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Il
y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine…
Les forces impériales tentent de mettre la main sur les plans secrets
de l’Etoile Noire, puissante arme destructrice, volés par
l’Alliance Rebelle qui lutte vaillamment pour délivrer la
galaxie du règne maléfique de l’Empire. Les circonstances
vont réunir dans le même combat Luke Skywalker, un jeune
fermier qui rêve d’aventures, Obi-Wan Kenobi, un vieil ermite
seul survivant de la confrérie des Jedi, la princesse Leia, haut
dignitaire de la Rébellion, Han Solo contrebandier au grand cœur
accompagné de son fidèle compagnon Chewbacca, et les deux
droïdes facétieux C-3PO et R2-D2. Ils devront affronter le
terrible Darth Vader, incarnation du mal et ancien chevalier Jedi converti
au côté obscur de la Force. Après une première
victoire acquise contre l’Empire, le Rébellion connaît
des mauvais jours et subit une lourde défaite qui la disperse aux
confins de la galaxie. Alors que Luke Skywalker débute sa formation
avec le vieux sage Yoda, ses amis tombent dans un piège fomenté
par Vader qui veut attirer vers lui l’apprenti Jedi. Face au chevalier
Sith, ce dernier apprend le lourd et terrible secret de ses origines.
Sauvé par ses compagnons, il part achever sa formation. Réunis
au complet après une dernière entreprise de sauvetage, Luke
et ses camarades s’apprêtent à se lancer avec toute
la flotte rebelle dans un dernier assaut contre l’Etoile de la Mort
en construction, dans laquelle s’est installé l’Empereur
qui souhaite attirer le jeune Jedi vers le côté obscur et
en faire son esclave. Luke Skywalker devra à nouveau combattre
Darth Vader pour accomplir son destin. |
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Par
un bel après-midi de juin 1977, un enfant de sept ans se promène
avec ses parents dans le centre de Miami. Au détour d’une
grande rue, il s’arrête net devant un cinéma où
se presse une foule nombreuse, bigarrée et enthousiaste. Le
film projeté dans la grande salle rallie tous les suffrages.
Les gens rient, crient, se défient, s’invectivent ou
lèvent les yeux au ciel ; certains reviennent voir le film
pour une deuxième ou une troisième fois, d’autres
accourent impatients de percer le mystère d’un événement
culturel inattendu qui commence à créer un véritable
sentiment communautaire. Le petit garçon observe la scène
avec émerveillement et lève la tête : l’affiche
du film a déjà de quoi susciter son intérêt,
mais le titre est encore plus évocateur : Star Wars.
Et là, il se souvient : ne s’agit-il pas de ce petit
film de science-fiction sorti récemment et dont les médias
ne cessent de rendre compte depuis quelques jours maintenant ? La
mère ne résistera pas longtemps aux suppliques de son
fils. Et maman ne le regrettera pas car elle aussi, conquise d’entrée
par l’assaut des cordes et des cuivres du puissant thème
musical composé par John Williams, tombera sous le charme d’un
spectacle fabuleux et excitant. Ce gamin aux yeux embués de
larmes, et tous ces spectateurs transportés par cette projection,
pouvaient-il se douter que le film serait plus tard considéré
comme le fossoyeur du cinéma américain par certains
esprits rigides et généralisateurs, de la même
façon que Jean-Luc Godard se complaît tristement à
répéter que le cinéma est mort ? Cette "noble"
question sera soulevée plus loin dans cet article. Mais l’essentiel
reste que l’impact produit par cette sortie mémorable
se poursuit encore aujourd’hui. Trente années se sont
écoulées depuis, et voilà que le petit garçon
devenu grand a été chargé de rédiger le
texte que vous êtes en train de lire, et son enthousiasme pour
cette trilogie exceptionnelle ne s’est pas éteint malgré
les attaques des détracteurs de tout poil et, il faut l’avouer
hélas sans ménagement, par les torts causés à
son encontre par son propre créateur George Lucas. Avant
toute chose, il est nécessaire de rappeler que la tentation
de l’anachronisme, qui guette tout commentateur de la trilogie
lucasienne, se révèle un frein à l’analyse
filmique et sociologique d’un tel phénomène. Discourir
sur George Lucas et son travail en prenant comme référence
la personne qu’il est actuellement (ou du moins celle qu’il
est devenu à partir des années 1990) peut facilement
amener à commettre plusieurs contresens quant à ses
ambitions originelles en général et à son œuvre
en particulier. Comme chacun sait, Lucas fait partie de ce petit groupe
de réalisateurs cinéphiles tout frais émoulus
des écoles du cinéma qui, dès la fin des années
1960, entendent se faire une place dans ce qu’il est convenu
d’appeler aujourd’hui le "Nouvel Hollywood".
