Ecrit et réalisé par : Tobe Hooper
avec : Marylin Burns, Allen Danziger, Paul A Partain, William Vail, Teri Mc Minn, Jim Siedow, Edwin Neal, Gunnar Hansen
musique : Wayne Bell et Tobe Hooper
photographie : Robert A Burns
un film Vortex Inc
USA – 84 minutes – 1974


84 mn
Zone 2 dvd 9
Format cinéma : 1.75
Format écran : 1.75( 16/9 non offert)
Langues : Anglais 4.0 Français : 1.0 et 5.1 Arkamys
Sous-titres : français
Chapitrage et menus animés et musicaux


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Chroniqués par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour

 

 



Le 18 août 1973 par une chaleur caniculaire, cinq jeunes et insouciants amis traversent le Texas à bord d’un van. Alpagués par un très étrange auto-stoppeur, ceux-ci sont pris de panique lorsqu’il les menace avec son couteau. Ils arrivent finalement à le faire sortir mais sont pris de court par une panne d’essence qui les oblige à s’arrêter dans une station-service pour le moins inhospitalière. Un peu plus tard, ils découvrent la vieille maison de la grand-mère de Sally (Marylin Burns) et Franklin son frère (Paul A Partain) abandonnée depuis des lustres. Le groupe finit par se séparer. Un long et douloureux cauchemar les attend…

Il est difficile de ne pas s’enthousiasmer devant ce monument qui allait bousculer le cinéma d’horreur indépendant en 1974 et qui atteignit très vite une popularité croissante, jamais démentie jusqu’à nos jours. Au lieu d’être un banal film amateur, Massacre à la tronçonneuse devient un classique incontournable d’une brutalité sans concessions. Pourtant, même s’il faut avouer qu’il est très linéaire (cinq personnages, un lieu, un jour), il n’en demeure pas moins une expérience éprouvante, inouïe, d’autant qu’il s’agit du premier long-métrage de son co-scénariste/réalisateur Tobe Hooper. Le jeune cinéaste (par ailleurs lui aussi texan) avoue dès le début de la production que le film a été réalisé à des fins commerciales.

Dans le contexte politique de l’époque, c’est surtout une petite bombe prête à exploser. Il faut rappeler, pour la petite histoire, que la réalisation du film intervient alors qu’éclate aux Etats-Unis le scandale du Watergate qui met le président de l’époque, Richard Nixon, dans une position plus que problématique concernant une affaire d’écoutes téléphoniques qui lui vaudra sa démission.

L’immense intérêt que va susciter le métrage est dû d’une part au sang neuf qu’il apporte (jeunes acteurs pour la plupart inconnus et qui retravailleront pour certains avec le cinéaste, comme la merveilleuse Marylin Burns qui tournera Eaten Alive) mais aussi à sa volonté affichée de narrer un fait divers (le scénario n’est pas vraiment inspiré d’un fait réel, mais reprend certaines lignes de la vie de Ed Gein, un célèbre serial-killer qui sévit dans les années 50 et dont la vie inspira de nombreuses fictions y compris Psychose d’Alfred Hitchcock). Hooper se veut honnête (un quasi-effet d’hypnose dans le pré-générique ) et propose aux gens de voir et d’entendre la vérité à un moment donné où la culture du mensonge est omniprésente. Malgré un budget très limité (140000 dollars), mis bout à bout avec la plus grande des peines, il s’avère que d’un point de vue technique, le metteur en scène et son directeur de la photo Daniel Pearl réalisent un petit miracle de tension, professionnel sur bien des points, parmi les plus éprouvants qu’une pellicule eut à imprimer. Mais nous y reviendrons plus en détail par la suite.

