Réalisateur : Michael Anderson
Avec : George Segal, Alec Guiness, Max Von Sydow, Senta Berger, George Sanders
Scenario : Harold Pinter d’après le roman de Adam Hall
Musique : John Barry
Directeur de la photographie : Erwin Hillier
Angleterre - 1966 - 100 ‘


PVB Editions
Zone 2
Format cinéma : 2.35
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3
Langues : anglaise en stéréo et française en mono, Dolby Digital 5.1 et DTS
Sous-titres : français imposés sur la version originale


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Après l’assassinat d’un agent secret britannique
à Berlin, l’Intelligence Service confie à Quiller la mission d’enquêter sur un groupuscule néo-nazi. Suivant les pas de son collègue disparu dans la capitale allemande, l’espion anglais fait la connaissance de personnages mystérieux. De la belle institutrice au chef cruel et charismatique des néo-nazis, ils constituent une cartographie parallèle d’une ville toujours hantée par les affres de la Seconde Guerre Mondiale. Un écheveau que l’agent Quiller devra démêler, au péril de sa vie, pour découvrir le repaire secret des nostalgiques du IIIème Reich.


Dans les années 1960, le film d’espionnage mêlé d’aventure connaît un certain regain d’intérêt. La mort aux trousses de Alfred Hitchcock, une œuvre séminale à bien des égards, et bien entendu les premiers films de James Bond, remportent un succès foudroyant dans les salles. Les Britanniques étant pour beaucoup dans le renouveau du genre (aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni), c’est donc d’abord vers l’Angleterre que vont converger les regards des cinéphiles amateurs d’espionnage et de politique-fiction. De Ipcress Danger immédiat (Sidney J. Furie, 1965) ou de Un cerveau d’un million de dollars (Ken Russel, 1967) jusqu’aux productions américaines tels que Les trois jours du Condor (Sydney Pollack, 1975), ces films d’espionnage se basent sur des schémas narratifs et visuels qui leur sont propres. Les héros envoyés en mission, rapidement dépassés par les événements, finissent le plus souvent par se perdre plutôt que trouver ce qu’ils étaient venus chercher.

Le secret du rapport Quiller répond plutôt habilement aux caractéristiques d’un genre qui voit fréquemment le protagoniste de l’histoire être le jouet de forces qui se déchaînent autour de sa personne, et repartir avec plus de questions qu’au début de son enquête. D’autant que nous avons à faire ici à un scénario écrit par Harold Pinter, célèbre pour son goût du mystère et de l’absurde, ainsi que pour les rapports de domination. Le dramaturge anglais, auteur du fameux The Servant réalisé par Joseph Losey, adapte le premier livre de l’écrivain Adam Hall, auteur d’une vingtaine de romans d’espionnage dont une majorité met en scène l’agent britannique Quiller. L’histoire et les thèmes développés dans The Quiller Memorandum forment un matériau idéal pour Pinter. Celui-ci, en effet, aime à développer des intrigues basiques, dans lesquelles le mystère et le danger s’installent progressivement au dépens de toute explication psychologique appuyée ou justification rationnelle des événements.

L’agent Quiller déambule à Berlin et se perd dans les arcanes d’une ville dissimulant bien des secrets inavoués détenus par des personnages tous plus énigmatiques les uns que les autres. Bien qu’étant un professionnel expérimenté, notre héros devient la victime de réseaux d’influence antagonistes, et c’est avec une certaine ironie qu’on l’observe se démener tant bien que mal pour reprendre en main sa destinée. Le ton de la satire est donné par les supérieurs hiérarchiques de Quiller : à Londres, un George Sanders toujours savoureux conjugue flegme et machiavélisme ; à Berlin, Alec Guiness campe, lui, un chef des opérations fielleux et caustique. Plutôt figures symboliques que véritables personnages (la distribution internationale du film y est aussi pour beaucoup), la faune bigarrée qui peuple le film compose un théâtre de marionnettes dont Quiller devra démêler les fils sinueux pour mener à bien sa mission. Mais le résultat de son enquête importe moins que la compréhension lucide de ce jeu pervers des apparences. La désillusion progressive qui s’empare progressivement du héros est magnifiquement illustrée par le séduisant thème musical de John Barry, véritable ponctuation sonore entre romantisme et mélancolie, qui accompagne Quiller dans son parcours introspectif.