La volonté de se frotter au système établi tout
en apportant une réelle indépendance d’esprit
est l’un des points communs de cette génération
comptant en son sein des artistes brillants, reconnus depuis comme
des "auteurs classiques" tels que Francis Ford Coppola,
Brian De Palma, Martin Scorsese et Steven Spielberg. Tous ces cinéastes
se sont croisés à un moment ou à un autre dès
la fin des années 1960 ou le début des années
1970 et, malgré un style et une carrière individuelle
respectifs assez différents, possèdent un véritable
esprit de corps. Il peut paraître étonnant de parler
de cinéma indépendant à propos de Star
Wars, considérant les budgets de ces films et ce que
leur succès considérable au box office a induit dans
la façon de produire à Hollywood. C’est pourtant
bien le cas. Cette indépendance est due en premier lieu à
la personnalité même de Lucas, jeune rebelle à
l’imagination fertile, personnage solitaire, casse-cou, et nourri
de culture populaire dès son plus jeune âge. L’image
du nabab embourgeoisé, régnant confortablement à
l’intérieur de son Skywalker Ranch, qu’il projette
depuis maintenant bien des années, donne une image faussée
du jeune artiste multitâche qui s’apprêtait à
révolutionner le cinéma américain dans bien des
domaines.
George Lucas, né dans la petite ville de Modesto en 1944, est
un Californien pur jus élevé dans la classe moyenne.
Il grandit dans un ranch familial, le lieu idéal pour entretenir
sa solitude. Car le jeune Lucas était un adolescent plutôt
introverti, dont l’esprit était bien plus attiré
par les bandes dessinées comme Buck Rogers et Flash
Gordon que par les études. Une seule véritable
passion l’animait à cette époque : les voitures.
Et plus spécialement les courses automobiles. Lucas était
fasciné par la vitesse et ambitionnait de devenir pilote professionnel.
Mais ce rêve se fracassa contre le mur d’une réalité
terrible. En effet, en juin 1962, à peine quelques jours avant
la remise de son diplôme du second degré, George Lucas
frôla la mort lors d’un accident de voiture à bord
de
sa Fiat qui faisait sa fierté au lycée. Il passa plus
de trois mois à l’hôpital pour rééducation
(la légende dit que le concept flou de la Force lui vint pendant
ce séjour douloureux, mais il est permis de ne pas y porter
trop de crédit d’autant que, on le verra, certaines de
ses futures lectures se révèleront directement à
l’origine de cette idée phare). Ce très douloureux
événement fut néanmoins une sorte de seconde
naissance pour Lucas qui décida alors d’amorcer un virage
à 180 degrés. Comme il le confiera des années
plus tard : « Vous ne pouvez pas connaître ce genre
d’expérience et ne pas sentir qu’il doit y avoir
une raison pour expliquer sa présence sur Terre. J’ai
réalisé que je devais passer mon temps à essayer
de deviner quelle est cette raison et tenter de la justifier.
