
Réalisateur
: Billy Wilder
Avec : Marilyn Monroe , Tom Ewell, Evelyn
Keyes, Sonny Tutts, Robert Strauss, Oscar Homolka
Scénario : Billy Wilder et George
Axelrod d’après sa pièce de théâtre
Musique : Alfred Newman
Directeur de la photo : Milton Krasner
Un film : 20th Century Fox
USA – 1955 – 100’ |

FPE
Zone 2
Couleur
100 mn
Format cinéma : 2.55
Format vidéo : 16/9 compatible
4/3
Langues : anglais en 3.0, français
et italien en mono 2.0
Sous-titres : anglais, français,
hollandais, italiens et grecs. |


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Alors que son épouse et son fils partent en vacances,
Richard Sherman, employé d’une maison
d’édition, doit rester à New York pour
travailler. Seul dans cette ville caniculaire, comme beaucoup
d’hommes mariés qui ont du envoyer leur famille
à la campagne, il tente difficilement de réfréner
sa libido et d’obéir aux derniers conseils de
son épouse, comme s’abstenir de boire et de fumer.
Sherman parvient presque à se dominer lorsqu’il
fait la connaissance de la nouvelle locataire qui habite juste
au-dessus de son appartement. La jeune femme, aux formes voluptueuses
et à la beauté provocante, va provoquer chez
lui des poussées de fièvre et l’amener
à vouloir concrétiser ses fantasmes les plus
érotiques. |
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De
manière extravagante et cocasse, Billy Wilder
nous introduit à son film par la présentation,
cinq cents années avant notre époque, des
Indiens de Manhattan qui auraient donné leur nom
à la fameuse île new-yorkaise. Nous observons
cette tribu s’adonner à un rituel bien particulier
: les hommes envoient leurs femmes et leurs enfants en congé
durant l’été pour rester seuls et vaquer
à leurs occupations viriles… comme de suivre
en groupe une pulpeuse indienne, dès leur famille
partie voguer au loin sur les flots. La réalisation
enchaîne sur des plans filmés de la gare de
New York, où une meute excitée, composée
de maris, vient accompagner leurs familles jusqu’au
train avant de loucher sur la première beauté
qui passe. En bon observateur et caricaturiste du mâle
occidental, Wilder, avec cet humour espiègle et coquin
qui le caractérise, renvoie ainsi l’être
humain à son animalité sexuelle et à
ses réflexes éternels de mâle en chaleur.
Sept ans de réflexion, sorti durant l’été
1955, est le plus grand succès de l’année
pour la 20th Century Fox. Mais la route fut longue et parsemée
d’embûches. Le film est l’adaptation d’une
pièce à succès qui a tenu le haut de
l’affiche à Broadway pendant trois ans. George
Axelrod écrit volontiers avec Wilder l’adaptation
de sa pièce de théâtre mais les deux
scénaristes se heurtent vite au Hayes Office qui
se charge d’appliquer les règlements du code
portant le même nom. On exige d’eux de supprimer
toute allusion à l’adultère et d’expurger
les dialogues de tous sous-entendus sexuels. Ainsi plusieurs
scènes et de nombreuses répliques désopilantes
passeront à la trappe, quand d’autres scènes
verront leur montage simplement remanié. Dans l’Amérique
puritaine des années 50, la plupart des producteurs
devaient se plier à ces directives fâcheuses
et ridicules. Wilder, très dépité par
cette aventure, déclara plus tard : "C’est
un film inexistant (…) le film devrait être
tourné sans la moindre censure. Ce film fut embarrassant
à faire." On se permettra tout de même
d’être moins sévère que le cinéaste,
même si on imagine aisément ce qu’un
Wilder débridé aurait pu faire d’un
tel sujet. C’est bien simple, il nous suffit de penser
à un film qu’il réalisera près
de dix ans plus tard, Embrasse-moi, idiot, dans
lequel le réalisateur malicieux se lâchera
complètement. Mais les dégâts de la
censure, comme les agressions répétées
des ligues de vertu, n’auront pas minimisé
la portée du discours que tient Wilder sur la liberté.
Une liberté dont les manifestations s’exercent
justement de manière plus violente dans un cadre
fermé et régi par des règlements castrateurs.
Sous la baguette du cinéaste, on assiste à
un plaidoyer énergique et vivifiant pour les fantasmes
sexuels, nécessaires au bien-être et à
l’équilibre de tout individu.
D’entrée, le générique concocté
par le légendaire Saul Bass illustre de manière
pertinente cette idée de pensées érotiques
refoulées qui ne demandent qu’à sortir,
appuyée par une musique guillerette et entraînante
composée par Alfred Newman. Au milieu d’un
tableau tout en abstraction géométrique, Bass
dessine des trappes qui s’ouvrent successivement pour
laisser s’afficher les noms du générique.
