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Réalisé par Edward Ludwig
Avec John Wayne, Gail Russell, Gig
Young, Adele Mara
Scénario : Harry Brown et Kenneth
Gamet d’après le roman de Garland Roark
Musique : Nathan Scott
Photographie : Reggie Lanning
Un film RKO
Usa – 102 mns - 1948
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Edition
Montparnasse / Collection Diamant
102 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais / Français
Sous titres : Français
Mono d’origine
Chapitrage et menus fixes
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Le
capitaine Ralls, homme apparemment dur et sans pitié,
décide de faire couler le navire marchand qu’il
commande ‘La Sorcière Rouge’, celui-ci
renfermant un trésor sous la forme de lingots d’or.
Les investigations de la commission d’enquête
sont interrompues par Sidneye, le directeur en personne de
la compagnie commerciale ‘Batjak’ ayant perdu
le bateau. Quels ont été les motivations de
ces deux hommes pour avoir eu des réactions aussi étranges
? L’argent et le pouvoir sont-ils les seuls en cause
ou une histoire passionnelle se cache-t-elle là dessous
? Les réponses nous seront distillées au compte
goutte à l’intérieur d’un récit
exotique dans lequel on trouve entre autres péripéties
une pieuvre géante, une dangereuse pêche aux
perles, un trésor englouti, et le fameux réveil
du navire coulé. |
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En
consultant aujourd’hui
les dictionnaires ou histoires du cinéma, nous constatons
avec regret que ce film d’aventure est, la plupart
du temps, carrément oublié ou traité
avec condescendance, côtoyant dans ce cas les films
de série inintéressants et assez banals qui
étaient légions à l’époque.
Heureusement, quelques éminents critiques comme Jean-Pierre
Coursodon, Bertrand Tavernier ou Jacques Lourcelles ont
été présents pour le faire sortir de
l’anonymat. Ils ont utilisé toute leur passion
cinéphilique pour le défendre et le faire
sortir de cette relative indifférence où on
l’a laissé croupir, sans quoi il aurait irrémédiablement
été oublié. Nous pouvons donc les remercier
d’avoir permis à quelques-uns d’entre
nous d’avoir eu la curiosité d’aller
à la découverte de cette petite merveille,
film culte pour certains, mais il est vrai, encore peu apprécié
par une grande majorité. Pourquoi ça ?
Effectivement, ce film d’aventure
maritime et exotique ne révolutionne en rien la grammaire
cinématographique. La mise en scène de Ludwig
est entièrement mise au service de l’histoire
; point de travellings savants, de plans très recherchés,
c’est le plaisir de conteur de ce réalisateur
peu connu qui est mis en avant. Il faut donc se laisser
porter dans les méandres d’un scénario
parfaitement construit par Harry Brown, un peu à
la manière des nouvelles de Joseph Conrad, par de
longs flash-back racontés par différents personnages,
le point de vue sur les évènements, et de
ce fait sur les protagonistes, variant suivant la personnalité
des narrateurs. Et c’est l’un des points très
intéressants du film, le fait que nous ne cernions
pas immédiatement le vrai tempérament de ces
hommes et femmes, ce qui accentue leur richesse et leur
complexité. Par ce système utilisant plusieurs
degrés de narration, l’intrigue ainsi que le
caractère des personnages acquièrent une imprévisibilité
de tous les instants.
Malgré la sécheresse de la
mise en scène, ce film demeure profondément
romanesque et lyrique jusque dans son titre parfaitement
choisi mais dont nous ne nous ne dévoilerons pas
ici la signification. Là où l’on aurait
pu au début du film s’attendre à voir
des personnages mus par l’appât du gain et du
pouvoir, il se révèle en fin de compte que
la motivation principale de ces deux protagonistes ennemis
est la passion qu’ils éprouvent tous deux pour
la même femme. Le respect qu’ils se portent
malgré ça les rend profondément humains
et les larmes finales du ‘méchant de service’
sont convaincantes et très émouvantes. Ce
romantisme, on le retrouve surtout dans quelques images
et scènes fortes et inoubliables : la première
apparition de Adele Mara (personnage secondaire) sortant
nue d’un lac telle une sirène sur un très
beau thème du compositeur Nathan Scott ; le combat
avec la pieuvre qui n’a pas à rougir de la
comparaison avec celle de 20000 lieues sous les mers
de Fleischer ; Gail Russel jouant du Chopin le soir en pleine
île du Pacifique ou bien sa mort dans les bras de
son amant ; et bien sûr, la sublime scène sous-marine
finale d’une poésie rarement égalée
et qui doit beaucoup aux remarquables effets spéciaux
des frères Lydecker. L’ultime image a dû
beaucoup plaire aux surréalistes de l’époque.
