
Réalisation : Jacques Tourneur (1943)
Scénario : Edward Dein et Ardel Wray d’après
le roman de Cornell Woolrich
Photo : Robert De Grasse
Montage : Mark Robson
Musique : Roy Webb
Interprétation : Dennis O’Keefe, Margo, Jean Brooks,
Isabel Jewell, James Bell, Ben Bard, Margaret Landry, Abner Biberman… |

Montparnasse
Zone 2
4/3 1.33
Son : anglais mono
Sous-titres : français
66 minutes |


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Au
cours d’une tournée au Nouveau Mexique,
le promoteur Jerry Manning (Dennis O’Keefe) propose à sa
danseuse Kiki Walker (Jean Brooks) de se produire avec
une panthère noire. Peu rassurée, Kiki
se laisse convaincre et éblouit l’assistance
lors de son entrée sur scène. Mais Clo
Clo (Margo), qui assure la première partie du
spectacle dans un somptueux numéro de castagnettes,
voit cette apparition féline d’un mauvais œil.
Elle se lance alors dans une série de pas de danse
rythmés par les battements de son instrument et
effraie le fauve qui prend la fuite. A partir de cet
instant, les meurtres de jeunes femmes vont s’enchaîner.
Les soupçons se portent évidemment sur
la panthère, mais Jerry Manning met en doute cette
hypothèse trop évidente… |
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En
1935, Jacques Tourneur rencontre un producteur
débutant
nommé Val Lewton. Au sein de la RKO, les deux hommes
montent un projet de série B intitulé Cat
People. Le résultat est admirable et le succès
au box-office éclatant. Sorti la même année
que Citizen Kane, le conte imaginé par
le couple Tourneur/Lewton et budgété pour
134.000 dollars, en rapporte 2 millions et renfloue les
caisses du studio
encore une fois dans une passe difficile. Les nababs de
la RKO sont ravis de ces recettes et Tourneur a désormais
carte blanche pour expérimenter sa grammaire cinématographique.
Fin 1942, il réalise I walked with a Zombie où les
montages sonores, la photographie - notamment son travail
sur les ombres - et l’ambiance "poético-fantastique"
imposent définitivement son style. A partir de ces
deux réalisations,
l’œuvre du cinéaste franco-américain
ne cessera de séduire les passionnés de tous
horizons. Parmi eux Martin Scorsese, absolument fasciné par
les images hypnotiques et la technique de Tourneur, raconte
sa première vision de L’homme Leopard :
"Du sang qui se répand sous la porte et qui
fiche la trouille à tous les gosses présents" (Mes
plaisirs de cinéphile, Martin Scorsese).
Cependant,
et malgré notre immense respect pour
Scorsese, nous ne pouvons nous contenter de ce souvenir
d’enfance. En effet, si The Leopard man possède
quelques scènes merveilleuses, il n’en demeure
pas moins l’opus le plus faible de la trilogie fantastique
du duo Lewton/Tourneur. Dans une interview accordée à Présence
du cinéma, Jacques Tourneur affirmait d’ailleurs
que ce film n’était "qu’une série
de vignettes qui ne tenaient pas ensemble". Il résume
ainsi le ressentiment de nombreux cinéphiles après
maintes visions de cette œuvre pour le moins étrange
et froide. Pour tenter une explication de ce rejet, il
faut rappeler la structure dramatique des deux métrages
qui précédent L’homme Léopard.
La
Féline met en scène une jeune femme -
Irina - à l’identité trouble : son
objectif est clair et consiste à pouvoir aimer sans
devenir un monstre. Vaudou décrit, pour sa part,
le parcours d’une infirmière envoyée
sous les tropiques afin de soigner l’épouse
d’un notable atteinte d’un mal incompréhensible
: ici aussi le but premier est évident et consiste à guérir
cette femme. Dans les deux cas l’objectif du héros
reste présent dans chaque scène. Tourneur évite
ainsi toute digression et tient son public en haleine jusqu’au
terme du récit.
Dans le cas de L’homme Léopard, on peut déjà remarquer
une forme de négligence dans la caractérisation
du héros : entre Jerry et Kiki, il est difficile
de choisir qui est le personnage principal. Faute d’une
définition précise, le public est partagé entre
les deux protagonistes et ne s’attache finalement à aucun
d’entre eux.
Le but du couple est également négligé.
