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Avec George Sanders, Signe Hasso, Carole Landis, Akim Tamiroff,
Gene Lockhart, Jo Ann Marlowe, Alan Napier, Alma Kruger, Pedro
de Cordoba, Vladimir Sokoloff, Gisela Werbisek, Fred Nurney, Skelton
Knaggs...
Scénario de Ellis St Joseph d’après les Mémoires
de François Eugène Vidocq
Musique originale de Hanns Eisler arrangée par Heinz Roemheld
Lyric de Paul Webster
Photographie de Guy Roe
Supervision artistique (sic) de Eugen Schüfftan
Montage de Al Joseph
Produit par Arnold Pressburger
Distribué par United Artists
Durée cinéma : 100’
1946
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Spécifications
de l’édition Kino Video
DVD 5
Zone all
Format vidéo : 4/3
Format cinéma : 1.37 ( format d’origine respecté )
Langue : Anglais mono 2.0
Sous-titres : Aucun
Durée DVD : 99’
Spécifications de l’édition DVDY
Collection
Ciné Club
DVD 5
Zone 2
Format vidéo : 4/3
Format cinéma : 1.37 ( format d’origine respecté )
Langue : Anglais mono 1.0
Sous-titres : Français imposés
Durée DVD : 96’ |

Article
sur Imdb.com
Livres : Conversations avec Douglas Sirk par Jon Halliday (Collection
Atelier – Cahiers
du Cinéma)
Douglas Sirk par Jean-Loup Bourget (Edilig / Edité en 1984
- épuisé)
Note : A Scandal in Paris est resté inédit en France
en exclusivité. La traduction littérale retenue pour
l’édition Ciné-Club est donc une création
de l’éditeur DVDY.
Le film a par contre été parfois exploité aux
Etats-Unis sous le titre alternatif Thieves’Holiday.
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Sa
famille était pauvre et honnête, quoique, à dire
vrai, un peu plus pauvre qu’honnête. Et chaque
fois que son humble maman devait accoucher, elle commettait
le larcin qui la faisait emprisonner. C’est donc
dans une geôle, comme ses onze frères et
sœurs avant lui, qu’est né en 1775
celui que l’histoire allait retenir sous le nom
de François Eugène Vidocq. Ce nom, il ne
le fera sien que bien plus tard, après l’avoir
emprunté à une pierre tombale. Séducteur
par tempérament, escroc par hérédité,
sa connaissance du crime en faisait le préposé idéal
aux fonctions de Chef de la Sûreté. Certes,
l’habit ne fait pas le moine, mais par amour le
plus fieffé coquin peut parfois se décider à marcher
droit... au grand dam de ses anciens compères. |
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"Voilà ce
qui m’enchante chez Douglas Sirk, ce délirant
mélange : moyen-âge et modernisme, sentimentalisme
et raffinement, cadrages anodins et Cinémascope
endiablé. Tout ça, on le voit bien, il faut
en parler comme Aragon des yeux d’Elsa, en délirant
beaucoup, un peu passionnément, peu importe, la
seule logique dont Douglas Sirk s’embarrasse, c’est
le délire." (Jean-Luc Godard)
Etrange statut,
vraiment, que celui de Douglas Sirk. Voilà un
homme d’une culture particulièrement éclectique
qui n’est aujourd’hui célébré,
lorsque la critique daigne lui accorder quelque crédit,
que comme l’auteur d’une poignée de
mélodrames flamboyants, tous tournés au cours
des six dernières années de sa carrière
cinématographique pour la firme Universal : Magnificent
obsession (54), All that heaven allows (55), Written
on the wind (56), The tarnished angels (57), A
time to love and a time to die (58) ou Imitation
of life (59).
Pour une critique malléable et conformiste, véritable
mouton de Panurge suivant aveuglément l’avis
des maîtres, Douglas Sirk n’est donc aujourd’hui
que le dépositaire d’un style de mélodrame
qui puiserait son inspiration dans le pire roman de gare,
pour parfois en sublimer la substance à force de
bariolage moderniste et de sentimentalisme paroxystique.
