
|
Réalisé par Richard Wallace
Avec Douglas Fairbanks Jr., Maureen O’Hara, Anthony Quinn,
Walter Slezak
Scénario : John Twist d’après une histoire
de John Twist et Georges Worthing Yates
Musique : Roy Webb
Photographie : Georges Barnes
Un film RKO
USA - 117 mn - 1947
|

Ed.
Montparnasse / La collection RKO
117 mn - Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Couleurs
Langues : Anglais / Français
Sous-titres : Français
Mono d’origine |


|
Chroniqués
par DvdClassik :
Pas d'autres chroniques à ce jour
|
|
|
|

|
Dans
l’Orient des ‘Mille et une Nuits’,
Sinbad le marin (Douglas Fairbanks Jr.), célèbre
aventurier et affabulateur impénitent, décide
de raconter à un petit groupe d’auditeurs
son huitième voyage, celui qui l’a mené sur
l’île mystérieuse et quasiment introuvable
de Deryabar réputée pour son fabuleux trésor.
En cours de route, accompagné de son fidèle
compagnon Abbu (George Tobias), il croise de nombreux
autres personnages convoitant ce fameux magot : la belle
Shireen (Maureen O’Hara) qui tente de le séduire
pour arriver à ses fins avant de tomber amoureuse
de lui, le cupide émir de Daibul (Anthony Quinn) également
amouraché de la rousse flamboyante, le fourbe
magicien Jamal/Melik (Walter Slezak)... Comme à la
fin de ses sept autres voyages notoires, le fougueux
aventurier se sera sorti de toutes les impasses après
s’être débarrassé de tous ses
cruels ennemis et avoir fait tomber l’héroïne
dans ses bras… |
|
 |
Suite à des
difficultés financières,
Richard Wallace, au départ destiné à la
chirurgie, deviendra finalement monteur pour Mack Sennett.
Devenu réalisateur en 1926, il tournera d’innombrables
comédies et dirigera des vedettes comme Shirley
Temple ou Maurice Chevalier. Mais en France, il ne reste
connu encore aujourd’hui que pour deux films réalisés
en 1947, Tycoon, dans lequel on pouvait voir John Wayne
endosser le rôle d’un ingénieur perceur
de tunnels, ainsi que Sinbad le marin, première
incursion au cinéma, en tant que héros principal,
de ce personnage des "Mille et une nuits".
Sinbad était déjà apparu dans d’autres
bandes comme Arabian night en 1942 mais seulement en tant
que "guest-star" ou plutôt "guest-hero"
! Par la suite, ce truculent aventurier prendra simultanément
les traits de Dale Robertson dans Le fils de Sinbad (1955)
de Ted Tetzlaf, Guy "Zorro" Williams dans Capitaine
Sinbad (1963) de Byron Haskin, Gordon Mitchell dans Sinbad
et les sept Sarrasins (1965) de Emimmo Salvi, John Phillip
Law dans Le voyage fantastique de Sinbad (1973) de Gordon
Hessler, Robert Malcom dans Sinbad et le calife de
Bagdad (1973) de Pietro Francisci et Patrick Wayne dans Sinbad
et l’œil du tigre (1977) de Sam Wanamaker. Mais
s’il devait n’en rester qu’un, ce serait
sans aucun doute et sans que personne je pense vienne me
contredire, le splendide Septième voyage de Sinbad (1958) de Nathan Juran avec Kerwin Matthews dans le rôle
titre, film qui bénéficiait surtout d’une
partition de Bernard Herrmann et de fabuleux effets spéciaux
de Ray Harryhausen.
Contrairement au fameux film de
Nathan Juran et à ce
que nous attendons des aventures merveilleuses des "Milles
et une Nuits", rien ne rattache Sinbad le marin au
genre fantastique ou féerique qui a fleuri dès
les années 50 et explosé la décennie
suivante. Lorsque Sinbad utilise une lampe "semblable à celle
de son ami Aladin", il n’en fait pas sortir
un génie mais, en soufflant dessus, une simple fumée
le dissimulant à ses ennemis. Absolument rien d’irréaliste,
au sens fantastique du terme, dans cette histoire : il
ne s’agit ni plus ni moins que d’un film d’aventure
maritime que beaucoup pourront trouver "kitchissime"
aujourd’hui.
En effet, les décors aux couleurs flamboyantes sont
parfois représentés de façon minimaliste
(le carton-pâte ressortant alors de plus belle),
d’innombrables toiles peintes sont utilisées
pour les extérieurs, le fil faisant voleter le mainate
est excessivement voyant et les cieux sont parfois représentés
par des tentures assez peu discrètes (voir à ce
propos la scène de poursuite au palais, les gardes
de l’émir tentant d’appréhender
Sinbad, cette séquence rocambolesque se terminant
par une partie de "store-toboggan"collé au
ciel par le même drap justement). Des idées
de mise en scène accentuent même ce côté "kitsch"
et lourdement appuyé : lorsque le magicien Melik
est démasqué, une lumière verte vient
lui éclairer le visage lorsqu’il se met à parler
pour signifier l’aspect alors diabolique du personnage
et afin de faire un parallèle avec l’eau empoisonnée
de la même couleur verte.