La date de sortie aux Etats-Unis (en octobre 1974 pour être plus précis) a été suivie de près par celle qui nous intéresse plus particulièrement à savoir la France. Celle-ci a été tout de suite avortée par une censure de l’époque qui l’interdit avec pour seule justification que le film "atteignait à la dignité humaine par son trop grand réalisme". On peut imaginer en effet la tête du comité de classification des films français découvrant un univers poisseux, faisant d’un boucher le héros d’un film, boucher qui tue sans raison apparente de jeunes personnes innocentes. Mouvement de panique, censure immédiate. La phrase sus-mentionnée peut aujourd’hui prêter à sourire, mais à l’époque elle priva un grand nombre de gens de découvrir l’opus en question en salles. Elle prouve surtout que Hooper avait parfaitement réussi son coup d’essai (on peut parler avec le recul d’un coup de maître) et qu’il réalisait LE film d’horreur des années 70 et l’un des plus grands jamais tournés. Sa renommée est aussi due en partie au malentendu tournant autour de son titre. En effet il y a des gens qui étaient persuadés (et le sont encore) de voir un film gore. Or, il n’en est rien. Aucune scène n’est à proprement parler gore ; tout est suggéré. Et surtout, même s’il est d’une violence assez incroyable, il n’est pourtant pas dénué d’humour. Un humour très noir certes, mais qu’il ne faudrait pas oublier. Cette censure brutale imposa paradoxalement par la suite le film dans les vidéos-club. Il fut présenté dans la collection René Château Vidéo laquelle proposait les films d’horreur de l’époque (au début des années 80) dont Evil Dead, Massacre à la tronçonneuse, Zombie, Maniac etc. Il ressortit sur les écrans seulement 5 ans plus tard en pleine vague horrifique ce qui contribua aussi à faire une part de son succès public.

En partant d’une simple anecdote personnelle (Tobe Hooper se rappelle avoir été bloqué dans un magasin et s’être demandé ce qu’il ferait s’il saisissait une tronçonneuse pour passer plus vite à la caisse), son film allait prendre une dimension qu’il n’imaginait sans doute pas au moment du tournage même s’il reste interdit en Angleterre jusqu’en 1999 (rappelons que Orange Mécanique avait aussi été interdit dans le même pays, mais cette fois-ci sous la demande du réalisateur Stanley Kubrick qui demanda à ce que l’on retire les copies des salles après des menaces de mort) et banni en Suède et en Norvège (1984) où il ne sortira pas avant 1994. Il n’est pas le seul à avoir constitué sa propre mythologie, il n’est pas le premier à avoir acquis un statut de film culte ou à avoir participé de sa légende autour de sa sortie (comme pour l’Exorciste et ses femmes s’évanouissant pendant les séances). Mais il est celui qui aux yeux de beaucoup est une pierre angulaire de la terreur réaliste, au point même que la simple évocation de son titre plonge nombre de personnes dans des souvenirs impérissables. Il s’inscrit dans la lignée des premiers ‘survivals’ de l’histoire du cinéma, au même titre que les très controversés Délivrance réalisé par John Boorman ou La dernière maison sur la gauche, réalisé par le quasi-débutant Wes Craven. Les années 70 portent en elles les germes d’un changement radical dans la réalisation des films de genre. Jamais auparavant les meurtres n’avaient été aussi graphiques, jamais la caméra à l’épaule ne s’était approchée autant du documentaire. Ici, l’approche réaliste trouve son point d’ancrage dans la description d’une petite bourgade du Sud inondée de soleil mais n’offrant aucune perspective réelle. Les personnages sont minés par la crise (les héros sont une famille de bouchers texans mise au chômage par la pénurie et l’industrialisation et qui a renoncé aux méthodes d’antan d’abattage des animaux). Cette sinistrose ambiante ajoute un côté décadent au film. On nage en plein dans ‘l’anti Rêve’ américain. La dégénération est en marche et seuls les moulins à vents continuent de fonctionner, symbole d’une époque passée et révolue mais aussi signe le plus évident d’un monde en pleine mutation. L’ironie mordante du scénario vient de cette scène préliminaire où un vieux fou annonce que lui seul sait ce qui va se passer. Procédé futile ? Non, simplement une touche d’humour qui est d’ailleurs présente tout le long du film en filigrane. Ce réalisme sans artifices a beaucoup joué dans l’identification du spectateur aux personnages. Ici, elle atteint un degré de plausibilité tout à fait exceptionnel, et elle s’amplifie avec l’évolution des personnages et surtout de celui interprété par Marilyn Burns qui devient pour l’occasion l’une des plus fameuses ‘scream-queen’. Sans doute jamais auparavant, une victime n’avait semblé aussi proche, hormis dans M le Maudit de Fritz Lang.

