Réalisé par William A. Seiter
Avec John Wayne, Claire Trevor, George Sanders, Brian Donlevy
Scénario : P.J. Wolfson d’après le roman de Neil H. Swanson
Musique : Anthony Collins
Photographie : Nicholas Musuraca
Un film RKO
Usa – 80 mns - 1939


Editions Atlas / les plus grands westerns John Wayne
80 mn pour la version originale
70 mn pour la version française
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc mais colorisée pour la version française
Langues : Anglais / Français
Sous titres : Français
Mono d’origine
Chapitrage animé


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1759. L’Amérique n’est encore qu’une colonie britannique. Dans une vallée de Pennsylvanie 16 ans avant la guerre d’indépendance, face à la menace grandissante constituée par les tribus indiennes, d’intrépides pionniers menés par le trappeur Jim Smith (John Wayne) prennent les armes pour se défendre. Dans le même temps, ils décident de se révolter contre les Anglais qui se comportent envers eux plus en maîtres qu’en protecteurs, encourageant même la contrebande qui fournit des armes à leurs ennemis indiens…

Grâce au succès retentissant de La chevauchée fantastique de John Ford, John Wayne devient du jour au lendemain un acteur avec lequel il faut compter. Les studios le comprennent immédiatement et cherchent à se l’approprier. L’agent du Duke, Charles K. Feldman, bataille ferme avec le patron de la Republic, Herbert Yates, afin d’obtenir le droit pour sa vedette de pouvoir tourner pour d’autres studios. A la suite d’âpres négociations, Yates accepte de lâcher sa poule aux œufs d’or et John Wayne joue dans Le premier rebelle, grosse production de la RKO avec importante figuration, têtes d’affiches à tous les postes et moyens considérables consentis par Pandro S. Berman. Après un tournage plus long et difficile que prévu, les complications se poursuivent avec des accusations d’anglophobies lancées à la suite des premières projections. Le métrage est alors amputé de 8 minutes et le film sort enfin aux Etats-Unis. Nous ne le découvrirons en France que dans les années 80 par l’intermédiaire du circuit vidéo, 50 ans après sa sortie américaine.

Premier vrai film de série A de John Wayne, ce film d’aventure se situe dans la lignée de ces histoires narrant les conflits franco-anglais du 18ème siècle dont la plus célèbre reste ‘Le dernier des Mohicans’ de Fenimone Cooper. Malheureusement il s’agit d’un semi-ratage par la faute quasi exclusive d’un scénario très mal construit, bavard, totalement confus et qui risque de l’être encore plus pour une personne n’ayant aucune notion de l’histoire américaine. Partant d’un postulat historique véridique et passionnant (les difficiles relations entre les pionniers, les Anglais, les Français et les Indiens), le film avait de belles possibilités devant lui mais le scénariste saborde l’histoire qui se termine abruptement dans l’anecdotique le plus total avec une scène de procès assez ridicule. Pour corser le tout, le racisme omniprésent (représenté par le personnage du père de Claire Trevor) pendant toute la première demi-heure, est vraiment déplaisant. « Un bon indien est un indien mort » est la première phrase que l’acteur Wilfrid Lawson prononce et tout ses dialogues tourneront autour de ce même thème : « Il faut que j’améliore mon score de 20 indiens tués en une seule journée » et bien d’autres de cet acabit. Il est clair que certains colons de l’époque devaient être comme ce personnage mais l’insistance avec laquelle le scénariste revient systématiquement sur le sujet est assez pénible et ces ‘tueurs d’indiens’ ont du mal à nous être sympathiques.

Dommage que l’écriture soit aussi médiocre puisque techniquement, ce film d’aventure, assez élégamment mis en scène, tient toutes les promesses de son gros budget : en plus d’un beau travail pour tout ce qui concerne costumes, décors et direction artistique, les scènes d’action sont rondement menées, la photographie de Musuraca est très réussie, les extérieurs bien mis en valeurs et le thème musical principal d’Anthony Collins possède un bel élan. En revanche, l’interprétation d’ensemble, malgré un casting prestigieux, est assez fade. Le couple John Wayne / Claire Trevor, qui avait marqué les esprits dans le western de John Ford, est reformé mais avec beaucoup moins de bonheur. John Wayne n’a pas l’air très concerné par son terne personnage et Claire Trevor en femme forte, un peu garçon manqué se révèle bien vite aussi agaçante pour son soupirant que pour nous autres spectateurs. Le couple est entouré par deux acteurs de renom dans les rôles négatifs, Brian Donlevy et George Sanders mais eux aussi seront bien souvent plus convaincants qu’ici.

Même si le film se laisse suivre sans ennui, par la suite d’autres réalisateurs s’engouffreront dans cette période de l’histoire américaine avec bien plus de réussite. Ils l’utiliseront comme toile de fond pour d’autres tumultueuses aventures : John Ford tournera la même année Sur la piste des Mohawks avec Henry Fonda, King Vidor réalisera en 1940 le très beau mais encore une fois assez raciste Le grand passage avec Spencer Tracy et Cecil B. De Mille, ses Conquérants du Nouveau-Monde avec Gary Cooper en 1947. Plus près de nous, la même époque inspirera Michael Mann qui n’hésitera pas à adapter le fameux roman de Fenimone Cooper.

Image : Comme souvent dans la collection, deux copies différentes nous sont proposées pour les versions originales et françaises. Ne nous attardons pas trop sur la française colorisée et réduite de 10 minutes : il s’agit en fait de la version sortie à l’époque pour ne pas froisser les nations françaises et anglaises assez malmenées par William Seiter. La version originale dans son noir et blanc d’origine bénéficie d’une copie très correcte dans laquelle les noirs et blancs bien contrastés de Nicholas Musuraca, chef opérateur de futurs classiques comme La féline de Jacques Tourneur, sont très bien rendus. Sachant que nous disposons ici d’une définition correcte et d’une compression honnête quoique parfois visible, il s’agit ici d’une véritable aubaine pour ceux qui souhaiteraient découvrir cette rareté.

Son : La bande son, sans être exceptionelle, est elle aussi d’un niveau tout à fait estimable. 



Pas de bonus mais soyons conciliant devant la possibilité de posséder cette rareté en DVD.

Un film assez moyen mais élégamment mis en scène dans un DVD d’assez bonne facture.



Un film chroniqué par Jeremy Fox