Réalisateur : Charles Chaplin
Année : 1957
Avec : Charles Chaplin, Dawn Addams, Oliver Johnston, Michael Chaplin, Maxine Audley
Scénario : Charles Chaplin
Musique : Charles Chaplin
Directeur de la photo : Georges Périnal



A king in New-York
Zone
2 - DVD9
Format 1:33
Langues : anglais en mono 2.0 et 5.1, français et italien en mono 2.0
Sous-titres : anglais, français, italiens, allemands, espagnols, arabes, bulgares, croates, slovènes, roumains et hollandais.


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Une révolution populaire oblige le roi Shadov à fuir son pays, l’Estrovie. Arrivé à New York, il est vivement accueilli par la presse américaine. En compagnie de son ambassadeur et fidèle comparse Jaume, il loue une grande suite au Ritz Hôtel afin de conserver son standing. Mais il apprend vite que son Premier ministre a disparu avec la fortune du royaume. La recherche de liquidités devient alors la première de ses préoccupations, le roi Shadov ayant un rang à tenir. Alors qu’il découvre la vie nocturne et tumultueuse de la métropole, il fait la connaissance d'une jeune et belle journaliste, Ann Kay, qui s’amuse et abuse de sa naïveté. Le roi est alors contraint de faire de la publicité pour gagner sa vie. C’est à ce moment qu’il choisit de prendre sous sa protection le jeune et désœuvré Rupert, un enfant d’une grande intelligence dont les parents ont été arrêtés pour propagande marxiste. Cette rencontre humaine change profondément son séjour puis sa vision de l’Amérique, puisqu’il se retrouve vite accusé lui-même de sympathies communistes.

Un roi à New York est l’avant-dernier film de Charles Chaplin et il porte en lui toutes les caractéristiques d’une fin de règne. Cette œuvre ô combien mal-aimé est pourtant riche d’enseignements, et se révèle une source de plaisir pour les amateurs de l’immense cinéaste qui apprécient la verve satirique d’une œuvre née d’un divorce profond entre un artiste et le pays qui l’avait adopté. Chaplin fut régulièrement la cible privilégiée de plusieurs lobbies (les politiciens, la presse, les ligues de vertu), sa vie privée fut sans cesse attaquée et décortiquée (parfois l’artiste, qui jouissait sans peine de ses privilèges et de sa grande fortune, donnait aussi la corde pour se faire pendre) et ses prises de position politiques et sociales, souvent courageuses et en avance sur leur temps, quasiment toujours vilipendées.

Après un dernier procès en paternité (l’analyse de sang l’avait disculpé, mais il finit condamné en appel !), et les tentatives de censure de Monsieur Verdoux par le Breen Office (branche de la Légion de la Décence), le voilà convoqué par la Commission des Activités Anti-américaines. Une conférence de presse se transforme en tribunal d’accusation politique, un député demande son expulsion au sein même de la Chambre des Représentants, la Ligue Catholique essaie d’empêcher la projection de son film, la presse locale et nationale en profite pour se déchaîner, la United Artists affiche un déficit de 1 million de dollars… Grâce au réconfort et à l’amour de sa nouvelle et jeune épouse Oona O’Neill, et au soutien de ses proches, le réalisateur parvient tout de même à achever le tournage de Limelight (les Feux de la Rampe). Mais fin septembre 1952, Charles Chaplin et sa famille quittent définitivement les Etats-Unis. Sa femme viendra plus tard discrètement récupérer leur argent et leur mobilier. Chaplin revend sa propriété hollywoodienne, s’empare des négatifs de ses films et s’exile en Suisse où il trouvera un havre de paix. Mais ce caractériel n’en a pas encore fini avec le cinéma.

Toutes ses tristes péripéties vont devenir en quelque sorte la matrice d’une dernière comédie amère et mordante. Chaplin se remet au travail et après plusieurs années d’écriture, le scénario du Roi à New York est terminé. Les multiples rencontres faites en Suisse avec plusieurs princes déchus vont lui inspirer la création de son nouveau personnage. On dit souvent que les artistes en fin de carrière perdent de leur acuité et de leur génie. Si la mise en scène de ce film s’affiche comme relativement fonctionnelle (il faut se rappeler tout de même que, chez Chaplin, tout est mis au service de son histoire et de ce qui se passe dans le cadre), son humour à la fois léger et corrosif reste toujours vivace. On y décèle aussi beaucoup d’amertume et une certaine acrimonie (déjà présentes dans Les feux de la rampe) mais les circonstances entourant la création du film et les conditions de tournage difficiles à Londres (ville à laquelle il ne put jamais s’acclimater) amplifient ce sentiment. Chaplin passe à la moulinette un certain nombre de travers propres à la société américaine. Avant le final burlesque qui voit le cinéaste prendre sa revanche à l’encontre du maccarthysme, il s’attaque de front à la toute nouvelle puissance de la télévision (Chaplin invente déjà le grand écran plat !), aux brusques changements de comportement introduits par la publicité, au jeunisme (formidables séquences comiques tournant autour de la chirurgie esthétique), et bien entendu à l’intolérance et au harcèlement politique dont le jeune Rupert est la victime.