Le film arrive sur une durée très courte (pas plus d’une heure vingt) à terroriser le spectateur par des moyens simples mais qui se révèlent ici très efficaces. De la première à la dernière scène il distille une angoisse, une sensation de chaos qui n’est pas qu’imputable à la mise en scène des moments-clés, mais aussi à ce formidable découpage qui assène le spectateur d’informations en multipliant les coupes. L’effet est saisissant. Comme par exemple, lorsqu’une porte grince, où qu’un des amis de Sally (William Vail) demande si quelqu’un se trouve à l’intérieur de la maison en ne sachant pas qu’il n’y découvrira que la mort. Ce procédé pourrait d’ailleurs facilement tomber à l’eau si les effets sonores n’étaient pas aussi travaillés ; procédé qui culmine dans les vingt dernières minutes, l’un des ‘climax’ les plus épuisants de l’histoire du cinéma. Il faut rappeler que Tobe Hooper et Daniel Pearl n’avaient à leur disposition qu’un rail de travelling de quinze mètres, et utilisaient la lumière naturelle de la région d’Austin pour l'éclairage. Une fois cette donnée prise en compte, on s’étonnera de la fluidité de l’ensemble et de ses mouvements de caméra nombreux et inspirés. La chaleur accablante se voit et se ressent dans chaque plan et elle nourrit une part de la folie qui s’empare des acteurs. Ainsi la première scène du film, qui n’est ni plus ni moins qu’un des génériques les plus impressionnants qu’on ait jamais fait, montre des circonvolutions solaires en pleine gestation. De même la première apparition de l’auto-stoppeur apparaît de prime abord saugrenue, mais s’avère être tout à fait logique au vu de ce qui va arriver par la suite (et de la découverte de la famille). En champ-contre champ, en ellipses parfois bienvenues (elles sont très rares), en mouvements de caméras inspirés (celui de l’arrivée et du départ de la station-service), le réalisateur arrive à créer une stylisation extrême alors que son film comporte des éléments morbides, glauques et repoussants qui pourraient ne pas du tout convenir à ses partis pris esthétiques. Le résultat visuel - dû au directeur artistique Robert Burns - qui va au-delà des espérances, montre surtout une volonté de créer un climat oppressant tout à fait remarquable de par sa crédibilité (comme la décoration de l’intérieur de la maison faite d’os et de débris divers ou cette poule enfermée dans une cage trop petite) et jouant sur la répulsion. Etonnant de maîtrise pour un premier film, magistral si on considère que la suite de la série n’atteindra jamais la perfection de ce premier opus qui reste d’une grande audace formelle. Cet aspect technique (filmage en 16mm gonflé en 35mm pour la sortie en salles avec présence d’un grain d’origine, idée de mouvement impossible comme lorsque la caméra suit d’en dessous la jeune fille - Teri Mc Minn- qui se lève de sa balançoire avant d’aller rejoindre la porte de la maison ) fait partie de la réussite incontestable du film, mais elle n’est pas tout. Car il y a autre chose qui fait le génie de ce film, quelque chose qui se travaille, cette chose c’est le son.

