RETOUR DE FLAMME 2 :
Une séance de Cinématographe
Réalisé par D.W. Griffith, John Elmerson, Tex Avery, Percy Pembroke…
Avec Fernandel, Michel Simon, Stan Laurel, Douglas Fairbanks…
Musique : Eric Le Guen, Neil Brand…



Zone 2
Lobster
135 mn
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 1.33
Noir et blanc ou colorisé
Langues : Anglais / Français / Français pour malentendants


Article sur Imdb.com
Lobster Films


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"La collection Retour de flamme tire son nom d’un pari audacieux : sauver des flammes les films anciens tournés sur pellicule nitrate inflammable, pour faire découvrir au plus grand nombre des trésors insoupçonnés du cinéma. Nul besoin d’être spécialiste pour les apprécier : il suffit d’un écran, d’un bon fauteuil et d’une âme d’enfant pour retrouver le cinéma, en redécouvrant dans cette deuxième séance des films qu’on croyait perdus, mais aussi des émotions originelles, simples et magiques". Telle est l’accroche que l’on peut trouver au verso de ce volume 2.

Remarquable ! Dire que je n’avais pas encore sauté le pas malgré toutes les dithyrambes lues à propos de cette collection !

Tombé par hasard sur ce deuxième volume d’une série qui en comporte pour l’instant trois (si on y inclue celui consacré exclusivement au comique Charley Bowers, véritable découverte cinématographique), je ne peux que me féliciter de ma curiosité car cette séance de cinématographe, comme se plaît à l’appeler la société de production Lobster, est absolument réjouissante. Mais revenons un instant sur la genèse de cette société pas comme les autres qui nous offre aujourd’hui ces quelques heures de pur bonheur.

Serge Bromberg, en découvrant un court métrage de Charlie Chaplin à l’âge de huit ans, se découvre une passion pour le cinéma très ancien. Il crée sa propre société, Lobster, en 1984 avec son ami Eric Lange. Véritables fouineurs, découvreurs de trésors engloutis, ces deux fanatiques de vielles bobines réussissent à réunir quelques 20.000 films rares et inédits. Très vite, Lobster est obligé de développer des compétences dans le domaine de la restauration pour sauvegarder les perles enfouies dans ses tiroirs. Et puis en 1989, Gaumont lui demande de travailler sur la restauration sonore de L’Atalante de Jean Vigo puis des Enfants du paradis de Marcel Carné sous la propre supervision du grand réalisateur. Lobster est désormais un acteur majeur sur qui l’on peut compter dans ce domaine. En plus d’être constituée de connaisseurs de ce type de cinéma, elle possède le privilège de pouvoir avoir recours aux meilleures technologies existantes, ce qui nous donne aujourd’hui l’opportunité de découvrir ces perles rares dans un état assez étonnant. En 1995, Serge Bromberg, transformé en "Brombi", présente tous les matins à nos chères têtes blondes (et surtout à leurs parents aussi ravis qu’eux) l’émission Cellulo sur la cinquième : des films d’animation mêlant tous genres, tous pays et toutes époques. Il s’occupe aussi désormais d’un des festivals du film d’animation les plus célèbres au monde, celui d’Annecy dont il est le directeur artistique depuis 2000. Enfin, il faut savoir qu’il est toujours possible de faire appel à lui si vous avez dans vos greniers de vieilles pellicules, son équipe se fera un plaisir de les expertiser et de vous dire s’il s’agit ou non d’une rareté. Mais revenons-en au programme qui nous concerne ici.

Retour de flamme est, en plus d’être sur DVD, décliné sous différentes autres formes : un programme de ciné-concert au cours duquel Serge Bromberg, toujours lui, présente les films retrouvés et restaurés par ses soins et, corde de plus à son arc, les accompagne lui-même au piano. Le public se retrouve alors dans l’ambiance qui était celle des projections d’époque, projections constituées de films muets, réclames et actualités ; une émission de 90 minutes multidiffusée sur CinéClassic depuis septembre 2003. Le résultat est toujours le même quel que soit le support : un spectacle inclassable, insolite, dont les spectateurs ressortaient émerveillés par ces images d'un autre monde, d’un autre temps, naïves ou au contraire incroyablement modernes. De la magie pure, un mélange des genres absolument ébouriffant offert par un vrai mordu, désormais disponible sur notre support préféré !

