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Réalisateur : Leo McCarey
Année : 1942
Avec : Cary Grant, Ginger Rogers, Walter Slezak, Albert Dekker,
Natasha Lytess
Scénario : Sheridan Gibney et Leo McCarey
Musique : Robert Emmett Dolan
Directeur de la photo : George Barnes
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Editions Montparnasse
La collection RKO
USA - 1942
Noir et Blanc -
115 mn - Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : anglais & français mono 2.0
Sous-titres : français |


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Chroniqués
par DvdClassik :
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Autriche,
1938, à la veille de l’Anschluss. Pat
O’Toole, un journaliste de la radio américaine
en poste à Vienne tente désespérément
d’approcher le riche Baron Von Luber qu’il
soupçonne d’être un espion à la
solde des Nazis. Il profite du prochain mariage du
Baron avec une jeune américaine Katie O’Hara
pour s’introduire dans sa demeure en se faisant
passer pour le tailleur. Il fait alors la connaissance
de la belle et piquante fiancée qui ignore tout
des activités de son futur mari. O’Toole
est séduit par la jeune femme et finit par tomber
amoureux d’elle tout en suivant le couple en
déplacement dans l’Europe orientale. Quand
Katie apprend la véritable identité de
son époux, elle se fait passer pour morte lors
du bombardement de Varsovie et s’enfuit avec
Pat en voyageant jusqu’à Paris occupé par
les Allemands. |
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Les
films mêlant le drame et la comédie dans
le contexte de la Seconde Guerre Mondiale et de l’occupation
nazie ne sont pas légion dans l’histoire du
cinéma, et pour cause. Dans ce domaine particulier,
deux œuvres phares originaires de l’âge
d’or hollywoodien ont marqué les esprits des
spectateurs à tout jamais : Le Dictateur (1940)
de Charles Chaplin et To Be or not to Be (1942) de Ernst
Lubitsch. 1942 justement, l’année de sortie
de Lune de miel mouvementée, film presque totalement éclipsé par
le chef-d’œuvre de Lubitsch. Etrangement, c’est
exactement ce qui s’est produit pour le cinéma
de Leo McCarey, lui aussi éclipsé par la
plupart des hagiographes cultivés et des écrivains
de cinéma au profit des œuvres de ses contemporains.
Pourtant McCarey a toute sa place dans l’univers
tant loué de la comédie américaine
(et de la "screwball comedy" en particulier)
aux côtés des illustres Frank Capra, Ernst
Lubitsch, Howard Hawks, Preston Sturges ou Gregory La Cava.
D’autant plus, et c’est là le plus étonnant,
que McCarey connût à plusieurs reprises des
succès retentissants au box-office ; il fut même
l’artiste hollywoodien ayant engrangé le plus
de bénéfices pour l’année 1944
(1 million de dollars !) grâce au triomphe public
de son film La route semée d’étoiles (Going
my way, 1943) avec Bing Crosby
Leo McCarey, qui fréquenta une école catholique
dans sa jeunesse (ce qui aura son importance par la suite),
fit des études de droit mais se révéla
un avocat pitoyable. Mélomane et joueur de piano,
il tenta ensuite une carrière comme compositeur
mais ne remporta aucun succès dans ce domaine. Dépité,
McCarey fit son entrée dans le milieu du cinéma
en travaillant comme employé de bureau chez Mack
Sennett. Puis il entra aux studios Universal en 1919 où il
devint l’assistant du célèbre Tod Browning
(L’oiseau noir, 1926 : L’inconnu, 1927 ; Dracula,
1931 ; Freaks, 1932). Après 4 ans d’apprentissage à Universal,
il fit la rencontre de sa vie en la personne de Hal Roach
qui l’engagea dans ses Studios en 1923. Il gravit
rapidement tous les échelons de la compagnie pour
en devenir le vice-président en l’espace de
deux années. McCarey abattit une somme de travail
monumental pour Hal Roach. Débutant comme gagman
puis devenant vite réalisateur, il eut à superviser
près de 200 films courts et fit travailler les plus
grandes stars du burlesque de l’époque : Charley
Chase, Harold Lloyd, Eddie Cantor ou W.C. Fields. Jusqu’aux
géniaux Marx Brothers qu’il dirigera dans
Soupe au canard en 1933 (bien après avoir quitté le
Studio Hal Roach en 1929), sans doute l’un de leurs
meilleurs films grâce à la rigueur et au sens
du rythme du cinéaste, bien que cette œuvre
ne lui tint pas vraiment à cœur. Le plus grand
fait de gloire de McCarey durant sa période burlesque
fut certainement d’avoir créé le célèbre
duo comique Laurel et Hardy dont il supervisa la majorité des
courts métrages. Cette lourde contribution au burlesque
américain ne fut connue que bien des années
plus tard. Il acquit à cette époque tout
ce qui fera le sel de son cinéma des années
30 : un sens du rythme haletant, des ruptures de ton inusuelles
pour cette époque, une ironie mordante mais sans
amertume, l’attention portée aux moindres
détails d’une scène (et l’utilisation
des seconds rôles en contrepoint) et une forte touche
de romantisme. Cette sacrée vérité (1937),
qui lui valut son premier Oscar, et Elle et Lui demeurent
ainsi parmi les plus grandes réussites de la comédie
américaine de cette décennie bénie
alors que le style visuel du cinéaste ne fut pas
des plus identifiables.
