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Réalisé par Howard Hawks
Avec Humphrey Bogart, Lauren
Bacall, Walter Brennan, Dolores Moran, Hoagy Carmichael, Walter
Molnar, Marcel Dalio, Dan Seymour, Walter
Sande, Sheldon Leonard...
Scénario de Jules Furthman et William Faulkner d’après
le roman d’Ernest Hemingway (En avoir... ou pas)
Musique de Franz Waxman
Chansons de Johnny Mercer (paroles) et Hoagy Carmichael (musique)
Photographie de Sid Hickox
Montage de Christian Nyby
Produit par Howard Hawks pour Warner
Distribué par Warner Bros.
Durée cinéma : 100’
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DVD
9
Zone 1
Format vidéo : 4/3
Format cinéma : 1.37 ( format d’origine respecté )
Langue : Anglais mono 1.0
Sous-titres : Français, anglais,
espagnole
Durée DVD : 100’ |


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Fort de France sous la tutelle du Gouvernement de Vichy durant
l’été 1940. Harry Morgan est un aventurier
américain qui gagne sa vie en louant son bateau
pour des parties de pêche à l’espadon.
Bien que la cause des résistants français
de Martinique lui soit sympathique, Morgan refuse d’être
mêlé de quelque façon à leur
lutte clandestine. Aussi leur refuse-t-il de mettre son
si précieux bateau à leur disposition.
Mais lorsque son dernier client, Johnson, est abattu
dans une rafle avant d’avoir pu payer sa dette,
Morgan, désormais sans le sou, se trouve contraint
de déroger à ses principes... |
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Même si Only angels have wings reste probablement le
plus brillant de tous les Hawks majeurs, il n’est
pas interdit de penser que To have and have not est,
quant à lui,
le titre le plus représentatif des obsessions du
grand cinéaste, et partant, le plus parfait. Cette
perfection est celle de l’épure. A y regarder
de plus près, To have and have not n’offre
en effet ni plus ni moins que le squelette (c’est
d’ailleurs en terme de durée l’un des
plus brefs et des plus denses de ses films essentiels)
des œuvres emblématiques passées (Only
angels have wings, donc) ou à venir (Red
River, The Big Sky, Rio Bravo, Hatari ! etc.). En
quelque sorte,
To have and have not, c’est un peu Only
angels have wings dépouillé de toute
aspiration au climax purement dramatique. C’est aussi
une matrice à partir
de laquelle les autres "films de groupe" ne
tisseront plus que de subtiles variations, quels que soient
l’environnement et le contexte de leurs intrigues.
Enfin, c’est peut-être à cette occasion
que Hawks s’est le plus rapproché de ce vers
quoi il a toujours tendu, à savoir établir
une distance minimale entre l’image et la personnalité de
ses interprètes et celles des personnages qu’ils
doivent incarner à l’écran. La création
par le cinéaste du "mythe" Bacall participe,
et nous y reviendrons, de cette approche. Pour toutes ces
raisons, nous pourrions presque dire que pour juger du
degré d’affinité d’un spectateur
pour le cinéma du "Renard Argenté" il
suffirait de lui projeter To have and have not.
Pourtant
la genèse du film ne le prédisposait
d’aucune façon à atteindre ce statut
filmographique si particulier. Dans les entretiens livrés à Joseph
Mc Bride (in Hawks par Hawks) le cinéaste
revient sur les conditions rocambolesques dans lesquelles
il aurait
obtenu de son ami Ernest Hemingway les droits d’adaptation
de son roman En avoir... ou pas. Hawks souhaitait
convaincre le romancier d’écrire pour le cinéma,
mais ce dernier s’y refusait obstinément.
