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Réalisé par George Stevens
Avec Alan Ladd, Jean Arthur, Van Heflin, Brandon de Wilde
Scénario : A.B. Guthrie Jr d’après un roman
de Jack Schaeffer
Musique : Victor Young
Photographie : Loyal Griggs
Un film Paramount
USA - 113 mn - 1953
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Paramount
113 mn
Zone 2 UK
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais Dolby Surround 3.0 / Français / Italien
/ Espagnol / Allemand en mono d’origine
Sous titres : Français / Anglais / Allemand / Italien / Espagnol
/ Grec / Suédois / Hongrois / Polonais / Anglais pour malentendants
/ Arabe / Bulgare / Croate / Tchèque / Danois / Hollandais
/ Finlandais / Hébreu / Islandais / Norvégien / Portugais
/ Roumain / Serbe / Slovène / Turc |


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Un
cavalier solitaire, Shane (Alan Ladd), arrive dans une
petite vallée du Wyoming. Il fait halte dans une
ferme où vit paisiblement la famille Starrett,
Joe (Van Heflin), Marian, son épouse (Jean Arthur)
et leur petit garçon de 10 ans, Joey (Brandon
De Wilde). Marian n’est pas insensible au charme
mystérieux du nouveau venu ; quant au jeune Joey
il est tout simplement subjugué et fasciné par
cet homme, d’une habileté remarquable au
pistolet, qu’il vénère comme un héros.
Shane partage alors quelques temps la vie des Starrett,
les aidant dans leurs tâches quotidiennes, jusqu’au
jour où il doit reprendre les armes pour défendre
ses hôtes. En effet, dans ce petit coin de paradis,
les fermiers se heurtent à l’hostilité des éleveurs
qui veulent garder les grands espaces libres de toute
clôture pour en rester les maîtres. Pour
arriver à ses fins et faire capituler les cultivateurs,
Ryker (Emile Meyer), le chef des éleveurs, en
vient même à engager un tueur, tout de noir
vêtu, le terrifiant Wilson (Jack Palance). La lutte
s’annonce terrible… |
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Shane a été le
western au plus grand succès
commercial des années 50 : 9 millions de dollars
en Amérique seulement et 6 nominations aux Oscars,
succès bien plus grand que les désormais
classiques par excellence que sont La prisonnière
du désert de John Ford ou Rio Bravo de
Howard Hawks. Il a même longtemps été considéré aux
Etats-Unis comme le plus grand western hollywoodien. On
ne peut pas dire que sa cote d’amour en France ait été la
même : une partie de la critique française
en a même fait l’archétype du faux bon
western et cette réputation lui colle encore aujourd’hui à la
peau ; Yves Kovacs dans son ouvrage intitulé "Le
western" résume assez bien la pensée
d’un grand nombre à son propos en le qualifiant
de "film pesant et compassé devenu le prototype
du western académique." Objectivement, force
est de constater que, des deux côtés de l’Atlantique,
on a beaucoup exagéré ! Shane n’est
ni un chef-d’œuvre ni encore moins un mauvais
film ; il ne méritait pas un tel mépris et
aujourd’hui un tel purgatoire, loin s’en faut.
Un
an avant Shane, Fred Zinnemann réalisait
avec
Le train sifflera trois fois le premier "sur-western"
comme l’a surnommé la critique, tentative
d’intellectualisation
du western traditionnel visant surtout à approfondir
la psychologie des personnages. Belle et louable initiative
de faire entrer un genre considéré comme
peu sérieux dans son âge adulte. Mais souvent à cette
occasion, une certaine pesanteur de la mise en scène
ou un ton sentencieux sont venus gâcher en partie
ce que le western possédait de plus important, le
rythme, la vigueur et surtout la spontanéité.
High noon en est un parfait exemple car sa trop grande
austérité et le message un peu trop appuyé ont
fait de lui un film décharné, sec et en fin
de compte assez ennuyeux (sans pour autant être honteux,
attention !). Il n’en est pas de même pour
cet western unique qu’est L’homme des vallées
perdues. Unique par le fait qu’il mélange
simplicité du ton et subtilité psychologique,
qu’il oscille constamment entre d’une part,
une naïveté et un manichéisme assumés,
et d’autre part une violence et un réalisme
qui ont clairement influencé Sam Peckinpah, Sergio
Leone et Clint Eastwood, ça ne fait aucun doute.
