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Deux
garçons taciturnes (James Taylor
et Dennis Wilson) parcourent les Etats-Unis à bord de leur Chevy
55. Ils croisent une jeune femme un peu paumée (Laurie Bird),
et un dandy quarantenaire (Warren Oates). Ensemble ils entament une
course de fond à travers le Sud du pays.
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| Macadam
à deux voies
(Two-Lane Blacktop)
Réalisé par Monte
Hellman
Avec James Taylor, Warren Oates, Laurie
Bird, Dennis Wilson, David Drake, Richard Ruth, Jaclyn Hellman,
Bill Keller, Harry Dean Stanton
Scénario : Rudy Wurlitzer et
Will Cory d’après une histoire de Will Corry
Musique : Billy James
Photographie : Jack Deerson
Montage : Monte Hellman
Etats-Unis - 102 mn - 1971 |
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La route
encore et toujours. Alors que Laurent
Chalumeau a sorti un ouvrage passionnant sur la chanson mythique de
Kris Kristofferson Me and Bobby McGee - ballade outrageusement
belle qui raconte une vie d’errance - il serait bon de revenir
sur le non moins mythique Macadam à deux voies
de Monte Hellman (dans lequel vous entendrez d’ailleurs la chanson
de Kristofferson). Si un genre cinématographique à part
entière, le road movie donc, s’est constitué autour
de ce motif entêtant qu’est la route, il ne faudrait pas
être naïf au point de croire que les cinéastes ont
attendu la fin des années soixante pour questionner ce rapport
à l’espace et à la fuite. Pour aller vite - gare
aux excès tout de même - on peut considérer que
le road movie actualise ce que le western prenait déjà
en compte depuis longtemps. En effet, nombreux sont les westerns qui
relisent à leur manière les grands mythes du voyage
à l’aune de la conquête pionnière. La culture
américaine semble avoir assimilé cette idée de
l’Amérique comme terre à conquérir encore
et toujours. Même le football américain n’échappe
pas à cette obsession biblique, puisqu’il s’agit
de progresser de yard en yard jusqu’à une zone de but,
souvent qualifiée de terre promise par les aficionados de ce
sport viril !

Avec le road movie, cette
obsession de l’en-avant perd sa connotation religieuse. Désormais
la route n’aboutit plus sur une terre promise - comme dans Le
Convoi des braves de Ford (chroniqué sur ce site
par l'indispensable Jeremy Fox), mais bien souvent sur l’échec
des protagonistes ou la mort - comme dans l’imparable Point
limite Zéro de Richard Sarafian. Quant à l’action
de la quête, elle laisse place à la contemplation de
l’errance. La grande période du road movie coïncide
en effet avec ce moment crucial où les thématiques existentialistes
du cinéma moderne européen commencent à influencer
les jeunes cinéastes new-yorkais ou hollywoodiens.
Lorsqu’il s’attaque à Macadam à
deux voies, Monte Hellman a déjà investi le
territoire du western avec deux objets pour le moins insolites : The
Shooting, et L’Ouragan
de la vengeance. Ex metteur en scène de théâtre,
passionné par Beckett ou Camus (l’ombre du mythe de Sisyphe
plane d’ailleurs sur Macadam à deux voies),
rien ne destinait cet intellectuel new-yorkais a devenir un protégé
du roi du système D : Roger Corman. C’est pourtant sous
la tutelle du fameux producteur qu’il fait ses premières
armes dans l’industrie du cinéma, en tant que monteur,
avant de devenir un réalisateur à part entière
de "l’écurie Corman". Avec Macadam
à deux
voies, Hellman quitte, pour un moment seulement, le giron
cormanien et signe son premier film pour un gros studio (en l’occurrence
Universal). Echec retentissant au box office, Macadam à
deux voies poursuit le travail que le cinéaste a entamé
avec The
Shooting. Car oui, c’est indéniable, Hellman
est l’un de ces fameux cinéastes influencés par
le modernisme européen - pas essentiellement cinématographique
d’ailleurs. Pas étonnant qu’il ait choisi Rudy
Wurlitzer, romancier beckettien selon Hellman, pour étoffer
le script originel ou que quelques plumes, un peu en manque d’inspiration,
n’hésitent pas à rapprocher le film des travaux
de Bresson ou d’Antonioni.