Le charme que possède pourtant
le film (pour ceux qui, comme moi arrivent à en
trouver) provient pourtant d’une part de ce côté "studio"
dans lequel se déroulent ces aventures improbables.
Si très jeune nous avons pris énormément
de plaisir à découvrir le film, une nouvelle
vision plus tardive nous déçoit forcément
par le côté extrêmement bavard de l’entreprise
que nous avions occulté précédemment.
En effet, nous nous rendons compte que les dialogues sont
abondants et qu’au contraire les scènes mouvementées,
inhérentes à ce genre de film, n’occupent
qu’une infime partie du métrage total. Sachant
cela, une troisième vision nous surprend à nouveau
car il se révèle que le scénario est
très bien écrit, sadique à souhait
( ;-) : Sinbad voulant vérifier si l’eau du
bateau est oui ou non empoisonnée demande à Abbu
de la faire goûter au plus inutile de l’équipage)
et que les dialogues sont tout ce qu’il y a de plus
réussis, drôles, gentiment ironiques, vivaces
et ne manquant pas de piquant. Pas si étonnant que ça
puisque John Twist, scénariste quasiment inconnu,
signera par la suite quelques chefs d’oeuvre de Raoul
Walsh comme L’esclave libre mais surtout son titre
de gloire cinéphilique, La fille du désert,
sublime remake par Walsh lui-même de son célèbre
High Sierra.
Un scénario donc très plaisant porté par
une très bonne partition du compositeur attitré de
la RKO, le talentueux et prolifique (plus de 350 bandes
originales en 30 ans) Roy Webb. Dans la lignée des
Korngold, Waxman ou Steiner, ce musicien quelque peu sous-estimé n’a
pas à rougir de son travail sur le film de Richard
Wallace même s’il reste néanmoins en
deçà de ses maîtres. La photographie
de George Barnes, que certains adorateurs du film, s’avançant
quand même un peu vite, ont comparé à celle
des films du tandem Powell-Pressburger (Sic ! L’amour
rend bien aveugle) est réjouissante pour la rétine,
le technicolor de l’époque étant vraiment
incomparable. Dans un tout autre style, le chef opérateur
avait signé 3 ans plus tôt, celle magnifique
du Spellbound de Hitchcock. Bref, un beau casting technique
encadrant un non moins bon casting des acteurs.
Maureen O’Hara, belle à damner
un Saint, se régale de son rôle de femme forte,
au début
roublarde, envieuse, égoïste et ambitieuse
mais qui évoluera jusqu’à préférer
choisir l’amour à la richesse (évidemment
naïf tout ceci mais nous sommes dans un conte) ; Anthony
Quinn à l’aise dans la peau de l’émir
cupide et impitoyable ; Walter Slezak qui s’amuse
comme un petit fou dans la peau du "méchant
de service" efféminé dont l’homosexualité n’est
pas cachée ("Il méprisait les caresses
des jeunes filles" dira Sinbad au début de
son histoire) ; George Tobias interprétant le compagnon
de voyage de Sinbad, est assez drôle dans ce rôle
de bouffon faire-valoir, aux mimiques exagérées
et à l’air constamment ahuri. Jane Greer n’a
malheureusement en revanche qu’un rôle très
secondaire.
Quant à Douglas Fairbanks Jr dont
le jeu pourra en agacer certains, il est tout à fait à sa
place dans ce rôle d’affabulateur incorrigible, à l’esprit
aventureux, en perpétuel mouvement, le sourire constamment
aux lèvres, se jouant de tous les obstacles avec
une bonne humeur communicative et un entrain jamais pris
en défaut. Tournoyant, virevoltant, se déplaçant
d’une manière dansante, accompagnant toutes
ses paroles de gestes amples, son cabotinage et ses exagérations
servent le personnage : Gene Kelly et Burt Lancaster n’en
feront pas moins dans successivement Les trois mousquetaires de
George Sidney et Le
corsaire rouge de Robert Siodmak.
L’acteur finira d’ailleurs sa carrière
sur les planches sur lesquelles il trouvait mieux à s’exprimer
que derrière une caméra. L’appréciation
du "cabotinage" étant aussi une
donnée
foncièrement subjective, prévenons tout de
même que l’acteur en fait des tonnes mais pas
plus à mon avis qu’un Cary Grant outrancier
des mauvais jours (Gunga Din). Ce jeu s’intègre
pourtant parfaitement au récit, la scène
de vente aux enchères du bateau au début
du film étant de ce point de vue assez jouissive,
l’acteur haranguant la foule, séduisant la
princesse, et finissant cette longue séquence par
une phrase très drôle dans le contexte qui
fait deviner la roublardise qu’a du déployer
le marin : "Tu as réussi à me vendre
mon propre navire, j’ai réussi à te
le payer avec ton propre argent".