Le
fait que le film soit vu à hauteur d’un
enfant de 10 ans justifie le côté "bigger
than life" de l’intrigue et des personnages,
cette vision quelque peu idéalisée de l’Ouest.
Joey, à cet âge, a besoin de se représenter
et de croire en des héros purs et durs ; d’un
autre côté, "les méchants" doivent
aussi l’être de la tête aux pieds. Son
regard porté sur le monde nous donne donc à voir
des personnages archétypiques mais cette approche
mythique que l’on pourrait effectivement trouver
simplificatrice ou caricaturale, est amplement légitimée
par l’idée qu’ont eue Stevens et ses
scénaristes de mettre leur caméra à hauteur
de Joey (de nombreuses contre-plongées sont utilisées
en cours de film). Par la suite, nombre de chefs-d’œuvre
divers et variés que seront La nuit du chasseur de Charles Laughton, Les
contrebandiers de Moonfleet de
Fritz Lang ou Du silence et des ombres de Richard Mulligan,
exploiteront cette vision mais avec encore plus de maîtrise
et un peu moins de schématisme. Mais n’accablons
pas plus George Stevens avec de telles comparaisons, il
ne le mérite pas surtout que son western reste néanmoins
de haute volée. Revenons-y et tentons de faire ressentir
au lecteur le ton tout à fait original qui parcourt
ce film.
Shane fait irruption au moment opportun
dans la vie de cette famille ; cavalier solitaire et
las, venant de nulle
part, habillé d’un vêtement de daim
clair et immaculé et portant des armes scintillantes.
Il représente le modèle parfait du héros
rêvé par les petits garçons. Ce "chevalier
rédempteur" repartira d’ailleurs tel
qu’il était venu après s’être
acquitté de sa tâche "divine" :
"l’homme sans nom"’ de Leone et "l’étranger"
de Pale Rider ne sont pas bien loin. Sur un très
beau thème de Victor Young (peut-être le plus
beau de sa carrière au milieu d’une partition
tout de même inégale), le générique
le voit arriver sur son cheval par la gauche de l’écran
et, devançant de 15 ans le cinéma de Leone,
en immense plan d’ensemble, sa minuscule silhouette
traverse doucement l’écran de part en part
la caméra fixant sans bouger cette vaste étendue,
Shane n’étant qu’un minuscule point
au milieu de cette immensité. Puis, par la saveur
poétique toute particulière de la somptueuse
et saisissante photographie de Loyal Griggs (qui remporta à juste
titre un Oscar), nous avons l’impression de nous
retrouver à voir l’un de ses films pour enfants
de Clarence Brown, tel que Jody et le faon. En
effet, comme dans ce chef-d’œuvre, un technicolor
lumineux et magnifique nous laisse stupéfait : la
beauté fulgurante
de ces premiers plans de paysages aux cieux immenses et
bleus, un élan venant s’abreuver dans une
rivière limpide, est indiscutable. Un romantisme,
un "rousseauisme" même, faussement naïf
puisqu’il sera plus tard battu en brèche.
Comme dans le magnifique film de Clarence Brown cité ci-dessus,
l’enfant va devoir maintenant être confronté à la
violence et à la mort.
Mort représentée par le personnage du tueur
joué par Jack Palance, Wilson, le double maléfique
de Shane ; d’ailleurs Morris ne s’y est pas
trompé car pour l’inspiration de son personnage
de Phil Defer, il n’a pas eu à forcer le trait,
Wilson étant déjà un cliché parfait
du "bad guy". Il est inoubliable dans sa façon
d’être habillé, de se déplacer,
de se tenir à cheval, de parler, de sourire et même
de tuer : la scène du meurtre de Elisha Cook est
d’ailleurs impressionnante pour l’époque,
d’une violence radicale et d’un réalisme
qui jure avec ce que nous avions vu auparavant : en découvrant
cette scène aujourd’hui, on comprend mieux
quand Peckinpah disait que Shane était son film
préféré. Pour cette scène,
George Stevens a tenu a conserver des variations de luminosité spectaculaires
qui n’auraient pas été gardées
en temps normal car peu tolérables. La rue est détrempée
par la pluie et boueuse au point que l’on vient à s’y
enfoncer. Et quand Elisha Cook fait mine de mettre en joue
Jack Palance, celui-ci l’envoie Ad patres sans réfléchir
: un coup de revolver et l’impact de la balle de
45 fait voler avec une force peu commune le malheureux
qui s’effondre au milieu de la rue. Cette scène
et le décor de la ville à l’intérieur
de laquelle les maisons sont rangées sur une seule
ligne font encore une fois penser aux westerns des années
70, de Clint Eastwood en particulier. Mais attention, aucune
complaisance dans la violence : le réalisateur,
depuis son retour de la Seconde Guerre Mondiale, ne pouvait
plus la supporter et il essayait ici de la stigmatiser
en la rendant la plus réaliste, la moins héroïque
possible.
