
Réalisé
par Allan Dwan
Avec John Payne, Rhonda Fleming, Arlene
Dahl, Ted De Corsia, Frank Gerstle, Kent Taylor, Lance Fuller, Roy
Gordon
Produit par Benedict Bogeaus
Distribué par RKO
Scénario de Robert Blees, adapté
du roman Love’s Lovely Counterfeit de James M. Cain
Photographie Superscope Technicolor de
John Alton
Musique de Louis Forbes
USA - 99’ -1956 |

Zone
1
Edité par VCI Entertainment
Format 16/9 1.85 :1
Langues : Anglais mono
Sous-titres : Aucun
Menu fixe et musical _ Chapitrage
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Bay
City, cité fictive d’un quelconque bord
de mer, sous la coupe du gangster Solly Casper. Soutenu par
l’influent propriétaire du journal local, le
riche et intègre Jansen mène une croisade anti
corruption et brigue le poste de maire. Casper a chargé
Ben Grace, un petit escroc sans envergure qu’il méprise
copieusement, d’enquêter sur la vie privée
de Jansen afin d’y trouver matière à le
discréditer publiquement. Grace apprend que Jansen
est follement épris de sa secrétaire June Lyons,
dont la sœur cadette, kleptomane notoire, vient d’être
libérée de prison. Mais il préfère
ne rien révéler à son boss, dont il espère
le faux pas qui lui permettrait de l’évincer
à la tête du gang... |
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Septième
des dix films de Dwan produits par Benedict Bogeaus,
Slightly Scarlet fut le dernier distribué
par la moribonde RKO avant qu’elle ne s’éteigne
définitivement. A dire vrai, on sait peu de chose
de sa genèse, Dwan s’étant toujours
montré particulièrement peu disert au sujet
de cette adaptation d’un roman tardif de Cain qu’il
détestait. Le vétéran s’y confrontait
pour la première fois à un genre, le film
noir, dont l’âge d’or était déjà
révolu après le "dynamitage" que
lui avaient fait subir Robert Aldrich et son célèbre
Kiss Me Deadly l’année précédente.
Analysé (?) à l’aune des nouveaux standards
imposés par le gros Bob, connoté série
Z "camp" en raison de son casting, et victime
de l’effondrement de sa structure distributrice, le
film sortit en catimini, le plus souvent directement dans
les drive-in.
Il n’est pas difficile de comprendre
les réserves que Dwan a toujours émises à
l’encontre du matériau littéraire qu’il
devait adapter : force est de reconnaître que l’intrigue
policière de ce Slightly Scarlet est d’une
banalité confondante, dont on peine à croire
qu’elle a pu être imaginée par l’auteur
de Dette de cœur. Nulle étude de milieu, ici,
et, quand bien même les forces sociales et politiques
sont aux prises avec l’enfer de la corruption, les
méfaits de Casper restent abstraits, les connections
du gang bien obscures. De La femme à abattre
de Walsh au pourtant médiocre et daté Racket
de John Cromwell, les exemples cinématographiques
bien plus patents de l’emprise du crime sur une cité
tout entière ne manquent pas. Plutôt que de
se débattre avec les limites dramatiques de leur
sujet, Dwan et son scénariste Robert Blees, manifestement
lucides, optent pour un développement dans le sens
de l’abstraction et du contre-pied. Comme le Technicolor
resplendissant de John Alton constitue l’un des atouts
majeurs de la production, ils inscrivent l’action
dans une cité pavillonnaire plus proche de la station
balnéaire que de l’enfer urbain habituel au
film noir. La pègre n’y sévit pas dans
quelques bas-fonds mais occupe, presque recluse, une demeure
dont la splendeur bourgeoise n’a d’égale
que celle d’une modeste secrétaire avec gouvernante
! Des locaux somptueux d’un journal à la quiétude
d’un poste de police, tout respire le luxe tranquille
et semble rendre caduque la croisade du fade et rigide Jansen.
