Réalisé par Billy Wilder
Avec Gloria Swanson, William Holden, Erich Von Stroheim, Nancy Olson...
Scenario : Charles Brackett, D.M Marshman, Billy Wilder
Musique : Franz Waxman
Photographie : John F. Seitz
Un film Paramount
USA - 92' - 1950



Paramount Collection
Zone
1 - DVD9
Format cinema 1:66
Format video 4/3
Langues : Anglais / Français
Ss-titres : Anglais / Français sur les bonus
N&B - Mono d'origine
Menus sonores et animés


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Chroniqués par DvdClassik :
La garçonnière (Z2)

 

 




Joe Gillis, scénariste fauché
, est relancé une fois de plus par ses créanciers. Deux gros bras lui réclament sa voiture qu'il déclare ne plus avoir en sa possession avant de partir la récupérer discrètement pour la mettre en lieu sûr. Sur sa route il recroise les deux brutes et une poursuite s’engage. Pour leur échapper il se cache sur une petite route et y découvre une immense demeure décrépie. Quelqu’un le hèle de l’intérieur, il semblerait qu’on l’attend…


Quand Norma Desmond
dit à celui qu’elle croit être le fossoyeur qu’elle désespère de voir arriver : "Enfin vous voilà ! Pourquoi m’avez vous fait attendre si longtemps ?" c’est bel et bien, sans le savoir, au scénariste qu’elle a en face d’elle et même au cinéma tout entier qu’elle s’adresse. Norma est une star. Une star du muet qui fut adulée et chérie et qui, avec l’arrivée du parlant, est brutalement tombée en désuétude. "Je vous reconnais, vous étiez une grande" ; "Je SUIS une grande, ce sont les films qui sont devenus petits". Norma vit dans l’illusion de sa gloire perdue, dans un monde tout entier figé en cette époque bénie où elle recevait des milliers de lettres de fans par semaine. Joe Gillis, scénariste arriviste et corrompu, abusera de sa confiance et profitera de la situation en aidant Norma à préparer son "come-back".

Considéré dès l’écriture comme traitant d’un sujet brûlant, le script de Sunset Boulevard fut distribué aux différents intervenants avec une mention spécifiant bien la nécessité de tenir secret le contenu du scénario. Wilder avait raison, Sunset Boulevard sera très mal reçu par la profession. Il faut dire que Wilder dresse un portrait terrible de l’industrie cinématographique. Hollywood fabrique des vedettes, il fait d’individus des monstres aux égos boursouflés, les exploite et les oublie. Joe Gillis (incarnation de cet Hollywood sans morale) traitera Norma avec mépris jusqu’à ce qu’il saisisse comment tirer profit de la situation dans laquelle le hasard l’a plongé.

Film sur la célébrité et ses dérives, violent pamphlet contre la puissante machine hollywoodienne, Sunset Blvd est également un regard plein de tendresse sur le cinéma et sa magie. Le retour de Norma aux studios Paramount pour y rencontrer Cecil B. De Mille (sur le tournage réel de Samson et Dalilah) permet d’ailleurs au cinéaste une des plus belles séquences du film : Norma y sera reconnue par les siens, ceux qui font le cinéma, les techniciens et figurants des studios, ces petites mains sur lesquelles Wilder porte un regard plein d’une bienveillante affection.

Cette subtile alchimie de tons (version emphatique de ce que seront plus tard des films plus nuancés comme La garçonnière où, là non plus, le rire n’est jamais très loin des larmes) se retrouve dans le jeu grandiloquent de Gloria Swanson. On est ébloui par son incroyable présence à l’écran. Ses éclats de colère, sa détermination sans faille et sa fragilité font de sa prestation une des plus belles performances d’acteur de l’histoire du cinéma. Cette star imaginaire à la personnalité baroque est aujourd’hui une véritable icône et représente à jamais à nos yeux de cinéphile l’image même de la "Diva". Gloria Swanson fut véritablement une des idoles du muet. Contrairement à Norma Desmond elle survécut au passage à l’ère du parlant, tournant même dans une comédie musicale, mais disparut tout de même des écrans quelques années plus tard. Sunset Blvd marqua en 1950 son retour au cinéma dans un premier rôle pour une performance absolument inoubliable.

S’il faut saluer la performance de Gloria Swanson, il faut également louer l’intégralité d’un casting particulièrement bien choisi. Erich Von Stroheim hésita longuement avant d’accepter le rôle de Max qui offrait, tout de même, de tragiques résonances à ce qu’avaient été son parcours et sa vie. Lui qui fut l’un des plus brillants réalisateurs des années 20 et offrit au cinéma quelques uns de ses plus grands chef d’œuvres (il dirigea d’ailleurs Gloria Swanson dans Queen Kelly en 1929) fut rejeté par Hollywood à force de dépassement de planning et de budget (Foolish wifes coûtât plus d’un million de dollars, ce qui, en 1922, était absolument faramineux). En 1950 il n’était plus qu’un second rôle au visage connu, un faire valoir de luxe. Wilder lui rendra l’un des plus émouvants hommages d’un réalisateur à l’un de ses pairs en le replaçant à nouveau, le temps de la dernière séquence du film, derrière une caméra. Von Stroheim, revenu exprès d’Europe aux Etats-Unis pour y tourner le film, retournera définitivement finir ses jours en France après le tournage.