Dans Cat People et I Walked with a Zombie les héroïnes
agissent par amour. Ici, leur motivation tient plus dans
une forme de culpabilité : en apportant le léopard,
Jerry est à l’origine du drame et c’est
ensuite Kiki qui fait preuve d’étourderie
en l’utilisant pour son show sans en mesurer les
conséquences. Ils cherchent alors à rattraper
leur erreur mais n’expriment jamais la moindre compassion
pour les victimes. Quel paradoxe pour des héros
!
D’autre part rappelons l’adage d’Hitchcock
selon lequel il faut un bon méchant pour avoir un
bon film. Ici, (attention spoilers) James Bell qui interprétait
le Docteur Maxwell de Vaudou est un "bad guy"
dont on devine trop tôt la culpabilité : ainsi
lors de la seconde confrontation avec Jerry, il indique
que le tueur doit posséder des griffes et des poils
de léopard. Qui, à part le pauvre propriétaire
de la panthère - dont le visage respire l’innocence
- et lui, peuvent posséder de tels objets ? Dés
lors, le spectateur sait parfaitement qui est derrière
ces crimes et le mystère, si cher à Tourneur,
s’envole pour ne plus jamais réapparaître.
Enfin,
la mécanique de l’enquête censée
nourrir le public en indices, ne fonctionne pas du tout
: les héros se posent des questions, les victimes
tombent, mais aucun élément ne fait avancer
l’intrigue. Hormis l’information évoquée
ci-dessus, liée aux poils et aux griffes de léopard,
qui permet à elle seule d’identifier le tueur,
il n’existe aucun indice. Le public n’a donc
pas de matière à réflexion et cela
ne fait qu’accroître son détachement
par rapport au récit.
Nous voilà donc en présence d’un scénario
sans intrigue efficace, où les protagonistes ont
des objectifs pour le moins étranges, avec un "whodunnit"
révélé au
tiers du film et où les personnages, bons ou méchants,
ont une caractérisation faible et antipathique !
Pourtant nous n’en resterons pas là dans notre
analyse. La griffe Tourneur demeure et les amoureux du
cinéaste y retrouvent une partie de ses thèmes
ainsi que quelques scènes inoubliables.
Concernant
la thématique, elle paraît encore
une fois évidente et impose le réalisateur
comme un auteur. Souvent considéré comme
un simple formaliste, Tourneur persiste à évoquer
certaines réflexions que l’on retrouvait déjà dans
Vaudou et La Féline. Parmi celles-ci, concentrons-nous
sur l’image de la femme et sur la confrontation de
notre culture occidentale avec d’autres plus exotiques …
A l’instar de ses deux précédents
opus, The Leopard Man commence par un plan mettant en scène
une femme. Dans Cat People, on découvrait Irina
dessinant un félin en cage. Vaudou s’ouvrait
sur un plan large d’une plage où marchait
l’héroïne. Ici, Kiki occupe ce premier
plan : elle est dans sa loge en compagnie d’une ouvreuse
tandis que Clo Clo danse bruyamment dans la pièce
adjacente. La femme apparaît donc comme le thème,
voir l’obsession principale du réalisateur.
Néanmoins, si Vaudou présentait une femme
zombie insaisissable et fascinante, Leopard man met en
scène des femmes plus réelles. Il y a pourtant
une figure étrange dans le personnage de la tireuse
de cartes qui prédit la mort de Clo Clo. On remarque
aussi que cette dernière a des comportements bizarres
et dégage une certaine forme d’animalité qui
rappelle La féline : lorsqu’elle danse avec
ses castagnettes, son regard noir et ses poses lascives
subjuguent le public et effraient le léopard. Cependant,
c’est dans Cat People plus qu’ailleurs que
la femme est associée à la notion d’étrange.
Les métamorphoses d’Irina la transforment
en menace directe pour l’homme. On l’aura donc
compris, la femme selon Tourneur est un être étrange
et puissant, difficile à comprendre pour des hommes à la
personnalité lisse et simpliste.
Le second thème développé dans L’homme
Léopard tient dans la fascination de Tourneur pour
les cultures étrangères qu’il oppose
au mode de vie occidental. Irina (Cat people) est d’origine
slave et la malédiction dont elle est victime prend
source dans les contes pour enfants de son pays natal.
Les personnages new-yorkais du film se retrouvent confrontés à ce
mal venu d’ailleurs. On retrouve le même schéma
thématique dans I walked with a zombie, où les
protagonistes sont plongés dans l’univers
vaudou. Le jugement occidental refuse de comprendre cette
culture, cherche à la détruire et, finalement,
en devient la victime. Avec L’homme Léopard,
la culture étrangère est symbolisée
par l’éleveur indien de la panthère.
