Réalisé par Alan J. Pakula
Avec Warren Beatty, Hume Cronyn, William Daniels, Bill Joyce, Anthony Zerbe, Paula Prentiss, etc.
Scénario : David Giler & Lorenzo Semple Jr. + Robert Towne (non-crédité) d’après le roman de Loren Singer
Musique : Michael Small
Photographie : Gordon Willis
Un film Paramount
U.S.A. – 102 mn - 1974


Zone 1 NTSC
Paramount
102 mn
Format cinéma : Panavision 2.35
Format vidéo : 2.35 compatible 16/9
Technicolor
Langues : Anglais / Français D.D. stéréo 2.0
Sous-titres : aucun


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En 1971, le sénateur démocrate Caroll (Bill Joyce) est abattu, au cours d’une conférence de presse-buffet, au sommet d’une tour de verre par un serveur (Chuck Waters). Une commission d’enquête conclut qu’il a été Svictime d’un acte isolé perpétré par un individu déséquilibré. Les témoins meurent accidentellement les uns après les autres au cours des 3 années qui suivent. En 1974, la journaliste Lee Carter (Paula Prentiss), elle aussi témoin de l’attentat, fait part à son confrère Frady (Warren Beatty) de ses craintes qu’il ne s’agisse d’exécutions maquillées en accidents. Or elle meurt à son tour, dans les mêmes conditions, peu de temps après. Frady, à présent convaincu que ces morts ne sont pas naturelles, décide d’enquêter avec l’aval de son rédacteur en chef Rintells (Hume Cronyn). Il remonte, au péril de sa vie, jusqu’à une étrange firme ayant pignon sur rue, la « Parallax Corporation » qui recrute des déséquilibrés associaux au moyen de tests sophistiqués…

Alan J. Pakula (1928-1998) est d’abord le producteur de certains grands films de Robert Mulligan des années 1965-1970 (par exemple The Stalking Moon [L’homme sauvage] USA 1968) et n’aura donné comme metteur en scène qu’assez peu de films intéressants. The Parallax View [À cause d’un assassinat] (USA 1974), tourné après son film policier Klute (USA 1971) et avant son célèbre thriller politique All the President’s Men [Les hommes du président] (USA 1976) trouve naturellement le point d’équilibre entre le désir de fiction et le désir documentaire. Robert Towne n’est pas crédité au générique mais collabora au scénario. Howard W. Koch Jr., l’un des meilleurs assistants-réalisateurs d’Hollywood - ne pas le confondre avec Howard W. Koch, bon réalisateur, notamment de Badge 373 [Police connection] (USA 1973) avec Robert Duvall et Verna Bloom - était de la partie ainsi que Gabriel Katzka - producteur exécutif de Who’ll Stop the Rain / Dog Soldiers [Les guerriers de l’enfer] (USA 1978) de Karel Reisz – ainsi que Michael Small, un des meilleurs compositeurs de musique de films des années 1970-1975. Aidé par ces collaborateurs de premier ordre, Pakula livre donc une œuvre assez impressionnante.

The Parallax View qui se traduit par "la vision décalée" renvoyant aussi bien au phénomène optique que doit prendre parfois en compte le tireur d’élite qu’au sens abstrait de "prendre une chose pour une autre", "ne pas voir les choses telles qu’elles sont", brille d’un sombre éclat qu’il doit au premier chef à la photo très inspirée de Gordon Willis. Celui-ci use de plans d’ensemble qui écrasent l’individu sous une lumière glacée et dans un décor naturel hostile, qu’il soit artificiel (le barrage, l’aéroport, la mer) ou naturel (l’architecture urbaine, la salle de test, le gigantesque hall du meeting en préparation). Et lorsqu’il filme une scène de bar ou d’appartement, les gros plans en clair-obscur - aussi travaillés que ceux des Parrain I & II de Coppola ou que ceux de son propre Windows [Fenêtres sur New York] (USA 1980) - produisent cette même impression de fragilité des apparences que le chaos peut rompre à tout moment.

Il le doit aussi à un scénario paranoïaque inspiré d’un roman de Loren Singer, très influencé par le dossier Kennedy – au point qu’il est régulièrement cité depuis 30 ans bientôt dans la filmographie de cette affaire en compagnie de Executive Action (USA 1973) de David Miller, de JFK d’Oliver Stone (USA 1991), s’y référant explicitement. Il ne contient pourtant aucune allusion directe aux évènements de Dallas : la présence de 2 photographies de Kennedy et de Ruby, au beau milieu d’un montage visuel utilisé pour un savoureux « test de recrutement » un peu spécial, est d’ailleurs tout ce qu’on peut relever comme allusion proprement dite. Elles ne sont nullement mises en avant mais noyées dans la masse. Bien sûr, on les repère d’autant mieux qu’on les attend. The Parallax View appartient au genre qu’on a baptisé « politique-fiction » duquel relèvent des films comme The Manchurian Candidate [Un crime dans la tête] (USA 1962) et Seven Days in May [Sept jours en mai] de John Frankenheimer (USA 1964 ). Mais il atteint, au moyen d’une intrigue mi-policière mi-d’espionnage, le fantastique pur en raison de son traitement résolument angoissant. Bien davantage que l’intéressant mais inégal Dream Lover [Dream Lover] (USA 1986) que réalisera Pakula en 1986, donné à l’époque pour un "thriller fantastique". Il est clair que tout le sujet a été écrit pour que l’affaire Kennedy soit posée comme référence non-dite mais il va au-delà de ce fait historique particulier.