A défaut de pouvoir s’attacher ses talents
de scénariste, Hawks se serait donc résigné à acquérir
les droits cinématographiques d’un de ses
romans. Il aurait obtenu ceux d’En avoir... ou
pas
après avoir prétendu pouvoir tirer un bon
film du plus mauvais des écrits d’Hemingway à cette
date. Il est probable que ces propos relèvent plus
de la légende que de la réalité des
faits, puisque selon d’autres sources ce serait Hemingway
lui-même qui aurait défié son compère
de chasse et de pêche de pouvoir transformer celui
qu’il jugeait le plus mauvais de ses romans en succès
du grand écran. Quoi qu’il en soit, il ne
reste rien du roman d’aventures d’Hemingway
après le traitement que lui font subir Hawks et
ses deux scénaristes successifs, Jules Furthman
et William Faulkner. Et les admirateurs intégristes
de l’œuvre du "bûcheron" de
l’Illinois feront mieux de s’orienter vers
la version ultérieure de Michael Curtiz (The
Breaking Point), bien qu’encore très infidèle,
voire peut-être vers celle de Don Siegel (The
Gun Runners) quand bien même jugée exécrable
par la plupart de ceux qui ont pu la découvrir.
C’est Furthman, le mythique scénariste de
Josef von Sternberg et collaborateur de Hawks, déjà,
sur Come and get it et Only angels have wings, qui s’attelle
aux premières ébauches du scénario, à partir
de l’orientation imaginée conjointement par
les deux compères. Ces premiers drafts restent encore
très proches du canevas de l’original littéraire,
bien que d’emblée Harry Morgan perde son handicap
de manchot ("Je ne sais pas comment mettre en scène
un manchot" expliquera le cinéaste qui s’était
déjà confronté au problème
sur Tiger Shark avec Edward G. Robinson) : celui d’un
trafiquant de rhum entre Cuba et la Floride, entraîné presque à son
corps défendant dans une action menée par
des révolutionnaires cubains pilleurs de banque,
et qui connaîtra un sort funeste. Mais la description,
entre actes de corruption et violences, du régime
cubain alors allié des Etats-Unis, n’a pas
le loisir de plaire à l’administration nationale
qui menace de refuser de délivrer un visa d’exploitation.
Jack Warner enjoint donc Hawks à revoir sa copie.
Le
cinéaste a alors l’idée de délocaliser
l’intrigue en 1940 sur l’île voisine
de Martinique, à l’époque bien évidemment
placée sous le joug du gouvernement vichyssois :
l’occasion de renouer avec la mythologie fraîchement établie
de Bogey, celle de l’Américain neutre et quelque
peu désabusé s’engageant pourtant peu à peu
dans le combat des forces vives pour un monde libre et
meilleur ; son emploi d’Across the Pacific de
John Huston (1942), de Passage to Marseilles de
Michael Curtiz (1944) et bien entendu un succédané du
déjà mythique
Richard Blaine de l’éternel Casablanca (Curtiz – 1942).
C’est le grand romancier William Faulkner, encore
relativement méconnu à cette date sur son
sol natal, et ce même si Hawks avait déjà fortement
contribué à le pousser un peu plus sous la
lumière des spotlights en lui permettant, presque
dix ans plus tôt, d’adapter pour lui sa nouvelle
Chacun son tour (Today we live avec Joan Crawford et Gary
Cooper), qui est chargé de jouer les script doctors.
Il avait déjà tenu le même rôle
sur le film précédent de Hawks, Airforce,
mais sans être crédité à l’écran.
Sous
sa plume, ce travail d’écriture se poursuit
alors même que le tournage des prises de vues réelles
est amorcé. Là encore l’analogie avec
Casablanca est frappante, si ce n'est que dans le cas présent
les grandes lignes du scénario sont quant à elles
clairement couchées sur le papier et restent immuables.
Les variations apportées ne nourrissent que les
digressions typiquement hawksiennes. Mais, avouons-le,
bien malin qui pourrait, face à un générique
muet, identifier l’origine littéraire de cette œuvre
si composite, à tel point d’ailleurs, que
s’il avouait mépriser quelque peu son roman,
qu’il n’aurait écrit "que pour
l’argent", Hemingway reniera dans l’ensemble
cette adaptation et lui préférera ses remakes
officieux. L’œuvre est composite, oui, car elle
se nourrit sans cesse des influences les plus diverses, à commencer
par celle de Hawks bien entendu : sous son empreinte, le
récit abandonne le ton âpre et fataliste du
roman centré sur un aventurier individualiste et
quelque peu névrosé pour favoriser l’évocation
solaire et détendue des liens unissant quelques
amis aux backgrounds très disparates mais partageant
malgré tout la même conception de la vie.