Cette critique oublie de séparer le grain de l’ivraie
et de reconnaître la qualité des matériaux
littéraires dont certaines de ces œuvres sont
adaptées (le Pylône de Faulkner pour La
ronde de l’aube ; le Temps de vivre et le
temps de mourir de Remarque pour A
time to love and a time to die) pour
ne rien dire de la qualité même de leur adaptation.
C’est oublier que Godard, s’il délirait
comme il se doit, savait aussi reconnaître en avril
1959 dans cet article pionnier des Cahiers du Cinéma
consacré au sublime Le temps d’aimer et le
temps de mourir "qu’il n’avait jamais
cru autant à l’Allemagne en guerre qu’en
voyant ce film américain tourné en temps
de paix" ; c’est oublier surtout l’extraordinaire
palette manifestée tout au long de sa carrière
par cet artiste omnipotent, homme de théâtre
et historien d’art, ouvert à la connaissance
de la physique comme à celle de la philosophie ou
du droit, qui tâta toujours de la peinture. Et c’est
afficher une ignorance méprisante pour le reste
d’une œuvre, qui dès premiers grands
succès allemands à la UFA (Schlussakkord,
Zu neuen Ufern, La Habanera), dont la quête par le
cinéphile moderne s’apparente aujourd’hui à celle
du Graal, aux films de genre des débuts à la
Universal (comédies, chroniques, musicals, western,
péplum, aventures historiques) traduit une faculté d’adaptation
rare pour un cinéaste européen, en même
temps qu’un très singulier et très éclectique
talent.
A Scandal in Paris est le troisième film américain
de Sirk. Il reste aussi le préféré de
son auteur si l’on en croit les propos tenus à James
Harvey pour Film comment en 1978. Pour le coup, nous ne
saurions lui donner tort ! Il s’agit d’un trésor
assemblé en dehors des grands studios et de ce fait
longtemps resté inaccessible aux cinéphiles,
faute de matériau digne de ce nom. Ce n’est,
comme le rappellent Coursodon et Tavernier, qu’après
que Sirk a confié à Jon Halliday son attachement à cette œuvre
méconnue (in l’ouvrage de référence
Conversations avec Douglas Sirk) qu’une véritable
restauration fut entreprise en 1973.
Il n’est d’ailleurs peut-être pas de
film moins hollywoodien que ce faux biopic d’une étoffe
toute ironique, dont les arabesques stylistiques évoquent
la facture ophülsienne, l’incessant mouvement
en moins, tandis que la verve acidulée, la causticité souriante,
renouent avec le meilleur du Guitry des Mémoires
d’un tricheur ou du Mirande de Café de
Paris.
Il faudrait encore citer l’influence diffuse d’un
Hans Dreier (le collaborateur de génie de Lubitsch
ou Sternberg à la Paramount pour Trouble in
Paradise ou The scarlet empress par
exemple) pour les immenses décors
intérieurs, ici - faute de moyens ? - étrangement
décharnés. On ne saurait, on le voit, envisager
de parentés plus européennes, mais comment
pourrait-il en être autrement au vu du générique
qui aligne les noms de techniciens et d’artistes
du Vieux Continent tous plus prestigieux les uns que les
autres ? Nous y retrouvons ainsi, outre Sirk et une distribution
très cosmopolite, le producteur Arnold Pressburger
qui venait de financer en indépendant deux autres œuvres
d’expatriés européens (Hangmen also
die de Fritz Lang et le délicieux It happened
tomorrow de notre René Clair
national) ; le coauteur (avec Theodor Adorno) d’une étude
très appréciée
sur la Musique de cinéma, Hanns Eisler (Hangmen
also die) ; et surtout le génial chef opérateur
Eugene Schüfftan, créateur d’une méthode
de prise de vue aérienne mythique qui fit merveille
dans quatre des films français d’avant guerre
de Max Ophüls (notamment pour ces splendeurs visuelles
que sont Le Roman de Werther et Sans lendemain),
mais aussi chez Siodmak (Menschen am Sonntag ; Mollenard)
ou bien évidemment
chez Carné (Drôle de drame ; Le quai des
brumes)
; tous sont originaires de l’ancien empire germanique.
