Réalisé par Alfred Hitchcock
Avec Ingrid Bergman, Gregory Peck, Jean Acker, Rhonda Fleming, Donald Curtis, John Emery, Leo G. Caroll
Scenario : Ben Hecht d’après le roman de Francis Beeding
Musique : Miklos Rozsa
Photographie : George Barnes
Un film Selznick international
USA - 111' - 1945



Zone 1 - DVD9
Format 1:33
Langues : Anglais mono
Ss-titres : Anglais pour malentendants


Article sur Imdb.com
Hithcock et l’art, coïncidences fatales
(Editions Mazzotta)


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Constance Petersen (Ingrid Bergman) est médecin dans un hôpital psychiatrique dont le directeur (Leo G. Caroll) vient d’être mis à la retraite. Toute l’équipe attend l’arrivée de son successeur : le docteur Edwardes (Gregory Peck). Ce dernier arrive enfin, dés le premier regard Constance tombe amoureuse de lui. Mais rapidement elle réalise que cet homme a usurpé l’identité d’Edwardes…

Après le succès d’ Autant en emporte le vent, le producteur David O’Selznick, qui est à l’origine de la venue d’Hitchcock à Hollywood, veut renouveler le succès critique et public de leur première collaboration, Rebecca. Il a alors l’idée folle de produire le premier film sur la psychanalyse ! Freud est mort depuis quatre ans, la science qu’il a fondée commence à passionner les foules, et Selznick à l’intention d’éduquer les spectateurs. Il affirme même que cette éducation est très importante pour la santé mentale du public !

Après avoir lu le roman The house of doctor Edwardes, il en achète les droits et propose le sujet à Hitchcock qui est séduit par ce récit qui se déroule dans un monde de fous. Sir Alfred commence à travailler sur le scénario avec Angus MacPhail qui a participé à ses premiers films. Insatisfait du résultat qu’il juge trop désordonné, il se tourne vers le scénariste en vogue à l’époque (1945), Ben Hecht. Ce dernier, très porté sur la psychanalyse (il fréquente de nombreux spécialistes), rédige avec Hitchcock un scénario que certains qualifieront de simpliste. On reproche souvent à ce film son manque d’envergure par rapport au sujet abordé, mais ces critiques oublient que le grand Hitch est avant tout un cinéaste de l’efficacité. Ses films sont destinés à un grand public qu’il prend plaisir à manipuler du premier au dernier plan. De ce point de vue Spellbound est une réussite incontestable. Le mystère qui entoure le personnage joué par Gregory Peck suspend le spectateur à chacune de ses attitudes qu’il essaie d’interpréter pour deviner l’issue du récit : qui est réellement ce jeune et séduisant docteur, est-il un meurtrier, est-il innocent, si oui quel est son alibi ? Finalement l’intrigue révèlera son dénouement grâce à l’analyse d’un rêve et aux souvenirs que la belle Constance (Ingrid Bergman) arrivera à réveiller chez son patient et amoureux. Ce final assez classique dans sa construction (toutes les questions que le spectateur se pose trouvent une réponse dans un dernier acte riche en obstacles dramatiques), apporte dans sa forme et dans les thèmes abordés une grande originalité au film.

En effet au delà de cette construction efficace, Hitchcock imprègne son film d’une ambiance Freudienne non dénuée de qualité et d’intérêt. D’une part il fait référence au psychanalyste allemand en faisant intervenir un vieux docteur qui fût le maître de Constance. Avec ses cheveux blancs, sa barbiche, ses lunettes et son air savant, il est plus qu’une image de Freud, c’est sa caricature. D’autre part il sème à travers ses plans des symboles "Freudien" : la piscine que dessine Constance à l’aide d’une fourchette sur la nappe a évidemment la forme d’un vagin, le rasoir que brandit Gregory Peck à hauteur de hanche n’est autre que l’image de son sexe dressé et enfin il y a ce regard que jette Constance vers son pénis lorsqu’il lui demande pourquoi elle est venue le rejoindre dans cet hôtel où il se cache ; elle invoque une réponse, mais ses yeux ont mis à jour ses fantasmes !

Enfin comment parler de la psychanalyse dans Spellbound sans évoquer la séquence du rêve dessinée par Dali ? Lorsque Hitchcock pense à cette scène il veut rompre avec le traitement classique des rêves sur grand écran. Il refuse ces images floues ou entourées de brumes, il recherche un rêve précis, aigu, vivant. Son choix se tourne naturellement vers Dali qui réponds parfaitement à ces critères de forme et qui prétend en plus être le porte drapeau du surréalisme, celui qui déclare avoir créer "l’iconographie du monde intérieur – le monde du merveilleux – de [son] père Freud." (1) Le travail qu’il réalise pour Spellbound, sans atteindre le résultat souhaité par Sir Alfred qui voulait tourner en extérieur, est d’une beauté et d’une originalité confondante. Les tableaux s’enchaînent merveilleusement, et apportent au spectateur les clés du mystère Edwardes.

