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Réalisation : Vincente Minnelli
(1950)
Scénario : Frances Goodrich
et Albert Hackett d’après la nouvelle de Edward Streeter
Directeur photo : John Alton
Musique : Adolph Deutsch
Montage : Ferris Webster
Studio : MGM
Durée : 92 minutes
Distribution : Spencer Tracy, Joan
Bennett, Elizabeth Taylor, Don Taylor, Billie Burke, Leo G.Carroll,
Moroni Olsen…
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Zone
1
DVD 9
Editeur : Warner
Format 1.33
Langues : anglais et français
mono
Sous-titres : anglais, français
et espagnols |

Tous
en scène - Editions Ramsay Poche - Vincente Minnelli
50 ans de cinéma américain
- Tavernier Coursodon - Editions Omnibus
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Chroniqués
par DvdClassik :
Gigi
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Stanley T. Banks (Spencer Tracy) travaille dans un
cabinet d’avocats et se réjouit de retrouver
chaque soir sa femme et ses enfants. Un beau jour il rentre
chez lui et apprend que Kay, sa fille (Elizabeth Taylor),
a décidé se marier avec un certain Buckley (Don
Taylor). Partagé entre son désir de la combler,
la peur de la perdre et une certaine avarice Stanley s’embarque
dans une folle organisation riche en rebondissements, gags
et émotions… |
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Aujourd’hui
Vincente Minnelli est surtout reconnu pour ses comédies
musicales : de Meet me in Saint-Louis (1944) à
An American in Paris (1950) en passant par Brigadoon
(1954), le cinéaste d’origine italienne a su
créer un style visuel unique et d’une rare
élégance. De nombreux critiques comme Bertrand
Tavernier, Philippe Coursodon (50 ans de Cinéma
américain) ou Jeremy Fox n’hésitent
pas à parler d’une certaine forme de génie
(1). Mais si Minnelli est considéré comme
un surdoué du "musical", il ne faut pas
pour autant en oublier qu’il fût aussi un formidable
touche-à-tout. Certes, il n’a jamais œuvré
dans le registre du film de guerre ou du western, mais il
est l’auteur de drames inoubliables tels que The
bad and the beautiful (1952) ou Home from the Hill
(1960) ainsi que de comédies à succès,
parmi lesquelles Father of the bride.
C’est en novembre 1949 que le producteur Pandro
S.Berman rencontre Minnelli et lui propose un script tiré
du roman à succès d’Edward Streeter
: Le père de la mariée. Le cinéaste
alors préoccupé par son projet le plus cher,
An american in Paris, accepte de lire le roman
et, après réflexion, pense en extraire une
comédie pleine de peps et rapide à tourner.
Frances Goodrich et Albert Hackett qui avaient déjà
écrit le scénario du Pirate (1948)
pour Minnelli adaptent le roman de Streeter pendant que
les préparatifs du tournage commencent à prendre
forme dans les studios de la MGM …
La réalisation de Father of the Bride démarre
en janvier 1950 et dure 28 jours. Aujourd’hui une
période de production et de tournage aussi courte
paraît inconcevable. Mais à l’époque,
filmer dans la précipitation était assez courant
: outre les économies que ces productions apportaient
aux studios, elles pouvaient aussi être synonymes
de fraîcheur et de spontanéité dans
la mise en scène. Et lorsque des réalisateurs
de la trempe de Minnelli en prenaient les commandes, il
en résultait fréquemment de petits chefs-d'oeuvre
idéalement rythmés. Lors de sa sortie, Father
of the bride connaît un succès retentissant
et se hisse au cinquième rang du box-office de l’année
avec plus de quatre millions de dollars de recettes nettes
sur le territoire américain. Ces résultats
sont en partie expliqués par le caractère
"familial" du film : le public masculin s’identifie
à Stanley Banks tandis que les mères et les
jeunes filles trouvent leur double dans les rôles
de Joan Bennett et Elizabeth Taylor. De plus, la popularité
des comédiens, à laquelle vient se greffer
le mariage très médiatique d’Elizabeth
Taylor pendant la promotion du film, accentue
l’engouement du public. Les salles sont combles, le
film obtient trois nominations aux Oscars (dont meilleur
film et meilleur scénario) et les critiques sont
enthousiastes. Dans le New-York Times, Thomas Pryor écrit
: "Certainement le film le plus drôle à
la ronde ! L’exagération chère à
la plupart des comédies est totalement absente du
Père de la mariée. Elle n’est pas de
mise ici, la vie de famille est déjà un argument
de comédie si l’on veut bien le reconnaître…".