Ici comme pour tous les films qu’il fut amené à éclairer
durant cette période, pour Sirk et Ulmer (Bluebeard
; Strange illusion notamment), Schüfftan n’est
pas dûment crédité comme chef opérateur
mais en qualité de "Production supervisor" après
avoir été mentionné au générique
de Hitler’s madman et Summer storm,
les deux premières
productions américaines de Sirk, comme "technical
director" (sic) en raison de la très stricte
réglementation syndicale de la corporation. Mais
ne nous y trompons pas : l’obscur Guy Roe n’est
que son premier opérateur, et c’est bien le
maître qui règle tous les éclairages,
sa patte si caractéristique imprégnant d’ailleurs
toute l’inquiétante séquence du colporteur
sur laquelle nous reviendrons.
Cette réunion de talents n’a rien d’une
coïncidence. Le tournant des décennies 1930-1940
marque l’exode vers la terre providentielle des Etats-Unis
d’une cohorte d’artistes européens fuyant
le régime et les persécutions nazies. Au
début de cette vague d’immigration, le mouvement était
encore contrôlé par les grands studios. Fritz
Lang, Otto Preminger ou Billy Wilder, malgré quelques
déboires faisaient sans trop de mal leur nid dans
le système des grandes majors. Il n’en sera
pas de même au début des années quarante,
lorsque l’exode sera plus subi qu’initié par
la Mecque du cinéma. Des mouvements d’entraide
s’organisent pour permettrent aux moins chanceux,
privés d’emploi, de subsister sur leur terre
d’accueil. Le Free French Movement s’organise
autour des grandes figures expatriées du cinéma
français : les cinéastes René Clair,
Julien Duvivier, Jean Renoir bientôt, les comédiens
Charles Boyer ou Jean-Pierre Aumont. Le mouvement philanthropique
des immigrés allemands ou austro-hongrois, le European
Film Fund, est plus conséquent encore, et plus actif
surtout. Présidé par Lubitsch, il se charge
d’obtenir les précieux visas pour l’immigration
et surtout de faire jouer les connexions adéquates
afin de permettre à chacun des immigrés de
décrocher un emploi. Lorsque cette intégration
n’est pas possible, l’association tâche
de contribuer au soutien financier des artistes, chacun
de ses membres reversant une quote-part de son salaire
hebdomadaire ; ainsi de l’aide portée à Ophüls,
sans travail pendant plus de cinq ans. Ce sont des producteurs
indépendants de la Powerty Row, souvent immigrés
eux-mêmes, tels que Seymour Nebenzal (M), les frères
Pressburger, donc, ou Edward Small qui offrent le plus
d’opportunités aux nouveaux arrivants qui
n’ont pu obtenir un contrat auprès d’une
major, d’où la connotation très germanique
du générique de A Scandal in Paris.
Sirk,
lui, n’a pas à proprement parler bénéficié de
ce soutien. Il avait débarqué à New
York, après deux années passées sur
des productions suisses et néerlandaises, avec la
promesse d’un contrat de la Warner afin de réaliser
un remake de Paramata bagne de femmes (Zu
Neuen Ufern),
son plus gros succès à la UFA qui consacra
Zarah Leander. Mais pour cause de germanophobie galopante,
la promesse sera dénoncée. Pour survivre,
Sirk choisit alors de se lancer dans l’élevage
de poulets dans la vallée de San Lorenzo, qu’il
revend bientôt pour se consacrer à la culture
des avocats ! Néanmoins ce sont ses relations allemandes
qui lui permettent de rejoindre la Columbia d’Harry
Cohn à partir de 1942, dans le cadre d’un
contrat de sept ans. Las, si un petit salaire hebdomadaire
lui est versé, aucun projet ne lui est confié.
Il ne tournera que deux films pour la major, vers la fin
de la décennie, (Slightly french et Shockproof).
Ses relations allemandes - le monteur Al Joseph notamment
- lui permettent de décrocher la réalisation
d’un projet à très petit budget consacré à Heydrich,
le "protecteur" SS de Bohême-Moravie,
que produit Nebenzal. Racheté par la MGM et en partie
refilmé, Hitler’s madman se posera en concurrent
aux Bourreaux meurent aussi de Lang et Brecht. Toujours
pour Nebenzal, il se lance alors dans l’adaptation
de La partie de chasse de Tchékhov. Summer
storm,
première de ses trois collaborations successives
avec l’incomparable George Sanders, s’avère
un film absolument admirable, qui s’il trahit parfois
quelque peu l’âme russe n’en demeure
pas moins presque l’égal du superbe Lettre
d’une inconnue d’Ophüls par la précision
de sa construction cyclique introduite par le flash-back
et son douloureux portrait d’un séducteur
blasé et corrompu glissant lucidement vers une déchéance
inexorable.