Cette
conception ne repose sur aucun dogme, aucune règle
ostensiblement affichée. Tout semble à priori
opposer le "mercenaire" Morgan et le patriote
impliqué Frenchy (Dalio). Pourtant, et malgré les
refus réitérés de ce mauvais client
de son établissement (son ardoise y est considérable)
de prendre part à sa cause, l’hôtelier
français manifestera toujours plus de respect à l’Américain
qu’à ses collègues résistants,
sentencieux et pusillanimes : de beaux parleurs aux intentions
louables, des idéalistes, mais de piètres
combattants. En quelques mots, ce ne sont pas des professionnels
et ils n’ont pas droit de ce fait au respect absolu
du cinéaste, pas plus qu’à celui de
ces personnages qu’il affectionne tant : ceux qui
s’expriment – et se définissent - dans
l’action quand bien même ils pourraient afficher
un nihilisme apparent ; ceux, surtout, chez qui les notions
de fidélité, de loyauté et de transparence
sont comme chevillées au corps. A certains égards
d’ailleurs, le personnage du policier collaborateur
Renard (inoubliable prestation toute en suavité retorse
du volumineux Dan Seymour dans le rôle de sa vie)
témoigne d’un sens de la dérision et
d’un détachement de façade face à la
gravité des événements qui le rendraient
- presque - plus attachant que ses adversaires du courant
de la France
libre, Beauclerc et consorts. Presque, bien sûr,
car il est toutefois du mauvais côté de la
barrière et, lorsque viendra l’heure de tomber
les masques, le portrait qu’en dressera le cinéaste
sera sans concession : celui d’un oppresseur qui
n’hésite pas à s’attaquer aux
plus faibles (il fait gifler les jeunes femmes et "torturer"
les vieillards ivrognes) pour faire triompher ses desseins.
Ce ne sont pas là les méthodes d’un
combattant digne de respect et son comportement amènera
Morgan à se départir de sa neutralité.
En quelque sorte, le personnage de Bogart fait ici écho
aux Etats-Unis qui se décident à plonger
dans le conflit lorsque les forces de l’Axe s’en
prennent à l’intégrité des leurs
(Pearl Harbour).
C’est au nom de ce même amateurisme - et
de son incapacité à appréhender et
accepter les liens indéfectibles qui unissent Morgan
et son vieux protégé Eddie ("he thinks
HE’s looking after me") - qu’est d’ailleurs
d’emblée condamné Johnson, le client
de Morgan interprété par Walter Sande ; plus
en tout cas que pour ses velléités d’escroquerie
percées à jour par le petit délit
que commet à son encontre la nouvelle venue Marie
(Lauren Bacall). Son amateurisme et sa maladresse semblent
s’appliquer à une activité bien dérisoire,
puisque la pêche à l’espadon n’est
en définitive pour lui qu’un passe-temps de
touriste. Mais c’est oublier que, dans l’esprit
du cinéaste, la pêche comme la chasse relèvent
d’un véritable art de vivre. En cela Hawks
est le proche cousin d’Hemingway. Et l’arrogance
comme le manque d’humour du personnage ne lui laissent
donc aucune circonstances atténuantes : ce sera
un tricheur et un lâche qui n’aura pas le courage
de défendre ses opinions anti-vichyssoises face à un
délateur empressé. Et de fait, lorsque le
personnage tombera hors champs sous les balles perdues
d’une rafale de mitraillette, sa mort sera constatée
avec un détachement qui confine au dédain,
voire au mépris. Le cinéaste et son scénariste
Furthman, par le biais de leur alter ego Bogart, témoigneront
même d’une pointe de cynisme lorsque le malicieux
pianiste Cricket (Hoagy Carmichael et son immuable allumette
au bec), qui se laissait aller à un tant soi peu
de compassion en soulignant l’incident tragique d’une
petite mélodie aux relents funéraires, se
verra immédiatement rappelé à plus
de modération par un Morgan soucieux de faire les
poches du défunt afin de récupérer
un pourcentage dérisoire de la créance qu’il
détenait auprès de lui.