Tout comme Orange Mécanique, qui est le premier film a avoir bénéficié d’un mixage en Dolby Stéréo, Massacre à la tronçonneuse a été travaillé en profondeur sur le plan sonore. Il est impossible de passer outre cet élément fondamental. Jamais un film d'horreur n'avait bénéficié d'un tel soin dans ce domaine. C'est une véritable révolution car le suspens ne découle pas (plus) uniquement de situations tragiques mais avant tout de la façon dont le son les amplifient pour les rendre traumatisantes. A ce titre la seule chose qui permette à Sally de se raccrocher à la réalité est la découverte par la radio des atrocités qu'elle est elle-même en train de subir. Elle est témoin sans jamais pouvoir anticiper tout à fait ce qui est en train de se passer. La musique étant quasi-absente du film (le film ne résonnant pas en terme de mélodies même si John Lennon aurait participé à la bande-son sans être crédité au générique) et remplacée par une ambiance trouble et inquiétante, pas loin de la sensation de stress. Si on entend au tout début et à la fin du film une voix-off (très peu rassurante), la majeure partie de l’action se fait par la progression dans l’espace et non pas par des dialogues (untel avance et va voir ce qui se passe, quand les autres attendent et parlent entre eux). Les situations sont certes quelque peu ‘clichés’, mais elles sont marquées par une absolue foi dans la capacité à rendre chaque déplacement virtuellement mortel (on ne sera pas surpris qu’au bout de très peu de temps la plupart des personnages soient décimés). C’est bel et bien leur curiosité qui fait avancer l’intrigue. A la place d’une musique en bonne et due forme, l’équipe artistique et le réalisateur préfèrent un son distordant, tendu et répétitif comme une boucle sans fin, bourré de bruits métalliques rappelant à plus d’un égard le son industriel sévissant autour et à l’intérieur de l’abattoir. Il est présent sur toute la longueur du film à quelques exceptions près (remplacé par une musique country venant de la radio au début). Le son monte dans les aigus comme dans les graves, poussant dans ses derniers retranchements la sensation de malaise. Angoissant, il retranscrit en temps réel ce qui se passe à l’image, confondant le point de vue des victimes et ceux du spectateur qui est alors saisi à la gorge par le crescendo dramatique. S’il est moins présent au début pour mettre en avant les dialogues, il devient le cœur du film dans sa seconde moitié à partir du moment où Marylin Burns tente d’échapper à ‘Leatherface’ dans les bois. Jusqu’au générique de fin, le seul son qui sera parfaitement reconnaissable et perceptible sera celui de la tronçonneuse qui est constamment en marche. Comment mieux imprimer dans l’inconscient des gens que tout repose sur cette hallucinante mise en abyme de leurs peurs primaires ? En gros qu’il y a t’il de plus horrible qu’un bruit de tronçonneuse qui ne s’arrête jamais ?

Outre ses qualités évidentes de mise en scène, Massacre à la tronçonneuse regorge aussi de scènes anthologiques que l’on pourrait à loisir décortiquer tant elles sont nombreuses et surtout tant elles marquent par leur implacable effet de terreur. La première apparition de ‘Leatherface’ bien entendu, entrouvrant la porte avant d’asséner un coup de marteau fatal (la seule scène où apparaît de manière ostentatoire du sang). La scène serait banale s’il n’y avait pas l’apport d’une bande-son terrorisante qui immortalise cette première apparition. Il faut souligner la crédibilité du jeu des acteurs parmi lesquels le rôle du père joué par l’extraordinaire Jim Siedow qui livre une interprétation phénoménale. Le film passe tout d’un coup de l’autre côté de la barrière. On est du côté du tueur, la caméra a pénétré son antre et n’en sortira plus ou presque. Il fallait un tueur aussi charismatique pour que l’histoire ne tourne pas au ridicule. A partir du moment où le méchant fait peur et provoque une sensation de dégoût, le film décolle pour ne plus jamais faire marche arrière, d’où cette formidable adhésion à l’histoire et aux péripéties. L’une des autres scènes marquantes est la poursuite de Sally dans les bois, seule et poursuivie par celui qu’elle est incapable de regarder en face, une longue cavalcade, une séquence de course-poursuite névrosée et sublime, dans laquelle le comédien Gunnar Hensen prend tous les risques. Et puis enfin, comment ne pas mentionner cette scène finale, ce repas de déglingués, mélange de perversité et de sadisme, une des scènes-clés du film où l’horreur au sens littéral explose ? Le traumatisme de cette séquence fleuve (plus de dix minutes) a laissé de profondes marques et continue d’être discutée et analysée tant elle est impressionnante. Tournée sur une durée de vingt sept heures, elle montre un épuisement qui semble tout à fait réel. On sent une véritable folie portée à son paroxysme. Hooper en profite pour expérimenter comme un dingue en multipliant les gros plans hystériques sur les yeux de Marylin Burns (à bout, et on la comprend) et en insistant sur les râles et les cris qui se confondent avec une bande-son bardée d’effets en tous genres. Rares sont les séquences qui jouent avec l’insupportable et qui mettent les nerfs à rude épreuve. Celle-ci en fait définitivement partie. C’est d’autant plus inquiétant que le spectateur se retrouve impuissant face aux évènements et ne souhaite qu’une chose, que le calvaire s’achève. Sans doute plus qu’aucune autre, cette fin a marqué une génération entière de cinéphiles qui sortait de la salle en titubant, se demandant, elle aussi, comment elle avait pu sortir d’un tel cauchemar, aussi fictif soit-il. Tobe Hooper ne s’est pas arrêté en si bon chemin puisqu’il a réalisé et écrit d’autres long-métrages. Mais aucun ne retrouvera la puissance originelle de celui-ci. On pourra relever la réalisation de Poltergeist en 1981, un film fantastique traitant du paranormal, sous la houlette du producteur Steven Spielberg qui eut l'intelligence de ne pas trop interférer sur le travail de Hooper lui permettant de faire un film de commande assez fortement marqué par la collaboration d'avec le réalisateur d'ET ou Rencontres du troisième type. Son dernier grand film est Massacre dans le train fantôme réalisé en 1982 qui s'avère tout à fait passionnant.

