Réalisé par Allan Dwan
Avec John Payne, Dan Duryea, Lizabeth Scott, Dolores Moran, Harry Carey Jr., Emile Meyer, Morris Ankrum, Robert Warwick, John Hudson
Produit par Benedict Bogeaus
Distribué par RKO
Scénario de Karen De Wolf
Photographie Technicolor de John Alton
Musique de Louis Forbes
USA - 80’ - 1954



Zone 1
Edité par VCI Entertainment
Format 4/3 1.33 :1
Langues : Anglais mono
Sous-titres : aucun
Menu fixe et musical
Chapitrage



Article sur Imdb.com
Dossier Allan Dwan dans le n°503 de POSITIF (janvier 2003)
Allan Dwan La légende de l’homme au mille films (Editions Cahiers du Cinéma / Festival International du Film de Locarno)


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Par un 4 juillet
dans une petite bourgade de l’Ouest, le paisible Dan Ballard s’apprête à épouser la fille du plus riche propriétaire local. La cérémonie est interrompue par l’arrivée impromptue d’un mystérieux marshall et de ses acolytes patibulaires. Celui-ci détient un mandat d’arrêt au nom de Ballard, pour le meurtre de son frère et le vol de 20000 dollars, perpétrés deux ans plus tôt. Dan reçoit d’abord le soutien de ses concitoyens, mais lorsque l’un des adjoints du marshal est abattu, ses amis se retournent contre lui...


Ce monument du western
de série B, marque le début de la fructueuse collaboration de 10 films entre le producteur indépendant Benedict Bogeaus (Le journal d’une femme de chambre de Renoir) et le vétéran hollywoodien Allan Dwan, alors âgé de 69 ans... Il marque aussi la première rencontre entre le réalisateur et celui que l’on peut considérer comme son interprète fétiche, l’irremplaçable John Payne.

Vers 1953, la RKO, mise à mal par la gestion chaotique d’Howard Hughes, est soucieuse de réduire ses coûts et mise tout sur la série B, finançant en ce sens de petites productions indépendantes, jugées originales et suffisamment porteuses. Grâce à ce soutien, Bogeaus vient de mener à bien un film d’aventures original et laconique, Les Révoltés de la Claire Louise, réalisé par Tourneur, mettant fin à une durable période de "marginalisation". Dwan lui-même est un peu oublié. Celui qui fut l’un des piliers de la Triangle du temps du muet, le metteur en scène attitré des exploits acrobatiques de Douglas Fairbanks (Robin des Bois, Le Masque de fer) et des grands véhicules pour Gloria Swanson (Zaza, Manhandled) ou Renée Adorée (Tide of a nation) est passé de mode. Mais quelques morality plays et comédies pastorales fauchées réalisées pour la Republic, bien accueillies outre-Atlantique, font de lui l’homme de la situation. Jim Grainger, nouveau patron de la RKO, a l’idée d’associer les deux hommes. Ils ne se quitteront –pratiquement- plus, le dernier film de Dwan, Most dangerous man alive, étant aussi la dernière production de Bogeaus.

Le projet est nanti d’un budget somme toute assez confortable : 800 000 dollars. C’est bien plus que ne réuniront jamais les deux hommes pour aucun autre film de la série. Cette – relative, il ne s’agit somme toute que du budget moyen octroyé pour une série B à l’époque - opulence fait sans doute en partie la spécificité de ce premier opus : paradoxalement, Silver Lode est moins élaboré visuellement que ne le seront La reine de la prairie, Tornade, Le mariage est pour demain ou Deux rouquines dans la bagarre. Sans doute Dwan et son génial directeur artistique Van Nest Polglase n’ont-ils pas dû recourir au pillage des backlots de studios pour masquer l’indigence des moyens mis à leur disposition...

Quoi qu’il en soit ce dépouillement est aussi au service d’une intrigue âpre et éprouvante, à mille lieues des respirations contemplatives qu’affectionnera Dwan par la suite. Car Silver Lode, sous ses atours de western de série, est une charge vigoureuse de la scénariste Karen De Wolf à l’encontre des maux de la société américaine d’alors. Véritable manifeste libéral, qui affuble le bad guy corrupteur et manipulateur (Dan Duryea, sourire carnassier et allure défaite de grand fauve endormi) du patronyme de Ned Mc Carthy !, le film dépasse de loin les intentions du surfait Train sifflera trois fois. Ici, la communauté n’abandonne plus l’un des siens par simple lâcheté mais, hypocritement, se mue en milice expéditive, non en vertu d’une quelconque soif de justice, mais plus par peur et protectionnisme lorsqu’elle apprend que celui qu’elle avait intégré parmi les siens fut en son temps un aventurier et, peut-être, un gunfighter. Une meute acharnée s’active, qui va jusqu’à trahir ses propres croyances en envahissant le sanctuaire sacré qu’est sensée représenter l’église. Pas de pardon pour les "pommes pourries" aurait pu s’exclamer le Jay C. Flippen des Affâmeurs d’Anthony Mann ...

Rejoignant la longue liste des marginaux chers à Dwan, Ballard ne pourra plus compter que sur l’ingéniosité d’une autre laissée pour compte pour recouvrer sa respectabilité, et plus prosaïquement, sauver sa peau : Dolly, l’entraîneuse amoureuse qu’il avait abandonnée pour une autre, mieux établie socialement, et qui, elle, doutera un moment de son innocence. Ce magnifique personnage de femme franche et obstinée, qui nous permet de retrouver Dolores Moran, dix ans après l’inoubliable Mme de Fursac du Port de l’angoisse, contrebalance à lui seul le regard pessimiste et sans complaisance que Dwan et sa scénariste portent sur leur société.

Au service de son intrigue, qui respecte les unités de temps et de lieu, la mise en scène de Dwan transcende les règles du classicisme. Alternant plans d’ensemble fixes pour les plans de confrontation et travellings frénétiques pour rythmer ses éclairs de violence (la fuite éperdue de Ballard à travers la ville, trouvant refuge derrière les tables de banquet décorées aux couleurs de la nation...), son découpage acéré ménage une tension progressive et réellement oppressante. Seul le score de Louis Forbes, assez routinier et surtout redondant, reste un peu en retrait. Le compositeur sera autrement plus inspiré l’année suivante pour le sublime Tornade.

Généralement considéré comme le chef d’œuvre de Dwan, ce western à suspense constitue une pierre angulaire du genre, véritable épure qu’aucun amateur digne de ce nom ne devrait ignorer. Le film idéal pour s’initier aux délices de la filmographie de ce réalisateur trop sous-estimé...

Image : L’image, au format carré standard à l’origine est légèrement recadrée ! En raison de ce zoom, certains protagonistes au bord du cadre sont coupés à l’écran, quand bien même ils interviennent directement dans l’action... La définition s’en trouve aussi affectée. En dehors de ce problème de taille, il s’agit de l’une des copies les plus propres de la collection. Grain acceptable, peu de problèmes de surface, mais teintes de peau tirant sur l’orange, peu naturelles.

Son
: Peu de dynamique, il faut monter l’ampli assez haut dans les volumes, mais cette unique piste mono anglaise est néanmoins fort claire. Non anglophones, tant pis pour vous, passez votre chemin ! Il en sera de même pour tous les autres titres de la collection.



Rien à signaler en dehors de la sempiternelle bande-annonce originale et de fiches biographiques fort sommaires consacrées à John Payne, Dan Durya et Lizabeth Scott.

(Ci-contre: Allan Dwan)


Un film chroniqué par Otis B. Driftwood