Chaplin qui a toujours su allier le burlesque au drame, réussit encore à nous émouvoir de façon intelligente, même si quelques effets autour de la tragédie vécue par l’enfant sont appuyés. Il parvient cependant à éviter le piège du manichéisme en se moquant gentiment du garçon, comme de son prosélytisme enfiévré et de son talent oratoire. L’interprétation de Michael Chaplin est ébouriffante et, même si l’on se doute bien que le jeune comédien n’entend pas grand chose à ce qu’il déclame, son jeu est d’une telle spontanéité que ses scènes deviennent jouissives. Le monde des adultes avec leur suffisance et leurs phrases toutes faites est joyeusement ridiculisé, mais là où l’intelligence de Chaplin confine au génie, c’est lorsque se dégagent des tirades ampoulées du gamin un certain nombre de vérités sociales et politiques bien senties qui restent encore actuelles aujourd’hui. Derrière le drame que vit Rupert, obligé de dénoncer ses propres parents, Chaplin fait clairement allusion aux époux Rosenberg dont la condamnation judiciaire à la peine de mort fut l’un des hauts faits célèbres de cette triste période. Le cinéaste anglais fut de ceux peinés par le sort réservé aux époux Rosenberg accusés d’espionnage au profit de l’URSS (à l’époque leur culpabilité n’était pas prouvée) et cette affaire participait du climat paranoïaque et tendu qui pesait sur la société américaine.

Le temps de la vengeance sur le monde politique des Etats-Unis est arrivé. Le talent de Chaplin fut de ne pas employer les moyens grossiers de ses ennemis, ni même d’opposer une vision politique dogmatique à une autre, mais au contraire de jouer sur l’innocence, et surtout en faisant appel au comique le plus burlesque. Prouvant que la technique de l’arroseur arrosé fonctionne toujours soixante ans après sa création, Chaplin nous rejoue le coup sans vergogne et la scène fameuse des commissionnaires aspergés d’eau restera dans les annales. L’homme s’est souvent défendu de faire des films politiques. En affirmant cela, Chaplin disait vrai si l’on se place d’un point de vue étroitement politicien, or il déguisait légèrement la vérité car ses œuvres dévoilent des prises de positions morales affirmées et témoignent d’une vision sociale bien réelle. Certes, l’arme la plus efficace reste l’humour mais le sous-texte reste bien présent. Peut-être même trop présent dans Un roi à New York, car ce film pêche certainement par un certain didactisme et un manque de poésie. Vraisemblablement, le sujet ne s’y prêtait pas, mais le spectateur fidèle est en droit de se montrer relativement déçu.

Les moments de poésie visuelle ou de grâce propres à l’univers de Chaplin sont bel et bien absents. Il ne faut donc pas chercher dans Un roi à New York l’équivalent de la danse des chaussures dans La ruée vers l’or, du jeu aérien avec la mappemonde du Dictateur, du passage du vagabond dans les rouages des Temps modernes, des chorégraphies du Cirque, des aventures nocturnes des Lumières dans la ville ou du numéro de music-hall de Calvero dans Les feux de la rampe. Même si certains moments drôles du film, quelques mimiques de Chaplin acteur, le jeu entre le roi et son ambassadeur, l’hommage au comique burlesque par l’entremise du numéro des peintres gaffeurs, la parodie du cinéma américain (avec laquelle il est permis de ne pas être d’accord) ou plusieurs scènes mettant en relief la musicalité du découpage nous renvoient au bon souvenir des grands films du passé, nous sommes en présence d’un film accordant une grande place à la parole et témoigne d’une bien trop grande simplicité dans sa mise en scène.

Mais si l’on veut bien se placer d’un point de vue plus personnel, il est aisé de remarquer qu'Un roi à New York établit une relation intime entre son histoire et la vie de Chaplin. Comme Chaplin, Shadov finit contraint à l’exil par la Commission des Activités Anti-américaines et la note amère qui conclut le film, associée au fait que nous assistons à la dernière apparition à l’écran de l’artiste, achève ainsi de nous émouvoir. Les Etats-Unis mettront une quinzaine d’années avant de rendre enfin hommage à leur fils adoptif honni (United Artists refusa de distribuer Un roi à New York qui sortit finalement 15 ans plus tard dans une version censurée) lors de la cérémonie des Oscars 1972. L’Europe, elle, lui a constamment accordé sa confiance mais Charles Chaplin, isolé dans son manoir de Vevey, eut toujours le regard tourné vers l’Amérique.

Image : Malheureux possesseurs de l’ancienne et calamiteuses édition éditée par Opening / Les Films de ma vie, réjouissez-vous car ce DVD restauré par les soins des éditions Mk2 fera votre bonheur ! A part quelques rares imperfections de la pellicule (rayures et points blancs, surtout sur des images aériennes), la copie présentée ici est d’une propreté remarquable. Les contrastes sont excellents et la définition est du même niveau. La compression est parfois très visible sur certains arrières plans, mais dans l’ensemble elle reste plutôt très convenable. En conclusion, l’image proposée donne réellement satisfaction grâce à un excellent travail de restauration.