Tourneur fait de ce personnage une métaphore du
sort réservé aux indiens d’Amérique
: spolié de son bien le plus précieux (la
panthère représente ici la terre des indiens),
il est ensuite soupçonné des meurtres et
suscite des représailles. Là encore l’incompréhension
culturelle est source de conflit. Certes l’imagerie
peut paraître simpliste, mais Tourneur, en fils de
l’immigration américaine, affiche ici ses
convictions et sa passion pour les cultures exotiques et
leur rapport avec l’occident.
En dehors de cette analyse
thématique rapide qui
confirme le réalisateur dans son statut d’auteur,
il faut également retenir quelques scènes
mémorables de cet homme léopard. Souvent
considéré comme un cinéaste de la
suggestion et donc du hors champ, Tourneur met en scène
de fabuleuses séquences dont celle de la mort de
Consuelo. Lors d’une interview le cinéaste
expliquait que "l’horreur se fait dans l’esprit
du spectateur, et qu’il fallait suggérer les
choses". Dans cette scène (Spoilers) la jeune
mexicaine, quitte le domicile familial pour aller chercher
de la farine.
Dés lors la caméra la suit dans un périple
qui la mènera vers la mort. Apeurée, la fille
marche lentement, à l’affût du moindre
bruit. Tourneur crée avec Roy Webb une ambiance
sonore inquiétante et plonge le spectateur dans
le même état d’angoisse que la jeune
femme. Cette marche rappelle évidemment celle de
Vaudou et on y retrouve un jeu de lumière prodigieux
qui immerge la victime dans un environnement hypnotique
et inquiétant. Le dernier plan se situe dans la
maison où la famille attend Consuelo. On l’entend
d’abord courir, frapper à la porte, puis hurler
; mais elle demeure invisible (le fameux hors champ). Avant
que sa mère ouvre, les cris disparaissent et une
marre de sang coule sur le pas de la porte… Cette
séquence tient du génie tant dans son formalisme
que dans la force de son langage cinématographique
: nul besoin pour Tourneur de filmer un monstre attaquant
sa victime comme le font idiotement de nombreux réalisateurs
(Gans avec sa bête du Gévaudan, Harlin avec
ses requins de synthèse). La force de ces images
réside évidemment dans l’imagination
du spectateur, et mis à part quelques cinéastes
comme Shyamalan ou Spielberg, rares sont ceux qui aujourd’hui
appliquent cette leçon !
En dehors de cette scène remarquable, on peut aussi
rappeler celle du cimetière qui voit une autre victime
dans un environnement des plus menaçant. Ici c’est
l’isolement de la protagoniste et le craquement d’une
branche qui suffisent à suggérer la menace
puis le meurtre. On retrouve encore ce schéma mis
en scène avec un peu moins de virtuosité lors
de l’assassinat de la troisième victime.
Pour
conclure, on pourrait rappeler que L’homme
léopard est un film qui regorge de défauts.
Mal aimé, il faut cependant le revoir dans le cadre
de la trilogie Tourneur/Lewton et l’apprécier
comme le troisième tableau de l’œuvre
d’un génie de la série B, un auteur à part
entière, le fabuleux Jacques Tourneur.
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Distribué par
les éditions Montparnasse, ce DVD est proposé dans
le cadre de leur collection fantastique consacrée à la
RKO. Indissociable de Vaudou et La Féline il sera
prochainement proposé dans un coffret riche en bonus
et bénéficiant d’un remixage sonore.
Image : le master utilisé pour ce DVD est très
propre et ne présente quasiment aucun point blanc
ou griffure. Les niveaux de gris sont bons et le contraste
d’assez bonne facture. Côté compression
aucun défaut n’est à signaler. Cependant,
le mastering présente une qualité de définition
très médiocre. Pendant tout le métrage,
l’image a un aspect flou que l’on ne trouvait
pas sur Vaudou ou La Féline. C’est
triste !
Son : le mono en v.o. sous-titré français
présenté ici est correct. A haut niveau
sonore on détecte bien une légère
saturation mais rien de grave. Encore une fois, les bruits
d’ambiance et la musique sont clairs et distincts
bien que malheureusement ils sortent un peu étriqués
de cette piste mono. Espérons que la piste sonore
promise en 5.1 sur le coffret collector sera à la
hauteur et offrira plus d’envergure aux expérimentations
sonores de Tourneur et au score de Roy Webb. A noter,
l’absence de vf.
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Côté
bonus, il
faut se contenter des bandes annonces des autres titres
de la collection RKO. Là encore nous attendons
le coffret avec une impatience non dissimulée
!
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