Metropolis - (Universum Film A.G.)
Réalisé par Fritz Lang
Avec Alfred Abel, Gustav Fröhlich, Brigitte Helm, Theodor Loos
Scénario : Fritz Lang et Thea von Harbou
Musique : Gottfried Huppertz
Photographie : Karl Freund et Günther Rittau
Un film Universum Film A.G.
distribué par MK2 éditions
Allemagne
119 min
1927


119 min
Zone 2 – DVD9 – PAL
Format cinéma : 1.37 :1
Format vidéo : 4/3, N&B
Musique en Dolby Digital 5.1 et stéréo
Sous titres : français, allemand, anglais, espagnol et italien optionnels
Menus et chapitres animés
Date de sortie : 14 avril 2004


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2026, Metropolis symbolise la mégalopole futuriste, organisée selon un système de castes. Les ouvriers travaillent dans la ville basse, manipulant des machines nuit et jour, dans le seul but d’assurer le bonheur des bourgeois de la ville haute. Un savant fou, l’hybride Rotwang (Rudolf Klein-Rogge), met au point un androïde à l’apparence féminine, qui exhortera les ouvriers à se rebeller contre le maître de la cité : Joh Fredersen (Alfred Abel). Lutte des classes et métaphysique rythment un film définitivement en avance sur son temps.

Qu’ont en commun le film Metropolis de Fritz Lang, la neuvième symphonie de Beethoven, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et la Bible de Gutenberg ? Tous font partie de patrimoine documentaire de l’humanité et figurent parmi les 91 collections inscrites au registre "Mémoire du monde"’ de l’Unesco. Ce programme, lancé en 1992, se donne pour mission de sauvegarder le patrimoine de l’humanité. Dans le cas du cinéma, des milliers de kilomètres de pellicules risquent de s’effacer si leur restauration n’est pas rapidement entreprise. Le Metropolis qui nous est offert aujourd’hui, a été amputé d’un quart de sa durée originelle. Plusieurs minutes de celluloïd perdues à jamais. Si le temps a détruit en partie le film, il n’est pas le seul responsable, la société de production détient une large part de responsabilité.

Dans l’histoire du cinéma, aucune œuvre n’a subi autant de transformations que Metropolis. Le film de Fritz Lang avait nécessité deux ans de travail. Le déploiement technique et financier avait éclipsé tout ce qui avait été imaginé, au point que Metropolis mena la société U.F.A. au bord de la faillite. Avec ce projet colossal, les producteurs espéraient de gros bénéfices et un succès commercial international. Malheureusement, le film ne connut pas le succès escompté. Metropolis fut un fiasco. Seuls 15.000 Berlinois assistèrent à la projection en janvier 1927. Le film fut très vite retiré de l’affiche afin d’être remonté et raccourci. D’une durée originale de 153 minutes, le film fut réduit à 118 minutes. C’est cette version de deux heures qui fut projetée à travers le monde. Mais rien n’y fit, le public bouda Metropolis.

Le film subit encore de nombreuses coupures, notamment une version américaine distribuée par la Paramount, indigne de la vision de Fritz Lang. Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que le film soit redécouvert et trouve enfin son public.

C’est à l’initiative de la Fondation Friedrich-Wilhelm Murnau qu’une reconstruction a été à nouveau entreprise. Les archives du monde entier ont été "pillées" afin de toucher au plus près l’œuvre imaginée par Fritz Lang et sa femme, Thea von Harbou. Bien évidemment, l’œuvre présentée ici ne constitue qu’une version synthétique. Approchons-nous l’œuvre de janvier 1927 ? Un mystère que Fritz Lang a emporté dans la tombe. Interrogé sur son travail, il demeurait évasif et ne répondait que par d’autres questions.