On le voit, le film tisse habilement des parallèles entre pure fiction et matériau historique, et si cette spécificité du film lui confère un aspect particulièrement jouissif (comme une sorte de connivence entre le film et le spectateur "initié") l’essentiel de sa beauté n’est pas là. Nul besoin en effet de connaître la biographie de Von Stroheim ou celle de Gloria Swanson pour éprouver du plaisir à la vision de ce chef-d’œuvre. Le scénario d’une richesse infinie ménage de formidables rebondissements, les dialogues étincelants fourmillent de répliques cultes et cet incroyable mélange de tonalités entre rires, larmes et compassion fait du script de Sunset Boulevard un bijou à l’éclat inégalé. Ce mélange des genres (film sur la folie ? film sur le cinema ? film noir ?), cette atmosphère mortifère teintée de fantastique, l'inventivité de la mise en scène, la qualité globale d’une production en tous points irréprochable et la sublime prestation de Gloria Swanson font définitivement de Sunset boulevard un chef-d’œuvre absolu…

Image : Merveilleux, sublime, extraordinaire : on pourrait enchaîner ainsi les superlatifs à l’infini. Film inaugurant avec Vacances romaines un nouveau procédé de restauration chez Paramount, Sunset Boulevard a bénéficié d’un traitement absolument exceptionnel. On avait jamais vu de si belle copie noir et blanc. Une compression irréprochable, des contrastes qui donnent à l’image une profondeur et un relief bluffant, une définition à tomber par terre : on est là devant le nouveau mètre-étalon en matière de restauration et de transfert numérique. Paramount devrait sortir prochainement d’autres titres ayant bénéficiés du même traitement de luxe, on en attend la liste en salivant d’avance…

Son : Là aussi on est largement comblé : une piste mono d’origine nettoyée, aucun reproche à formuler. Le DVD ne propose malheureusement pas de sous-titres français mais uniquement anglais. A noter tout de même la présence d’une piste audio française…



Commentaire audio de Ed Sikov
: Extrêmement riche d’anecdotes et d’éléments d’analyse, cet excellent commentaire audio non sous-titré est néanmoins parfaitement compréhensible, l’intervenant s’exprimant dans un anglais limpide et parfaitement intelligible. Une mine d’infos.

The making of Sunset Boulevard : recueillant un certain nombre de témoignages éclairés (dont celui de Nancy Olson) le documentaire, en plus de revenir sur le tournage, lève le voile sur les subtiles imbrications entre le film et le parcours des acteurs qui y participèrent.

Hollywood location map : Sunset boulevard fut tourné sur les lieux même du Hollywood historique, en cliquant sur les différents points indiqués sur la carte, on découvre l’histoire de ces lieux mythiques sous la forme de très courts documentaires.

The music of Sunset Boulevard : Le court documentaire revient sur la vie et le travail de Franz Waxman qui signa l’excellente partition de Sunset Boulevard et, à travers son parcours, évoque l’exode des tenants du cinema allemand au moment de l'arrivée au pouvoir de Hitler.

Edith Head – The Paramount years : costumière de légende, Edith Head participa à quelques uns des films les plus importants de l’époque. Le documentaire nous présente une partie de ses travaux.

Photo Galleries : découpées en trois sections, production, tournage et publicité, les galeries contiennent de très beaux clichés qui raviront les amateurs d’images de tournage.

Morgue prologue script pages : pièce maîtresse de l’interactivité, cette section présente deux versions du script de l’ouverture originale (dite du "prologue de la morgue") coupée après les premières projections test où elle fut mal accueillie. En suivant les pages du script, on a accès à des extraits retrouvés de cette ouverture, malheureusement trop courts et non sonorisés.

Et l’inévitable bande annonce originale.

Fait rarissime et au combien appréciable, les bonus, à l’exception du commentaire audio et du script de la séquence de prologue, sont tous sous-titrés en français ! L’heureuse surprise passée, on peut tout de même se poser la question de l’utilité de la chose sachant que l’éditeur n’a pas pris soin de proposer des sous-titres français sur le film lui même... Les acheteurs francophones sont ils censés regarder le film en V.F ?

Pour conclure, on tient là l’écrin qu’on espérait pour ce chef d’œuvre, une édition techniquement époustouflante, qui s’affirme, aujourd’hui, comme la nouvelle référence en matière de restauration d’image.


Un film chroniqué par Harry Dawes