Réalisé par Jean-Luc Godard
Avec Michel Piccoli, Brigitte Bardot, Fritz Lang, Jack Palance & Giorgia Moll
Scenario : Jean-Luc Godard d'après le roman épnoyme d'Alberto Moravia
Musique : Geoge Delerue
Photographie : Raoul Coutard
Montage : Agnés Guillemot
Un film Concordia Films - Rome Paris Films - Compagnia Cinematografica Campion
France / Italie - 103' - 1963



LE DVD ZONE 2
Zone
2 - 1 disque, 1 face, 1 couche
Format Cinémascope
Langues : Français mono (MPEG 2)
Ss-titres : Pas de sous-titre
Couleur - Mono d'origine
Menus fixes et muets

LE DVD ZONE 1
Zone 1 - 2 disques
Format Cinémascope
Langues : Français mono Anglais Mono
Ss-titres : Anglais
Couleur - Mono d'origine
Menus fixes et accompagnés de la musique de Georges Delerue


Article sur Imdb.com


Votre avis nous intéresse

Chroniqués par DvdClassik :
Pas d'autre film de JL Godard à ce jour

 

 




Le redoutable producteur américain Jeremy Prokosch (Jack Palance) engage le scénariste français Paul Javal (Michel Piccoli) pour retoucher l’adaptation de L’odyssée que Fritz Lang (lui-même !) tourne à Cinecittà. Javal et sa femme Camille (Brigitte Bardot) se rendent au studio, et font la connaissance de Lang et de Prokosch. Le cinéaste et son producteur n’ont pas l’air de partager la même conception du cinéma. Par ailleurs Camille semble taper dans l’œil de Prokosch…

Comment appréhender un tel film aujourd’hui ?

Tout, ou presque, a semble-t-il été dit et écrit sur ce monument incontournable du cinéma français, mondial et – tant qu’on y’est – universel. Y compris, peut être, les modestes lignes qui vont suivre. Gloses d’universitaires confirmés, critiques délirantes d’adversaires acharnés ou de thuriféraires convaincus, sans compter les clins d’œil cinéphiliques et les hommages appuyés de quelques cinéastes admiratifs. Pourtant, impassible, le film résiste à ce déluge de commentaires périphériques. Il continue à fasciner ou à rebuter – parfois les deux en même temps – les nouvelles générations de cinéphiles.

Il faut dire que dès les premières secondes, le spectateur est convié à un voyage au cœur même du cinéma. Et si Le mépris constituait une sorte d’amorce aux futures Histoire(s) du cinéma godardiennes ? Après tout, avec Le mépris Godard convoque deux conceptions du cinéma sinon antagonistes, du moins distinctes, et les fait coexister par le truchement d’une mise en abyme, d’un film dans le film (en l’occurrence une adaptation de L’odyssée par un cinéaste allemand "hollywoodien" en fin de carrière).

A ma gauche donc : un transfuge de la série B américaine (l’excellent Jack Palance) – Fritz Lang (en personne…ou plutôt déifié par la caméra de Godard !), Hollywood, Cinecittà, et la figure tutélaire d’Homère.

A ma droite : un couple plongé en pleine crise existentielle, Godard, lui-même, en assistant de Lang, Coutard en chef opérateur, et l’esprit d’André Bazin.

A ma gauche donc : le cinéma dit "classique".

A ma droite : le cinéma dit "moderne".

Avec Le mépris Godard ose précipiter le couple en crise du Voyage en Italie de Rossellini dans une intrigue à la Mankiewicz (au hasard, La comtesse aux pieds nus).

Nous sommes en 1963, depuis quelques années déjà, aux quatre coins de la planète, des jeunes cinéastes s’affranchissent du diktat narratif hollywoodien, hérité en partie de La poétique aristotélicienne. C’est toute une conception du monde qui vole en éclat. On peut voir dans le classicisme un cinéma du cosmos, une représentation du monde comme territoire ordonné, hiérarchisé, où l’on distingue le vrai du faux, le bien du mal, et où les personnages vivent en harmonie avec le milieu dans lequel ils évoluent etc. C’est le monde de Ford, du western classique, celui d’Ulysse aussi, celui-là même que le cinéaste interprété par Lang tente de reconstituer tout au long du film. Par opposition, le cinéma moderne est celui du chaos. Les frontières s’estompent entre le bien et le mal, le vrai et le faux, et, surtout, les personnages semblent confrontés à un monde devenu indéchiffrable.

C’est cette opposition classique/moderne qui structure le film de Godard.

Le couple Paul/Camille, éminemment moderne, constitue par exemple le pendant moderne du couple mythologique Ulysse/Pénélope, personnages principaux de L’odyssée langienne. Semblables aux figures antonioniennes pour lesquelles Françoise Sagan forgea la notion – désormais galvaudée – "d’incommunicabilité", Paul et Camille sont séparés par un abîme infranchissable. Ils arpentent un monde en ruines abandonné des dieux.