D’une maniaquerie et d’un perfectionnisme rare, Massacre à la tronçonneuse est une date, l’archétype du film inoubliable qui saisit toujours autant malgré les visionnages à répétition. Une œuvre dure et brutale qui traverse les décennies sans perdre de sa force. Un cauchemar éveillé qui surprend toujours par son étonnante virtuosité. Et surtout, un opus indispensable au même titre que le Frankenstein de James Whale ou que le King Kong de Merian Cooper et Ernest Schoedsack. Bien sûr les craintes sont fondées quand on apprend aujourd'hui que le remake est finalisé et qu'il devrait sortir sur les écrans américains dans très peu de temps. Mais il faut garder à l'esprit que l'original, le film que nous pouvons (re)découvrir en dvd est impérissable, quoique l'on fasse. C'est le plus important.

Studio Canal a fourni un véritable travail d’archivage et de recherche en proposant une ligne éditoriale d’une grande richesse. Les fans invétérés du film trouveront ici leur bonheur tant elle regorge de bonus pour la plupart très intéressants. Le menu reprend le thème de la tronçonneuse et reste dans l’esprit du film, c’est-à-dire très accrocheur (on distinguera même le râle caractéristique de ‘Leatherface’). On découvre aussi la présence du logo de l’éditeur américain Elite qui apparaît au début lorsque l’on met le film en marche. L’édition reprend donc l’image de l’édition NTSC sortie il y a quelques années. Les transitions sont musicales et le menu est animé d’une superbe manière. On pourra toujours tiquer sur la relative longueur et l’aspect répétitif qui empêche d’accéder directement à l’endroit voulu mais ça n’a que très peu d’importance finalement. On trouvera 12 sections dans le chapitrage du film, ce qui est suffisant étant donné la longueur du long-métrage.

Image : C’est bel et bien le seul point noir de cette édition assez remarquable. Studio Canal a repris le même transfert que le laserdisc NTSC de Elite et l’image a perdu toute trace de grain et apparaît même très lisse. Bien contrastée, disposant de couleurs vives et d’une bonne compression elle est cependant dans un format respecté 1.75 mais n’est pas compatible 16/9. C’est vraiment dommage quand il apparaît impossible de zoomer l’image sans perdre les sous-titres. On ne comprend pas très bien pourquoi l’image n’est pas dans un transfert anamorphique. Il n’y a par ailleurs que de très rares griffures ou de poussières malgré l’âge de la pellicule.

Son : A image remasterisée, son remasterisé. Les deux langues disponibles sont le français et l’anglais. Les sous-titres sont imposés sur la V.O. Celle-ci dispose d’un mixage sonore en Dolby Surrond 4.0 qui est la seule piste proposée pour la langue originale. Fidèle en tout point de vue à l’atmosphère du film, elle est supervisée par Tobe Hooper en personne. Inutile de dire qu’il s’est penché avec le plus grand intérêt sur ce mixage pour lui donner le réalisme et le pointillisme dont il avait besoin. Elle dissémine quelques effets probants dans les arrières et le mixage général est assez généreux (la séquence du bois). De plus il permet de voir le film dans les conditions initiales de tournage en profitant des techniques modernes d’encodages numériques. De loin la meilleure solution pour le visionnage.