Le programme proposé dans ce DVD est remarquablement bien conçu, les commentaires constamment pertinents et intéressants. La passion transpire par tous les pores de chaque seconde de cette mémorable galette qui nous prouve une nouvelle fois que le cinéma a une histoire et qu’il n’est pas né avec Star Wars et Matrix : toutes les générations devraient pouvoir y trouver leur compte et être enchantées de revisiter ce cinéma suranné et débordant de charme. Dans le même temps, la restauration de ces bandes et la perfection technique de la numérisation devrait faire aussi réfléchir quelques éditeurs quant à la possibilité d’obtenir un résultat entièrement satisfaisant même à partir du plus ancien des matériels. A découvrir toutes affaires cessantes ; il faudrait être difficile pour ne pas trouver au moins un court métrage à votre goût !

Mesdames, Messieurs, demandez le programme !

1- Those awful hats de D.W. Griffith (USA – 1909 – 2’55’’)
Ce court métrage humoristique de celui qui deviendra l’un des maîtres du muet par l’intermédiaire de films aussi célèbres que Naissance d’une nation, Intolérance ou Le lys brisé, ne vaut que par le fait de découvrir un parmi les plus de 500 films du réalisateur. Les femmes à l’époque n’étaient pas tenues, contrairement aux hommes, d’ôter leur chapeau dans les salles de cinéma ; d’où un certain désagrément quand ces oripeaux empêchaient les spectateurs de l’arrière d’assister à la projection. Une solution assez efficace trouvée par Griffith : une espèce de pelle mécanique descendant du plafond pour happer purement et simplement ces femmes encombrantes.

2- The mystery of the leaping fish de John Emerson (USA – 1916 – 26’27’’)
Ce court métrage inédit que l’on pourrait traduire par Le mystère des poissons sauteurs est peut-être le segment le plus étonnant de cette séance de cinématographe. Douglas Fairbanks incarne Coke Ennyday (nom très évocateur), une espèce de Sherlock Holmes complètement déjanté qui s’injecte toutes les 5 minutes une dose de sa drogue favorite, ce qui le met dans un état constamment euphorique. Cet OVNI absolument étonnant préfigure, sans qu’il ait à rougir de la comparaison, l’humour le plus délirant des Nuls ou des ZAZ (Zucker-Abrahams-Zucker) : il faut le voir pour le croire ! Et pour ne rien gâter du spectacle, l’interprétation est parfaite, outre Douglas Fairbanks en "cocaïnomane-héroïnomane" fou, la très jolie Bessie Love au jeu assez moderne pour l’époque. S’il était plus connu, ce film pourrait facilement devenir culte.

3- La course au singe (Italie – 1909 – 4’)
Film dans la grande tradition du cinéma forain : les rois du rire de l’époque, avant les grands burlesques américains tels Buster Keaton, Harry Langdon, Charlie Chaplin ou Harold Lloyd, étaient italiens et français. Voici un exemple de ce cinéma de course poursuite sans autre ambition que de faire rire le spectateur du début du 20ème siècle.

4- Pour la fête de sa mère (France –1906 – 2’26’’)
Après l’étonnante parodie de Sherlock Holmes, deuxième court métrage déconcertant mais cette fois dans la gravité la plus absolue : essayez de faire avaler une intrigue comme cela aujourd’hui, c’est à peine croyable un tel tire-larmes ! Dans une maison misérable, une mère dort à même le sol, enveloppée dans une couverture. Sa petite fille en haillons (5 ou 6 ans) regarde le calendrier et voit que c'est la fête de sa mère. Elle quitte discrètement la maison et s'en va cueillir dans les champs alentour des fleurs pour en faire un bouquet. Comme elle est plus petite que les herbes, un chasseur la voit bouger et la prend pour du gibier : il lui tire dessus. La fille s'écroule, le chasseur la ramène inanimée chez elle. Sa mère est toujours endormie, le chasseur étend la petite fille sur le corps de sa mère qui se réveille en sursaut. La fille rend son dernier soupir après avoir tendu le bouquet à sa mère et lui ayant souhaité bonne fête. La mère s'évanouit. "Etonnant non !" comme aurait pu le dire le regretté Pierre Desproges !