Figure centrale du film, Lang incarne justement un Dieu agonisant qui a fait son temps. Il faut le voir ainsi déambuler dans les décors désertés de Cinecittà, pour mesurer à quel point Le mépris est un film mélancolique.

Godard lui-même n’échappe pas à cette dichotomie classique/moderne. Lui qui, en tant que critique, a chanté les louanges des pères du classicisme hollywoodien, n’ignore pas qu’une page vient de se tourner. Le voici tout de même partagé entre l’admiration qu’il porte à Lang – et qui se vérifie dans les plans qu’il compose littéralement autour de lui - et sa volonté de fonder un cinéma en phase avec les préoccupations de son époque. Or l’heure est aux constats. Ainsi si Le Mépris n’a pas la valeur de manifeste de la modernité (comme a pu l’être A bout de souffle, par exemple) il s’impose d’emblée comme un état des lieux de ce jeune cinéma. Il dresse un premier bilan, pose quelques questions essentielles (Qu’est-ce que faire un film en 1963 ?), règle quelques comptes (notamment avec LA figure du producteur hollywoodien aux dents longues).

Aujourd’hui bien sûr la question cinéma classique/cinéma moderne ne se pose plus en ces termes. Le cinéma mainstream a récupéré faux-raccords, et montage "cérébral". Quelqu’un comme Soderbergh peut, par exemple, disloquer sa narration à la manière du Resnais de Je t’aime, je t’aime, sans subir les foudres du public (voir L’anglais).Mais en 1963, sous les apparats d’une superproduction classique, un cinéaste osait interroger le devenir de son art en invitant à la fois, Antonioni et Minelli, Welles et Rossellini, Bardot et Lang…

Du Mépris on a souvent dit qu’il s’agissait de l’œuvre la plus classique de Godard. Pourquoi pas après tout ? Mais n’oublions pas que pour beaucoup, il reste avant tout un classique… du cinéma moderne ! Cette apparente contradiction explique en partie pourquoi Le mépris constitue toujours, quarante ans après sa sortie, un film de référence(s).


Image et son :
Mention "peut mieux faire" à l’éditeur. Honorable du point de vue de l’image, même si l’on aurait souhaité un master plus propre, rendant hommage à l’admirable travail du chef opérateur Raoul Coutard.

Bonus : J’aimerais attirer l’attention sur l’hilarant film annonce, d’époque, qui est proposé en bonus. Distanciation et ironie sont au rendez-vous. Un vrai régal qui mérite le détour.

Le reste n’est pas franchement à la hauteur de nos espérances – c’est le moins qu’on puisse dire. Nulle trace du documentaire de Labarthe Le dinosaure et le bébé (prévu dans l’édition Criterion, voir ci-dessous) dans lequel Godard et Lang discutent à bâtons rompus. Pas de témoignages de collaborateurs - mais la présence d’un documentaire anecdotique sur Georges de Beauregard LE producteur de la nouvelle vague française – aucune piste isolée pour la célébrissime musique de Georges Delerue, quelques critiques…

Certes le film se suffit à lui-même (voilà une formule que les éditeurs paresseux et/ou pingres ne vont pas manquer d’adopter), mais le cinéphile a le droit de se sentir lésé.


Image : Que dire ? Jamais le chef d’œuvre de Jean-Luc Godard n’avait bénéficié d’un tel écrin. Rouges, bleus, jaunes, c’est une enchantement des sens qui éclabousse l’écran dès le premier plan. Des exemples ? 10’ 35’’ : l’Alfa Roméo de Prokosch n’a jamais été aussi replendissante, quelques secondes plus tard, les fauteuils bleus de la salle de projection ont un air de… jamais vu. Et quand viennent les premiers rushes de l’Epopée de Fritz Lang (15’12’’), c’est une claque monumentale qui vous attend. L’intégrale Criterion à celui qui dégotera plus de 10 poussières sur la copie…

Son : Même travail de titan sur la bande sonore du film : vous pouvez d’ores et déjà oublier le souffle de votre vieille VHS et admirer le travail. Car chez Criterion, on ne fait pas les choses à moitié : George Delerue ressucité a convoqué son orchestre au grand complet, et le duo Piccoli/Bardot s'est invité derrière votre enceinte centrale pour un mono d'une clarté réjouissante. A noter que le mixage parfois étonnant des dialogues et de la musique a toujours été une volonté de JLG.

Bonus : Attention les mirettes, vous allez être servis... Et c'est du tout bon !

Commentaire audio de Robert Stam : Un commentaire érudit de la part d'un spécialiste américain de Jean-Luc Godard, qui s'il a trop tendance à lire un texte apparemment pré-écrit, dévoile quelques anecdotes et explications pas forcément inutiles. Loin de toute tentative hasardeuse d'analyse, Stam s'en tient aux faits et c'est tant mieux.

