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Réalisé par
Luis Bunuel
Avec Alfonso Mejia, Estela Inda, Roberto
Cobo, Miguel Inclan
Scenario : Luis Alcoriza, Luis Bunuel
Musique : Rodolfo Halffter
Photographie : Gabriel Figueroa
Un film Ultramar Films
Mexique - 80' -1950
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80
mins
Zone 2
DVD9
Format cinema : 1:33
Format video : 4/3
Langue : Espagnol
Sous titres : Français/Anglais
Mono
Chapitrage et menus fixes
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Dans les rues de Mexico, Jaibo, jeune voyou échappé
de prison, retrouve sa bande. Jaibo soupçonnant Julian,
un de ses compagnons, de l’avoir dénoncé
veut se venger de lui. Il part régler ses comptes accompagné
de Pedro mais la bagarre tourne mal et Jaibo tue Julian. Pedro
et Jaibo sont à partir de cet instant unis dans leur
misère par un bien lourd secret… |
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Après
le succès commercial remporté par
Le grand noceur, Oscar Dancigers propose à
Luis Bunuel de traiter le problème des enfants pauvres
de Mexico. Pendant près de 6 mois Bunuel arpente
les quartiers défavorisés seul ou accompagné
de son scénariste ou du directeur artistique lié
au projet. Il visite les lieux, rencontre et se lie d’amitié
avec les gens et emmagasine un abondant matériau
qui lui servira à l’écriture du film.
Cette réalité documentaire lui posera pourtant
de nombreux problèmes : sur le tournage l’équipe
ne cesse de manifester son mécontentement reprochant
à Bunuel de ne filmer que les aspects négatifs
de Mexico et la coiffeuse demissione même en disant
qu’aucune mère mexicaine ne traiterait son
enfant comme le fait celle de Pedro dans le film.
A sa sortie le film fait scandale et ne reste que 3 jours
à l’affiche avant d’être retiré
des écrans malgré le soutien de nombreux intellectuels
mexicains. Venu à Paris pour présenter son
film en projections privées, Bunuel rencontre à
l’hiver 1950 Octavio Paz, poète et secrétaire
de l’ambassadeur du Mexique à Paris (lui-même
farouchement hostile au film) qui décide de défendre
le film.
Octavio Paz écrit un texte de présentation
et le film est sélectionné au festival de
Cannes en mai 1951. Il y obtient le prix de la mise en scène
et le succès critique du film marque le retour en
grâce de Luis Bunuel et le début (à
cinquante ans) de sa véritable carrière de
metteur en scène. Le film ressort en salle et reste
notamment à l’affiche 6 semaines dans le plus
grand cinéma de Mexico. Luis Bunuel tournera encore
16 films au Mexique avant de retrouver l’Espagne en
1961 pour y tourner Viridiana.
Tableau sans concession d’une réalité
sociale très dure, le film garde aujourd’hui
toute sa force. Bunuel y brosse le portrait d’une
partie abandonnée de la population mexicaine, l’envers
d’une société par ailleurs prospère
qu’on aperçoit que furtivement, comme séparée
par une frontière imaginaire qui en fait un monde
totalement étranger à celui des protagonistes
du film. Bunuel s’intéresse plus particulièrement
au sort de ces enfants livrés à eux même
prisonniers d’un système qui les enferme et
les condamne. Mais au delà de ce coté documentaire
sociologique Bunuel nous raconte avant tout l’histoire
d’individus et refuse, comme à son habitude,
tout systématisme. Le sujet du film n’est pas
"la misère à Mexico" mais avant
tout l’impossible conciliation entre la nature fondamentalement
bonne et aimante des enfants et la violence du monde dans
lequel ils vivent.