Sans atteindre les fulgurances de Psychose ou de Vertigo, Spellbound restera à jamais une œuvre à part. L’œuvre d’un génie de l’image en mouvement qui rencontre celui de l’image figée. L’œuvre d’un maître en l’art de manipuler les fantasmes qui se frotte à celle de l’homme qui leur donna un sens. A ces rencontres de talents, vient se greffer la présence de la sublime Ingrid Bergman qui inonde l’image de sa sensualité et qui réveille en chacun de nous ses fantasmes les plus profonds…

Image : Ce transfert est proposée dans son format d'origine, 1.33:1. La définition générale est bonne. Le master est très propre et en dehors du générique de début, on ne remarque quasiment aucune griffure. Le contraste est bien géré, il offre aux scènes sombres un très beau rendu et les niveaux de gris sont parfaitement définis. Côté compression, Criterion nous offre encore un très bon travail, en dehors de la scène de montagne, on ne remarque aucun fourmillement. Bref, l’éditeur américain fait encore preuve de son savoir faire et offre à Spellbound un écrin de grande classe !

Son : La seule bande son proposée avec cette édition est anglaise et monophonique. De même que pour l'image, cette nouvelle numérisation s'avère très bonne. Le souffle est totalement absent, les dialogues toujours parfaitement intelligibles, les voix réalistes, et la partition de Miklos Rozsa ainsi restaurée retrouve toute sa beauté … Bref, c’est encore un très beau travail que nous propose ici Criterion; malheureusement on regrette encore qu’aucun sous-titres français ne soient proposés…


Bonus : Mis à part le commentaire audio, l’ensemble de ces suppléments est réparti dans une section du DVD nommée "labyrinthe".

Production correspondence : Ce chapitre du DVD donne accès à une masse très complète de documents écrits. Très facile à lire, ils offre un accès à toutes les notes de productions : résumé du film, premiers jets des scénarios, résumé du roman écrit en 1927, lettres envoyés par des psychiatres à Selznick… etc. Cette somme d’informations, régalera les plus grands admirateurs du film.

Stills galery : Il s’agit ici de photos regroupées autour de thèmes : les affiches, les publicités, les photographies de plateau. On retiendra les clichés des cinémas londoniens, affichant sur des panneaux gigantesques les noms de Selznick, Hitchcock, Bergman et Peck… Manifestement, le film est sorti sur les écrans avec une énorme promotion !!

A nightmare ordered by telephone : Ce bonus est entièrement consacré à la fameuse séquence du rêve. Alternant texte et extraits de films, il fait référence à la genèse du projet ainsi qu’aux mythiques scènes perdues… Selon Ingrid Bergman, Dali et Hitchcock auraient tourné un rêve de près de vingt minutes (la séquence dure finalement 2’27 minutes) ! Mais selon des rumeurs plus solides, il apparaît que le rêve aurait été amputé de deux scènes. L’une d’elle décrit Constance se transformant en statue, celle-ci commence alors à se fissurer et des milliers de fourmis sortent par les interstices de la pierre ! Une comparaison est également faîte entre le travail réalisé par Dali sur Spellbound et la séquence d’ouverture d’ Un chien andalou de Luis Bunuel. Dans l’ensemble ce bonus est très intéressant pour ceux qui ne possèderaient pas le fameux livre "Hitchcock et l’art". Les connaisseurs remarqueront que de nombreux textes proposés sont issus de cet ouvrage qui n’est d’ailleurs pas crédité !

The theremin : Cette section est réservé au travail du compositeur Miklos Rozsa. On peut y écouter une longue interview (28 minutes) que le maître accorda à une station de radio. Cet entretien est découpé en chapitres et ne bénéficie malheureusement d’aucun sous-titre. On trouve également dans ce bonus des documents sonores et écrits sur ce fameux "Theremin" qu’utilisa Rosza. Cet instrument de musique à la sonorité étrange, est un boîtier électronique muni de deux antennes sensibles à la variation du champ électrique produit par la personne humaine. Il permet des effets de distorsion très angoissants qui ont sans doute comblé Sir Alfred.

Theatrical trailer : Il s’agit d’une copie très abîmée de la bande annonce originale du film. Utilisant le "cameo" d’Hitchcock (il sort de l’ascenseur de l’hôtel) elle promet au public qu’il se souviendra de ce jeune réalisateur !

Lux radio theater presents Spellbound
: Ce bonus est incontestablement le plus insolite. Il contient une représentation radio de Spellbound : entre 1934 et 1955 (date d’avènement de la TV), la radio proposait des représentations de romans, films et pièces à succès. La version radio de Spellbound est interprétée par Alida Valli et Joseph Cotten. Découpée en chapitres elle permet de redécouvrir le texte dans un contexte inattendu.

Specific scene audio commentary : Commentaire de Maria Keane qui réalisa également celui de Notorious. A travers ses remarques elle émet quelques idées intéressantes sur le film, mais au final ce bonus n’est pas très intéressant au regard de tous les documents présentés dans la section "Labyrinthe". En effet elle reprend beaucoup d’éléments évoqués dans les autres suppléments et, de façon très universitaire, donne l’impression de lire les notes qu’elle a prises ici et là.


Un film chroniqué par George Kaplan