Leo McCarey, désirant rapidement faire cavalier
seul et prendre son indépendance, commença à cumuler
tous les postes créatifs importants : scénariste,
réalisateur et producteur. Car le cinéma
ne fut pas pour lui qu’un simple spectacle comique
mais aussi un vecteur d’émotions vraies et
un lieu susceptible de délivrer des idées
fortes. McCarey fut un être étroitement concerné par
les problèmes de société, non pas
d’un point de vue "libéral" (au
sens américain du terme, donc de gauche) mais de
celui d’un homme profondément catholique.
Son chef-d’œuvre, Place aux jeunes (1937), traite
de la place des personnes âgées dans la société avec
une grande intelligence, une clairvoyance amère,
un bon esprit toujours affûté et beaucoup
d’émotion. Sa foi et son éducation
le conduisirent parfois à une certaine lourdeur
et un prosélytisme appuyé comme dans Les
cloches de Sainte-Marie (1945), ou bien à mettre
en scène des pamphlets anticommunistes peu subtils
comme My son John (1951) ou encore son dernier film Une
histoire de Chine (1961). Mais McCarey reste incroyablement
juste, malicieux et émouvant lorsqu’il évoque
les principes fondateurs de son pays ou le sentiment d’appartenance à une
communauté d’esprit et de cœur. Le formidable
L’extravagant M. Ruggles (1934), qui met en scène
un majordome anglais exilé aux Etats-Unis suite à la
perte par son maître d’une partie de poker,
témoigne de son attachement profond à ces
valeurs sans que jamais il ne perde de son humour piquant.
Ce film rejoint les plus grandes réussites de Frank
Capra dans l’exaltation des valeurs positives américaines
et de la communion spirituelle. Le cinéma de Leo
McCarey s’assombrit nettement après la Seconde
Guerre Mondiale, car le déchaînement de violence
et de haine le perturba profondément. Mais ce nouvel état
d’esprit ne fit qu’enrichir encore plus l’une
de ses plus belles œuvres : son propre remake de Elle
et Lui (An affair to remember, 1957), un film d’une
grande beauté plastique, entre comédie pimpante,
romance charmeuse et enjouée, profond désenchantement, émotions à fleur
de peau, et croyance profonde en l’avenir. Ce que
le remake perdit en efficacité comique, il le gagna
en profondeur thématique. Mais les deux films ne
cesseront jamais de diviser les cinéphiles, entre
défenseurs de l’original et partisans de sa
relecture.
Lune de miel mouvementée se situe à une époque
charnière, après les grands succès
comiques des années 30 et avant les effets de la
Seconde Guerre Mondiale (4 années séparent
ce film et Elle et Lui). Leo McCarey sort également
d’une période difficile de deux ans (1940/1942)
au bout de laquelle il met fin à une association
sans résultats créatifs avec le milliardaire
producteur Howard Hughes. Le cinéaste connut quelques
démêlés avec le studio lors du tournage
de Lune de miel mouvementée et le film s’en
ressent peut-être. Cependant les aller-retour entre
comédie pure et drame se font de manière
assez fluide, même s’ils peuvent désarçonner
le spectateur peu habitué à ce type d’association.
La réussite relative de ce film provient sûrement
de la propension qu’a généralement
le réalisateur de s’écarter de l’intrigue
principale pour donner plus d’importance aux comportements
de ses personnages, à leurs gestuelles particulières
et à leurs situations tragi-comiques. Pris par la
main par les comédiens, nous sommes censés
passer du rire aux larmes, un peu comme Pat O’Toole
et Kate O’Hara voyagent de ville en ville. Certes,
le film fait partie de ces œuvres de propagande initiées
par Hollywood pour supporter l’effort de guerre,
et le triomphe patriotique est évidemment asséné sans
atermoiements. Mais il faut rappeler que ce genre particulier
connut presque autant de réussites artistiques que
d’échecs . Ici nous prenons un certain plaisir à suivre
les déambulations de nos deux apprentis espions épris
l’un de l’autre, même si l’on eût
souhaité une plus grande rigueur dans la narration.
Car le film souffre de quelques longueurs et l’art
de la digression propre à McCarey fonctionne moins
qu’à l’accoutumée. On pourrait
ajouter que la "McCarey’s Touch" se marie
souvent difficilement avec une trame typiquement hitchcockienne
(le suspense politique en temps de guerre).