Si "le ver est dans le fruit", selon l’expression
consacrée par Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire
du Cinéma, ses ravages ne semblent pas prêter
à conséquence... Mais qu’on ne s’y
trompe pas, fut-il présenté comme en négatif,
nous sommes bien en présence d’un film noir,
et la violence inhérente au genre ne tarde pas à
ébranler cet univers d’apparence si calme et
confiné.
L’ambitieux et roué Ben Grace,
par ses manigances et ses non-dits, est le catalyseur de
cette implosion. Qui est ce Ben Grace exactement ? Nous
ne le saurons jamais vraiment. Vaguement reporter, plus
cultivé que la moyenne (il a fait des études,
ce qui lui vaut d’être de façon narquoise
qualifié de "genius" par Casper et ses
sbires), il se définit avant tout par ses motivations,
elles-mêmes très simples : obtenir sa part
de gâteau au soleil de Bay City en devenant calife
à la place du calife. Dirigé pour la troisième
fois par Dwan, après Silver Lode et Tennessee’s
Partner, l’admirable John Payne, maître
de l’underplaying chez qui l’esquisse d’un
regard ou l’ombre d’un rictus suffisent à
traduire avec force une émotion, sied à merveille
à cette silhouette de gangster obstiné et
manipulateur. Son évolution physique traduit avec
une expressivité peu commune son cheminement dans
le monde du crime organisé, de l’outsider un
peu gauche engoncé dans ses costumes dépareillés
aux nœuds papillons miteux, encore capable d’un
semblant de scrupules (ses quelques remords avant l’assassinat
du patron de presse Marlowe), jusqu’au caïd révélé
dans ses élégants complets deux pièces,
qui abandonne l’usage d’un téléobjectif
au profit des arguments plus directs d’une manchette
ou d’un "calibre".
Pour nourrir ses coupables desseins, Grace
le mal nommé utilise une femme, June (Rhonda Fleming),
la secrétaire de Jansen, et ce faisant doit composer
avec son encombrante sœur Dorothy (Arlene Dahl), qui
précipitera sa chute. C’est peu dire que le
statut d’œuvre culte peu à peu gagné
par Slightly Scarlet au fil des ans doit énormément
à la présence des deux rivales rousses de
la série B hollywoodienne. Les personnages des deux
sœurs transcendent la routine de cette intrigue policière
en la tirant vers le mélodrame à la Sirk.
L’ombre de la Dorothy Malone de Written on the
Wind semble en effet planer sur la kleptomane et nymphomane
Dorothy, protégée contre vents et marées
par sa sœur aînée, néanmoins moins
innocente qu’il n’y paraît. La prestation
incandescente et l’agressivité sensuelle de
Miss Dahl sont restées justement célèbres
(et si peu allusive qu’on se demande encore comment
la censure de l’époque a bien pu la laisser
passer), sans pour autant éclipser le personnage
plus conventionnel de la capiteuse Rhonda Fleming, superbe
comédienne trop sous-estimée, aussi belle
et talentueuse ici qu’elle ne l’était
l’année précédente en femme de
tête dans Tennessee’s Partner, et dont
on sait depuis ses débuts qu’elle n’a
qu’a paraître pour exercer un magnétisme
animal hors du commun : la jeune femme psychotique de Spellbound,
la Meta Carson de Out of the Past.
Si les ondoiements lascifs de Miss Dahl
comme les shorts et sweaters presque indécents qui
constituent l’exquise garde robe de Miss Fleming ravissent
l’œil masculin, ils témoignent aussi,
pour un film de studio de 1956, d’une franchise peu
courante à l’égard de la question du
sexe, et contribuent à l’intemporalité
de l’œuvre. La même modernité empreint
les dialogues, constamment caustiques, cinglants et suggestifs
: le "I can play smooth too" susurré par
Arlene Dahl à un John Payne médusé
après qu’elle lui a passé la flamme
d’un briquet sous le revers de la main pourrait témoigner,
parmi bien d’autres perles, de cette verdeur fort
réjouissante. Le traitement visuel des scènes
d’action et de violence est à l’avenant:
si les chromos d’Alton se parent d’ombres gigantesques
et menaçantes, comme un héritage des classiques
du genre, les exactions résonnent d’une brutalité
cinglante et abrupte, au moins égale à celle
de Kiss Me Deadly ou de The Big Combo
; les corps se contorsionnent sous l’impact des balles,
non plus proprement, à l’instar d’une
production hollywoodienne classique, mais bel et bien en
se vidant de leur sang ! Un traitement graphique novateur
de la violence d’autant plus étonnant qu’il
émane, rappelons le, d’un cinéaste qui
déclara "ne pas apprécier la violence,
mais y avoir recouru, à l’occasion, pour marquer
des points" !