A la lecture de ces lignes, vous
vous êtes sûrement
dits qu’effectivement ce film était bien simpliste,
mais nous sommes encore loin de la vérité.
Le manichéisme n’est qu’apparent puisque
la perception de l’enfant est bien entendu faussée.
A côté de ces paysages lyriquement magnifiés
par l’utilisation quasi constante du téléobjectif
qui rapproche encore plus les majestueuses montagnes de
Teton Valley, les décors et les costumes des personnages
principaux, du père en particulier, sont très
réalistes, élimés et sales (fait rarissime à l’époque
dans le western), les rues sont boueuses et Stevens accorde
une attention réaliste aux objets de l’époque
(Van Heflin feuillète un catalogue de vêtements)
et aux travaux quotidiens de la ferme. Les personnages
sont eux aussi bien plus complexes que veut bien les voir
Joey. Shane, le "modèle parfait", est
un personnage finalement assez trouble et secret, on ne
connaît rien de lui ni de son passé mystérieux
et ses sursauts de défiance lorsqu’il entend
un bruit quelconque peuvent faire penser qu’il n’a
pas la conscience tranquille ou qu’il est poursuivi.
La sobriété (ou l’inexpressivité)
de Alan Ladd colle ici assez bien au personnage mais l’acteur
demeure quand même assez fade. Marian, l’épouse
aimante et dévouée, est pourtant attirée
par cet homme mystérieux qui lui fait rêver à de
lointains horizons : son personnage donnera naissance à ceux
encore plus fouillés et émouvants que jouera
par deux fois Vera Miles dans La prisonnière du
désert et L’homme qui tua Liberty Valance ; même liens complexes et affectifs plein de sous
entendus qui se tisseront entre elle et John Wayne dans
les deux films de Ford. Dommage seulement que Jean Arthur,
pour son dernier rôle au cinéma à 48
ans, paraisse trop âgée pour le personnage
et que Stevens soit obligé de la filtrer à outrance
lors des gros plans sur son visage. Van Heflin, avec sa
rudesse habituelle, ne doit pas être oublié :
c’est à travers le personnage de Joe, le brave
fermier laborieux que, pour Joey et le spectateur, la réflexion
sur l’héroïsme va se faire ; la violence
est-elle nécessaire, doit-on se servir des armes
pour que votre enfant vous considère comme un héros… ?
Le
scénariste A.B. Guthrie Jr (auteur entre autres
de La captive aux yeux clairs) prend encore plus de risque
avec Ryker, le chef des éleveurs, car, le temps
d’une scène, il nous ferait presque croire
que c’est lui qui a raison de vouloir chasser les
fermiers des terres avoisinantes. Son ressentiment et son
exaspération offrent un point de vue historique
assez juste puisque juridiquement, il avait tous les droits
pour lui. La séquence de sa venue à la ferme
des Starrett pour faire valoir ses prérogatives
nous fait alors entrevoir un personnage assez convaincant
et qui, lui aussi, se bat pour ses idées, pas si
mauvaises que ça. Nous nous mettons à douter
un instant mais la présence de Jack Palance à ses
côtés nous rappelle à l’ordre
et nous fait en fin de compte choisir le bon camp ;-) Quant
au revirement de Ben Johnson, il est lui aussi très
bien vu : alors que Stevens nous l’avait montré comme
une grosse brute dans la spectaculaire scène du
pugilat, nous ne nous attendions absolument pas à ce
qu’il vienne prévenir les fermiers après
une prise de conscience douloureuse. Nous sommes donc bien
assez loin de la simplicité apparente des données
de départ.