5- Kiriki, acrobates japonais de Segundo de Chomon (France – 1907 – 2’37’’)
Court métrage d’un grand du trucage : il travaillera même paraît-il sur le Napoléon d’Abel Gance. Ce sera aussi le principal plagiaire de George Méliès pour Charles Pathé. A la vision de cet étonnant Kiriki (reconstitution de Lobster, à partir de l’original, de la colorisation de l’époque, peint image par image) on doit se rendre à l’évidence que ce pionnier du cinéma espagnol n’avait pas à rougir de la comparaison avec le maître. Drôles, étonnants, sympathiques au possible, ces acrobates sont filmés en fait à la verticale ou image par image, ces trucages nous donnant ainsi l’impression de stupéfiantes performances physiques alors que les acteurs ne faisaient que ramper au sol. Film d’une grande fraîcheur et d’un charme certain.

6- La Marseillaise (France – 1907 – 2’39’’)
Le cinéma n’a en fait pas toujours été muet avant Le chanteur de jazz. Plusieurs expériences furent tentées dont celle-ci, production de George Mendel, voyant Monsieur Noté de l’Opéra de Paris interpréter la Marseillaise. Il s’agit ici d’un mécanisme de synchronisation de l’image et du son, un boîtier intermédiaire permettant de régler la vitesse du projecteur sur celle du phono et l’acteur mimant les airs préalablement enregistrés sur disque. Une curiosité que cette Marseillaise qui fera sourire aujourd’hui mais qui conserve une valeur historique certaine.

7- Week-end (France –1938 – 2’16’’)
Publicité pour la marque de cigarettes "Week-end" diffusée en avant programme des projections de l’époque. C’est Fernandel, égal à lui-même, qui en vante les mérites reprenant la mélodie de sa chanson Ignace et y ajoutant des paroles typiquement écrites pour cette cigarette. A l’époque, le tabac n’était pas encore honni et le film suivant en est encore un bon exemple.

8- Clo-Cloche (France – 1935 – 2’09’’)
Trois ans après Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir, Michel Simon est invité à endosser de nouveau l’habit de clochard qui avait fait son succès mais cette fois pour une publicité destinée encore à mettre en avant le tabac "caporal doux". Le bagout et la gouaille de Michel Simon font mouche une nouvelle fois.

9- Le petit mécano de Dave et Max Fleischer (USA –1936 – 7’19’’)
Réalisé par des pionniers du cinéma d’animation connus au départ grâce au personnage de Koko le clown. Ce dessin animé du créateur de Betty Boop et Popeye fait partie de la série des "Colors Classics", série produite pour rivaliser avec les "Silly Symphonies" de Disney. Dans la séquence du rêve, ils utilisent ici un système particulier mêlant animation traditionnelle et décors en relief. Très agréable dessin animé, le personnage ayant beaucoup de traits communs avec celui de Betty Boop, même rondeur, même yeux… La scène du rêve bénéficiant de ce procédé en relief est la plus réussie du métrage : beaucoup d’imagination et de rythme dans ce Petit mécano.

10- Baisers volés (France – 1920 - 2’17’’)
Un florilège de scènes de baisers censurées à l’époque dans l’état où la société de film Lobster les a retrouvées en 1997 pas loin de Bruxelles. C’est une bobine de 176 mètres mêlant bouts de films colorisés, noir et blanc, provenant de différents supports de pellicule, qui nous est proposée à nous chanceux spectateurs d’aujourd’hui. Souvenez-vous du joli film de Giuseppe Tornatore dans lequel le curé du village effectuait sa propre censure en découpant les bouts de scènes "osées". C’est ce qui nous est présenté ici, morceaux de pellicules montées bout à bout pour un peu plus de deux minutes de nostalgie.