Même s’il y a d’autres morts violentes
dans Le port de l’angoisse, elles restent particulièrement
peu nombreuses pour un film de ce type. Elles sont au nombre
de quatre si mes décomptes sont exacts, et deux
d’entre elles interviennent intégralement
hors champs. Il y a d’ailleurs tout simplement très
peu d’action aussi : une fugace séquence de
rafle qui permet à Hawks de revisiter quelques instants
le style de caméra heurté de son célèbre
Scarface et une séquence de sortie en mer qui marque
la seule incursion du film dans une quelconque quête
du suspense. L’une et l’autre de ces deux séquences
sont forcément nocturnes, la nuit permettant à l’action,
selon Hawks, de revêtir un supplément d’expressivité dramatique.
Pour l’essentiel, le récit organise ses méandres
en allées et venues, en confrontations à deux
ou trois personnages, entre la chambre de l’un des
protagonistes, le bar et la cave de l’hôtel
; aventures oui, mais aventures en chambre. Amateurs de
grandes envolées exaltées, passez votre chemin
!
Autant dire que peu de titres français se sont
avérés plus mensongers que celui-ci ; Hawks
et ses scénaristes semblent se moquer comme d’une
guigne de tous les éléments constitutifs
du cinéma de genre : le danger y est non pas ignoré mais
méprisé du seul fait que chacun des personnages
principaux n’est intéressé que par
la jouissance du moment présent. Dans Only angels
have wings, Hawks et Furthman se permettaient encore de
faire ressurgir les fantômes du passé pour
les confronter aux actes et décisions du présent
: le poids du passé dans l’antagonisme entre
le Kid et McPherson, le retour de l’ancienne passion
amoureuse (Rita Hayworth), etc. Rien de tel dans To
Have and Have not. Mary interrogera Morgan exactement de la
même façon que Bonnie (Jean Arthur) questionnait
Geoff (Cary Grant) afin de comprendre quelle désillusion
amoureuse avait bien pu le rendre aussi méfiant à l’encontre
des femmes, et pour tout dire, aussi misogyne. Mais ici
son interrogation n’appellera aucune réponse,
aucune justification. Ce n’est qu’une interpellation
qui ne tend à participer que de la fronde du personnage
et de son insolence.
S’il fallait qualifier To have and have not,
ce serait sans doute "d’éloge triomphant
de la décontraction". Cette décontraction
heureuse est partout, à commencer par l’ambiance,
véhiculée avec un bonheur rare par les lyrics
veloutés concoctés par l’ineffable
Hoagy. Dans Casablanca, les mélodies de Dooley Wilson
contribuaient surtout à magnifier l’émotion
romantique et nostalgique, voire à titiller la fibre
patriotique. Foin d’une telle recherche, ici. Au
contraire, lorsque Carmichael se charge lui-même
de l’expression vocale de ses compositions, c’est
pour transcender une certaine conception du dépaysement
salvateur et un élan vers le partage complice du
bonheur, rejoignant en cela l’esprit des intermèdes
musicaux de Only angels have wings (Chiquita ! par Maciste
et The Peanuts Vendor par Jean Arthur et Cary Grant) ou
plus tard de Rio Bravo (My pony, my rifle
and me par Dean
Martin, Ricky Nelson et Walter Brennan). Et lorsqu’il
laisse l’avant scène au timbre plus rauque
de Miss Bacall pour le divin How little we know, c’est
pour permettre à cette dernière de clamer
son épanouissement de femme amoureuse ; et la joie
de vivre, alors, d’éclairer à son tour,
comme par magie, le regard habituellement si ténébreux
d’un Bogey sur un nuage.