Sirk a trouvé en Sanders son interprète
idéal. Il est d’ailleurs rare de lire autant
d’éloges dressés par un metteur en
scène à l’endroit d’un de ses
interprètes. Quoi qu’il en soit l’ambivalence
de Sanders, son intelligence et son flair le séduisent
et le stimulent. Lorsque Edward Small lui commandite un
projet autour des Mémoires d’un médecin de
Dumas Père, c’est en pensant aux qualités
propres de Sanders que Sirk imagine son Cagliostro,
charlatan partant de rien pour séduire et hypnotiser
les cours les plus prestigieuses d’Europe. Aussi,
lorsque le projet, Black Magic, lui est retiré pour
des raisons obscures (il en avait rédigé un
scénario
complet) pour être confié à Gregory
Ratoff - qui en respecte scrupuleusement le plan de tournage
- avec Orson Welles dans le rôle du fameux comte,
Sirk choisit tout naturellement de transposer l’esprit
de son personnage sur celui de son nouveau scénario,
Vidocq, développé avec le brillant écrivain
Ellis St. Joseph. Après tout, les fameuses Mémoires
du policier, probablement apocryphes, autorisent bien
des licences adaptatives...
Certes le Vidocq incarné par Sanders n’est
plus un mage charlatan. Mais il n’en est pas moins
brillant hypnotiseur et manieur d’illusions. Lui-même
est parti de rien, puisque c’est du fond de quelque
cachot parisien qu’il accomplit ses débuts
dans la vie. La fatalité ayant voulu qu’une
tache d’encre le prive de toute ascendance, il doit
s’inventer une personnalité. Celle du plus
caméléon de tous les gentilshommes ne pouvait
que fasciner un aventurier de son espèce. S’étant
forgé une personnalité au gré de lectures
assidues des Mémoires de Giacomo Casanova, il ne
lui reste plus qu’à endosser des identités
en rapport, au hasard de ses aventures. Pour la police
de son rival Richet, quoi qu’il en soit, il restera
toujours une ombre insaisissable, "a young, dashing,
Casanova like type", qui, à son nez et à sa
barbe, séduit les promises avant de les délester
de leurs présents de fiançailles en emportant
presque leur bénédiction.
Tout est donc d’emprunt chez cet aventurier jouisseur
; l’identité comme les manières et
les bon mots. Ceux-ci, quand bien même ils sont toujours
détournés avec le meilleur à propos,
sont empruntés aux aphorismes d’un Saint-Simon
("nous avons tous assez de force en nous pour supporter
les malheurs d’autrui") ou autres brillants épigrammes
d’un Oscar Wilde ("parfois les liens du mariage
sont trop lourds pour n’être supportés
que par le couple"), et peu importent les anachronismes.
Le flair de ce brillant usurpateur justifie sans problème
ces petites licences historiques ("élémentaire
mon cher Houdon ! "), qui en outre ajoutent à cette
si délicate et indicible ironie.