A travers cette analyse, Pryor met le doigt sur un des points
essentiels du film : en utilisant un canevas très
réaliste Father of the bride touche la majorité
des Américains qui se retrouvent dans ce modèle
familial type. Les situations vécues par Stanley
Banks sont cocasses certes, mais elles n’en sont pas
moins crédibles. Qui ne connaît pas un père
hésitant à s’acheter un costume neuf
pour le mariage de ses enfants ou une jeune fille rêvant
d’un mariage de princesse ?
Il faut donc avouer que l’idée du film portait
déjà en elle les germes du succès.
La preuve en est qu’il fut l’objet d’un
remake réalisé par Charles Shyer en 1991 qui
connut, lui aussi, une belle carrière au box-office
américain. Néanmoins, si cette relecture du
roman de Streeter fait preuve de quelques qualités
et met en valeur le talent de Steve Martin, l’original,
lui, reste gravé dans le cœur de tous les cinéphiles
et fait encore partie des films les plus diffusés
sur les chaînes de télévisions anglo-saxonnes.
Quels sont donc les éléments qui singularisent
le travail de Minnelli et font du Père de la
mariée version 1950 un classique indémodable
?
Pour commencer, on peut dire qu’une des principales
qualités de Father of the bride réside
dans son dynamisme et dans l’enchaînement des
scènes de comédie. A partir de l’annonce
du mariage, une série d’évènements
se succèdent, apportant leur lot de gags et permettant
au drame d’avancer crescendo vers le climax de la
cérémonie. Minnelli fait alors preuve d’un
sens du rythme exemplaire hérité du musical.
Mais
si sa comédie ne laisse aucun temps mort, elle est
aussi d’une grande élégance. L’introduction
du film commence par un long travelling à travers
un décor de "lendemain de noces" (vaisselle
éparpillée, bouteilles de champagne vidées,
cotillons jonchant le sol). De ce magnifique mouvement de
caméra naît l’idée du cataclysme
qui vient de secouer la vie de Stanley Banks. Lorsque le
cadre trouve Tracy, le mouvement s’arrête et
lui laisse la parole : "I would like to say a few
words about weddings, I’ve just been through one"
dit-il en fixant la caméra ! Dès cette intervention,
une sorte de complicité s’instaure entre le
héros et le public. C’est en ami et confident
que Stanley nous invite à partager son histoire.
Commence alors un long flash-back de 80 minutes duquel le
spectateur sortira le sourire aux lèvres pour retrouver
Monsieur Banks avachi dans son fauteuil pour la dernière
scène du film. Dans cette séquence dont il
est préférable de cacher le contenu, la caméra
s’envole avec légèreté dans un
mouvement arrière, symétrie parfaite de celui
qui introduit le film. Vincente Minnelli crée ainsi
un équilibre idéal dans la structure de sa
comédie et atteint une forme d’harmonie qui
participe à ce que certains appelleront la Minnelli’s
Touch !
En dehors de cette admirable gestion de l’introduction
et du final, le film offre quelques scènes de toute
beauté magnifiées par la photographie de John
Alton. La plus marquante reste sûrement celle du rêve
de Stanley : la veille du mariage, il peine à s’endormir
et lorsqu’il tombe enfin dans les bras de Morphée,
nous sommes conviés à partager son imaginaire.
Pour mettre en scène cette séquence, le cinéaste
fait appel à Salvador Dali qui, cinq ans auparavant,
avait imaginé le rêve du docteur Edwardes (Spellbound,
Alfred Hitchcock, 1945). Dans le sien, Stanley Banks fait
une entrée fracassante dans l’église
: ses jambes s’enfoncent dans le sol, son costume
se déchire, il n’arrive plus à faire
le moindre pas … Pendant ce temps d’autres images
se superposent et montrent la famille et les invités
hurler devant ce spectacle navrant. Cette vision cauchemardesque
est à la fois sublime dans sa composition et efficace
d’un point de vue dramatique puisqu’elle met
en exergue les angoisses du père avant la cérémonie.
Une séquence qui constitue pour beaucoup le sommet
du film et que le chapitrage du DVD permet de voir et revoir
avec un plaisir infini …
Derrière
l’élégance des images et le rythme endiablé
du récit , Father of the bride est un spectacle
comique de tous les instants ! Chaque scène apporte
son lot de situations hilarantes et le pauvre Stanley Banks
nous fait rire malgré lui. Parmi les séquences
les plus cocasses, il y a évidemment celle du costume
trop court dans lequel il essaie désespérément
de rentrer. On peut aussi retenir le sketch (on ne peut
qualifier autrement cette scène) du bar lorsque Tracy
veut servir ses Martinis et finit arrosé par du soda.