On comprend un peu mieux pourquoi Dwan
a toujours négligé son film dans ses souvenirs.
D’autant qu’à y regarder de plus près,
l’œuvre tout entière semble constituer
une entorse aux principes que s’évertuait à
défendre cet optimiste convaincu. Lui qui aimait
les personnages positifs et moraux doit mettre en scène
une galerie de caractères tous plus ou moins corrompus
et mus par leur cupidité –à l’exception
peu notoire de l’inconsistant Jansen : ainsi de Ben
Grace, qui ne peut même pas être considéré
comme un ange déchu, faute de contexte historique
et de rédemption véritable (il est déjà
condamné lorsqu’il se sacrifie pour le salut
des deux sœurs) ; ainsi de June Lyons dont la résolution
à protéger coûte que coûte sa
sœur malade n’est pas si sincère qu’elle
peut paraître au premier abord ; ainsi, bien sûr
de l’opérateur Sol Casper, archétype
du truand inculte et machiste ("a dame is a dame !
there’s bound to be something you can nail around
!") ; jusqu’à Dorothy dont l’origine
de la fêlure trouve ses fondements dans une avidité
d’adolescente. Dwan déclarait ne pas comprendre
la tragédie, lui préférant de loin
les aventures humaines, mais son intrigue, bien que dénuée
de la fatalité inhérente au genre du film
noir, n’est qu’une glissée progressive
vers un dénouement au lyrisme presque tellurique.
Reste que si les codes chers au vénérable
artisan sont pervertis, le traitement cinématographique
perpétue les règles d’un classicisme
immuable, comme chevillé au corps, privilégiant
les plans moyens aux focales courtes, ne dédaignant
pas les longs mouvements d’appareils moelleux, à
condition, toutefois, qu’ils restent imperceptibles
(l’investigation par la caméra des deux niveaux
de la somptueuse villa de June Lyons évoque plus
souvent qu’à son tour le style de Minnelli).
Dwan et Alton y ajoutent néanmoins un souci permanent
de la profondeur de champ, comme pour fournir aux décors
concoctés par Polglase un écrin à leur
démesure. On n’omettra pas de souligner une
fois de plus la splendeur plastique (ah ce plan sublime
qui cadre Rhonda Fleming, reculant lentement dans une demi-obscurité
sous la menace du revolver de Ted De Corsia, jusqu’à
se retrouver adossée à la baie vitrée
de la villa du bord de mer, le noir de sa robe se fondant
avec le bleu profond de la nuit dans un tableau d’une
beauté picturale saisissante !) d’une œuvre
pourtant faite de bric et de broc. Encore un paradoxe pour
un réalisateur qui décréta toujours
préférer le noir et blanc, se refusant même
à regarder la télévision en couleurs.
Mais avec cette œuvre singulière, véritable
cadeau offert à la cinéphilie des amoureux
d’une certaine conception de la série B, on
n’en est plus à un paradoxe près !
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Image
: Que faut-il penser de cette galette numérique
?