Les rapports entre les personnages
- entre ceux qui s’estiment
s’entend - sont empreints de cette même décontraction,
caractéristique d’une sérénité,
d’une paix intérieure absolue ; celle des êtres
qui n’ont rien à cacher et, transparents à l’endroit
de leurs défauts tout autant que de leurs qualités,
se livrent tout entier à la première rencontre.
Cette décontraction ne caractérise pas le
comportement du couple de résistants Bursac (Dolores
Moran et Walter Molnar), trop soucieux du jugement porté par
le partenaire. Elle caractérise par contre le personnage
de Lauren Bacall comme jamais elle n’a caractérisé aucun
personnage féminin de l’univers hawksien.
"Anybody
got a match ?"
C’est sur ces quatre mots que Lauren Bacall fait
son entrée dans le Gotha cinématographique
hollywoodien. Adossée à l’encadrement
de la porte de chambre de Bogart, le menton baissé mais
le regard, frondeur et aguicheur, levé vers son
futur époux, elle fait craquer son allumette. Immédiatement,
Bacall devient "The Look". Une preuve de plus
que les mythes tiennent à peu de chose, car la jeune
femme, alors à son premier jour de tournage, n’a
adopté cette attitude que parce que c’était
la seule qui lui permette de masquer son incontrôlable émotion
et de maîtriser ses tremblements.
Betty Bacall est la
création de Hawks, qui l’avait
remarquée en couverture d’Harper’s Bazar,
et attirée de New York, où elle n’avait
tenu que quelques petits emplois on et off Broadway, vers
la capitale du cinéma. Hawks restait sur une désillusion
avec la prestation offerte par Jean Arthur (il est le seul
!), plus colorée et ouvertement romantique, dans
Only angels have wings. Il s’est donc mis en tête
de créer de toute pièce une star féminine
qui corresponde au plus près à son idéal
féminin, quelque part entre Frances Farmer (la vedette
au destin tragique immortalisée à l’écran
par Jessica Lange) et la belle Slim, épousée
en 1941 : une femme de tête, intelligente et déterminée,
dotée de répondant face à n’importe
quel homme et pourtant parée de tous les atours
de la féminité. C’est ainsi qu’il
la dirige dans son test screen après de longs mois
de modelage attentionné : la scène écrite
par Furthman fonctionne si bien qu’elle sera intégrée
au métrage pour s’imposer comme l’un
des moments les plus significatifs de toute l’histoire
du cinéma : Slim conquiert Steve (réminiscences
du couple Hawks qui aimait à s’interpeller
ainsi) et l’embrasse. Elle réitère,
comme toujours chez Hawks, pour se faire une idée
plus précise. La séquence se clôt sur
une réplique mythique, d’une essence purement
hawksienne.
"You know you don’t have
to act with me.
You don’t have to say anything and you don’t
have to do anything.
Not a thing...
Or maybe just whistle.
You know how to whistle, don’t you Steve ?
You just put your lips together and blow."
Répétée face à Charles Drake
pour le bout d’essai, la séquence était
forcément hawksienne. Mais à l’écran,
face à Bogart, elle s’enrichit d’une
autre dimension. C’est bien de la naissance d’un
couple d’une alchimie prodigieuse dont nous sommes
les témoins. Petit à petit Galatée échappe à son
Pygmalion. Les dialogues et les relations entre les deux
personnages à l’écran ne se nourrissent
plus exclusivement des perles imaginées par les
auteurs mais aussi de la complicité naissante entre
le géant d’Hollywood et la petite nouvelle
de 19 ans. Ainsi de ce geste attentionné de Bogey
soulevant délicatement le menton de la troublante
Betty, en amont de la séquence précédemment
décrite, et qui fait écho aux circonstances
dans lesquelles le couple venait de s’unir.
L’alchimie est telle que bientôt le spectateur
ne sait plus si le couple joue la comédie ou s’il
ne fait qu’apparaître à l’écran.
D’autres variations seront tissées ultérieurement
par des cinéastes tels que Delmer Daves ou John
Huston qui apporteront un début de réponse.
