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Plein la gueule
Réalisation : Robert Aldrich
(1974)
Scénario : Tracy Keenan Wynn
(sujet de A.S.Ruddy)
Directeur de la photographie : Joseph
Biroc
Musique : Frank DeVol
Studio : Paramount
Durée : 118 minutes
Distribution : Burt Reynolds, Eddie
Albert, Ed Lauter, Michaël Conrad...
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Zone
2
Editeur : Paramount
Format 1.85 (16/9)
Langues : anglais, français
Sous-titres : français |


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En
1974 un ex-joueur de football américain radié
pour corruption, Paul Crewe (Burt Reynolds), est incarcéré
au pénitencier de Citrus, dans un état du Sud
des U.S.A., pour avoir volé la voiture de sa maîtresse
en état d’ivresse. Le directeur Hazen (Eddie
Albert) et le capitaine Knauer (Ed Lauter) lui imposent, après
diverses brimades, de former une équipe de détenus
qui jouera contre celle des gardiens au cours d’une
rencontre publique. Crewe sélectionne les détenus
les plus aptes qu’il puisse trouver parmi des criminels,
noirs comme blancs. Il les forme si bien que son équipe,
les "Mean Machines", est victorieuse vers la mi-temps.
Hazen, obsédé par le pouvoir, lui demande de
faire perdre son équipe sous la menace d’une
inculpation de complicité de meurtre (en fait commis
par un psychopathe jaloux) sur un détenu. Momentanément
brisé, Crewe accepte. Mais les détenus lui redonnent
courage par leur attitude combative. Il les mène à
la victoire. Hazen, furieux, ordonne à Knauer d’abattre
Crewe qui se dirige vers la sortie du stade. Knauer, qui a
changé lui aussi, hésite… |
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Un
des films d’Aldrich les plus injustement méprisés
et oubliés par ses anciens thuriféraires.
À tel point que notre jeune confrère Gilles
Esposito nous racontait que lors d’une conférence
récente dans une Faculté de cinéma
sur Aldrich, plus personne sauf lui ne se rappelait le titre
français de The longest yard et que les
auditeurs riaient en l’apprenant. Anecdote qui en
dit long sur la programmation du film après son exclusivité
: une lente mort dans les circuits de salles B et C jusqu’à
l’autodestruction des copies. Quant au circuit Art
et essais et à la télévision française
publique puis privée… on ne peut pas dire que
le film y ait été souvent diffusé :
trop populaire, trop vulgaire, trop violent aux yeux des
programmateurs ? En regardant mon Officiel de la Vidéo
édité par le journal T.C.V. en 1985 qui répertoriait
6298 cassettes vidéos distribuées en France,
je ne trouve même pas une édition de Plein
la gueule ! Lorsque je l’ai vu au "Gaité-Rochechouart",
boulevard Barbès à Paris il y a près
de vingt ans, la copie était dans un état
4 ou 5. Le film provoquait de nombreuses réactions
positives du public populaire des 4 coins de la terre qui
avaient payé pour le voir. Aldrich savait encore
faire du cinéma et quel cinéma !
Historiquement, il est tout à fait inutile de connaître
The dirty dozen (Les douze salopards) (1967) pour
apprécier Plein la gueule. Certes il y a
une évidente transposition de l’idée
de base (prendre des criminels pour leur faire accomplir
collectivement une action "bonne" et les mener,
après un rude apprentissage physique et moral, à
la "rédemption"). Mais le contexte de Plein
la gueule est celui du "film de prison" et
non pas du "film de guerre". Le pessimisme y est
moins virulent même si la rudesse emphatique d’Aldrich,
sa vigueur, sa verve sont intactes. Il n’est pour
s’en convaincre que de regarder la sublime scène
d’ouverture lorsque Crewe (Burt Reynolds) plaque sa
riche maîtresse et lui pique sa bagnole. Elle est
pleine d’une roborative vulgarité certes, mais
son comique est nuancé de mélancolie. La beauté
plastique des mouvements de caméra et de la photo
mettent en valeur cet aspect sombre, noir, maudit et perdu
de l’humanité. L’incroyable ambiance
de racisme et de violence de ce pénitencier perdu
(le film a été tourné en Géorgie
pour la majeure partie) dans la chaleur et les marécages,
la critique constante du pouvoir et de la fascination qu’il
exerce (Eddie Albert, un des acteurs fétiches d’Aldrich,
compose un directeur de prison très impressionnant),
la peinture infernale des sévices psychiques et physiques
endurés par les prisonniers : tout cela l’illustre
d’une manière réaliste...
Et est contrebalancé par l’humanisme clairement
revendiqué par Aldrich et ses producteurs. On l’a
confondu avec un éloge du fascisme. Il n’en
est rien. Tout prouve le contraire. La liberté, la
dignité de l’individu opprimé par le
"système", le refus de courber le dos devant
une autorité postulée au contraire toujours
injuste, c’est cela qu’Aldrich exalte avec force
tout au long de la seconde partie du film. Et cette vision
lumineuse triomphe lors de la dernière séquence
lorsque Lauter (un de ses plus beaux rôles) hésite
à abattre Crewe avec la carabine USM1 munie de son
chargeur "banane" que lui tend le démoniaque
Hazen. Il n’aura pas à le faire et il en est
très heureux. L’ultime ruse du pouvoir a échoué.