11- Mode de Paris (France – 1926 – 5’40’’)
Film en couleurs, celles-ci étant absolument splendides et chatoyantes pour l’époque, ce court métrage nous montre que les critères de beauté pour les mannequins ont franchement évolué depuis le début du siècle. Il n’était pas nécessaire à ce moment-là d’être beau pour pouvoir faire ce métier. Les cheveux se font courts, les vêtements plus légers, les chevilles commencent à être dévoilées. Destiné à être diffusé en première partie de programme, encore un exemple de la diversité de ce qui pouvait être produit à l’époque, et encore une fois un film parfaitement conservé, découvert récemment en Hollande.

12- Black and Tan de Dudley Murphy (USA –1929 – 18’11’’)
Dès le début du parlant, les films musicaux affluèrent. Nous découvrons ici Duke Ellington et l’orchestre du Cotton Club dans leur première apparition au cinéma. Dudley Murphy, spécialisé dans la réalisation de films expérimentaux (avec Fernand Léger, il tournera les fameux Ballets mécaniques en 1924), filmera la même année la première apparition à l’écran d’une autre grande du jazz, la chanteuse Bessie Smith. Si le scénario sans aucun intérêt ne sert de prétexte qu’à quatre numéros musicaux, ce court métrage se suit néanmoins sans aucun ennui car voir et entendre Duke Ellington est toujours un plaisir. Quant à Dudley Murphy, il profite de ces films musicaux pour continuer à expérimenter : ici, on assiste à des kaléidoscopes et dédoublements d’images, des effets d’ombres et de flous artistiques qui paraissent aujourd’hui datés mais qui ont du faire leur effet à l’époque.

13- 3 films de prévention du dessinateur O’Galop (France – 1918 - 6’)
OVNI de la production de l’après Première Guerre Mondiale, ces trois films d’animation commandés par la commission Rockefeller à l’inventeur du Bibendum Michelin dans le but de prévenir la population des dangers de l’alcool et de la tuberculose, sont assez édifiants comme le dit si bien Serge Bromberg. Nous entendons souvent aujourd’hui en ce qui concerne la publicité : "Mais jusqu’où iront-ils pour faire passer leur message ?". Je peux vous affirmer qu’à l’époque, ils n’y allaient pas non plus avec le dos de la cuillère et ces dessins animés ne font pas dans la finesse, au contraire. Le premier de la série nous montre les effets possibles d’un petit verre d’alcool quotidien : dégénérescence, assassinat et enfants miséreux, le tout finissant à coup sûr sous le couperet de la guillotine !!! Le second démontre que pour résister à la tuberculose, il faut être fort : les non sportifs et les fainéants y passeront donc à coup sûr : "Pour être fort, pratiquons les sports en plein air" !!! Le troisième stigmatise le bistrot, l’endroit de tous les maux et nous montre une nouvelle fois les ravages de l’alcool qui "s’il vide le porte-monnaie, remplit aussi les asiles de fous et les prisons" avec en conclusion, après la guillotine encore une fois qui se profile en arrière-fond, la crise de Delirium Tremens et la mort, "Les vrais athlètes sont des buveurs d’eau" !!! Voyez, nous n’en sommes heureusement pas revenus à de tels charges pachydermiques mais avouons que ces films d’animation ont gardé un certain charme par le graphisme des dessins de O’Galop. Encore un document d’une valeur historique et sociologique inestimable

14- Dr Pyckle and Mr Pride de Percy Pembroke (USA – 1925 – 29’42’’)
Produit par Joe Rock, nous nous trouvons ici devant une parodie du Docteur Jekyll et Mister Hyde, dans laquelle le personnage principal, joué par Stan Laurel, devient un monstre de lubricité, ne pensant qu’aux femmes et aux blagues de mauvais goût, une fois la potion avalée. Ce court métrage ayant bénéficié d’un budget assez conséquent, a en plus été tourné dans le décor du Bossu de Notre Dame, ce qui lui donne encore plus de cachet ; mais il est là pour nous prouver également le talent d’acteur comique de Stan Laurel en solo, avant qu’il ne rencontre son comparse de toujours, Oliver Hardy.

