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Réalisé par Nicholas
Ray
Avec Robert Ryan, Ward Bond, Ida Lupino…
Scénario : A.I. Bezzerides &
Nicholas Ray
Musique : Bernard Herrmann
Photographie : George E. Diskant
Un film RKO Pictures
USA - 82 mn - 1956
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Zone
2
Editions Montparnasse
Collection Pocket 15€
Format 1:33
Langues : Anglais / Français
Ss-titres : Anglais / Français
N&B - Mono d'origine
Menus sonores et animés |


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Flic
violent fatigué par la vie, Jim Wilson (Robert Ryan)
enquête sur un meurtre dans les quartiers sordides d’une
mégapole américaine. Désavoué
par ses supérieurs quant à ses méthodes
d'investigation agressives, Wilson est muté - et mis
au vert - dans les montagnes pour débusquer le meurtrier
d’une jeune femme. Accompagné du père
de la victime, lui aussi homme violent et impulsif, le policier
se lance aux trousses d’un adolescent qu’il suit,
jusqu’à atteindre une maison plongée dans
la pénombre. Là habite une jeune et belle aveugle,
Mary Malden (Ida Lupino) qui semble protéger la fuite
du suspect. Méfiant, Wilson enquête et tombe
rapidement sous le charme de cette mystérieuse femme… |
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Il
y a deux films dans La Maison dans l’Ombre
(On Dangerous Ground), oeuvre rare et méconnue
dans la prestigieuse carrière du sauvage Nicholas
Ray.
Un premier, regroupant en une demi-heure sèche et
nerveuse un large échantillon des codes du film noir,
à la limite même du catalogue exhaustif. Empruntant
à la fois aux clichés du genre (atmosphère
urbaine et nocturne, longues avenues humides, sombres ruelles,
petites frappes, policiers intègres…) et au
documentaire (caméra portée à l’épaule,
vie d’un flic lambda au quotidien…), les premières
minutes du film engagent La Maison dans l’Ombre
sur la voie toute tracée des films de genre de l’époque
- sans que rien ne semble différencier cette incursion
de Nicholas Ray dans le polar urbain des autres œuvres
de la même veine. Rien de dramatique à cela
certes, tant les plus grandes réussites du genre
ont toujours su jouer de ces codes, en s’y conformant
ou en s’en détachant.
D’une certaine manière d’ailleurs, même
au cœur des clichés, Ray trouve sa petite musique
à lui - délaissant notamment le héros
hollywoodien au grand cœur pour un personnage sombre
et violent, Jim Wilson, campé par un Robert Ryan
toujours aussi juste et qui préfigure avec des années
d’avance le "Dirty" Harry Callahan de Don
Siegel et Clint Eastwood. N’hésitant pas à
défier ses supérieurs, n’en faisant
qu’à sa tête et avec des moyens parfois
en marge de la légalité, Wilson - et par là
même Nicholas Ray - ont bien quelques années
d’avance, et donnent à leur polar urbain une
petite touche moderne du plus bel effet.
C’est Jim Wilson, ce personnage sans concessions,
qui fait alors basculer La Maison dans l’Ombre
vers son deuxième versant. Suite à une énième
bavure, Wilson est muté, et c’est tout le film
qui prend la tangente avec lui. Un véritable virage
à 180°, tant scénaristique que…
stylistique. La belle locomotive de Nicholas Ray semble
alors quitter la voie toute tracée par son scénario
pour un chemin de traverse autrement plus périlleux,
et au paysage un tantinet plus étonnant. Fini le
quotidien glauque du commissariat de police, finies les
rues sordides de la métropole... Voici les immenses
paysages enneigés de l’Alaska, véritables
pieds de nez aux conventions d’un genre dans lequel
le film s’était pourtant embarqué depuis
une bonne demi-heure Dès lors, le film bascule, comme
lâché dans le vide. Mais avec Ray aux commandes,
on devine que le voyage et l’atterrissage, pour étonnants
qu’ils soient, risquent d’être de toute
beauté.
Et c’est le cas. Après cette première
demi-heure paradoxalement sympathique et conventionnelle,
Ray abandonne son ébauche de scénario pour
une toute autre histoire dont Ryan semble être le
seul point récurrent. Le décor était
pourtant planté, certains personnages croqués
avec délice (tel ce policier amoureusement habillé
par sa femme le matin dans un très beau et ironique
plan d’ouverture) et les bases de l’histoire
largement développées : deux malfrats à
arrêter, une balance à interroger, une garce
de qui se méfier… Mais non, Ray, cinéaste
frondeur, se permet l’audace de tout casser, laisser
une demi-heure de scénario en plan pour se concentrer
sur tout autre chose, le premier tiers de son film n’ayant
finalement servi qu’à nous familiariser avec
Jim Wilson, personnage sombre et caractériel. Etrange,
et finalement très belle, idée…
Epaulé de son fidèle chef-opérateur
George E. Diskant (Les Amants de la Nuit, Secret de
Femmes…), Ray magnifie alors la nature environnante
et embrasse les grands paysages enneigés avec une
aisance extraordinaire pour un cinéaste pourtant
confiné dans un étroit format 1.33. Le créateur
de Johnny Guitar tire tout le parti esthétique
de la saison hivernale en enchaînant poursuites à
pied ou en voiture (superbe scène de chasse automobile
sur des routes blanches de neige), au point que le film
est aujourd’hui indissociable de cette image cotonneuse
et ouatée.