La VF dispose de deux formats : un en 1.0 mono d’origine qui n’apporte pas grand chose ;un autre en 5.1 arkamys qui gonfle de manière illogique certains effets, amenuisant considérablement l’impact du film. Pour exemple dans l’une des premières scènes, quand Allen Danziger frappe contre le mur pour savoir si quelqu’un se trouve à l’intérieur, le son est localisé sur les enceintes avants, alors qu’il devrait être à l’arrière puisqu’il se trouve dans l’arrière-plan. Le rendu sonore est ainsi outrancier et met trop en avant les dialogues. Le doublage a été de plus refait et paraît beaucoup trop fade. Une piste à éviter en somme.

L’édition est bien fournie en bonus qui ne ressemblent pas qu’à un tas de bandes promotionnelles ou de making-of où les intervenants se congratulent à tour de rôle. La plupart des suppléments tournent autour du tournage mais aussi de l’expérience professionnelle et personnelle de Tobe Hooper et de son équipe. Les archives du film sont intelligemment exploitées, et l’équipe principale est présente pour faire part de l’expérience qui semble encore fraîche dans leur tête malgré les années.

L’un des gros suppléments est bien entendu le commentaire audio (VOSTF) du réalisateur, du directeur de la photo et de l’acteur principal à savoir Gunnar Hansen. L’équipe revient tout d’abord sur les conditions de tournage très éprouvantes en plein mois d’août dans la région d’Austin au Texas. Les températures dépassaient sans problèmes les 35 degrés et la chaleur associée à la fatigue a failli faire sombrer les membres de l’équipe dans un état proche de la folie. Le générique de début est un hommage à Orson Welles dans l’utilisation de la voix. Le titre original devait être Leatherface puis Headcheese, mais ils ont opté pour le titre que nous connaissons tous aujourd’hui. Le tout est commenté avec humour et recul. Daniel Pearl insiste la plupart du temps sur quelques détails techniques (comme la pellicule employée ou le fait que la lumière soit souvent sous-exposée du fait qu’il ne pouvait pas utiliser de torche), et sur la notion de peur panique. Les membres de l’équipe n’étaient pas les derniers à sursauter ou à prendre peur devant les apparitions de ‘Leatherface’ qui reste tout le long du tournage avec une seule tenue. Hooper souligne de son côté le jeu des acteurs et, bien qu’il parle de gens qui débutaient dans leur métier, il fait preuve d’une grande affection pour ses comédiens. Il a appris par ailleurs que le film parlait d’Ed Gein seulement 3 ans après la sortie de son propre film. Lorsqu’il commente une des scènes les plus traumatisantes (celle du crochet dans la cuisine), Hooper décortique sa mise en scène. Tout est basé sur le suggestif. On ne voit pas la victime se faire empaler de dos, mais le champs/contre-champs nous la montre sur le pic de boucher. De même que le corps découpé qui suit est montré hors-champ tout en laissant deviner de quoi il s’agit. Beaucoup de séquences reprennent ces idées de mise en scène. Dans la fameuse séquence des bois, le réalisateur et Gunnar Hansen nous livrent quelques secrets concernant sa mise en boîte. La tronçonneuse est belle et bien branchée (comme pendant tout le reste du film) et Gunnar manque à un moment donné de tomber par terre. Ils ont multiplié les nuits de tournages (parfois ce sont des artifices qui font croire qu’il fait nuit) et ont mis bout à bout des séquences de travellings qui donnent une course-poursuite d’environ cinq minutes où Marylin Burns s’époumone comme jamais. Hooper livre aussi des informations passionnantes concernant la scène finale qui s’est déroulée sur vingt sept heures, et durant laquelle il poussait ses acteurs à bout. Cette anecdote rappelle la façon avec laquelle Friedkin faisait peur au personnage de Karras dans l’Exorciste en faisant sonner le téléphone. Les comédiens n’en pouvaient plus, la chaleur, la fatigue et le manque de sommeil amplifient la dureté et le réalisme de la scène. Hooper dirigeait les acteurs mais les laissait aussi un peu improviser. Le final du film laisse aussi la place à une petite anecdote concernant l’acteur noir qui sauve la victime. Voilà un commentaire audio passionnant et riche d’informations, le tout mené avec un humour jamais racoleur. On ne remerciera jamais assez Studio Canal d’avoir eu l’idée de le sous-titrer.