» Il mit justement à profit cette période d’immobilisation
pour se plonger dans la lecture et prit la décision de suivre
des études artistiques, malgré l’opposition de
ses parents qui l’orientèrent d’abord vers un bref
cursus en sciences sociales dans une faculté de sa ville de
Modesto. Il commença à tourner quelques petits films
avec une caméra 8mm et, tout naturellement, en vint à
filmer des courses automobiles. Il s’intéressa aussi
à la fabrication de voitures de course (quelques années
auparavant, l’enfant Lucas aimait déjà s’isoler
dans son ranch pour construire et assembler toutes sortes d’objets
comme des montagnes russes de fortune). L’une de ces voitures
était destinée à un certain Haskell Wexler, directeur
de la photo dont la renommée commençait à croître
dans le milieu du cinéma avec des films tels que Le
Mal de vivre (1961) et A Face in the Rain
(1963) d'Irvin Kershner (tiens donc !), mais surtout America,
America (1963) d'Elia Kazan et Que le meilleur l’emporte
(1964) de Franklin J. Schaffner. Les deux hommes se trouvent des points
communs et deviennent amis. Grâce à des résultats
scolaires satisfaisants et au soutien de Wexler, George Lucas parvient
à s’inscrire au programme cinéma de l’USC
(University of Southern California), fameuse université de
la côte ouest des Etats-Unis. La légende est en marche. Les
universités américaines dans les années 1960
connaissent une effervescence intellectuelle et artistique sans précédent,
et l’USC est l’un de ces pôles bruyants et agités
qui voit accourir une jeunesse cultivée et avide d’en
découdre. Une nouvelle fois, la personnalité de George
Lucas détonne au milieu de ces étudiants. Il n’est
pas venu au cinéma par une passion cinéphile chevillée
au corps et acquise très jeune à l’exemple de
ses nouveaux camarades d’études. Il avouera même
qu’il fréquentait les salles de Modesto pour une unique
raison : le flirt. Mais dès son entrée en fac, Lucas
commencera vite rattraper son retard. Et surtout, son caractère
obstiné et une détermination de tous les instants, entièrement
tournée
vers la réalisation de ses objectifs, viendront compenser ce
décalage. Etudiant d’abord l’animation puis la
prise de vues et le montage, Lucas démontre déjà
un intérêt pour le média cinéma dans sa
totalité. Sans surprise, il tourne une série de courts
métrages qui reflètent les centres d’intérêt
de sa jeunesse : l’un d'eux est consacré à la
course automobile et un autre à un disc-jockey nommé
Emperor Hudson (on voit ainsi se dessiner la matrice de son futur
American Graffiti). De ses nombreux travaux d’étudiant,
l’on retiendra essentiellement un court métrage : THX-1139
: 4EB qui remportera le premier prix du Festival du film
d’étudiant en 1967. Lucas démontre un goût
affirmé pour la science-fiction et le futurisme technologique.
Très inspiré par George Orwell, il propose une version
sombre et clinique de l’avenir qu’il aura l’occasion
de développer par la suite sous la forme d’un premier
long métrage. Sorti diplômé de l’USC, il
effectue plusieurs petits travaux : opérateur pour Saul Bass,
cameraman sur un concert des Rolling Stones, enseignant pour les opérateurs
de l’US Army, monteur sur des documentaires produits par l’United
States Information Agency (chez qui il rencontre sa future épouse
Marcia, qui travaillera comme monteuse sur ses films). De retour à
l’USC, Lucas fait partie d’un groupe d’étudiants
choisis pour réaliser le documentaire 6-18-67
sur le tournage du western L’Or de Mackenna
(1969) de Jack Lee-Thompson. Il obtient ensuite une bourse d’études
pour apprendre l’assistanat chez Warner Bros. Cette opportunité
va considérablement bouleverser sa vie.
Sur les plateaux déserts du studio Warner en crise (rachat
par la société Seven Arts, départ forcé
du fondateur Jack Warner), se tourne une comédie musicale avec
Fred Astaire et Petula Clark (un film qui tente de raviver la flamme
presque éteinte de la grande époque du "Musical",
mais qui se révélera finalement un semi-échec
artistique et commercial, symptomatique de la fin de l’âge
d’or hollywoodien). Son titre : La Vallée du
bonheur (Finian’s Rainbow, 1968).
Son réalisateur : un ancien étudiant de l’UCLA
qui a fait ses débuts chez Roger Corman, un jeune homme robuste
et conquérant répondant au nom de Francis Ford Coppola.
Coppola prend Lucas sous son aile et lui confie un poste d’assistant
sur son film. Les deux hommes, bien que très différents,
deviennent de grands amis. Lucas travaille également comme
assistant de production sur le prochain film de Coppola, le road movie
Les Gens de la pluie (The Rain People,
1969). Il profite de cette occasion pour réaliser un documentaire
sur son tournage, nommé Filmmaker, tout en
œuvrant la nuit à l’écriture de son premier
long métrage. Car entre-temps, Francis Coppola avait convaincu
la Warner de produire THX
1138, la version longue de son fameux film d’étudiant.
En 1969, Coppola entreprend sa longue marche vers sa conquête
du pouvoir et, avec George Lucas, crée à San Francisco
une structure de production pour permettre aux artistes de confronter
leurs idées et de créer en toute indépendance.
Son nom : American Zoetrope. Malin et joueur, Coppola
finance son studio grâce à des idées de scénario
proposées à la Warner. En toute logique, THX
1138 devient le premier projet de la nouvelle société
de production que Lucas pourra développer en toute liberté.