Mais que raconte Macadam à deux voies au juste
?
Pas grand-chose, à vrai dire. Nous suivons le parcours de deux
garçons quasi mutiques, et d’une fille versatile, qui
sillonnent les routes à deux voies des Etats-Unis. Chaque fin
d’étape est ponctuée par des courses automobiles.
Avec l’argent engrangé
lors de ces rallyes urbains, nos compagnons d’infortune peuvent
payer leur carburant et reprendre la route. Enfermés dans ce
système absurde et sans fin, ils traînent nonchalamment
de ville en ville, de bars en motels miteux. Le casting improbable
du projet - le chanteur de variété James Taylor (qui
a la décence de ne pas pousser la chansonnette), le beach boy
Dennis Wilson, Warren Oates (acteur fétiche d’Hellman,
et de Peckinpah !) - contribue à déphaser le spectateur
davantage. Si vous êtes volontaires à cette expérience
déstabilisante mais néanmoins stimulante, vous serez
tout de même récompensés par l’un des plus
surprenants finals de l’Histoire du cinéma, ni plus ni
moins ! Pas question d’en révéler la teneur ici,
mais sachez juste que, bien qu’il se situe aux confins du cinéma
expérimental, il n’en reste pas moins d’une logique
implacable au regard de la monotonie dans laquelle se complaisent
les personnages du film.
C’est de là, peut être, que
vient cette volonté de rapprocher Hellman d’Antonioni.
On se souvient des personnages paumés du "road movie antonionien"
Zabriskie Point, mais aussi du final extraordinaire
de L’Eclipse (lui aussi aux confins de l’expérimental),
symptomatiques d’un cinéma moderne tourné vers
un spleen relatif à la condition de l’homme. La filiation
n’a sans doute rien de honteuse, mais le film de Monte Hellman
a déjà du mal à exister dans la mémoire
des cinéphiles sans ces références pour le moins
imposantes.
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Image : Superbe
effort de restauration de la part d’Anchor Bay. Le
rendu de la photo (approuvée par Monte Hellman) est
quasi parfait. Le respect de la tonalité Technicolor
saute aux yeux, et le format est bien sûr respecté
(2.35.1).
Son : Cette
belle édition s’adresse avant tout aux anglophones
avertis. Certes, Macadam à deux voies
n’a rien d’une œuvre bavarde (si l’on
excepte les soliloques de Warren Oates), mais l’absence
de sous-titres anglais et français, ainsi que d’une
VF, pourrait en décourager certains. Le son Dolby
rapide et furieux, en 5.1, transformera votre salon en highway. |
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| Anchor
Bay
(édité à 15.000 exemplaires)
102 mn
Zone 1
DVD 5
Chapîtrage fixe
et sonore |
Format
cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais DD
5.1
Sous titres : aucun |
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Image : Issue
d’un master approuvé par Monte Hellman, l’image
proposée sur le DVD est d’excellente facture.
Le master, entièrement nettoyé, n’affiche
aucun artefact de type tâches, griffures ou points blancs.
La définition totalement fidèle au travail original
est très bonne. La copie conserve ce grain si particulier
dû au transfert d’origine du film via un interpositif.
La granularité des scènes nocturnes est également
d’origine (tournage en lumière naturelle). Côté
gestion des couleurs, c’est également un succès
: on retrouve les tons grisâtres du film sans le moindre
défaut. Enfin, la compression n’est jamais prise
en défaut. Les cieux sont limpides, les arrières-plans
propres. Bref, le travail réalisé sur l’image
est une très grande réussite.