15- Porky’s preview de Tex Avery (1941 – 6’18)
11ème et dernier dessin animé de Tex Avery dessiné en noir et blanc, celui-ci est inédit au cinéma et à la télévision. Il se révèle pourtant déjà particulièrement délirant et assez original puisque c’est Porky qui présente son premier long métrage très primitif. Loin de la perfection des grandes réussites de la Metro Goldwin Mayer, mais il arrivait que le Tex Avery des années Warner soit parfois même encore plus déjanté.

16- Le raid en avion de Willi Wolff (Allemagne – 1924 – 24’)
Deuxième épisode de ce serial allemand dont l’intérêt principal est que ses protagonistes effectuent, comme le titre l’indique, un raid en avion à travers le monde, ce qui apporte au spectateur un dépaysement total, le film ayant été tourné dans les différents endroits où se déroule l’intrigue : ici à Paris, Gênes et Le Caire, sympathiques destinations ! Cela va de soi, le premier épisode se trouve sur le premier DVD de la série.

Et maintenant, mesdames messieurs, suivez le guide Bromberg !

Tous ces films sont précédés d’une part, de présentations écrites de quelques lignes toutes intéressantes et pleines d’humour prenant à partie le spectateur, de l’autre de commentaires de Serge Bromberg d’environ 3 minutes chacun. Des images et extraits de films défilent dans un carré situé sur la gauche de l’écran et viennent agrémenter les explications toujours passionnantes, érudites et passionnées du présentateur / producteur. Ces extraits qui défilent à l’occasion sont même souvent aussi précieux que les films qui nous sont proposés dans ce programme. Bref, du tout bon ! A signaler la possibilité de visionner la séance d’une traite ou de choisir comme bon nous semble uniquement les courts métrages et leurs présentations qui nous font envie sur l’instant. Il va sans dire que la qualité des accompagnements sonores au piano sont de très bon niveau et que la restauration des images est absolument superbe pour des films aussi rares et (ou) âgés.


1- Où l’on se plaît à connaître un peu mieux mais succinctement le parcours de D.W Griffith dans le domaine du cinéma. Serge Bromberg parle un peu plus longuement de Naissance d’une nation et de sa réputation de film raciste. Durant cette présentation, nous pouvons voir défiler au moins une minute de cette dernière oeuvre.

2- Où l’on nous parle de la toxicomanie du personnage de Sherlock Holmes au cinéma et plus particulièrement dans ce film de John Emerson dont le scénario fut écrit par le futur cinéaste de Dracula, Freaks ou L’intrus : Tod Browning. Où nous est évoquée brièvement la carrière du grand acteur Douglas Fairbanks.

3- Où Serge Bromberg nous présente les premiers comiques européens, dont le grand Max Linder que Charlie Chaplin considérait comme son maître. Où il nous est expliqué aussi que la production en Italie au début du siècle de très brèves comédies inspira même les fameux Keystone-cops de Mack Sennett.

4- Où l’on entend Charles Pathé dire "Je n’ai pas inventé le cinéma, mais je l’ai industrialisé" ; Charles Pathé, l’autre grand producteur français de l’époque avec Léon Gaumont. Serge Bromberg revient sur sa vie et nous explique comment il a mis les pieds dans l’industrie cinématographique pour arriver en fin de parcours à créer un véritable empire qui pouvait carrément vivre en autarcie par la mainmise qu’il avait sur tous les secteurs de la fabrication du film.

5- Où l’on nous narre la rapide biographie de ce pionnier du cinéma espagnol qu’était Segundo de Chomon qui fera même une version pirate du Voyage dans la lune de Méliès avec Excursion dans la lune. Où l’on revient aussi assez longuement sur les techniques d’effets spéciaux de l’époque alors que nous assistons en arrière-fond à plusieurs extraits de ces films qui n’ont rien perdu de leur charme initial.