A scandal in Paris est au demeurant étranger à tout
réalisme, qu’il soit historique, architectural
ou même psychologique. Les prisonniers y dissimulent à peine
un couteau effilé dans quelque bas troué,
lequel couteau servira à découper un gâteau
recelant une fragile petite lime, pourtant sésame
pour une évasion réussie. Des jeunes filles à demi
nues s’égayent et badinent dans une mare aux
reflets lactés, sous la menace d’un immense
serpent qui n’aurait pas sa place dans nos contrées
d’Europe occidentale, dans un tableau animé,
improbable mais sublime, que l’on croirait inspiré de
quelque esquisse de Gustave Moreau ou de tout autre représentant
du courant symboliste. De ce même courant symboliste
se réclame également l’étrange
carrousel chinois sur lequel Vidocq et Thérèse
s’avouent leur amour et où, plus tard, Vidocq
- Saint-Georges terrassera son dragon aux yeux globuleux
(Akim Tamiroff). Les plus pieuses jeunes femmes s’y éprennent
de preux chevaliers sur leurs blancs destriers, mais apprenant
que le Saint-Georges fantasmé n’est en réalité qu’un
coquin, s’avèrent prêtes à faire
table rase des beaux principes distillés par une éducation
irréprochable pour rejoindre le bien aimé dans
sa vie aventureuse. Quant aux toutes petites filles (la
petite Mimi, interprétée par une irrésistible
Jo Ann Marlowe dans une performance remarquable d’insolence
que n’aurait pas reniée Margaret O’Brien),
témoins lucides et amusées de toutes ces
manigances, elles sont parées par l’auteur
d’une clairvoyance et d’une intuition généralement
réservées à leurs aînées
("I knew from the beginning that no man is a saint
! ").
C’est une farandole surréaliste et enivrante
que nous livre Douglas Sirk. L’enivrement, tout spirituel,
provient de ces innombrables et très subtils renvois
que sait distiller un récit pourtant éclaté,
extrêmement généreux en péripéties
diverses et picaresques. Interprétée par
une Carole Landis en rupture de ban avec la Fox (elle devait
d’ailleurs malheureusement se suicider à peine
deux ans plus tard), gouailleuse, sensuelle, étourdissante
de santé, dont on peine à croire qu’elle
a pu végéter dans l’ombre des deux
stars si ternes des comédies musicales de la firme
que furent Alice Faye ou, pire, Betty Grable, la chanteuse
Loretta naît devant nos yeux telle une sublime silhouette
derrière le drap de son spectacle et disparaît
comme elle était née, tel un songe à peine
esquissé derrière son paravent. C’est
son mari trompé Richet qui l’abat sous l’emprise
d’une folle crise de jalousie, après qu’il
a confondu l’ombre d’un mannequin avec son
amant, lui qui depuis des années, justement, pourchassait
une ombre insaisissable. Ce même Richet qui avait été averti
par l’inénarrable Mimi que le mauvais sort
ne manquerait pas de le poursuivre, alors qu’il s’était
permis d’ouvrir un parapluie en intérieur...
En
quelques plans, Sirk vient de signer l’une de
ces ruptures de ton étonnantes et impromptues, toujours
parfaitement gérées, qui déstabilisent
et fascinent tout à la fois. Nous venons de quitter
Vidocq et Thérèse sur leur manège à s’avouer
leur flamme (magnifique tirade de Sanders : "in her
eyes I see myself as I am, in your eyes I see myself as
I could be, as I hope to be") devant une Mimi qui,
plus malicieuse que jamais, se voile pudiquement les yeux
de sa voilette, quand soudain la photographie de Schüfftan
se pare d’ombres nocturnes inquiétantes autour
d’une figure de colporteur d’oiseaux grotesque
sous son postiche : Richet interprété par
Gene Lockhart (Hangmen also die), comme à son habitude
tour à tour truculent et pathétique, guettant
son épouse infidèle en espérant ainsi
pouvoir capturer son ennemi intime. La farce, un peu grinçante,
s’en mêle tout d’abord lorsque le colporteur,
improbable croisement entre Papageno et Jericho (le marchand
d’habits des Enfants du Paradis) est brutalement
refoulé par un gendarme qui le prend pour un satyre.
Puis c’est la vision des ombres à la fenêtre
; la méprise ; la confrontation à l’étage
; les cadrages qui deviennent obliques, les petites notes
d’Eisler qui viennent se noyer dans le piaillement
des oiseaux de plus en plus affolés ; la tension
sourde qui se fait de plus en plus pressante à mesure
que Loretta, cinglante et réellement humiliante,
fait face à cet époux éperdu avec
lequel elle ne partage rien sinon quelques tendances fétichistes
(elle pour les chapeaux, lui pour les déguisements
et postiches) ; et le meurtre dans un moment d’égarement
rendu palpable par l’intensité peu commune
dégagée par la mise en scène de Sirk,
la frénésie se poursuivant longtemps après
le coup de feu, jusqu’à l’arrivée
de Vidocq ; il ne reste plus à ce dernier qu’à apaiser
son malheureux rival en lui assurant qu’il a déjà mis
un terme à la carrière de ce mystérieux
malfaiteur, cette ombre insaisissable, ce qui n’est
qu’un demi-mensonge. "You’re a great detective,
greater than I ever was..." conclut tristement le
pauvre Richet. Cette fois l’ironie est pathétique,
et les gorges se nouent vraiment.