Son : Version
mono anglais : un mono classique sans défaut particulier
et assez dynamique. Versions multicanales 501 Dolby Digital
et DTS : Sous-titrage : le film propose des sous-titres français,
blancs et bien intégrés à l’image.
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| Carlotta
98 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe et
sonore |
Format
cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais Mono
1.0 / 5.1(DD et DTS)
Sous titres : Français |
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Le
packaging de l’édition limitée vaut vraiment
le coup d’œil. Le disque trône fièrement
dans un boîtier en métal qui contient un jeu
de très belles photos du film et un porte-clés
de la voiture officielle.
Sur le disque, une bande annonce sympathique
et quelques bio-filmographies côtoient
un superbe commentaire audio du cinéaste
et de son producteur, et un intéressant documentaire
introductif à l’œuvre de Monte Hellman.
L’occasion pour beaucoup de découvrir la trombine
du sieur Hellman (et sa coupe de cheveux au moins aussi expérimentale
que sa carrière), ainsi que les extraits de ses fleurons
parus en DVD) :The
Shooting, Cockfighter
(adapté du roman de Charles Willeford), etc...
A l’instar du film, aucun bonus n’est sous-titré. |
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Disque 1
1 - Commentaire
audio de Monte Hellman et Gary Kurtz
Monte Hellman et Gary Kurtz (producteur du film) se prêtent
au jeu du commentaire audio avec plaisir.
Ils reviennent sur
la genèse et l’histoire
de Macadam à deux voies, nous
offrant à l’occasion un nombre incalculable
d’anecdotes. Les deux hommes évoquent
également les difficultés d’exploitation
du film dont la sortie DVD fut presque rendue impossible
à cause d’une bande-son dont ils ne possédaient
pas les droits. Ils expliquent également comment
le DVD a été produit, commentant notamment
le soin apporté à l’image qu’ils
voulaient évidemment fidèle à l’originale.
Jamais ennuyeux, ce commentaire audio est un vrai plaisir
que les fans dégusteront avec passion !
2 - Bandes-annonces
Deux bandes-annonces sont proposées : la première
d’origine et la seconde réalisée à
l’occasion de la ressortie du film en 2005.
Disque 2
1 - Le Paradoxe Monte Hellman (26min)
Ce supplément consiste en un entretien avec Jean-Baptiste
Thoret. Critique à Charlie Hebdo et auteur de nombreux
ouvrages consacrés au cinéma américain,
Thoret
revient sur la carrière de Monte Hellman. Outre
les quelques repères historiques cités,
Thoret analyse les thématiques abordées
par Hellman et l’originalité de son style
dans le paysage cinématographique américain
des années 70. Son analyse est à la fois
pertinente et remarquablement bien exposée.
2 - Point mort ! (26min)
Ici, on retrouve encore Jean-Baptiste Thoret qui livre
son analyse de Macadam à deux voies.
Il souligne l’importance de ce film dans la carrière
de Hellman et en décortique les principales figures
qu’il met en relation avec les autres films du cinéaste.
Encore une fois, ses propos sont instructifs.
3 - On the Road Again : retour sur Macadam à
deux voies (42 min)
Si l’idée de ce reportage, qui voit Monte
Hellman prendre la route sur les lieux où fut tourné
Macadam à deux voies est sympathique,
sa réalisation n’est pas très intéressante.
D’une part, on n’y voit que Hellman parlant
dans une voiture en compagnie de ses étudiants.
Et d’autre part, ses propos consistent essentiellement
en des anecdotes. Globalement, c’est assez redondant
avec le commentaire audio et nettement moins captivant.
CONCLUSION : Le double DVD offert ici par Carlotta est
une vraie réussite. Techniquement il comblera les
amateurs de Monte Hellman, et sur le plan des bonus, même
s’il est moins riche que l’édition
Criterion, il n’en demeure pas moins passionnant.
Test technique et bonus DVD zone 2 : François-Olivier
Lefèvre
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