Entre La rivière rouge
et La charge héroïque, John Wayne trouve
ici une nouvelle fois un rôle à sa mesure.
Il joue un personnage assez complexe, ni bon ni mauvais,
plein d’amertume et de haine : il aimera tellement
le film qu’il donnera le nom de la compagnie maritime
‘Batjak’ à la société de
production qu’il créera dans les années
50. Luther Adler, l’ennemi juré de John Wayne
est également excellent et très ambigu ; son
respect pour son ennemi lui fera dire de lui à ses
associés « Il fait de la vie un défi
permanent ; à côté de lui, vous êtes
des décadents…morts ». Et que dire des
deux personnages féminins dont nous nous rappellerons
surtout le visage. Angélique, la bien-nommée,
jouée par la magnifique Gail Russel, actrice assez
limitée mais dont nous apprécions la présence
grâce à un visage, un regard et un sourire
profondément émouvant ; elle n’a d’ailleurs
au cours du film qu’à peine plus d’une
vingtaine de phrases à prononcer mais c’est
sa fragilité qui rend son personnage inoubliable
(fragilité qui n’était pas feinte puisqu’elle
décèdera à l’âge de 32
ans pour raison de santé).
Sans le premier degré nécessaire
à la vision d’un tel film, il y aurait quelques
motifs de sourire : lors du combat contre la pieuvre, John
Wayne est étonnement résistant sous l’eau
et sa scène de déclamation de son amour pour
la mer est quelque peu grandiloquente. Côté
technique, il pourrait aussi y avoir à ricaner mais
il faut replacer le film dans son époque et se souvenir
que Ludwig n’avait qu’un petit budget à
sa disposition : la scène de déclaration d’amour
de Luther Adler à Gail Russel se déroule devant
une transparence de paysage défilant maladroitement
alors que les deux protagonistes marchent apparemment en
faisant du sur place sur un tapis roulant. Mais de grâce,
il faut écouter d’une oreille distraite les
moqueries faciles et les grincheux éventuels qui
n’auront de cesse d’affirmer que ce film est
fade, terne et ridicule, il faut au contraire sans plus
tarder partir à la découverte, avec un reste
de votre âme d’enfant ou d’adolescent,
de ce film poétique, romantique, dans lequel encore
une fois au cinéma, l’amour est plus fort que
la mort.
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Image : Nous sommes
déjà très contents que ce film rare
soit sorti en DVD pour s’abstenir de faire la fine
bouche devant les ravages du temps qu’a subie la
copie. Et pourtant, malgré quelques scènes
assez abîmées, elle se révèle
tout à fait correcte, le noir et blanc étant
la plupart du temps très contrasté, la définition
très bonne. Pour ne rien gâcher, nous avons
l’heureuse surprise de découvrir une compression
d’assez bonne tenue.
Son : Si l’image s’avère
correcte ,en ce qui concerne la bande-son, il faudrait
être plus sévère mais sa mauvaise
qualité n’est pas une raison suffisante capable
de nous empêcher de s’émerveiller devant
le film. Nous aurions préféré qu’elle
soit retravaillée car elle est tour à tour
sourde, nasillarde ou résonnante. La Version française
est même plus claire et il est bon de savoir que
c’est le doubleur habituel de John Wayne qui officie
ici.
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Belle jaquette
mais aucun bonus pour
ce DVD : tout ceci n’est point rédhibitoire
et ne peut en aucune manière vous décourager
de découvrir cette petite perle du film d’aventure,
assez bien restituée par les Editions Montparnasse.
Bonus critique
: extrait du dictionnaire du cinéma de Jacques
Lourcelles : "Ces passions décrites par Ludwig
sans aucun moralisme, créent bientôt les
conditions d’une exacerbation romanesque qui n’a
nul besoin, pour s’accomplir pleinement sur l’écran,
de lyrisme ou d’emphase, auquel le ton Ludwig est
d’ailleurs étranger… Ludwig le magnifique
évoluait à Hollywood comme un poisson dans
l’eau ; il écartait de sa route les poncifs
et les remplaçait par une originalité étrange,
un flamboiement parfois royal, une poésie calme
et discrètement foisonnante."
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