The Dinosaur & The Baby : Mythique interview (61’) de Fritz Lang par Godard tournée en 1967, ce document passionnant d’une heure fait partie de la non moins mythique série TV d’André S. Labarthe : Cinéastes de notre Temps. Plus proche du dialogue que de l’interview cire-pompes, cette heure de conversation recelle de grands moments de dissertation sur la mise en scène, sur le Mépris & sur M Le Maudit ou encore sur les projets de Lang à l’époque. Ponctué d’extraits de piètre qualité en noir et blanc, le film vaut surtout pour l’incroyable émulation intellectuelle qui transpire de cette rencontre au sommet, et notamment ce moment magique où Lang se met à dessiner sur la nappe de la table sa conception de la mise en scène comparée à celle de Godard. Superbe… A noter que ce documentaire est chapitré, en français sous-titré anglais.

Encounter with Fritz Lang : Reportage de 15’ réalisé par Peter Fleischmann sur le tournage du Mépris. Mélange d’images du Maître allemand sur le plateau du Godard et de (trop) longs extraits de la filmographie de Fritz Lang (Siegfried, M Le Maudit…), ce petit bonus en Noir et Blanc n’a finalement qu’un intérêt assez limité. Le rapport entre le tournage du Mépris et les extraits présentés étant très ténu, on obtient finalement un reportage qui part dans tous les sens. Reste une courte interview assez intéressante de Lang sur le tournage, qui revient sur ses rapports avec Godard. A noter 1. une voix off allemande (mais sous titrée en anglais) d’une platitude et d’un monotone pénibles – 2. Les images de tournage sont en plus tirées du reportage de Jacques Rozier chroniqué plus bas…

Le Parti des Choses - Bardot et Godard : Images de tournage rares et astucieusement montées par Jacques Rozier (le futur réalisateur du superbe Maine Océan notamment). Rozier évite tout interview complaisante et joue même avec le principe de "featurette" en jonglant avec un commentaire audio ironique et joueur. Ce petit montage de 9’ nous offre même le tournage d’une séquence inédite entre Bardot et Piccoli dans une crique aux alentours de Capri.

Paparazzi : Reportage (17’50") du même Jacques Rozier, là encore très ludique, sorte d’équivalent Nouvelle Vague du reportage télé. Tout en voix-off (notamment celle de Michel Piccoli), Paparazzi narre les mésaventures de BB face à la ténacité des photographes italiens mais est aussi une nouvelle fois prétexte à montrer des images de tournage (que l’on retrouve d’ailleurs parfois aussi dans le reportage précédent). A la fois drôle et instructif, le reportage est une petite perle bien à l’image de l’époque et de ses cinéastes phares et offre même quelques images inédites et passionnantes, telle cette scène où Godard pourchasse lui même les paparazzi qui hantent les alentours du plateau.

Jean-Luc Godard Interview Excerpt : Interview d’époque de Godard (par François Chalais pour Cinepanorama) intitulée Le Coup du Mépris, sur des thémes aussi divers que la fonction de critique, le rapport de Godard aux journalistes qui écrivent sur ses films (Godard avouant avoir été déçu qu’un critique du Figaro aime un de ses films), les scènes de nu imposées par les producteurs américains, le succès et l’échec ou encore le rêve de Godard de tourner une superproduction pour la MGM !

Interview with Raoul Coutard : 26’ d’entretien récent (été 2002) avec Raoul Coutard relatant l’expérience de Coutard et ses collaborations avec Godard sur le Mépris ainsi que sur d’autre films du réalisateur suisse tels qu’A bout de Souffle ou Week End. De multiples anecdotes passionnantes (la rencontre Godard-Beauregard, les fesses de Bardot, le Cinemascope et les focales, le Technicolor, Truffaut…) émaillent ce reportage, finalement plus axé sur Godard ou la technique que sur Coutard lui même.

WideScreen vs FullScreen : 5’ de démonstration (flagrante), via des extraits du Mépris, de l’avantage du Format respecté sur le Pan & Scan. Mais n’étiez vous pas déjà tous convaincus ?

Bande Annonce : Même bande-annonce jubilatoire que celle offerte sur le Z2 (voir ci dessous). D’un état tout juste correct, la BA permet de juger du travail impressionnant de restauration effectué sur le film par Criterion.

Choix des sous titres : explication du processus de choix des sous titres.

Livret de 10 pages consacré au film, composé de quelques photos, de l'affiche originale, des crédits DVD mais surtout d'un long texte de 5 pages de Phillip Lopath, romancier américain qui analyse le chef d'oeuvre de JLG avec enthousiasme. Pour les fans, très intéressant...