Si la fantaisie s’insinue donc avec
bonheur dans l’intrigue, les dialogues et l’interprétation,
il n’en est malheureusement pas de même pour
la mise en scène sclérosée d’un
Richard Wallace dont on comprend qu’il n’ait
pas réussi à sortir du lot : le minimum syndical,
une application assez indigente bien dommageable et qui
empêche le film de jamais vraiment décoller.
Mais ce manque d’initiative et de talent ne vient
heureusement jamais non plus atténuer la cruauté et
le sadisme de certaines scènes au cours desquelles
le scénariste s’est visiblement amusé ;
ce qui donne une complaisance amusante aux séances
de "fouettages", de décapitations, de
morts atroces avec notamment celle de Anthony Quinn. (Non,
je ne suis pas devenu maso mais dans une telle production,
c’est assez réjouissant au second degré ;-)
)
Un film qui pourra sembler très plaisant pour nombre
d’entre nous et ennuyer une autre partie mais un
film secondaire à n’en pas douter qui ravira
les plus jeunes en tout cas ou ceux pour qui l’âme
d’enfant n’aura pas été jetée
en pâture au cynisme ambiant. Mais laissons la conclusion à notre
narrateur préféré. Sinbad, pour le
bien de sa quête, s’étant fait passer
pour le Prince Ahmed, héritier légitime du
trésor de Deryabar, et parlant de lui à son
compagnon Abbu comme s’il l’était vraiment,
ce dernier lui dit "Le prince héritier ! Tu
t’en es convaincu toi-même" ; sur quoi
Sinbad lui rétorque cette très belle phrase
romanesque qui résume bien le personnage et son
optimisme forcené : "L’avantage d’ignorer
ses origines, c’est de pouvoir choisir son destin.
Mieux vaut être fils de roi que fils de mendiant".
|
|
 |
Deuxième édition
de ce film d’aventure par les Editions Montparnasse,
elle était
nécessaire par le seul fait que la bande son en
version originale n’était pas proposée
la première fois. En ce qui concerne les masters,
il m’est impossible de les comparer, n’ayant
pas eu l’occasion de voir la précédente édition
mais, à la lecture de ce qui a été écrit
par ailleurs, il me semblerait que ce soit le même.
Le doute étant quand même présent,
ne cherchons pas à extrapoler et contentons-nous
de repartir à zéro avec cette nouvelle édition
présentée dans la toute récente collection
RKO, ses boîtiers ultra-fins et son très beau
et très sobre design donnant une identité aux
20 titres qui la composent. La copie proposée se
révèle dans l’ensemble très
agréable à regarder. Si les couleurs manquent
parfois un peu de "chatoyance" et d’éclat
(surtout au cours de la deuxième heure qui voit
des séquences tirer vers le vert, le rose ou le
jaune : voir chapitre 9 qui a perdu en route beaucoup de
ses couleurs chaudes), elle demeurent bien saturées
et ne bavent absolument pas ; ce master permet donc d’apprécier
dans d’assez bonnes conditions un technicolor de
toute beauté même si on aurait préféré des
contrastes plus affirmés dans les scènes
plus sombres qui virent un peu au "terne".
A quelques morceaux de pellicules près, on peut
affirmer que le très beau travail de George Barnes
a été respecté. En revanche, la définition
très précise au départ devient un
peu vacillante dans la deuxième heure (le chapitre
8 est parfois proche du flou), les contours brillent parfois
et la compression, très bonne en général,
se montre de temps à autre visible (surtout lors
des quelques travellings assez rapides) sans que tout ceci
soit aggravant pour une bonne vision du film. Ceci dit,
la copie est étonnement propre et, après
les chipotages ci-dessus, s’il fallait la noter,
la qualité de l’image aurait bien mérité de
se situer au-dessus de la moyenne. Signalons enfin que
le changement de couche n’est pas très discret
mais qu’il se situe sur un magnifique gros plan de
Maureen O’Hara, ce qui permet de nous extasier devant
ce beau visage deux secondes de plus !
Heureusement que cette fois la version
anglaise nous est offerte puisque le doublage français est exécrable
comme souvent pour les films des années 40 : regarder
ce film avec les voix françaises se révèle
très rapidement insupportable. La piste qui nous
intéresse sature quand même assez souvent
même si les dialogues restent clairs, ce qui, vu
le débit incessant des dialogues était
primordial. Quelques tressautements, des bruits d’ambiances étouffés
ou gommés, mais qui doivent provenir du film lui-même,
mais la belle partition de Roy Webb se détache
assez bien pour nous permettre de l’apprécier
pleinement à sa juste valeur.
|
 |

Seul bonus, et ce sera valable pour
l’ensemble de la collection, la présentation
du film, courte mais efficace façon Patrick
Brion, par le sympathique et toujours souriant Serge
Bromberg. Nous n’apprenons pas grand chose sur
le film mais cette entrée en matière
nous ouvre l’appétit d’une bien
agréable manière.
|
|
|
|