Si sur la fin du récit la frivolité laisse
place à la gravité la plus franche, puisque
l’épisode se poursuit par l’affrontement
très symbolique sur le carrousel chinois entre Vidocq
et son mauvais génie Emile pour qu’enfin Saint-Georges
terrasse le dragon, la palette des humeurs proposée
par ce joyau unique est d’une richesse peu commune.
Une poésie romantique des plus exquises naît
de chacune des cinq rencontres entre Vidocq et Thérèse
(angélique Signe Hasso, la délicieuse nurse
du Heaven can wait de Lubitsch, pourtant alors âgée
du double de l’âge requis par son personnage)
qu’une vénération absolue réduit
chaque fois au mutisme le plus complet et le plus désarmant.
La farce la plus assumée s’y manifeste également,
au gré des humeurs du couple Loretta - Richet (le
piétinement furieux d’un chapeau ; le rire
tonitruant et anthologique de la belle découvrant
en deux temps la nouvelle identité de son ancien
amant ) et y vire parfois au pastiche : c’est alors
la pittoresque transmutation de Vidocq en Sherlock Holmes
pour "résoudre" l’étrange
cas du lys fané. Le récit s’autorise
même un détour absolument divin vers la comédie
musicale, le temps d’un numéro plein de sous-entendus
chanté par une Carole Landis aguicheuse, au cours
duquel Sirk, Schüfftan et Emile Kuri (futur directeur
artistique de Duel in the sun) se permettent d’explorer
tout le potentiel de magie du cinéma de ces années
là.
Le reste du métrage c’est une ironie légère,
souriante et ludique qui prédomine, merveilleusement
servie par un George Sanders délectable dans un
emploi cousu de fil blanc pour sa nonchalance désinvolte,
son élégance suave et feutrée et son
esprit caustique. L’acteur semble s’amuser
comme jamais. Il nous ravit de sa gestuelle particulièrement étudiée
(chez Sanders l’utilisation du monocle relève
des beaux-arts !) et nous fascine par sa diction si sobre
et percutante. Chacune des tirades que lui a concoctées
Ellis St. Joseph semble ne pouvoir s’exprimer pleinement
qu’à travers son phrasé. Il est permis
de penser que sa composition est la plus brillante de toute
sa carrière, en tout cas en ce qui concerne ses
emplois de premiers plans : un chef-d’œuvre
tout simplement ! Il retrouvera Sirk une dernière
fois l’année suivante pour la moins concluante
de leurs trois collaborations successives : un remake fidèle
par le découpage mais quelque peu édulcoré dans
l’esprit de Pièges, brillant film noir à la
française réalisé en 1939 par Robert
Siodmak. Sanders y reprendra le rôle tenu à l’origine
par Maurice Chevalier tandis que Lucille Ball (malheureusement
un miscast), Charles Coburn, Cedric Hardwicke et Boris
Karloff y reprendront ceux respectivement tenus par l’inégalable
Marie Déa, André Brunot, Pierre Renoir et
Erich von Stroheim. Lured (Des filles disparaissent) est également
disponible chez l’éditeur Kino dans une édition
techniquement irréprochable.
Avant de refermer cette
analyse, signalons que selon l’allégorie
religieuse Saint-Georges ne tue pas le dragon mais le terrasse
de sa lance et le soumet. Vidocq lui, d’une lance
improvisée, se débarrasse complètement
de son mauvais génie Emile. Mais a-t-il éliminé pour
autant le dragon qui sommeille en lui ? Allez savoir !
En un ultime pied de nez ironique c’est un petit
singe capricieux qui vient brandir le carton de fin final.
Un petit singe dénommé...Satan !
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Deux
solutions s’offrent au cinéphile désireux
de s’adonner aux délices de ce délectable
et si unique moment de cinéma.