Jaibo et Pedro ont ceci en commun de n’avoir pas eu
l’amour de leur mère et si la thèse
du film peut paraître simpliste elle n’en demeure
pas moins valable et fort bien illustrée. L’aveugle,
évoquant fortement celui de Lazarillo de Tornes
(célèbre roman picaresque espagnol), représentant
la société répressive traditionnelle,
souhaiterai « qu’on tue ces enfants dans le
ventre de leur mère » alors que le progressiste
directeur de la ferme école préférerait
qu’à la place d’enfermer les enfants
on puisse « enfermer la misère ». Néanmoins
tous les deux conviennent de l’incapacité de
la société à résoudre ce problème
et reconnaissent par ailleurs la haute responsabilité
d’une éducation défaillante.
Loin d’appliquer à son sujet le traitement
strictement réaliste que son approche documentaire
semble impliquer, Bunuel utilise également pour appuyer
son propos des images poétiques et symboliques fortes,
mélange de mysticisme chrétien et d’éléments
psychanalytique. L’amour maternel, l’idée
de culpabilité et de faute y sont très présentes
et Bunuel trouve ici le parfait équilibre entre réalisme
social et inspiration poétique.
Si le destin des protagonistes est terriblement tragique
jamais le film ne sombre pourtant dans aucune forme de misérabilisme.
Le film est parsemé de formidables moments de poésie
et Bunuel porte avant tout un regard tendre sur ces enfants
et cet univers populaire. El Jaibo lui-même est habité
par une incroyable grâce animale (l’acteur qui
tenait le rôle était par ailleurs danseur de
ballet). Cette absence de manichéisme valut d’ailleurs
à Bunuel des réprimandes de la part de ses
amis surréalistes qui lui reprochèrent de
donner un rôle positif à un policier et à
un directeur de prison.
Bunuel dans le livre d’entretiens Il est dangereux
de se pencher au-dedans dit du sous-titre français
du film :
"En France on lui a donné un titre épouvantable,
quelque chose du genre : Mon Dieu pardonnez-leur ! Imaginez
que vous lisiez dans les livres : « Bunuel, auteur
de Pitié pour eux… ». Quelle
honte !"
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Image
: Edité par Films sans Frontières dans sa
collection Auteurs, le film est proposé dans une
copie plutôt abîmée mais dont les quelques
griffures, taches et points blancs passent globalement inaperçus
grâce à une compression qui est, elle, irréprochable.
On pourra reprocher au DVD un léger manque de définition
mais le plus gênant est peut-être lors de certaines
séquences des contrastes vraiment trop faibles. Le
disque s’avère tout de même dans son
ensemble plus que satisfaisant même si on aurait souhaité
une véritable restauration pour ce chef-d’oeuvre.
Son : Si la bande son mono d’origine
souffre parfois de légers décrochages, elle
reste toujours parfaitement lisible et les dialogues se
détachent toujours correctement de l’ambiance
sonore. Peu de souffle à déplorer.
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Le
DVD propose en supplément une étonnante
fin alternative «optimiste»
tournée sous la pression des producteurs mais dont
l’absence dans film témoigne de l’intégrité
de la démarche de Bunuel.
On se réjouit également de la présence
sur ce disque de Terre sans pain
(Las Hurdes), réalisé en 1932, film documentaire
saisissant sur une région reculée d’Espagne
qui fut également en son temps immédiatement
interdit. Bunuel nous y présente une région
dont les habitants semblaient vivre à cette époque
quasiment comme au moyen age dans des conditions misérables.
On peut voir là un point de vue peut être
trop appuyé, notamment par une voix-off à
laquelle on pourra reprocher son excessive grandiloquence.
A noter, la fameuse séquence de la chute de la
chèvre dans les montagnes où l’on
voit, dans le coin droit du cadre, la fumée du
fusil ayant servit à Bunuel à provoquer
la chute de l’animal… La copie en est très
abîmée et la bande son parfois difficilement
audible mais le film conserve tout son intérêt
et son étrange poésie morbide (27 mins).
A noter également la présence d’une
présentation du film fort bien documentée
et de la filmographie du réalisateur,
les deux sous forme de texte déroulant.
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