Mais sous la glace, le feu... Film de tous les contre-pieds,
La Maison dans l’Ombre dévoile après
cette brusque cassure scénaristique une nouvelle
carte maîtresse, et ce au bout de 47mn de métrage
: Ida Lupino, second rôle d’un film qui lui
doit énormément. A feuilleter la littérature
cinéma consacrée à la géniale
actrice américaine, on peut s’étonner
du peu de cas qui est fait de sa prestation dans le film
de Nicholas Ray. Elle y est pourtant étonnante de
justesse dans un rôle difficile d’aveugle solitaire.
Loin des compositions à Oscars, Lupino laisse éclater
son talent, toute en retenue. Au point que la scène
qui, sans mauvais jeu de mot, la voit tomber lentement amoureuse
de Jim Wilson reste aujourd’hui encore un modèle
du genre, sans pathos ni clichés - et sans aucun
doute la plus belle séquence du film. Ryan et Lupino
y excellent dans un numéro tout en sobriété
: ces deux blocs de solitude et de tristesse semblent attirés
l’un vers l’autre de manière irrépressible
- mais si juste que les deux acteurs arrivent même
à nous faire passer l’amère pilule d’une
happy-end vraiment expéditive.
Les tenants pointilleux de la psychologie scénaristique
reprocheront d’ailleurs sûrement au film ses
raccourcis ainsi que quelques facilités narratives,
telles que les changements de tempérament trop brusques
de Jim Wilson (du flic irascible et asocial à l’amoureux
transi en une journée) et/ou du père de la
victime (qui pleure le sort de Danny après l’avoir
rageusement pourchassé) - père de la victime,
soit dit en passant, campé par un Ward Bond (Rio
Bravo, La Prisonnière du désert, La vie est
belle, les Raisins de la colère…) des
grands jours. Reproche d’autant plus patent que Tavernier
nous apprend dans son que Ray et son producteur John Houseman
occultèrent la fin imaginée par A.I. Bezzerides
pour une conclusion plus conventionnelle.
Dommage en effet, même si ces dernières minutes
n’enlèvent rien au travail d’orfèvre
accompli par le scénariste de They Drive by Night
et d’En Quatrième vitesse - travail
qui n’est d’ailleurs pas sans filiation avec
Johnny Guitar, autre œuvre maîtresse
de Nicholas Ray qui voit une femme protéger un jeune
homme sans défense d’une foule vengeresse.
Ainsi, même dans l’ombre de ses chefs d’œuvre,
On Dangerous Ground est un film cohérent
au regard de la filmographie de Nicholas Ray - Jim Wilson
et sa quête existentielle n’étant rien
moins qu’un proche cousin de Sterling Hayden dans
Johnny Guitar ou James Mason dans Derrière
le Miroir. Eux aussi motivés par une recherche
violente et désespérée d’un sens
à la vie, ils trouveront leur réponse dans
l’amour. La Maison dans l’Ombre est
un scénario de Bezzerides, mais bel et bien un film
de Nicholas Ray…
Alternant sécheresse et poésie pure (l’intérieur
de la maison de Mary et le soin apporté aux détails
de sa vie), Bezzerides offre en effet à Ray l’occasion
de superbes scènes typiques de son talent, et d’une
rare émotion, à l’image des dernières
minutes de Danny en compagnie de sa sœur, superbe chant
d’amour fraternel qui vous fera venir les larmes aux
yeux. Armé d’une simple caméra et de
deux grands acteurs, Ray filme le petit matin de ces montagnes
enneigées comme personne, balançant entre
émotion contenue et lyrisme pur. Et quand les cordes
de Bernard Herrmann se font entendre, le film atteint alors
une sorte de plénitude : finies les poursuites, la
caméra s’arrête, regarde vivre ses personnages
et laisse à entendre l'une des plus belles partitions
du génial compositeur de Psychose et de
Taxi Driver…
Assez pour faire oublier les quelques scories scénaristiques
d’un film rare et captivant, tant dans ses rares revers
(sa fin expéditive) que dans ses audaces (sa construction
hardie, l'Amérique profonde comme décor de
film noir...). A découvrir, absolument !
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Image
: Le film est présenté dans une copie bien
propre, aux (très) rares tâches ou poussières
et à la définition correcte Une aubaine pour
découvrir ce film dans de bonnes conditions, même
si l’on regrettera une gestion des contrastes un peu
tristounette où les blancs virent parfois au gris
(même dans les scènes de neige en plein jour).
La compression sachant se faire oublier, on sera toutefois
plus qu’indulgent envers ce DVD tout à fait
honorable.
Son : Une version mono tout à fait
correcte, sans souffle intempestif et qui rend hommage à
la belle partition de Bernard Herrmann. A noter que les
sous-titres (blanc cassé) sont discrets et qu’il
n’y a pas de VF proposée en option. Qui pour
s’en plaindre ici ?
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Introduction de Serge Bromberg. Les habitués
de la collection Pocket des Editions Montparnasse connaissent
désormais les courtes mais précieuses introductions
de Bromberg. Rapide et concis, l’historien du cinéma
revient sur la gestation du film, sur la carrière
de Nicholas Ray en 1956 et sur la manière dont
Ida Lupino fut amenée à tourner la Maison
dans l’Ombre alors qu’elle n’était
pas forcément le premier choix de Nicholas Ray...
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