Malheureusement, les dirigeants de Warner écarquillèrent
les yeux à la vision de ce film expérimental, à
l’imagerie complexe et d’une grande noirceur dans le propos,
et entrèrent dans une telle colère que la distribution
du film en 1971 fut complètement sabotée et ne bénéficia
d’aucune promotion (des coupes furent même pratiquées
dans le montage, Lucas dut ressortir plus tard son film, en 1978,
dans sa version intégrale). THX
1138 fut ainsi un véritable four au box-office,
malgré une couverture critique très positive, et se
révéla un désastre financier. Warner mit le holà
au financement d'American Zoetrope et Coppola finit endetté
à hauteur de 300 000 dollars. Les deux amis furent obligés
de mettre temporairement un terme à leur association. Coppola
accepta de diriger pour Paramount un obscur film sur la mafia pour
se renflouer, tandis que Lucas resta sur le carreau, très atteint
par cette première expérience calamiteuse mais toujours
aussi volontaire et opiniâtre. George
Lucas décide de fonder sa propre compagnie, Lucasfilm Ltd.
Pour son deuxième film, il revient à ses premières
amours, les voitures et la musique rock, qu’il juge susceptibles
de donner matière à spectacle fédérateur.
Avec l’aide de Willard Huyck rencontré à l’USC
et de son épouse Gloria Katz (futurs scénaristes d'Indiana
Jones et le Temple maudit), il écrit un scénario
relatant la nuit agitée de plusieurs adolescents ayant terminé
leurs études secondaires. Drague, belles voitures, rock’n’roll,
Lucas reproduit à l’écran sa vie à Modesto.
Il parvient à vendre son projet à Universal. American
Graffiti sort sur les écrans en août 1973 après
deux années de préparation. Le public américain
se reconnaît dans cette chronique sensible et nostalgique et
fait un triomphe au film qui fit 55 millions de dollars de bénéfices
pour un budget de 700 000. Le succès critique est également
de la partie, le film remporte plusieurs prix dont le Golden Globe
du Meilleur Film et reçoit cinq nominations aux Oscars. American
Graffiti devient un petit phénomène de société
et l’argent coule à flots dans les poches de George Lucas.
Mais ce dernier est entièrement plongé dans l’écriture
de son nouveau projet de film. On pourrait penser que cet énorme
succès personnel allait lui ouvrir grandes les portes des studios,
mais ce fut tout le contraire. La science-fiction au cinéma
venait pourtant d’amorcer un retour en grâce depuis le
phénoménal
2001 : L’Odyssée
de l’espace réalisé par Stanley Kubrick.
Mais le succès de ce dernier film était bien plus d’ordre
critique qu’économique, et l’histoire mettra du
temps à digérer la révolution tant artistique
que technique engendrée par le chef-d’œuvre de Kubrick.
De même, l’échec sévère au box-office
de THX 1138
ne parlait pas en faveur de Lucas qui préparait pourtant un
film radicalement différent. Aucun studio ne voulait donc entendre
parler de Star Wars jusqu’à ce que la
20th Century Fox se montrât intéressée sous réserve
d’un budget resserré. Lucas propose alors au studio un
marché financier qui allait définitivement changer son
existence : il renonce à son salaire de réalisateur
en échange de 40 % des recettes et surtout des droits complets
sur le merchandising. En 1975, Lucas fonde ILM (Industrial
Light & Magic), sa propre société d’effets
spéciaux, qui deviendra une formidable pépinière
de talents. A la lecture du générique de fin impressionnant
de Star Wars, l’on s’aperçoit
que la majorité des techniciens, considérés aujourd’hui
comme des sommités en matière d’effets spéciaux,
ont officié, voire tout simplement débuté, sur
ce film. George
Lucas possède donc sa société de production indépendante
et sa propre compagnie d’effets spéciaux. Malgré
tous les obstacles financiers et logistiques qui se dressent contre
lui, auxquels s’ajoutent les rushes jugés peu rassurants
par la plupart des gens qui y ont eu accès et un tournage souvent
difficile (les délais ne sont pas respectés et l’entente
avec les techniciens britanniques est difficile), le réalisateur
parvient à conserver une vision d’ensemble de ce qu’il
est en train d’accomplir. Son entreprise ambitieuse devra bientôt
être jugée comme une tentative globalisante de concevoir
une épopée moderne et populaire, basée sur des
traditions et un savoir ancestraux et universels. Le cinéma
américain des années 1970 est profondément marqué
par une lecture sombre et critique de la société qui
connaît alors d’intenses bouleversements historiques et
politiques (contestation morale, revendications sociales, guerre du
Vietnam, choc pétrolier, scandale du Watergate). Tous les genres
cinématographiques d’une décennie exceptionnellement
riche en termes qualitatifs sont concernés : du drame social
à la comédie, du polar au film d’anticipation,
du film catastrophe au film de guerre, du film d’horreur au
western. Un vent contestataire, vecteur de pensées sombres
et d’un sentiment diffus de paranoïa, souffle aussi bien
sur Hollywood que sur la production indépendante.