Le cinéphile restera partagé entre la satisfaction
de bénéficier d’un authentique transfert
anamorphosé, même au prix d’une légère
perdition d’image (le format vidéo est 1.85
alors que le Superscope d’origine présentait
un cadrage en 2.0) et la déception causée
par l’état de la copie. Celle-ci n’a
fait l’objet d’aucune restauration particulière
et s’avère assez endommagée. Outre les
habituels points blancs, on ne compte plus les défauts
de surface tels que tâches brunes -dès le superbe
générique- et autres griffures verticales
récurrentes plus ou moins persistantes. La photo
semble comme saisie derrière un très léger
voile, et s’avère assez granuleuse. Rien de
rédhibitoire cependant pour l’amateur nanti
d’un bon téléviseur 16/9 qui lui permette
de prendre un peu de recul.
Autre problème de taille, heureusement très
ponctuel, quelques drops de luminosité et sautes
de stabilité lors de la première confrontation
entre Ben Grace et June Lyons (chapitre 5).
Au crédit de cette édition, qui ne répond
pas, on l’aura compris, aux critères d’exigences
les plus poussés de l’édition numérique,
une superbe gestion des contrastes et une colorimétrie
pimpante qui restitue dans tout son éclat le suprême
Technicolor de John Alton. Reconnaissons que l’essentiel
est sauf, et prenons acte des progrès de l’éditeur.
même dans le cadre du Festival de Locarno, les spectateurs
durent composer avec des copies très endommagées,
et si on le compare à la copie désastreuse
de La Reine de la Prairie, ce télécinéma
est une merveille.
Son : De ce côté
par contre, nous sommes comblés. Cette unique piste
anglaise, malheureusement dénuée de tout
sous-titre, est d’une clarté limpide et fait
preuve d’une dynamique que pourraient lui envier
des bandes sons bien plus récentes. Monophonique,
elle ne ménage pas moins une belle ouverture aux
envolées du score du fidèle Louis Forbes
et intègre les dialogues avec précision.
Tout au plus dénotera-t-on quelques petits craquements
çà et là, notamment lors de la scène
d’arrestation de Dorothy par le détective
du magasin (chapitre 12). De la belle ouvrage.
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Galerie
de photos : Quatorze superbes still shots d’un
noir et blanc immaculé défilent devant nos
yeux admiratifs, au rythme des accords les plus grandiloquents
de la B.O. de Louis Forbes.
Les autres suppléments sont plus
spécifiquement dédiés à l’auteur
du roman original James M. Cain. Au menu :
-Une biographie déroulante
du romancier, qui s’achève sur une liste
des principales adaptations cinématographiques
de ses œuvres.
-Une galerie animée, toujours
rythmée par le score de Forbes, consacrée
aux couvertures des différentes éditions
littéraires de ses romans.
- Trois bandes annonces originales de
films majeurs adaptés du grand romancier de la
série noire :
Slightly Scarlet, bien sûr, relativement
bien conservée mais proposée en 1.66:1
Le facteur sonne toujours deux fois, version
Tay Garnett (1946), dans une version légèrement
recadrée, une des mauvaises habitudes de l’éditeur
(édité chez Warner !) Assurance sur
la mort (1944) de Billy Wilder, dans un état
déplorable (édité chez Image !).
Commentaire audio :
Cette édition nous propose de suivre le film en
écoutant le commentaire du romancier de série
noire, scénariste et réalisateur (on lui
doit trois productions de bas étage, dont l’une
avec l’artiste martial Jeff Speakman) Max Collins,
grand admirateur de son illustre aîné James
M. Cain (la galerie de couvertures était aussi
issue de sa collection privée). A travers ce commentaire,
souvent décousu et redondant, Collins s’attache
surtout à mettre en exergue les différences
entre le roman original et le script que Blees en a tiré,
reconnaissant que les choix scénaristiques sont
souvent supérieurs à l’étoffe
du matériau de base, Love’s Lovely Counterfeit,
notamment grâce à l’introduction du
personnage de Dor dès le début du film.
Avouons néanmoins que ce commentaire n’éclairera
pas d’un jour nouveau cette œuvre si singulière
qu’elle semble défier toutes les analyses.
Nous ne manquerons pas malgré
tout de saluer cette initiative probante d’un éditeur
qui, jusque là, nous avait délivré
des DVD bien plus minimalistes.
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