions (Studio Canal et Films
sans Frontières). Pourtant certains pourront raisonnablement
hésiter
pour une raison financière, cette édition
minimaliste se trouvant désormais dans la collection
"Ciné-club" vendue
pour une bouchée de pain dans certains magasins.
Il fallait le préciser de par le fait que cette édition
n’est pas déshonorante malgré tout
le mal qui va en être dit dans les lignes qui suivent.
Le générique fait craindre
le pire mais l’ensemble du DVD ne sera que "très
moyen" : une copie assez sale sur laquelle une
pluie d’artefacts apparaît par moments et
qui ne nous offre pas d’alternative ; on passe
sans arrêt du gris fade au trop contrasté : à ces
moments là les noirs sont vraiment trop charbonneux
et les blancs brûlés. La définition
est loin d’être concluante et manque singulièrement
de précision alors que la compression est ma foi
assez correcte.
La version française n’est pas proposée
(ce qui ne saurait être déplorable, cette
dernière étant catastrophique) mais les
nombreux plans de panneaux ou enseignes écrits
sont tirés de cette version et pendant ces plans,
nous remarquons une coupure de son y compris en ce qui
concerne les bruits d’ambiance. La bande son anglaise
se révèle fort claire même si elle
grésille, souffle et craque ici et là.
Le
chapitrage est très chiche puisqu’il
est seulement divisé en 8 parties. En guise de
bonus, une filmographie exhaustive du réalisateur,
une bande-annonce d’à peine 40 secondes,
abîmée, inintéressante et sous titrée à la
fois en français et en allemand ainsi qu’une
fiche historique décrivant brièvement la
carrière de Lubitsch, le film qui nous concerne
ainsi que son accueil auprès du public. Bien peu
pour un tel monument de la comédie américaine
!
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Le
menu est fixe avec un fond musical (qui est celui du générique
initial)
Chapitrage : chapitre fixe
en 12 parties
Galeries d’affiches
et photos
Filmographies : on retrouve
celles de Carole Lombard, Jack Benny, Robert Stack
et Ernst Lubitsch
Bande-annonces :
on a le choix entre une bande annonce avec sous-titrage
et
une sans
(elles sont toutes deux identiques).
D’ailleurs, petite anecdote amusante : dans la
bande-annonce, l’œuvre de Lubitsch est présentée
comme "le film que tout le monde voudra voir" :
ce ne fut malheureusement pas le cas, le film ayant été le
plus gros échec public de Lubitsch
Regard sur le film par Jean Douchet (17’01)
: Ce bonus se présente comme un commentaire audio
sur les premières minutes du film. Jean Douchet
parle en vrac du rapport homme-femme dans le cinéma
de Lubitsch, de la mise en scène "lubitschienne",
présente les différents protagonistes en
soulignant l’importance des personnages secondaires,
revient sur l’accueil du film en son temps. Bref,
tout cela est un peu confus et un rien compliqué à suivre
mais assez intéressant.
Un
dvd d’assez bonne qualité,
qui aurait mérité une meilleure restauration
mais qui reste le DVD zone 2 de référence
par rapport à celui édité par
Films sans frontières !
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