Les cinéastes des années 70 et leurs directeurs de la photo aiment souvent prendre leur temps, poser un par un méticuleusement les facettes et les fragments de l’action qu’ils dépeignent. The Parallax View en est un parfait exemple. Beatty n’y est pas excellent – n’importe quel acteur correct pourrait faire ce qu’il fait ici – mais il a un grand mérite : une extrême sobriété qui permet aux seconds rôles de briller d’un éclat particulier - constellation d’hommes et de femmes dont les masques ne tombent pas toujours ou qui meurent au moment où ils allaient révéler leurs vrais visage ou bien dans l’ignorance des moutons promis à l’abattoir. La mise en scène sait être ample ou intimiste mais ne conserve jamais assez longtemps la même tonalité narrative pour que le spectateur puisse trouver ses marques et se rassurer. Il finit par être, à l’image de son héros, totalement englué puis broyé par ce périple au cœur de la toile d’araignée technocratique et fasciste que pourraient être devenues les U.S.A. Le dernier bon film de Francesco Rosi, Cadaveri Eccelenti [Cadavres exquis] (Italie-France, 1975) réalisé un an après celui de Pakula, aura un sujet proche quoique « décalé » géographiquement et scénaristiquement : on y tue des juges en utilisant un déséquilibré afin de déséquilibrer la démocratie-chrétienne menacée par le communisme et permettre au fascisme de prendre sa place. La différence essentielle est que Pakula préserve davantage que Rosi le non-dit de ses « bourreaux ». Ce non-dit, ce poids infernal du secret et du refus de tout discours constitue la force terrifiante de The Parallax View dont le titre français d’exploitation soulignait la nature presque mécanique : les auteurs du premier assassinat sont contraints, "à cause" des effets induits par le premier, d’en commettre plusieurs autres sans qu’on sache à quel point ils pourront stopper le mécanisme qu’ils ont mis en branle. Et dans tous les cas, les juges rendront un jugement passant "à côté" de la vérité.

Image : Le format d’origine 2.35.1 (panavision anamorphique) a été compressé en format widescreen "amélioré" pour le transfert en 16/9. On vous précise au dos de la jaquette que les bandes noires au-dessus et en dessous de l’image sont "normales". Ce qui est exact. Aucune compatibilité 4/3 en revanche et nécessité de sélectionner la position 16/9 sur votre téléviseur. Une fois cette opération effectuée, vous apprécierez à sa juste valeur la sublime photo de Gordon Willis et ses effets très concertés. Le traitement des noirs est très bien respecté. Le changement de couche est marqué fugitivement par un gel d’une fraction de seconde. On relève sur une quinzaine de plans des poussières blanches. Aussi sur un plan un défaut de compression tout en bas à droite de l’image pendant une fraction de seconde. Mis à part ces quelques défauts, l’image est somptueuse et l’état de la copie positive ayant servi à la mastérisation est excellent.

Son : Les deux versions disponibles, l’américaine et la française, sont toutes deux en Dolby Digital 2.0 mono. En les comparant, on remarque dans les deux cas le même rapport entre dialogue et effets : il est très équilibré et bien dosé mais n’est pas aux normes techniques contemporaines, bien entendu. La v.f. est très soignée (amplitude des effets sonores de la scène du barrage, de l’explosion de l’avion, etc.) et les voix sélectionnées sont parfaitement adaptées aux personnages. La musique de Michael Small est restituée assez nettement – suffisamment pour remarquer que la géniale "soundtrack" de Marathon Man [Marathon Man] (de John Schlesinger, USA 1976) est en germe dans ce film : la filiation est évidente. Le commentaire musical de Small est plus sobre et discret, moins ample qu’il le sera dans le film de John Schlesinger mais il est déjà très efficace.





Le menu principal (simple et agréable quoique minimaliste, inscrit sur une image fixe, muette et stylisée de l’affiche) est divisé en 4 parties :



a) Play Movie : pour voir le film immédiatement ;
b) The Set-Up - Audio options : version originale américaine ou v.f. pour le choix de la langue. Pas de sous-titrage proposé.
c) Theatrical Trailer : la Bande-Annonce du film (2’35’’ - v.o. only mais en revanche tout aussi "enhanced widescreen") est bonne et prépare bien au film. Elle est fragmentée nerveusement et remontée de manière à préserver la découverte d’un scénario très angoissant.
d) Scene Selection : chapitrage divisé rationnellement en 15sections muettes illustrées d’une photo fixe et d’un titre, réparties sur 5 ou 6 écrans à la suite.

Vous disposez de Main Menu (pour revenir au menu principal) sur chacune des sections b, c et d.

Pauvreté habituelle en suppléments mais "sancta simplicitas" du point de vue de la navigation et de la présentation. En fait, de 1999 (date de parution de ce DVD zone 1 Paramount) à 2004, la richesse de l’interactivité est remarquablement semblable par sa désinvolture (un peu plus de langues et de sous-titres proposés mais rarement plus qu’une B.A. en matière de bonus) mais la beauté de l’encodage se maintient tout autant. Entre les deux, si on nous demande de choisir, notre choix est vite fait : la qualité de l’image avant tout.


Un film chroniqué par Francis Moury