Depuis sa sortie La mort aux trousses
est l’objet de nombreuses théories. Certains
prétendent y voir le premier film d’action
moderne dont Mc Tiernan, Spielberg ou Cameron seraient les
héritiers. D‘autres, l’analysent comme
un résumé de l’œuvre américaine
d’ Hitchcock (1). Ces réflexions souvent intéressantes
ne doivent pas occulter le fait que North by Northwest
est avant tout un film d’une incroyable efficacité.
Les fruits de cette réussite sont liés au
génie de son réalisateur, à l’intelligence
du scénario d’ Ernest Lehman et à un
casting sans faute.
Dans ce vingt troisième long métrage
réalisé aux USA, Sir Alfred met encore une
fois en scène un homme ordinaire auquel le spectateur
peut facilement s’identifier. Pour plonger plus rapidement
le public au cœur de l’action Lehman rédige
un scénario dont le premier acte tient dans une scène.
Aussitôt après cette phase d’exposition
les scènes d’action s’enchaînent
avec fluidité et sur un rythme frénétique.
Le spectateur est pris dans l’engrenage, il ne reprendra
son souffle, haletant, qu’au terme de 136 minutes
!!!
Mais au delà d’une collaboration
parfaite avec son scénariste et d’une succession
de scènes plus mythiques les unes que les autres,
Hitchcock réalise ici un de ses rêves : tourner
dans les grands espaces. Le mont Rushmore, le siège
de l’ONU ou les plaines ensoleillées du "Mid
West" font partie de ses fantasmes de réalisateur.
A l’image, cela se traduit par de superbes séquences,
magnifiées par le Vistavision et la photo de Robert
Burks.
Enfin, il serait scandaleux de parler d’efficacité
du film sans rendre hommage aux comédiens qui l’habitent.
Cary Grant, dans ce rôle de publicitaire naïf
et déterminé, apporte une légèreté
acquise dans ses rôles de comédie. L’attachement
du public pour ce héros est total. A ses côtés
la froide et magnifique Eva Marie Saint interprète
le rôle d’une vie. Incarnation du fantasme Hitchcockien
elle est extrêmement touchante en femme prostituée
au service d’une organisation secrète. Et puis
il y a James Mason : son regard chargé de détermination,
sa démarche raide, en font l’un des plus beaux
méchants que le cinéma nous ait livrés.
A ses côtés on retrouve un Martin Landau d’une
grande sobriété, impeccable en brute froide
et dévouée. On peut aussi remarquer les très
sympathiques rôles de Jessie Royce (La mère
envahissante de Roger) et de Leo G. Carroll en professeur
secret et paternel.
North by northwest reste encore
aujourd’hui le sujet de nombreuses analyses dans les
écoles de cinéma. C’est un film total,
d’une richesse infinie, et dont les multiples visions
continueront d’émerveiller le Roger Thornhill
qui est en chacun de nous …
(1) Francois Truffaut dans le
célèbre Hitchcock Truffaut (édition
Ramsay)