Novembre 1951, un objet volant non identifié s’écrase dans l’Arctique. Le haut commandement militaire US basé en Alaska charge le Capitaine Patrick Hendry d’enquêter. Il est accompagné de scientifiques, d’un journaliste et de militaires dont la base est localisée à proximité du crash. Sur place, l’équipe découvre un vaisseau spatial pris dans la glace. S’ils détruisent malencontreu-sement l’OVNI, ils parviennent néanmoins à extraire son pilote, lui aussi prisonnier du froid. Le visiteur est ramené à la base afin d’y être étudié. L’extraterrestre, une chose dont le métabolisme ressemble à celui des végétaux, échappe à sa captivité et sème le chaos et la mort dans le campement. D’un côté, les scientifiques veulent étudier le visiteur, de l’autre, les militaires veulent le détruire. En bon observateur, le reporter voit dans cette affaire le scoop de sa vie.

La Chose d'un Autre Monde
(The Thing from Another World)
Réalisé par Christian Nyby et Howard Hawks (non crédité)
Avec Kenneth Toby, Robert Cornthwaite, Margaret Sheridan, Douglas Spencer, James Arness
Scénario : Charles Lederer, Howard Hawks et Ben Hecht (ces deux derniers ne sont pas crédités) d’après la nouvelle Who goes there ? de John W. Campbell Jr.
Musique : Dimitri Tiomkin
Photographie : Russell Harlan
Un film RKO distribué par Warner
Etats-Unis - 87 mn - 1951

En 1934, John W. Campbell est l’auteur d’un petit bijou littéraire de science fiction, Who goes there ?, qui donnera naissance à deux adaptations cinématographiques, une première en 1951 que l’on doit à Howard Hawks et Christian Nyby, une seconde qui est l’œuvre de John Carpenter en 1982. Des deux films, l’œuvre de Carpenter ne souffre aucune comparaison, le Grand John nous a offert un des plus grands moments d’horreur de l’histoire du cinéma. La version de Carpenter est fidèlement adaptée de la nouvelle de Campbell. L’intrigue décline les thèmes de l’identité et de la perte de confiance, la chose se métamorphose afin de mieux approcher ses proies. La chose est un prédateur redoutable, propulsé à une époque où le public découvrait E.T. et ses gentils extraterrestres. Le film de Carpenter fut un échec commercial. Les spectateurs américains se détournaient du film de monstres et préféraient accueillir à bras ouverts des extraterrestres pétris de bons sentiments. Des valeurs morales que ne partageait pas vraiment la chose.

Si John Carpenter a joué de malchance, Howard Hawks et Christian Nyby ont profité d’un climat nettement plus favorable. Quelques années plus tôt, en juillet 1947 à Roswell dans l’Etat du Nouveau Mexique, un OVNI se serait écrasé dans un champ. Les rumeurs les plus folles ont circulé suite à cet événement. Quatre extraterrestres auraient survécuà l’accident, des pièces de vaisseau auraient été récupérées… Des fantasmes qui ont rapidement été démentis par l’armée. Ce jour-là, l’Amérique se prenait de passion pour les petits hommes verts. Hawks et Nyby profitent de cet engouement pour adapter le roman de Campbell au cinéma. Leur film est une réponse à Klatuu, l’extraterrestre pacifique de The Day the Earth Stood Still de Robert Wise, tourné la même année. Si la "chose" de Carpenter est monstrueuse, celle du tandem est politique. Le film, tourné en pleine Guerre Froide, est un pamphlet ouvert contre le communisme. Au même titre que la peste rouge, la chose est un virus qu’il convient d’éradiquer à tout prix, personne ne souhaite qu’il ne pervertisse le monde libre. Seul le docteur Arthur Carrington (Robert Cornthwaite) désire sauver la créature, mais par seul souci scientifique. Comme il le déclare, la connaissance est plus importante que la vie. L’unique tentative de dialogue avec la créature ne reçoit qu’un coup de griffes pour seule réponse.

La Chose d'un autre monde mouture 1951, plus qu’un classique de la science fiction, est surtout un témoignage parmi d’autres du maccarthysme. Le journaliste Ned Scott parti avec l’équipe de sauvetage s’extasie pour la découverte de la soucoupe. Son enthousiasme est rapidement tempéré par l’intervention du Capitaine Patrick Hendry qui préfère étouffer l’affaire pour raison d’Etat. L’épisode de Roswell est encore frais dans les esprits. Scott a beau faire appel à la Constitution et à la liberté de la presse, Hendry est inflexible… Au final, en bon héros hawksien attaché à son groupe, Ned Scott saluera la prouesse militaire et informera le public de la menace qui vient d’être écartée. La Chose d'un autre monde, un film de propagande ? Plutôt un divertissement dans l’air du temps. A cette époque, tout comme l’équipe basée en Arctique, le monde occidental scrute inlassablement le ciel avec méfiance, avec l’espoir secret que l’apocalypse (la bombe H) ne soit qu’un concept, un croquemitaine chargé d’effrayer les enfants.

Une question demeure sur toutes les lèvres : qui de Hawks ou de Nyby a filmé La Chose d'un autre monde ? Christian Nyby est crédité, mais il ne faut pas se leurrer, ce long métrage représentait sa première incursion derrière la caméra et le film ressemble trop à du Hawks pour s’y méprendre. Qu’il s’agisse de la mise en scène ou encore des thèmes abordés, il ne fait aucun doute que Hawks a pris les choses en main. Nyby cherchait à faire ses armes au cinéma et il s’est donc contenté d’observer le maître en action. Hawks, qui se moque de recevoir le moindre crédit pour ce film de série B, adoube Nyby comme réalisateur officiel. Un espace restreint, un groupe soudé, un personnage féminin intégré dans un univers masculin (Margaret Sheridan), autant de thématiques qui parsèment le travail du Géant de Hollywood.