Une oeuvre charnière, "l’aboutissement
du western romantique" selon Christian Viviani,
un film qui va ouvrir la voie à un plus grand réalisme
et une plus grande violence et qui influencera dans le
genre toute la génération de cinéastes
des années 60 : il se serviront de cette trame à des
fins de variations toutefois plus ironiques. Cependant,
Shane n’est pas entièrement satisfaisant
; la faute en incombe d’une part au scénario
qui fait retomber la tension vers le milieu du film, de
l’autre au réalisateur qui se fait parfois
trop solennel et un peu pompeux. Si à certains moments,
il prend majestueusement son temps (trop quelquefois), à d’autres
il nous étonne par le nombre de plans et la diversité des
angles utilisés : les deux scènes homériques
de bagarres sont d’une grande modernité à ce
niveau là mais cette différence de style
d’une scène à l’autre gâche
un peu le plaisir total que l’on aurait pu ressentir
si le film avait été plus cohérent
dans ces effets, donc plus harmonieux. Mais ne boudons
pas notre plaisir, les éléments incriminés
sont loin de prendre toute la place et l’Ouest boueux,
sanglant et violent de George Stevens reste gravé dans
la mémoire de l’amateur de western tout comme
le poignant "Shane ! Come back" résonnant
sur le fondu final et qui nous laisse les larmes aux yeux
: une sorte d’adieu à une certaine innocence
désormais perdue du western en même temps
que du petit garçon.
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Si à première
vue, le DVD s’avérait décevant (à l’image
de cette jaquette et de ces menus hideux), une vision complète
m’a fait réviser mon jugement initial. Il
est vrai que la copie n’est pas de première
jeunesse et que les innombrables scories n’ont pas été nettoyées.
Les ciels fourmillent vraiment beaucoup et quelques vacillements
dans la colorimétrie sont à regretter ça
et là. Mais il faut bien avouer que pour le reste,
nous sommes assez contents du résultat : l’essentiel
est sauf puisque la sublime photographie de Loyal Griggs
ressort magnifiquement dans ce master : quel beau technicolor
même si un peu gâché par ce trop gros
grain issu d’une compression qui aurait pu être
mieux maîtrisée à ce niveau. La définition
est par contre très honnête (les flous que
l’on pourra remarquer sont ceux intentionnels sur
le visage de Jean Arthur pour cacher son âge réel)
et nous n’avons que peu de problèmes de pixellisation
ou d’effets de brillance à déplorer.
Le défaut majeur de cette image est donc la saleté toute
relative de la copie mais par exemple toutes les scènes
se déroulant dans le bar sont superbement bien rendues.
Signalons enfin que nous avons la chance de bénéficier
du format original de l’image du film car pendant
longtemps la photographie perdit beaucoup de sa superbe
composition au cours d’une période de post-production
inhabituellement longue (16 mois) quand le scope fit fureur
et que Shane fut coupé pour s’adapter au nouveau
format. Le format 1.33 est donc bien le bon pour ce western
réalisé l’année de La tunique,
premier film en format large.
Belle piste sonore anglaise
dans laquelle les dialogues ressortent parfaitement et
où la belle partition
de Victor Young s’épanouit tout à son
aise. Notons aussi l’étonnante clarté des
bruits d’ambiance, des bruits d’armes à feu… Regardez
la scène de la réunion des fermiers dans
la cabane des Starrett et vous serez surpris par la précision
des bruits de la pluie à l’extérieur
! Une bien belle piste sonore, la version française étant à éviter
sous peine de vouloir gifler le doubleur de Brandon de
Wilde et de trouver le film mièvre.
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En
bonus, une bande annonce complètement
détériorée
mais par contre un commentaire audio de
grande qualité,
fait assez rare pour être signalé. Celui-ci
a été enregistré par George Stevens
Jr, le fils du cinéaste, et Ivan Moffat qui fût
souvent l’un des principaux collaborateurs du réalisateur
d'Une place au soleil ou Géant pour ne
citer que les plus célèbres. Tous deux,
très à l’aise
et agréables à écouter, nous narrent
des anecdotes de tournage, nous font des commentaires
sur les acteurs, les techniciens et nous parlent assez
souvent
de technique de mise en scène ou de photographie.
Point d’analyse mais un commentaire jamais ennuyeux,
courtois et non dénué d’humour quand
il le faut. Ils nous apprennent même que le casting
prévu à l’origine était totalement
différent : Katharine Hepburn (Jean Arthur), William
Holden (Van Heflin) et Montgomery Clift (Alan Ladd) !
Bref, à écouter
!
Dans l’ensemble, nous aurions évidemment
souhaité une restauration de ce classique mais
nous sommes quand même ravis que le film ait
retrouvé son technicolor d’origine.
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