"Lorsque j’ai lu pour la première fois le manuscrit de Thea von Harbou, j’ai tout de suite compris que le travail qui m’attendait allait de très loin dépasser mes précédentes réalisations" déclara Fritz Lang. Metropolis la futuriste ne pouvait qu’être le fruit de l’imagination, car il n’existait pas de style moderne qui exprime la complexité de cette mégalopole. Le projet est gigantesque, la ville est un mélange de modèles réduits, de trucages et de décors. Gratte-ciel art déco, autoroutes et jardins suspendus, Tour de Babel composent le cœur de la cité. Cette modernité apparente a un prix : elle ne vit que grâce à la sueur et au sang de milliers d’ouvriers qui se tuent littéralement à activer des machines qui ne produisent rien, mais qui réclament leur lot quotidien de morts et de blessés. Dans la ville basse, des équipes de nuit exténuées croisent des équipes de jour qui se jettent dans les ascenseurs qui les mèneront à M, la machine centrale. M comme Metropolis, M comme mutter (maman), M comme Moloch, la divinité païenne des Phéniciens et des Ammonites. Comme l’antique Moloch-Baal, la machine avale ses enfants, se repaît de leur chair. Toute mauvaise manipulation des leviers est sanctionnée sur le champ. C’est ce que découvrira le jeune Freder (Gustav Fröhlich) quand il descendra dans les souterrains à la recherche de Maria (Brigitte Helm). Si les ouvriers symbolisent le prolétariat opprimé par le capitalisme, Maria, elle, représente le renouveau, la virginité et la foi. Maria réconforte les masses oppressées, elle prêche dans les catacombes de Metropolis, véritable chapelle qui rappelle les lieux de rencontre des premiers chrétiens. Elle offre un espoir qui effraie le dirigeant, concepteur de la cité, Joh Fredersen (Alfred Abel), père du jeune Freder. Le prénom Joh renvoie à Jéhovah, le Dieu biblique. Monopoliste et dictateur, Fredersen contrôle Metropolis de son bureau, entouré de consoles et de téléphones de surveillance. Tel le leader moderne, il règne grâce à la communication et l’information.

Fritz Lang joue avec la symbolique religieuse. Derrière chaque pan de la ville, chaque habitant ? se cache une métaphore. A ces références bibliques, le maître allemand ajoute la psychanalyse, une forme de pendant à la spiritualité. Relation au père et à la mère, complexe d’Œdipe ? tourmentent Freder et les personnages principaux : Fredersen, Maria et Rotwang. Le sacré qui est incarné par Maria est bafoué par Fredersen et le savant fou Rotwang. A deux, ils créent un doppelganger de la vierge à partir d’un androïde féminin. La virtuosité de Lang explose lors de cette traque effrénée menée par un Rotwang qui pourchasse Maria de sa lampe torche dans les catacombes. Si le film use de nombreux plans fixes, cette scène permet à Lang de multiples travellings. Un mouvement perpétuel qui se conclut par l’hallali. Lang se permettra une autre expérience de pur cinéma lors de la danse des voiles effectuée par la fausse Maria dans le Yoshiwara, le club des jeunes gens de bonne famille de la ville. Lang nous offre alors un montage rythmé, empreint de modernité et visuellement époustouflant.

Ces scènes magnifiques préfigurent la catastrophe à venir. La fausse Maria déclenche la révolte. Les ouvriers, ivres de rage, détruisent la machine centrale. Le chaos recouvre Metropolis. Finalement, c’est l’amour qui viendra à bout de l’entropie. Maria et Freder parviennent à convaincre Fredersen que le cœur doit servir de médiateur entre la main (l’action) et la tête (la planification). L’anti-technologie, les sentiments, l’emportent sur la modernité et ses moyens de production.

Les exégèses de Metropolis sont légion. Ses interprétations sont multiple. Tout le monde a une idée de Metropolis, mais que faut-il y voir au juste ? Certainement pas le film écrit par Thea von Harbou en 1924 et mis en scène par Fritz Lang en 1926, puisqu’il n’existe plus depuis 1927. Il reste un film populaire, le plus connu et le plus regardé des films allemands. L’oméga de l’expressionnisme cinématographique. Un chef-d’œuvre qui continue d’inspirer les cinéastes modernes, que ce soit à travers Ridley Scott et son Blade Runner ou plus récemment avec les frères Wachowski et leur trilogie Matrix. Il demeure un film fondateur qui nous touche au cœur.