Même si le film ne constitue pas un chef-d’œuvre, son influence demeure vivace. Que ce soit au travers du Alien de Ridley Scott - le détecteur de mouvements est bien évidemment inspiré du compteur Geiger utilisé afin de localiser les déplacements de la chose - ou encore dans le Halloween de John Carpenter ou le Scream de Wes Craven, le public prend toujours autant de plaisir à se faire peur devant cette chose venue d’un autre monde.




Image :
De nombreuses poussières et griffes lors des scènes d’extérieur. Autrement, les scènes tournées dans la base sont presque exemptes du moindre défaut. Les noirs sont profonds, le contraste est excellent et la copie ne souffre que d’un rare grain. Tout au plus peut-on reprocher la disparition d’un ou deux plans qui font sauter l’image çà et là. Compte tenu de l’âge du film, les fans seront aux anges.

Son : Cristallin, un mono de très bonne tenue à la dynamique claire. Dolby 1.0 oblige, musique et dialogue n’émanent que de l’enceinte centrale.

Warner Home Video
87 mn
Zone 1
Menu fixe et muet
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : anglais mono 1.0
Sous titres : Anglais, français, espagnol






Image : Voir ci-dessous Edition collector

Son : Voir ci-dessous Edition collector

Editions Montparnasse
83 mn
Zone 2
DVD 5
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Anglais et Français
Dolby Digital Mono 2.0 et 5.1
Sous titres : Français


Image :
Très belle copie, bien contrastée et ne présentant pratiquement aucun défaut ; la restauration numérique a été efficace, peut-être trop, car on peut déplorer quelques scènes – essentiellement des dialogues en intérieurs - où l’image apparaît un peu trop lissée et pauvre en détails. C’est d’autant plus dommage que durant le reste du film la définition est satisfaisante. Rien à redire du côté de la compression qui sait se faire discrète.

Son : Montparnasse nous laisse le choix entre un mono d’origine bien restauré aux dialogues clairs, et un nouveau remix en 5.1 ; si celui-ci propose une belle ouverture sur les voies avant et met en avant la musique, on regrettera que certains effets tels que les bruits de tempêtes soient trop présents sur les enceintes arrière. Cette piste reste agréable, mais les puristes préféreront le mono, plus conforme à la coloration d’origine. Un doublage français d’époque, où les voix sont un peu plus étouffées, est également proposé dans ces deux versions.
Editions Montparnasse
83 mn
Zone 2
Menu fixe et sonore
Chapîtrage
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Anglais et Français
Dolby Digital 2.0 et 5.1
Sous titres : français

EDITION WARNER : comme pour l’édition zone 2 sortie en 2000 chez l’éditeur Montparnasse, question bonus, ça ressemble fort à la banquise. Warner nous gratifie d’une bande-annonce de qualité médiocre. On espérait davantage, notamment des photos de production que l’on peut trouver assez facilement au détour du net.

EDITION MONTPARNASSE : dommage que la jaquette nous enlève toute surprise concernant "The Thing" ! En supplément, l'habituelle présentation de Serge Bromberg. Il revient tout d'abord sur la genèse du film et la part qu'ont respectivement eu Howard Hawks et Christian Nyby dans sa conception et sa réalisation. Quelques exagérations pour finir, le présentateur nous annonçant un chef-d'oeuvre insurpassé et insurpassable et affirmant que l'angoisse de ce film étant au moins aussi puissante que dans les adaptations ultérieures. Aurait-il loupé la version de John Carpenter ou l'aurait-il vu dans de mauvaises conditions ?

Scènes commentées par J.B. Thoret – 47 mn : le rédacteur en chef de Panic choisit quatre segments du films et les commente ; il reprécise les enjeux du film et en décortique la mise en scène sans toutefois se montrer trop analytique, à l’arrivée ce supplément est particulièrement intéressant, même si, au vu de sa durée actuelle, on peut se demander pourquoi il n’a pas enregistré un commentaire audio sur toute la durée du film.

Un Film Matrice – 10 mn : Cette compilation extraite du documentaire "Watch the Skies !" reprend des interventions de Martin Scorsese, Ridley Scott, Steven Spielberg, George Lucas et James Cameron qui s’expriment sur leur intérêt pour la science-fiction en général, et La Chose d’un autre monde en particulier. On retiendra tout spécialement les propos de Martin Scorsese qui raconte son étonnement d’enfant face à 2000 spectateurs sursautant en même temps, ainsi que ceux de James Cameron, expliquant combien ce film l’a inspiré.

Entretien avec John Carpenter – 23 mn 57 : S’il y avait un réalisateur à interroger sur ce film, c’est bien entendu John Carpenter, entre autres auteur d’une version moderne de La Chose d’un autre monde. Il commence par expliquer en quoi la paternité du film lui semble incontestable, puis décrypte le film et son influence, en faisant l’apologie de la mise en scène de Hawks, et égratigne au passage John Ford, dont il dit de moins en moins supporter le « vaudeville irlandais en vieillissant ». Il termine en comparant sa version de The Thing à celle de son maître.



Bande-annonce originale
– 1 mn 31 : Malheureusement en assez mauvais état.

Comme les autres coffrets Collector de Montparnasse, le film est présenté dans un digipack cartonné joliment illustré, et agrémenté d’un livret reprenant le chapitre consacré au tournage de La Chose d’un autre monde extrait de la biographie que Todd McCarthy a consacré à Howard Hawks.

Test technique du Zone 2 : Franck Suzanne

En savoir plus
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