Un peu comme chez Riccardo Freda, il y a deux faces dans
l’œuvre d’Aldrich : une diurne et une nocturne.
Ce film offre un peu des deux mais fait l’emporter
décidément la première sur la seconde,
dans les dernières minutes. Le suspense est d’essence
morale : Crewe cèdera-t-il à nouveau à
la corruption ? Les gardiens, organe collectif du directeur,
renonceront-ils à respecter les règles momentanées
d’une compétition ? Les prisonniers vont-ils
s'élever au-dessus d’eux-mêmes ? En contrepoint
nécessaire et nullement gratuit, il y a tout au long
du film une complaisance au sadisme et à un certain
cynisme et le film a même présenté un
meurtre particulièrement atroce (la scène
de la lampe incendiaire de la cellule de Crewe). Tout ce
petit monde est enfantin et l’enfance est cruelle
(les psychanalystes le savent bien et les parents aussi…).
Elle est aussi drôle : la scène de la secrétaire
de la prison, les grosses rigolades, les plaisanteries,
les trognes incroyables de certains détenus évoquent
une veine toute rabelaisienne. Seuls quelques personnages
sont adultes et conscients dès le début. Tous
le seront à la fin du film.
Le mouvement général du film est celui d’une
montée de l’aliénation vers la conscience,
de la tristesse vers la joie, qui est comme rythmée
par le chœur des "Black Beauties" dansantes
et chantantes, oscillant entre angoisse et enthousiasme
au fur et à mesure de la rencontre. Autre hommage
discret et très sympathique aux "minorités
persécutées" : les trois sculpturales
chanteuses noires en robes pailletées sont des transsexuelles
qui retirent leur perruque dans un ultime sursaut de joie
lors de la victoire de 'leur' équipe, celle des "Mean
Machines" - autre titre anglo-saxon du film, soit dit
en passant. Il fallait tout de même oser montrer ça
dans un film "grand public" tourné dans
le Sud profond ! Ce clin d’œil est partie intégrante
du propos d’Aldrich.
Il faut aussi mentionner un point capital : le spectateur
français est a priori totalement ignorant des règles
du football américain et a parfois l’impression
de se trouver dans un asile de fous. Mais la mise en scène
de l’entraînement et de la compétition
est si rigoureuse, si claire, si précise que le moindre
rebondissement nous est parfaitement compréhensible
et nous fait vibrer à l’unisson des joueurs
et des spectateurs. C’est la marque du grand metteur
en scène : rien de ce qui est humain ne lui est étranger
et à nous non-plus, une fois que nous regardons son
film.
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Image
: Un seul format offert : le "Anamorphic Widescreen
1.85 :1" ou 16/9 mais attention : incompatible 4/3.
Si on sélectionne l’image 4/3 du téléviseur,
le film est anamorphosé. Ce DVD n’est donc
visible que par les détenteurs d’une télévision
16/9 et absolument impossible à visionner par les
autres. Transfert de qualité et compression effectuée
sur une belle copie. Le format adopté restitue pleinement
la mise en scène ample, la maîtrise constante
du cadre qui ont toujours caractérisé le travail
de Joseph Biroc, directeur de la photo attitré d’Aldrich
pour une bonne dizaine de ses meilleures oeuvres. La première
et la dernière bobines du film, comme souvent, sont
un peu granuleuses. Phénomène que vous pouvez
d’ailleurs diminuer en choisissant des couleurs et
un contraste moins élevé. C’est tout.
Ni déchirure, ni rayure, ni "gel". Les
couleurs sont très belles et nuancées tout
comme les contrastes et la luminosité. La définition
est bonne.
Son : Les différentes versions
proposées sont de toutes façons mono d’origine
et le film est présenté Dolby Digital Mono.
Le résultat est correct sans plus. Pour une fois,
on ne vous recommandera pas seulement de regarder le film
en v.o.s.t.f. car la v.f. d’époque est très
soignée et les voix françaises de doublage
mettent une bonne ambiance. On est évidemment bien
loin des prouesses techniques actuelles et les éléments
constitutifs de l’action sonore sont essentiellement
les dialogues, très bien écrits et percutants.
La musique de Frank DeVol est assez utilitaire et discrète.
En revanche, lors du match lui-même, on a vraiment
l’impression d’être sur les gradins face
aux "Soul Touchers Band and Chorus" et d’entendre
les commentaires "live" du reporter sur ses haut-parleurs.
Ça dégage bien. La poursuite dans la Citroën
SM de la maîtresse de Burt permet aussi d’entendre
de la bonne musique "70’s hard" qui sort
de sa radio, comme si on était au volant.
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Chapitrage divisé en 16 sections
illustrées d’une photo et d’un titre.
Remarquons que l’on ne dispose même pas d’une
B.A. du film en supplément, ni d’affiches
ni de photos de plateau ou d’exploitation, encore
moins d’un making-off. Tout de même un peu
maigre pour un des plus grands cinéastes américains
du XXe siècle. Mais ne nous plaignons pas : l’essentiel
est proposé.
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