6- Où l’on entre en contact avec les premiers pas du son au cinéma : contrairement à ce qu’on aurait pu penser et hormis les pianistes accompagnant en direct la projection d’un film, plusieurs expériences furent tentées grâce auxquelles les spectateurs avaient pu entendre les voix de Sarah Bernhardt ou Coquelin, voyant en même temps ces grands artistes sur l’écran. Ceux-ci étaient filmés en play-back et mimaient les airs préalablement enregistrés sur disque.

7- Où nous sont évoqués les débuts de Fernandel au cinéma et à la scène avec entre autre un extrait du chanteur-acteur interprétant la chanson ‘Ignace’.

8- Où nous continuons a faire connaissance avec la carrière d’un autre célèbre acteur français, Serge Bromberg revenant rapidement sur celle de Michel Simon et des différents personnages qu’il interpréta et finissant par nous proposer de voir un extrait de La chaleur du sein de Jean Boyer qui devrait sortir en mai, chez MK2 / Lobster, dans un coffret consacré à Arletty.

9- Où Serge Bromberg nous parle de l’histoire des Studios Fleischer et de leur place dans le monde de l’animation des années 30, leurs films allant bientôt être distribués par Paramount pour pouvoir rivaliser avec d’autres firmes comme Walt Disney. Rapide et intéressante explication, images à l’appui, du procédé de relief utilisé pour ce dessin animé, Le petit mécano.

10- Où nous est narrée avec nostalgie l’histoire de la censure au cinéma dans les années 20 à travers l’exemple du film Cinéma Paradiso de Giuseppe Tornatore. Serge Bromberg en profite pour expliquer sa découverte de tels trésors et parler des différentes pellicules utilisées à l’époque.

11- Où l’on cause de la mode dans les actualités : l’émancipation des femmes à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’évolution des mœurs se projetant dans la mode, la "starification" déjà des grands couturiers.

12- Où nous sont évoqués les débuts du cinéma noir américain : la présence et l’utilisation des noirs au début furent typiquement caricaturales, voire même racistes, ceux-ci étant montrés comme paresseux, alcooliques et imbéciles. L’arrivée du cinéma parlant avec Le chanteur de jazz marque un tournant primordial pour les noirs américains dans l’industrie cinématographique puisque ce sont leurs voix qui vont être les plus recherchées pour les films musicaux de ce début de cette nouvelle ère.

13- Où l’on fait connaissance avec les campagnes de santé publique en cette année 1918 et plus particulièrement avec les missions de la fondation Rockefeller et ses commandes de films publicitaires pour prévenir contre les dangers des maux de ce début de siècle, l’alcool et la tuberculose entres autres.

14- Où l’on en apprend plus sur ces films burlesques reprenant les grands succès de l’écran pour les parodier. Mais où l’on nous parle aussi des inconvénients de la pellicule nitrate de l’époque, extrêmement fragile et qui nous privent aujourd’hui de la fin de ce court métrage débridé après nous en avoir montré quelques ravages en milieu de film.

15. Où l’on revient sur les dessins animés de la Warner des années 30, dessins animés construits sur les tubes musicaux de l’époque et qui donnèrent naissance aux Merrie Melodies et Looney Tunes créés pour tourner en ridicule les gentilles Silly Symphonies de l’oncle Walt. De joyeux drilles prirent le pouvoir du secteur animation : leurs noms aujourd’hui célèbres étaient Chuck Jones, Bob Clampett, Fritz Freleng, Tex Avery, eux tous sous la houlette du producteur Leon Schlesinger ; leurs trouvailles, Daffy, Elmer et Bugs Bunny pour ne citer que les plus connues. Trop déjantés et incontrôlables, ces énergumènes furent exilés dans une cabane en bois qu’ils nommèrent Termite Terrace… Leurs oeuvres font encore aujourd’hui les délices des petits et des grands.

Et voilà, en 135 minutes de films et environ ¾ d’heure de commentaires, vous avez effectué un voyage toujours passionnant dans le cinéma des origines et vous allez en redemander !


Un film chroniqué par Jeremy Fox