S’il maîtrise correctement l’Anglais,
il peut s’orienter sans problème vers l’édition
dénuée de tout sous-titre disponible depuis
l’été 2003 chez l’éditeur
Kino ; gage de sérieux s’il en est. Certes
l’internégatif utilisé est loin d’être
parfait. Aucune restauration n’a été entreprise
depuis le milieu des années soixante-dix, et les
défauts sont nombreux, particulièrement
en début et fin de chaque bobine, mais c’est
le prix à payer pour visionner ce joyau si longtemps
malmené. Les contrastes sont dans l’ensemble
remarquables, à l’exception notable de la
séquence très terne et grisâtre sise
aux appartements de la pittoresque famille d’Emile
(chapitre 4). Comme toujours chez l’éditeur,
l’authoring est remarquable. Définition
splendide et compression indécelable caractérisent
ce transfert numérique, un modèle du genre.
Au niveau sonore, l’essentiel est sauf : la dynamique
est faible, l’ensemble forcément étriqué mais
dialogues et pétillants petits accords musicaux
d’Hanns Eisler sont restitués avec clarté,
et le souffle, indéniablement présent,
reste très aisément supportable. Déplorons
toutefois de très désagréables distorsions
et une tendance à l’écho au chapitre
10 lors de la confrontation entre Richet et les deux
filles du ministre Houdon (pittoresque composition d’Alan
Napier à contre emploi), Thérèse
et Mimi.
 S’il n’est pas à même de se
dispenser de sous-titres, l’amateur n’a plus
d’autre solution que... de passer son chemin en
espérant qu’un jour un éditeur digne
de ce nom lui fera la grâce de lui offrir une édition
alternative. Car certes il existe depuis quelques semaines
une prétendue édition zone 2, chez
l’éditeur
DVDY. Mais celle-ci est indigne du support. Même
d’une VHS vous seriez en droit d’attendre
une définition supérieure, c’est
dire ! N’espérez pas ici déceler
quelques initiales sur les murs de la geôle de
Vidocq ou reconnaître les formes animales constituant
les motifs des tapisseries au château de la Marquise
: les arrière plan se réduisent dans le
cas présent à des peintures abstraites.
Les contrastes, quant à eux, sont inexistants.
Qu’il s’agisse de séquences nocturnes
ou diurnes c’est partout la même bouillie
visuelle d’un gris poisseux ou parfois étrangement
verdâtre (chapitre 4). Ainsi lorsque Tamiroff ouvre
la fenêtre de la chambre de son ‘maître’ au
château, la photo se pare-t-elle d’un supplément
de luminosité notable dans l’édition
Kino ; rien de tel chez DVDY : aucune variation lumineuse
ne vient égayer ou révéler les détails
du décor, figé dans une grisaille déprimante.
S’évertuer à suivre A scandal
in Paris à partir de l’édition zone
2 c’est se garantir une conjonctivite aiguë.
Et l’oreille n’est pas mieux traitée.
Le souffle et les scratches sont parfois tels que les
dialogues en deviennent littéralement inaudibles
(au hasard, dès le chapitre premier sur les premières élucubrations
familiales de Tamiroff, ou encore au chapitre 5 : là bienheureux
qui pourra déceler dans le verbiage de George
Sanders les références anachroniques aux
déductions à la Holmes... Peut-être
est-ce pour compenser que l’édition est
parée de sous-titres énormes et gras, semblant
couvrir le cinquième de l’écran,
mais atteints du syndrome de Parkinson ? Pathétique.
Un scandale en DVD pour reprendre le bon mot de Jeremy
Fox.
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Quel que soit votre choix (mais comment oseriez-vous opter
pour l’édition DVDY ?) vous n’aurez rien
d’autre à vous mettre sous la dent qu’un
menu fixe et musical et un accès au chapitrage.
Là, encore la plus grande précision de l’édition
Kino lui donne l’avantage : le découpage s’organise
autour de 16 séquences contre 10 seulement pour
le catastrophique DVD de la collection Ciné-Club.
Regrettons
tout de même que Kino, si avisé lorsqu’il
s’agit de proposer des suppléments de choix à ses éditions
de référence des grands films muets, opte
pour un dénuement total lorsqu’il s’éloigne
de son périmètre de prédilection.
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