Mais peu importe, c’est aussi là que s’inscrit
le mythe merveilleux de To Have and have not. Le
bonheur du couple est si palpable qu’il rejaillit à l’écran
et contamine le spectateur. Et lorsque à la fin
la belle Betty, roulant des hanches, et sa conquête
de Bogey s’éloignent à l’écran
vers de dangereuses aventures, suivis comme leur ombre
par un Walter Brennan plus "hors d’usage" que
jamais mais claudiquant et sautillant de joie de vivre,
c’est une véritable parenthèse enchantée
qui se referme.
-
Hey Slim, are you still happy ?
- What do you think ?
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Si le film est bien naturellement proposé dans son
format d’origine 4/3, les menus s’affichent
quant à eux au format 16/9 ; belle initiative. Ces
menus sont fixes mais agrémentés d’un
trop court extrait de la bande originale de Franz Waxman.
Un
découpage en 27 chapitres vous permettra de
vous diriger sans mal vers votre séquence – ou
votre réplique – de prédilection.
Warner
nous a habitués depuis quelque temps à une
telle qualité d’ image sur ses classiques
zone 1 en noir et blanc ( The bad and the beautiful ;
The shop around the corner ; Mildred Pierce ; Objective
Burma ! etc.) que nous en viendrions presque ici à faire
la fine bouche... Ce serait exagéré car
cette édition s’avère en définitive
d’une très bonne tenue. L’internégatif
retenu confère à ce télécinéma
une nuance de gris d’une belle richesse. Les contrastes
sont très poussés, la définition
en tout point irréprochable. La sensation de grain
reste présente mais discrète, comme nous
l’aimons. Restent que les défauts de surface
sont légions. Oh rien de très significatif
ou pénalisant pour un visionnage optimal ; néanmoins
une nuée de points blancs épars et scintillants
n’a de cesse de venir picoter la "toile".
Pour un titre aussi mythique nous nous serions attendus à une
restauration plus poussée. Au niveau de l’encodage,
le travail effectué est dans l’ensemble
très bon. Il y avait beaucoup à craindre
de la gestion de la brume lors de la sortie nocturne
en mer (chapitres 16, 17, 18) surtout pour quiconque
garde en mémoire la désastreuse séquence
Ol’Man River sur l’édition zone 1
de Show Boat ; mais non, la purée de pixels est
ici évitée avec brio ! Quelques menus défauts
subsistent néanmoins: la compression s’avère
parfois visible au niveau de l’arrière-plan.
On regrettera ainsi quelques petites surbrillances des
flots, une propension légère à la
pixelisation des cieux à l’horizon dans
les panoramiques en mer, de légers tremblements
et effets de rémanence sur les stores vénitiens
lors des séquences à quai. Quoi qu’il
en soit, stigmatiser ces imperfections relève,
soyons honnête, du pinaillage !
Il est tout de même un problème que nous
ne saurions passer sous silence : l’instabilité du
cadre et les mouvances latérales, discrètes
mais néanmoins irritantes, se faisant jour au
chapitre 25. Amorcées lors de la confrontation
ultime entre le résistant Bursac (Walter Molnar)
et Bogey, elles se poursuivent en partie durant la séquence
du numéro How little we know susurré de
sa voix rauque par Lauren Bacall, jusqu’à presque
nous en gâcher le bonheur communicatif. Rageant
!
D’un point de vue sonore, c’est par contre
le sans faute absolu. Egrainant ses accords relax dans
un petit mono 1.0 d’origine, la bande-son ne se
permet aucun dérapage : pratiquement pas de souffle,
aucune distorsion notable de la bande originale ou des
musiques de source. Acuité des dialogues, particulièrement
clairs et intelligibles, caractère enivrant des
lyrics si smooth de Hoagy Carmichael, percussion sèche
des rafales de mitraillettes dans la séquence
de la rafle : cette bande son a de la dynamique à revendre
!
Notons que les sous-titres français
s’affichent
dans une police de caractères de couleur blanche
particulièrement discrète et bien proportionnée.