Vincente Minnelli joue ici à merveille du comique
de répétition sans que cela devienne rébarbatif
comme dans un mauvais Laurel et Hardy (2) et prouve
à ceux qui en douteraient encore la finesse de sa
mise en scène. En dehors ce ces quelques scènes,
des dizaines d’autres (dont nous préférons
ne pas vous dévoiler le contenu) maltraiteront vos
zygomatiques pendant près d’une heure et demi.
Pour rappeler quelques souvenirs à ceux qui auraient
la mémoire vacillante, on peut citer à la
volée la rencontre entre les Banks et la belle-famille,
les insomnies de Stanley, les coups de téléphone
de Tante Hattie, ou encore le choix des invités …
Du rire et encore du rire, que demander de plus à
une comédie ?
Mais pour que la mécanique comique fonctionne, il
faut non seulement un bon script, une mise en scène
astucieuse mais également des comédiens talentueux.
Dans Le père de la mariée, tous les
gags reposent sur le personnage joué par Spencer
Tracy qui montre ici une des nombreuses facettes de son
talent. Ses mimiques, ses coups de colère et ses
réparties savoureuses sont d’une efficacité
remarquable car non seulement il est un clown redoutable
mais il réussit à nous toucher par son paternalisme
tendre et sa bienveillance toute naturelle. Dans son autobiographie
(3) Minnelli écrit : "Le jeu de Spencer
était l’essence même de la comédie,
empreint d’une vérité profonde. Et s’il
y parvenait si bien, c’est qu’il était
lui même sûr de sa force tranquille, de sa sérénité…".
Sa
performance lui vaudra d’être nominé
pour l’Oscar du meilleur comédien (4), fait
assez rare dans le domaine de la comédie pour être
souligné !
A ses côtés, Joan Bennett interprète
une mère de famille tendre et sert souvent de tremplin
aux gags de Tracy. Il est amusant de rappeler que Spencer
Tracy et Joan Bennett n’avaient pas joué ensemble
depuis Me and my Gal de Raoul Walsh en 1932 dans
lequel ils finissaient par se marier. Dans Father of
the bride, on les retrouve 18 ans plus tard, dans un
foyer prospère et heureux. Rien ne nous le prouve,
mais il y a fort à parier que le choix de Bennett
était le fruit de cette anecdote ! Pour incarner
la mariée, la MGM a l’heureuse idée
de proposer le personnage de Kay à Elizabeth Taylor
: rayonnante de beauté et de jeunesse elle est une
charmante amoureuse et séduit les spectateurs dès
la première scène. A ses côtés,
Don Taylor avec ses allures de gendre parfait joue le rôle
du fiancé tandis que Leo G. Carroll est l’organisateur
pointilleux (et drôle !!) de la cérémonie.
Tous ces comédiens rivalisent de talent et entourent
Spencer Tracy pour le plus grand bonheur du public. Le film
connaît un tel succès qu’il est décidé
d’en tourner une suite dans les meilleurs délais.
Alors qu’il en train d’achever le ballet de
An American in Paris, Minnelli s’accorde
une courte pause et réalise Father’s Little
Dividend (Allons donc papa) en 22 jours avec
toute l’équipe du premier film !! Dans cet
opus, qui est aussi savoureux que l’original, Monsieur
et Madame Banks apprennent que leur fille attend un bébé
…
Mais avant de vous faire partager ma passion pour ce film
(prochainement sur Dvdclassik!) finissons-en avec Le
père de la mariée. Il est maintenant
temps de vous précipiter sur le DVD édité
par Warner et de voir ou revoir cette comédie drôle,
sensible et élégante ; un film indispensable,
vecteur de rire et de bonheur, fortement conseillé
pour votre bien-être !
(1) "la panoplie habituelle de
ses talents pris dans leur ensemble confine au génie"
écrit Jeremy Fox dans sa critique de Gigi
;-)
(2) Margo Channing en parle très bien dans sa critique
de Laurel
et Hardy conscrits
(3) Dans "Tous en scène" (Edition Ramsay
Poche, page 231).
(4) Oscar qui sera finalement remporté par José
Ferrer dans "Cyrano de Bergerac" (Michael Gordon,
1950)
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