A la fin, le nom de Billy Wilder monté sur un ressort
jaillit ironiquement. Le réalisateur-scénariste
apparaît comme celui qui met en lumière les
désirs cachés de ses protagonistes. Par ailleurs,
le film nous est conté par le personnage principal,
Richard Sherman, qui s’exprime tout haut, semblant
s’adresser au spectateur alors qu’en fait il
se parle à lui-même. Sept ans de réflexion
s’articule comme un dialogue entre le personnage principal
et le spectateur d’un côté, et entre
ce personnage et sa conscience de l’autre. Pour filmer
les fantasmes de Sherman, Wilder fait appel aux images légendaires
du cinéma hollywoodien en détournant quelques
scènes mythiques dans lesquelles Sherman est la proie
de femmes. Ainsi notre personnage se retrouve à folâtrer
sur la plage de Tant qu’il y aura des hommes
ou bien en compagnie d’une Marilyn dans le rôle
d’une femme fatale, issue d’un film noir que
n’aurait pas renié Barbara Stanwyck ou la belle
Lana Turner. La farce atteint son sommet quand Sherman répond
à la question d’une d’un de ses amis,
"What blonde in the kitchen ?" : "Maybe it’s
Marilyn Monroe !". Wilder s’amuse avec les représentations
érotiques que le cinéma nous a offertes. C’est
d’ailleurs pour cette raison qu’aucune autre
actrice que Marilyn n’aurait pu jouer ce personnage
de beauté naïve et provoquante, Marilyn Monroe
sujet et objet sexuels par excellence du cinéma,
des années 1950 jusqu’à nos jours.
A ce sujet la Fox, comprenant tout l’intérêt
qu’on pouvait tirer d’une telle icône,
a fait les choses en grand en exposant au-dessus du cinéma
new-yorkais, pour la première du film, un gigantesque
portrait de Marilyn tiré de la fameuse scène
de la grille de métro. En effet, pour les rares spectateurs
qui ne le savaient pas encore, c’est dans Sept
ans de réflexion que figure cette séquence
mythique et jouissive qui nous montre Marilyn se rafraîchir
les jambes au-dessus d’une bouche de métro,
dont le courant d’air fait voler sa jupe au-dessus
de sa taille (au-dessus de son genou dans le film pour cause
de censure malheureuse). Un vrai sommet d’érotisme
suggestif et ensorcelant. Pour créer l’événement,
les producteurs malins organisèrent le tournage de
cette scène en plein New York devant une foule de
badauds conquis et excités. Joe Di Maggio, le mari
de Marilyn, venu en catastrophe pour assister à la
scène, en fut douloureusement atteint dans son honneur.
Ironiquement, ce plan dût être retourné
sur un plateau à Hollywood, car le son de la prise
à New York n’était pas exploitable.
Cet épisode marqua la fin de leur mariage et acheva
de déstabiliser Marilyn Monroe qui avait de plus
en plus de mal à se voir réduite à
un symbole sexuel, elle qui cherchait désespérément
à se faire reconnaître comme une véritable
comédienne. Le tournage représenta quasiment
un cauchemar pour elle, entre ses retards multiples et ses
difficultés à retenir les dialogues. Marilyn
Monroe se devait de faire bonne figure alors que sa vie
privée s’écroulait, sans parler de sa
santé physique et mentale. Cependant Billy Wilder
ne lui en tint pas trop rigueur : « Son impact physique
était extraordinaire. Elle apparaissait sur l’écran
comme si vous pouviez la toucher, son image possédait
une étrange réalité, bien au-delà
de ce que peut rendre une caméra. »
Dans Sept ans de réflexion, l’entrée
fracassante de Marilyn dans l’univers du mâle
américain démangé par le démon
de midi est particulièrement drôle et pertinente
("itch" signifie "démangeaison"
en anglais, The seven year itch renvoie à
la remise en question du mariage par l’homme au bout
de sept ans). Son personnage manque de tuer le pauvre Richard
Sherman en faisant maladroitement tomber un plant de tomates
de son étage sur la chaise longue qu’il venait
de quitter. L’intrusion de Marilyn dans la vie de
Sherman se fait donc sur un plan brutal. L’ingénue
affriolante va chambouler l’existence de notre mâle
en attente de sexe, fin prêt à mélanger
rêve et réalité. Billy Wilder filme
Marilyn nue derrière son balcon fleuri, offrant par
ce biais une vision du paradis perdu et inaccessible (sauf
dans nos fantasmes et donc au cinéma) ainsi que l’image
du péché originel. La pagaie oubliée
par le fils de Sherman se chargeant, par ses multiples apparitions
à l’image (souvent en arrière plan),
de rappeler à notre personnage l’existence
de sa famille et sa condition d’homme marié.
A défaut de traiter explicitement de l’adultère
(ce qui était le sujet de la pièce), Billy
Wilder compose une satire intelligente des comportements
sociaux liés à la sexualité et à
la régression animale (Sherman et Marilyn vont au
cinéma voir L’Etrange créature du
lac noir, un choix loin d’être anodin)
derrière le vernis propre d’une civilisation
sophistiquée et organisée. Aidé par
l’élégante photographie de Milton Krasner
et du cinémascope, il parvient joliment à
faire vivre ce huis clos étouffant, propice à
l’enchevêtrement rocambolesque des fantasmes
et de la réalité, dans lequel un homme se
voit mis à l’épreuve avant de s’en
retourner assagi vers son épouse. L’origine
théâtrale du film se fait pourtant souvent
sentir, le réalisateur ayant signé (avant
et après ce film) des œuvres plus séduisantes
et inspirées, visuellement parlant. On pourra aussi
regretter la relative fadeur de Tom Ewell (créateur
du personnage au théâtre), même si ce
manque de relief renforce l’identification à
l’homme ordinaire. Le réalisateur souhaitait
engager Walter Matthau mais les producteurs en décidèrent
autrement, le comédien étant alors totalement
inconnu au cinéma. Que ces quelques reproches ne
vous empêchent pas d’apprécier à
sa juste valeur cette belle comédie de mœurs
qui prouve, une fois de plus, que le roué et libertin
Billy Wilder fut un artiste et un caricaturiste incontournable
de l’âge d’or hollywoodien.
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