Enfin, soulignons l’intelligence déployée
dans la gestion du changement de couche. Celui-ci intervient
dans le fondu suivant la séquence au cours de
laquelle Lauren Bacall émet l’une des répliques
les plus fameuses de toute l’histoire du cinéma
: "You know how to whistle, don’t you,
Steve ? You just put your lips together and...blow !".
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Les éditions des
classiques édités par Warner en zone
1 (catalogue Warner et MGM) articulent de plus en plus
leur bonus dans le sens d’une restitution d’une
séance complète d’époque, un
peu à la manière de ce que pouvaient nous
offrir Eddy Mitchell, Gérard Jourd’hui et
Patrick Brion dans le cadre de leur mythique émission La
Dernière Séance au cours des
années
80 et 90. C’est particulièrement vrai pour
les dernières éditions collector de l’éditeur
qui proposent d’activer une fonction qui permet de
visionner in extenso les suppléments (news, documentaires,
cartoons et bande-annonce d’un film du studio sorti
dans les mois suivants) et le film. Mais c’est aussi
vrai dans une certaine mesure des pressages des éditions
simples, qui, s’ils n’offrent pas cette fonction
et nous dispensent encore des bandes d’actualités
d’époque, nous gratifient désormais
presque systématiquement (High Sierra fait
exception) d’un court-métrage de
complément contemporain
du film qu’il accompagne ; parfois pour le pire
(cf. Kiss me Kate et sa très hagiographique évocation
de Manhattan), parfois pour le meilleur lorsque le choix éditorial
est directement en rapport avec l’œuvre cinématographique
proposée. C’est le cas ici puisque cette édition
est agrémentée d’un dessin
animé (6’10)
de la série des Merry Melodies, Bacall
to Arms,
qui offre une piquante caricature d’une première
de To Have and Have not. Bien que ce petit cartoon
ne soit pas l’œuvre de Tex Avery, nous y retrouvons
l’une de ses plus célèbres créations,
le Loup érotomane, qui cette fois disjoncte face
aux appâts de la nouvelle sensation de l’écran,
Miss Lauren Bacall. Malheureusement, aucun sous-titre n’est
proposé.
Tout aussi habituel est l’éclairage apporté sur
le tournage. Il prend ici la forme d’un petit documentaire
titré A Love story : the story of To
Have and Have not (11’15). Ni véritable making of
ni bien entendu simple featurette promotionnelle, ce
document s’attache essentiellement à faire
acte de petite page d’histoire du cinéma.
Avec l’aide des témoignages du précieux
critique Leonard Maltin, de l’historien Robert
Osborne et d’Eric Lane, le biographe de Bogart,
un retour est effectué sur les conditions de lancement
du projet puis sur les circonstances entourant la naissance
de la fameuse romance du couple Bogart. Rassurez-vous,
l’esprit Voici ! est tout à fait exempt
de cette évocation. Las, les non-anglophones devront
passer leur chemin, puisque ici comme pour tous les éléments
de la section bonus, les sous-titres ne sont pas proposés.
Plus
fastidieux est le supplément audio Lux
Radio Theater Broadcast daté d’octobre
1946. Cette émission
de radio d’époque propose à Bogey
et Betty de rejouer pour les auditeurs de l’époque
un certain nombre de leurs séquences cultes, à commencer
par celle de leur rencontre ("Has anybody got
a match ?"). Les merveilleux acteurs de complément
de Hawks n’ont malheureusement pas été conviés à la
fête. S’ensuit une désagréable
sensation de parodie lorsque, par exemple, un obscur
interprète américain essaye de retranscrire
le si caractéristique accent "froggy" de
notre Dalio national (dont le personnage est d’ailleurs
affublé du sobriquet de Frenchy).
La traditionnelle
bande-annonce originale (2’46)
complète ce panorama des suppléments. Bien
conservée, elle permet de constater que le studio
tendait alors à promouvoir tout autant Dolores
Moran que Lauren Bacall. Et elle témoigne aussi
de la réduction in fine de la présence à l’écran
de la belle Dolores : elle arbore dans ce montage une
robe qu’à aucun moment elle ne sera amenée à porter
dans le métrage définitif.
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