Lucas aura lui-même contribué à cet état
d’esprit avec THX
1138. Mais sa volonté dorénavant est toute
autre. C’est en confrontant la culture populaire de sa jeunesse
avec ses récents centres d’intérêt culturels,
au sein d’un film destiné à renouer avec la tradition
épique du genre, que le cinéaste saura répondre
à la soif d’imaginaire et de transcendance des spectateurs
en cette période d'incertitude. A la fois œuvre très
personnelle et grand spectacle ébouriffant, Star Wars
va ainsi connaître un triomphe populaire sans précédent
(400 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget d’environ
11 millions).Le grand public va aisément se projeter dans un film qui combine un grand nombre de références visuelles et narratives, mises au service d’une histoire traitant de la lutte traditionnelle du Bien contre le Mal menée par des personnages archétypaux : le western (les grands espaces désertiques de Tatoiine, la cantina faisant office de saloon, Han Solo à qui il ne manque que le Stetson pour parfaire sa panoplie, le duel Solo / Greedo), le comics (Flash Gordon essentiellement, avec un Empire combattant des rebelles originaires de planètes et de cités mystérieuses), la bande dessinée européenne (Valérian de Christin et Mézières, avec son personnage voyageant dans l’espace et le temps dans un cosmos livré au totalitarisme, et son ingéniosité graphique), le film de chevalerie mêlant influences occidentales et orientales (la confrérie des Jedis
et leur religion, les combats de sabres laser, le costume de Darth
Vader, la princesse à délivrer de son "donjon"
spatial), le film de guerre (les vaisseaux X-Wing de l’Alliance
aux allures d’avions de chasse attaquant en formation des destroyers
impériaux ressemblant à des porte-avions, le cockpit
du Faucon Millenium au design inspiré des bombardiers, les
réunions d’état-major et les salles de commandement
permettant de suivre des combats réglés sur le modèle
des batailles navales organisées lors de la Seconde Guerre
mondiale), la comédie (avec le couple de droides C3PO et R2D2),
et le film romantique (avec son triangle amoureux). George Lucas convoque
ainsi une iconographie et des éléments tant historiques
que mythologiques émanant de la culture populaire et intégrés
dans l’inconscient collectif, afin de construire un film-monde
qui fait appel à la naïveté de l’enfance
(territoire des rêves les plus fous et des aventures les plus
décomplexées) et qui est susceptible, in fine, d’alimenter
la foi dans une forme de cinéma offrant toute leur place au
merveilleux et au mysticisme séculaire dissimulés sous
le vernis séduisant de la toute-puissance technologique.
L’écriture du scénario de ce qui allait devenir
Star Wars s’étale sur près de
quatre ans. Une longue période pendant laquelle George Lucas
se plonge intensivement dans la lecture. Avide d’enrichir ses
connaissances, le réalisateur étudie les récits
mythologiques anciens, les contes de fées et les légendes
nordiques, de même que plusieurs grands écrivains de
science-fiction tels qu'Asimov ou Herbert. C’est lors de cette
préparation que Lucas en vient à s’intéresser
de plus près aux écrits de Joseph Campbell dont l’apport
va se révéler essentiel à son travail. Joseph
Campbell est un mythologue particulièrement apprécié
en Amérique du Nord (hormis de ceux qui l’accusent de
prosélytisme car nombreuses sont les personnes qui le considèrent
comme un guide spirituel). Ecrivain et universitaire, il est issu
d’une longue lignée d’intellectuels qui ont longuement
réfléchi sur la nature et la structure des mythes et
leur fonction initiatique. Le livre fondateur de sa pensée,
Le Héros aux mille visages (1949), que
Lucas avait par ailleurs découvert lors de ses études,
eut une forte répercussion dans les milieux universitaires.