L’autre morceau de choix des bonus est l’interview donnée par le réalisateur et qui était passée sur Canal + au moment de la diffusion du film dans le ‘quartier interdit’ de Jean-Pierre Dionnet. D’une durée de vingt trois minutes, elle revient sur la carrière de l’auteur, de ses débuts (il allait très régulièrement au cinéma dès son plus jeune âge) à ce premier film mythique, en revenant sur les circonstances de l’écriture du scénario (qui part d’une anecdote croustillante ) jusqu’à ses derniers films (dont Crocodile sorti en catimini et directement en vidéo). Il est regrettable par contre d’avoir entrecoupé par un humour malvenu cette séquence, laquelle repose sur des blagues qui tombent à plat. Divisée en plusieurs chapitres, cette interview peut se voir comme une étonnante mise en perspective de l’œuvre du cinéaste, de ses obsessions passées à ses préoccupations plus actuelles, la façon dont il envisage la mise en scène, le rapport à la peur.

Tous les autres bonus sont présentés par un texte informatif traduit en français.

La filmographie du réalisateur est un autre bonus, plus anecdotique. On aurait voulu aussi la présence d’une filmographie de Gunnar Hansen et de Marylin burns. Informatif en tous les cas, sans être exhaustif.

Les bandes-annonces sont au nombre de quatre. On retrouve celle du premier Massacre à la tronçonneuse, puis celle du 2, du 3 et du 4. La première est dans l’esprit du film et propose un grain appréciable ainsi qu’une voix-off très convaincante. Les autres sont trop courtes, et surtout font penser à des films totalement différents du premier en adoptant un style plus parodique. Le quatrième épisode a permis entre autre de découvrir le jeune acteur Matt Macconaughey.

Le bêtisier est proposé dans un format 16mm très esquinté avec nombre de griffures mais il a la particularité d’être sonorisé. Les situations sont celles du film, mais elles ont été avortées ou n’ont pas réussi. On y voit par exemple Marylin Burns tomber par terre après avoir été ligoté. Un supplément très anecdotique.

Les scènes coupées ont l’avantage de proposer parfois une vision de l’œuvre qui dénote de la tonalité générale. On y trouvera un ‘Leatherface’ en train de se maquiller assumant une part de féminité assez troublante, lorsque l’on sait qu’il agit de la manière la plus brutale qui soit. Elles proposent aussi une séquence d’ouverture différente, plus glauque encore, mais qui ne fut pas retenue au final (le commentaire audio le souligne aussi). Ces scènes coupées ne sont pas sonorisées. C’est un document brut.

Les affiches et visuels d’archives sont intéressants à plus d’un titre. Ils montrent le gros travail esthétique et artistique effectué sur le film et proposent des photos de plateaux très intéressantes qui servirent aussi à la promotion du film dans le monde. On retrouve des affiches en anglais, allemand, espagnol… D’une qualité tout à fait rare, elle sont aussi d’un intérêt non pas encyclopédique mais cinématographique. Elles présentent parfois des rushes d’images, la fin d’un plan, et sont essentielles pour comprendre le visuel du film. Les visuels sont proposés en couleur et en noir et blanc.

Une scène brute fait aussi partie des bonus. Cette scène non sonorisée montre la mort de Kirk frappé par ‘Leatherface’. La scène est ici plus longue que dans le film.

Enfin, les images des décors et accessoires constituent le dernier bonus. C’est un document filmé et sonorisé. Il montre le travail magnifique accompli par Robert Burns dans le choix des ossements qui ornent la maison de l’intérieur et reprend le travail de recherche effectué par les documentalistes sur la vie de Ed Gein et son penchant pour les tapisseries humaines. Un document riche et informatif.

On regrettera donc cette absence de 16/9 qui nuit à la qualité de l’image mais il serait difficile de passer à côté de cette édition en attendant peut-être, pour le trentième anniversaire, une édition encore plus riche et un nouveau transfert. Mais ne boudons pas pour l’instant notre plaisir devant ce film qui dispose d’un écrin assez rare pour être souligné.


Un film chroniqué par Jordan White