Aujourd’hui en effet, le film nous paraît
bien maladroit dans le traitement de l’actualité dramatique
de l’époque. Entre deux éclats de rires
distillés par Cary Grant et Ginger Rogers, Lune
de miel mouvementée passe assez superficiellement
sur les épisodes tragiques qu’il est sensé mettre
en relief. Si la sincérité de McCarey ne
peut être mise en doute, la succession de saynètes
dramatiques sans profondeur minimisent leur portée
tragique. Avancées et conquêtes nazies, scènes
de meurtre, destruction massive de villes, fuite des Juifs, évocation
des camps de concentration (auxquels échappent les
deux héros qui y évoluent un peu comme des
touristes, alors qu’ils sont pris pour des Juifs)
: tout cela apparaît un peu léger et souvent
caricatural. Bref, c’est souvent à juste titre
que ce film de McCarey est éclipsé par les
chefs-d’œuvre intemporels de Chaplin et Lubitsch
cités en début d’article. Cela dit,
une excellente idée de mise scène, que n’auraient
pas renié les deux artistes précités,
ouvre Lune de miel mouvementée et revient scander
le récit au fur et à mesure de la progression
des troupes allemandes : une horloge singulière
dont les aiguilles sont remplacées par une svastika.
Pourtant, on trouvera matière à se réjouir
grâce à l’abattage du couple vedette.
Cary Grant et Ginger Rogers affichent un tel charisme et
véhiculent une telle énergie que nos réserves
vis-à-vis du film parviennent à s’effacer
par instants. Les quelques bons mots contenus dans les
dialogues et les ruptures de ton du récit trouvent
un réceptacle formidable dans leur association.
Déjà lauréate d’un Oscar pour
Kitty Foyle (1940) de Sam Wood, Ginger Rogers prouve qu’elle
fut également une bonne comédienne et non
pas seulement une danseuse hors pair. On ne remerciera
jamais assez les spécialistes de la comédie
tels que McCarey, Wilder ou La Cava de nous avoir fait
profiter de son tempérament de feu et de son élégance.
Cary Grant, quant à lui, est fidèle à lui-même.
Charmeur, mondain, distingué, pince-sans-rire, il
illumine l’écran de sa classe et de ses saillies
jouissives. Le troisième larron de cette farce tragi-comique
est interprété par l’acteur viennois
Walter Slezak, régulièrement cantonné à Hollywood
dans des rôles de méchants fourbes et malins
(il a souvent joué des espions et des pirates).
Slezak fut présent dans plusieurs films contemporains
de Lune de miel mouvementée produits par la RKO,
tels que Vivre libre (Jean Renoir, 1943), The
Fallen Sparrow (Richard Wallace, 1944), Pavillon
noir (Frank Borzage,
1945) ou Sinbad le marin (Richard Wallace, 1947). On relèvera
aussi la présence de la comédienne Natasha
Lytess, une actrice peu prolifique (5 films) plus connue
pour avoir été la première coach et
répétitrice de Marilyn Monroe et donc la
terreur des réalisateurs qui la trouvaient trop
envahissante sur les tournages.
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Image : Le
rendu général de l’image demeure
plutôt moyen. Des rayures blanches et noires parsèment
la totalité de la pellicule (surtout au début
du film), accompagnées de nombreux points blancs.
La définition est plus ou moins correcte, bien
que parfois variable selon les plans. Les contrastes
sont, eux, bien gérés même si l’image
reste plutôt sombre dans son ensemble. Quant à la
compression, elle demeure acceptable bien que souvent
visible dans les mouvements rapides. Globalement, il
y aurait de quoi être plus ou moins satisfait pour
un film aussi rare, mais après une heure de film
(1h08mn exactement), le rendu de l’image se transforme
comme si on avait changé de master en cours de
projection, et cela au beau milieu d’une scène.
On constate alors une perte évidente de définition
et de contraste. L’œil s’y fait mais
on aimerait bien comprendre (le master proviendrait-il
de sources différentes ?). Les sous-titres jaunes
sont, eux, les bienvenus.
Son : La piste anglaise
originale mono est parfaitement claire et plutôt
propre. La version française,
de son côté, est insupportable : les ambiances
ont disparu, les voix sont abusivement portées
sur l’avant (on croirait que les doubleurs sont
présents au côté des spectateurs…).
Et bien sûr, les dialogues savoureux concoctés
par la paire McCarey / Gibney passent à l’as,
de même que l’interprétation haute
en couleur du couple Cary Grant / Ginger Rogers. A éviter…
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Le
DVD ne propose qu’un seul menu proposant le choix
des langues et des sous-titres français. L’éditeur
ne fournit pas directement de chapitrage sous la forme
d’un menu, mais on peut toutefois circuler de chapitres
en chapitres en usant des touches de la télécommande.
Comme
pour l’ensemble de la collection RKO, le
seul supplément proposé par l’éditeur
est la Présentation du film (2’05’’)
par Serge Bromberg, directeur de Lobster Films, une société spécialisée
dans la restauration de films anciens et directeur artistique
depuis 1999 du Festival International du Film d’Annecy.
Cinéphile exigeant et passionné, le toujours
souriant Serge Bromberg nous parle succinctement du cinéma
de McCarey et de sa façon de tourner, et nous
introduit au film de manière fort sympathique
en précisant le contexte de l’époque.
A noter que cette présentation se lance automatiquement
au démarrage.
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