Cette édition exceptionnelle MK2 reprend les caractéristiques techniques et les bonus du DVD zone 1 sorti l’année dernière chez Kino.

Image : Si l’on considère que le film va bientôt souffler ses 80 bougies, la qualité de la pellicule est tout bonnement magnifique. Contrastes et compression sont de haute tenue ; le film retrouve une partie de sa jeunesse perdue. Mis à part certains rares segments qui pèchent par un grain prononcé et un manque de stabilité de l’image, cette édition réalise un sans faute. Un ravissement pour les yeux ! Son : Ici aussi, une excellente surprise. En 2001, la Fondation Murnau émit l’idée de rendre au film sa musique originale avec un grand orchestre. C’est l’orchestre symphonique de Sarrebrück qui releva le défi. C’est ce nouvel arrangement qui nous est proposé sur 6 canaux et en stéréo. Si la spatialisation multicanaux peut surprendre pour un film muet, on se laisse rapidement prendre au jeu ; cette piste 5.1 offre une ampleur sans précédent à la musique originale de Gottfried Huppertz. La piste stéréo est également de grande tenue.

Disque 1

Commentaire audio
de l’historien du cinéma Enno Patalas.
Audio en anglais ou allemand avec sous-titres optionnels français, allemand, anglais, espagnol ou italien. Si Enno Patalas se cantonne parfois à paraphraser les images magnifiques de Fritz Lang, il capte tout notre intérêt quand il décortique les nombreuses références bibliques qui se cachent derrière les personnages, les actions et les lieux. Son analyse est tout aussi pertinente en ce qui concerne l’aspect technique et artistique de l’œuvre ; mouvements de caméra, plan fixes, Patalas nous révèle les choix du maître allemand.

Disque 2

Le cas Metropolis – 43’45
Audio en anglais ou allemand avec sous-titres optionnels français, allemand, anglais, espagnol ou italien. Excellent documentaire qui revient sur le phénomène Metropolis. Enno Patalas revient sur le contexte politico-économique de l’Allemagne de l’après Première Guerre Mondiale, ainsi que sur les influences artistiques du mouvement expressionniste. L’historien du cinéma - ainsi que Fritz Lang lui-même au travers d’archives – s’expriment sur le tournage de scènes clef. Tous deux abordent les effets spéciaux, la technique… Un complément indispensable au commentaire audio !

La restauration – 8’50
Audio en allemand avec sous-titres optionnels français, allemand, anglais, espagnol ou italien. Martin Koerber, superviseur de la restauration, détaille les différentes étapes du nettoyage de Metropolis. Grâce à des scènes mises en vis-à-vis, nous pouvons apprécier le travail de titan qui a été effectué sur les photogrammes et les intertitres. Au lieu de fabriquer un simple duplicata, le négatif du film a été plongé dans un fluide, scanné, puis traité digitalement par ordinateur.

Galeries de photos

- Génèse du film : Photos de l’œuvre avec légende.

- Scènes disparues : Le scénario permet d’imaginer le film tel que projeté lors de la première à Berlin. Des commentaires ponctuent les différentes photos.

- Esquisses architecturales : Croquis dessinés par l’architecte Erich Kettelhut accompagnés de commentaires explicatifs.

- Ebauche des costumes : Dessins des costumes créés par Aenne Willkomm avec légendes.

- Affiches : projets d’affiches de Metropolis par Werner Graul, Schmidt, Heinz Schulz-Neudamm…

- Biographies exhaustives de Fritz Lang, Thea von Harbou (scénario), Erich Pommer (chef de production), Karl Fruend (directeur de la photo), Günther Rittau (caméra), Otto Hunte (Décors), Erich Kettelhut (trucages en peinture), Gottfried Huppertz (musique), Brigitte Helm (Maria), Gustav Fröhlich (Freder), Rudolf Klein-Rogge (Rotwang), Alfred Abel (Joh Fredersen), Heinrich George (Grot le contremaître).


Un film chroniqué par Dave Garver