Campbell y exposait sa vision du mono-mythe. Selon sa théorie,
tous les mythes adoptent une même structure universelle pour
raconter la même histoire. Un mythe se décompose en trois
étapes fondamentales : l’isolement et le départ
du héros, l’initiation (qui suppose presque toujours
une confrontation directe ou indirecte avec la mort) et enfin le retour
du héros. Voici un extrait tiré de son livre : «
Un héros s’aventure hors du monde de la vie habituelle
et pénètre dans un lieu de merveilles surnaturelles
; il y affronte des forces fabuleuses et remporte une victoire décisive
; puis, le héros revient de cette aventure mystérieuse,
doté du pouvoir de dispenser les bienfaits à l’homme,
son prochain. » Grâce aux enseignements dispensés
par Campbell, Lucas réussit à mieux définir le
potentiel spirituel contenu dans sa saga en devenir, de même
qu’il parvient à clarifier et ordonner un scénario
complexe qui comprend plusieurs personnages et de multiples ramifications
au fil des versions. Cependant,
il ne faudrait pas déduire de l’influence exercée
par la rhétorique campbellienne que le scénariste-réalisateur
se contente d’appliquer une simple grille de lecture à
son film. Et cela même si George Lucas restera fidèle
à la pédagogie de Joseph Campbell au point d’organiser,
des années plus tard, dans son Skywalker Ranch, l’enregistrement
d’entretiens avec le mythologue destinés à la
télévision américaine. C’est bien la faculté
qu’a démontrée Lucas de digérer la multiplicité
de ses influences et de ses emprunts qui va permettre à Star
Wars de trouver sa propre identité. Et cela ne s’est
pas fait sans mal tant le script va connaître de nombreuses
évolutions. Comme on l’a vu, Star Wars
à l’origine est une sorte de démarquage des aventures
de Buck Rogers et surtout de Flash
Gordon, dont la lecture des comics et la vision des
serials à la télévision occupaient les loisirs
du jeune Lucas. Dans les années 1960, la jeunesse occidentale
va tomber sous le charme d’un événement littéraire
d’une grande ampleur : une
œuvre monumentale de Heroic Fantasy écrite par un éminent
linguiste et universitaire anglais, J.R.R. Tolkien. Son titre : Le
Seigneur des Anneaux. George Lucas sera logiquement influencé
par la puissance évocatrice et la transfiguration des mythologies
scandinaves propres à Tolkien. Les correspondances entre Le
Seigneur des Anneaux et Star Wars sont nombreuses
(l’utilisation de la magie, les vieux mentors, la lutte éternelle
du Bien contre le Mal, la pléthore d’ethnies et de langues
apparentées). Mais encore une fois, ces éléments
apparaissent bien plus comme des supports, des repères susceptibles
d’encadrer le travail de création de Lucas, que comme
le témoignage d’une volonté ordinaire d’adaptation
voire, pire, de reproduction pure et simple. En fait, la base de son
premier jet, un court synopsis rédigé en 1973, provient
du nouvel intérêt porté par George Lucas à
la culture japonaise et surtout de son admiration pour l’immense
réalisateur japonais Akira Kurosawa. Lucas construit sa brève
intrigue en s’inspirant du film La Forteresse cachée
(1958) avec les deux paysans peureux et chamailleurs, qui donneront
naissance aux deux droïdes C-3PO et R2-D2, et la princesse Yukihime,
que l’on doit protéger et convoyer en pleine guerre féodale,
qui servira de modèle à la princesse Leia Organa (de
même que le stratagème visant à dissimuler l’identité
de la reine Amidala dans La Menace fantôme
s’inspire vraisemblablement de celui utilisé par cette
même princesse pour tromper ses poursuivants). Du Japon découlent
aussi plusieurs choix narratifs et artistiques. Le costume de Darth
Vader (son casque en particulier) évoque la tenue du samouraï
; et sa position indépendante à l’égard
de la hiérarchie militaire de l’Empire, Vader ne répondant
de ses actes qu’à l’empereur, rappelle la fidélité
de ces nobles guerriers japonais à leur shogun. De son côté,
Le mot Jedi provient de la dénomination "Jedaï-Geki"
qui désigne la catégorie de films relatant les aventures
des samouraïs avec un arrière-plan politique (dérivée
des "Ken-Geki", les traditionnels films de sabre japonais).