Cependant, on pourrait dire que Le secret du rapport Quiller a le défaut de ses qualités. En effet, le film se traîne quelque peu en longueur et son motif répétitif peut décontenancer plus d’un spectateur. Le mystère fait autour de l’histoire et des personnages, comme la récurrence volontaire des lieux et des situations, donnent l’impression que la narration tourne en rond. A l’instar du protagoniste principal, interprété par un George Segal que l’on pourra juger un peu fade mais conforme à l’idée qu’on peut se faire d’un bureaucrate ordinaire, le récit a souvent tendance à faire du surplace. On atteint peut-être ainsi la limite de cet exercice.

C’est un reproche que l’on ne fera pas à la réalisation de l’anglais Michael Anderson, cette dernière étant plus qu’honorable. Malgré quelques facilités (comme ces gros plans de la superbe Senta Berger éclairés subitement en lumière diffuse en dehors de tout continuité photographique), la réalisation utilise habilement le format cinémascope et les décors urbains propices au sentiment diffus de danger, et sait ménager quelques beaux moments de suspense (même si l’on reste très loin de la maîtrise d’un Alfred Hitchcock). Le technicien émérite qu’est Michael Anderson, réalisateur de divertissements forts sympathiques comme Le tour du monde en 80 jours, Opération Crossbow ou L’âge de cristal, met son talent d’artisan au service d’un film malin qui, sans être inoubliable, apporte son lot de plaisir cinématographique. L’originalité de ce film d’espionnage, peut-être le meilleur de son réalisateur, vient finalement du sentiment de désillusion qui sourd de cette mission qui apparaît bien futile au regard de son dénouement attendu.


Image : Le master comporte quelques salissures au début et quelques points blancs par la suite, mais globalement le DVD affiche une belle image. De beaux contrastes et des couleurs bien saturées apportent un confort de vision appréciable, malgré quelques fourmillements. La définition est très correcte mais on ne peut s’empêcher de remarquer la présence d’un bruit vidéo sur certains plans larges. Un pompage lumineux apparaît lors de certaines scènes, mais rien qui ne gâche le plaisir. Enfin, on se doit de dire qu’il s’agit d’un film rare et que l’éditeur l’a traité avec soin.

Son : La version française est proposée sous différents formats. En mono, les voix sont claires mais on doit déplorer quelques scratches. Les VF Dolby Digital 5.1 et DTS sont comparables : elles offrent une spatialisation avant appréciable sur certains effets, mais la voix centrale est étouffée. Les trois pistes françaises ont néanmoins tendance à saturer légèrement. Défaut que n’a pas la version originale, proposée en stéréo. C’est vers elle qu’il faudra se tourner pour bénéficier de la meilleure définition et de la meilleure dynamique. Le son est clair et bien défini, pour les ambiances comme pour les voix. Cependant, le rendu stéréo est loin d’être évident et le résultat ressemble plutôt à du mono.




Le menu principal, fixe et muet, est introduit par une animation musicale sous la forme d’extraits du film. Le menu des langues est plutôt original ; la page est coupée en deux sections : à gauche un extrait d’une scène en français, à droite le même extrait en anglais. La page des bonus est musicale.


Les suppléments comportent :

Le chapitrage animé et musical. Il est composé de 15 vignettes présentées sur 3 pages.

La bande annonce (3’04’’) en version originale non sous-titrée. Au bon format, elle comporte quelque taches et rayures mais les couleurs sont respectés. Il est intéressant de noter qu’elle s’ouvre et se ferme sur un effet d’iris (comme pour l’image qui introduit tout James Bond qui se respecte).

Les filmographies de Michael Anderson, Alec Guiness, George Segal et Max Von Sydow.

Les bandes annonces de huit films de la collection PVB. Trois bandes annonces originales : Meurtre à Tulsa (1’35’’), Prick Up Your Ears (1’47’’) et Eagle’s Wing (3’15’’). Cinq bandes annonces réalisées par l’éditeur : Les créateurs de fiction (1’11’), Bons baisers d’Athènes (59’’), Elémentaire mon cher... Lock Holmes (1’14’), Ipcress, danger immédiat (3’18’’) et Une question de vie ou de mort (2’19’’).


Un film chroniqué par Roy Neary