Son : Les quatre pistes sonores sont toutes d’une clarté exemplaire et sans aucun souffle. La version française est plus étouffée que l’italienne qui procure presque les mêmes sensations que la piste mono originale. Comme on s’y attendait, la piste 5.1 originale n’offre quasiment rien de particulier. Les enceintes arrières sont muettes et les enceintes avant produisent de rares échos. Bizarrement, lors de certaines séquences musicales, les voix sont déportées sur les côtés avec la musique. Mais l’important reste que la restauration sonore est digne du travail effectué sur l’image.

Les suppléments comportent :

Préface (5’19’’) : la présentation du film est assurée par David Robinson, que l’on aperçoit en début de reportage dans un studio d’enregistrement avant d’être doublé par une voix française pour l’ensemble du reportage. Robinson évoque le contexte difficile des années 50 pour Chaplin : les différentes attaques dont il fut la victime, son départ précipité des Etats-Unis, sa difficile acclimatation en Angleterre. L’angle choisi pour nous présenter Un roi à New York est évidemment celui de la satire politique. Mais Robinson ne se prive pas d’émettre quelques critiques à l’endroit du film : un trop plein de sujets à traiter, une photographie insipide et des extérieurs londoniens reconnaissables. Il termine sa présentation par un résumé complet du film, chose qui ne s’imposait pas et qui risque de gâcher le plaisir au spectateur qui découvre Un roi à New York.

Chaplin aujourd’hui
(26’32’’) : comme pour l’ensemble de la collection Chaplin, nous retrouvons le documentaire produit par MK2 en association avec France 5. Mêlant extraits du film, images d’archives, vues actuelles de New York, films personnels de Chaplin et différentes interviews, ce documentaire constitue la pièce maîtresse de ce DVD. On y voit, par exemple, l’arrivée difficile de Charlie Chaplin à Londres et son exil doré en Suisse fin 1952. Le réalisateur américain Jim Jarmusch a été choisi pour nous livrer son analyse du film. Il évoque la vision intelligente et en avance sur son temps qu’avait Chaplin de New York et par extension des Etats-Unis, son regard politique acéré (Jarmusch définit Un roi à New York comme le film le plus rebelle du cinéaste anglais), la mise en scène toute au service de l’histoire et son sens du rythme musical. Le deuxième intervenant n’est autre que Michael Chaplin, le propre fils du maître, qui interprète le jeune Rupert. On assiste à un moment émouvant lorsqu’il regarde un extrait du film tout en se remémorant les conditions de tournage et son apprentissage de la comédie par mimétisme. Michael Chaplin aborde avec un peu de retenue la personnalité de Charles et son rôle de père, ainsi que la relation d’amour/haine du cinéaste pour l’Amérique. Fluide, instructif et captivant, ce court documentaire est une véritable réussite.

Scènes coupées : elles sont au nombre de 14. L’éditeur a eu la bonne idée de nous projeter deux fois la séquence concernée : d’abord conformément au montage du film, puis avec les parties supprimées. Pour la plupart d’entre elles, les scènes coupées correspondent en fait aux scènes inclues dans le film, mais légèrement allongées. Quelques séquences comme le numéro chantant ouvrant la scène du night-club ou quelques plans à l’intérieur de l’hôtel sont inédites.

Mandoline Serenade
(2’42’’) : ce court reportage en noir et blanc nous montre Charles Chaplin diriger un orchestre lors des répétitions pour la musique de son film. La mise en scène de ce "faux" documentaire se fait sentir (panoramiques descriptifs des musiciens, Chaplin en mouvement qui se détache sur fond noir) mais le plaisir de voir le maître diriger sa propre musique est bien réel.

Bandes annonces (8’52’’) : le DVD nous en propose trois. Une bande annonce hollandaise en version originale sous-titrée flamand (3’04’’) aux images abîmées et comportant du souffle, une bande annonce allemande (3’48’’) présentant une copie de meilleure qualité mais au teint légèrement verdâtre et une bande annonce américaine (2’) de qualité supérieure en terme de propreté mais manquant de contraste et de définition.

Galerie de Photos : 92 photos en noir et blanc situées au centre de l’écran, dont la taille appréciable procure une bonne vision.

Affiches du film : 15 affiches provenant de différents pays.

La Collection Chaplin (10’43’’) : un montage d’extraits de chaque film composant la collection DVD MK2/Warner : Le Kid, L’opinion publique, La ruée vers l’or, Le cirque, Les lumières de la ville, Les temps modernes, Le dictateur, Monsieur Verdoux, Les feux de la rampe, Un roi à New York et La grande revue de Charlot (programme composé de fameux courts et moyens métrages). Cette succession d’images permet de nous montrer le formidable travail de restauration accompli par l’éditeur.


Un film chroniqué par Roy Neary