Lucas conservera ces éléments au fil des différentes
versions de son histoire. En
l’espace de quatre ans, le scénario de Star Wars
va en effet connaître plusieurs réécritures (on
dénombre cinq traitements consécutifs, synopsis inclus,
sans compter les corrections intermédiaires qui s’étendront
jusqu’à la veille du tournage). Les bouleversements sont
nombreux de script en script. Il serait assez fastidieux de les recenser
tous, le plus intéressant reste la progression générale
adoptée par le scénariste. Dans les deux premières
versions, le contexte politique est très développé
(constitution de l’Empire, corruption des dignitaires et chute
de la République après l’extinction des chevaliers
Jedi, avènement des chevaliers Siths, destruction de l’Etoile
noire) et les personnages plutôt nombreux. Les sous-intrigues
pullulent, de même que les retournements de situation, et George
Lucas entrevoit peu à peu la possibilité de bâtir
une saga étalée sur neuf films. Les thèmes religieux
sont encore faiblement traités et ne se démarquent pas
de la culture judéo-chrétienne. Puis le principe de
la force, avec ses deux côtés, commence à s’affirmer.
Et même si les personnages évoluent, le thème
central des relations filiales et de la transmission du savoir reste
affirmé. Enfin,
les noms de Skywalker et Starkiller correspondent à des personnes
différentes. C’est après la rédaction de
la deuxième version du scénario que Lucas redécouvre
Le Héros aux mille visages de Joseph Campbell. Si
l’intrigue de base demeure la même, les deux dernières
versions prennent alors une direction plus personnelle, le récit
se simplifie du fait de la disparition progressive d’un contexte
politique chargé, Skywalker et Starkiller deviennent la même
jeune personne, la mythologie du héros passe au premier plan,
la relation père/fils prend une importance capitale. Si Darth
Vader n’est pas encore le père de Luke Skywalker dans
le premier volet de la trilogie, l’on comprend que Luke et son
père Anakin éliminé par Vader sont faits de la
même eau, et une relation triangulaire s’installe entre
ces trois personnages (sans oublier l’influence du mono-mythe
de Campbell qui soutient cette relation). Enfin, le thème de
la Force, la composante "Sword & Sorcery" de Star
Wars, s’affranchit de la tutelle du monothéisme
pour embrasser toutes les religions et obéir ainsi à
la volonté initiale de Lucas de conférer une portée
universelle à sa création.
Mark Hamill, qui avait entamé sa carrière
à la télévision, se révèle parfait
dans le rôle de Luke Skywalker. Certes, son bagage apparaît
limité comme certains commentaires l’ont souligné.
Mais c’est oublier que Luke est un garçon de ferme modeste
et maladroit, constamment sous la domination de son oncle. La jeunesse,
les hésitations et l’inexpérience de Mark Hamill
servent idéalement son personnage. Et le voir progresser tout
le long de l’aventure pour atteindre la maturité dans
Le Retour du Jedi va dans le sens du parcours symbolique
effectué par le héros. La douce et belle Carrie Fisher,
dont c’est la deuxième apparition à l’écran,
réussit malgré ses propres limites à défendre
un personnage de femme forte et combative. Son jeu prend progressivement
de la consistance et l’on doit vraisemblablement remercier Irvin
Kershner de l’avoir montrée sous son meilleur jour dans
L’Empire contre-attaque, à la fois déterminée
dans sa mission mais aussi fragilisée par l’amour qu’elle
porte à Han Solo. Han Solo justement, certainement le héros
le plus nuancé de la saga, a permis à un certain Harrison
Ford d’apparaître au-devant de la scène et de prouver
tout son talent après une apparition inoubliable dans American
Graffiti et un second rôle dans Conversation
secrète (1974) de Francis Ford Coppola, et avant de
devenir une star incontournable dans le costume d'Indiana Jones. Certainement
l’acteur le plus doué et le plus charismatique du groupe,
Ford joue à la perfection un personnage de fier-à-bras
gouailleur, rustre mais généreux, qui demeure pour une
partie du public la personnalité favorite de Star Wars.
Ces trois comédiens sont entourés d’acteurs confirmés
tels qu'Alec Guinness et Peter Cushing, dont la seule présence
convoque une imagerie cinématographique qui renforce la dimension
mythique de la trilogie. On s’en voudrait | ||